Comme LSR cultive l’éclectisme et la curiosité comme d’autres la pensée unique et l’herpès génital, s’arrêter au jeu vidéo serait criminel et contre-intuitif, surtout quand Cinemax décide de doter notre petite 3DS d’un nouveau logiciel de composition musicale, prolongeant une série intitiée sur DSi. Je m’étais déjà frotté à l’émulation du synthé analogique de Korg il y a peu, avec une impression finale positive, mais j’avais regardé paraître les différents Rytmik avec méfiance et curiosité. L’occasion faisant le larron, lorsque Le Serpent a proposé le test de Rytmik Ultimate, j’ai franchi le cap, je m’y suis attelé gaillardement. Cette « station de composition de poche », comme ils disent, vaut son pesant de choucroute niçoise ? Voyons ça ensemble. Maestro, Musik!

Premier rendez-vous distant…

Ayant la mauvaise habitude de ne jamais lire les notices avant de lancer consoles, synthés et autres, égal à moi-même, à peine le logiciel téléchargé, je me jetais dessus tel une hyène sur un cadavre faisandé. Et dans le cas présent, ça n’était pas l’idée la plus lumineuse de la journée, car à vue de pif, Rytmik Ultimate semblait d’une part un poil compliqué, comme tout logiciel de musique qui se respecte, mais aussi plutôt pauvre, avec seulement 4 pistes, donc a priori 4 sons simultanés au maximum. Mais l’écoute d’un des morceaux de démo inclus d’office à l’ouverture du logiciel laissait entendre que clairement, entre les nappes harmoniques riches et les rythmes habillés, point de doute possible, des pistes, y en avait moultes! Bref, un bidouillage et demi plus tard, la queue entre les jambes, je retournais à la page d’accueil pour faire les choses, une fois n’est pas coutume, dans l’ordre, et lancer la notice. Etonnament claire, bien qu’un peu velue lorsqu’on rentre dans le détail pour le néophyte, elle fait néanmoins son taf de notice,  à savoir permettre de capter le fonctionnement général du logiciel et de se lancer dans le vif du sujet : la composition.

Ben oui, quoi, je vois quatre lignes, là, en bas, donc je fais le calcul et je me dis "quatre pistes", normal, quoi!

Ben oui, quoi, je vois quatre lignes, là, en bas, donc je fais le calcul et je me dis « quatre pistes », normal, quoi! Alors qu’en fait, ces quatre lignes servent à agencer les clips qu’on voit plus haut, en gris et en rouge. Pas clair ? Lisez la suite, ça passe tout seul, promis!

…suivi d’un second rencard plus groovy!

On relance donc la bête pour voir ce qu’elle a dans le ventre. Mon impression première sur le manque de pistes venait en fait de mes repères pris sur le Korg NDS-12 de Sanodg – et les synthés analogiques en général -, qui fonctionnait effectivement avec un système de 12 pistes accessibles directement sur le même écran, chacune représentant un son paramétrable à l’envi, avec toute la richesse des possibilités propres aux synthés analogiques avec leurs potards sexy en diable – par contre, mettez moi devant un logiciel de son ou un instrument avec des sous-menus partout et pas un potar à tourner, et l’envie de piétiner des bébés hérisson s’empare de moi (et vu le niveau de kawaierie des bébés hérisson, c’est dire si j’aime pas ça, les sous-menus!!) -. Et c’était bien évidemment une erreur, puisque Rytmik Ultimate fonctionne sur une autre logique, au final plus ergonomique.

une fois qu'on remarque les petites cases numérotées, en bas à droite, la donne change, et le frisson de plaisir s'impose!

une fois qu’on remarque les petites cases numérotées, en bas à droite, la donne change, et le frisson de plaisir s’impose!

Là où l’on composait une ligne mélodique monophonique par piste sur Korg NDS-12, ici, on fonctionne via des « clips« , c’est à dire des modules de 4 pistes entre lesquelles on switche à l’envi sans devoir sortir du dit-clip. Donc mes comptes de départ, quatre pauvres pistes se battant en duel – enfin, en quatuoruel, disons -, se retrouvent multipliés par 4, donc 16 sons simultanés, tout de suite, on est plus dans le fun, non ?! Et le choix fiche un petit vertige pour une si petite bestiole. Les sons sont dispatchés en ambiances : Dubstep, 8-Bit, World, Hip Hop, Rytmik – plus un outsider -, et dans chacun de ces ensembles, on trouve une grosse dizaine de choix classiques, Kick, Snare…etc. Mais chacun de ces éléments propose jusqu’à 15 variations, soit autant de sons qui ne se contente pas de varier d’un poil de cuisse d’albinos, des vrais sons différents! Donc au final, ça nous fait quand même 750 sons proposés, ce qui est vraiment pas mal pour un truc de poche. Et les découvertes qui font plaisir ne font que commencer!

Interface simple et intuitive du clip : quatre sons selectionnables (les 4 pads), quatre paramètres (les 4 lignes) avec à l'horizontale les pas. Les barrettes du haut, c'est pour le volume (ou les autres paramètres), et celles du bas, la hauteur de la note. Simple, une fois qu'on a mis le nez dedans!

Interface simple et intuitive du clip (écran bas) : 4 sons  (les 4 pads : ici, c’est le son 2), et à l’horizontale les pas (allumé=joué, éteint=silence). Les barrettes verticale du haut, c’est pour le volume, et celles du bas, la hauteur de la note (avec un clavier à la verticale, pour se repérer). Simple, une fois qu’on a mis le nez dedans!

Une fois le son sélectionné, outre un panel de réglages possibles bien touffu, permettant déjà de s’amuser comme il faut, le mélomane en herbe peut sélectionner quatre paramètres parmi une liste correctement fournie, chacun assignable sur une ligne – donc en matière d’ergonomie, c’est du petit lait -, qu’il peut faire régler pour chaque note de façon différente. Donc là, normalement, c’est un petit vertige pour le néophyte, qui a une assiette bien garnie pleine de bidouilles possibles. Mais la force de cet agencement en « clips » de 4 sons, c’est de pouvoir créer des accords, de la polyphonie, ou des structures rythmiques directement accessible sur la même page, sans être obligé de sortir pour resélectionner une autre piste, comme c’était le cas sur le logiciel de Sanodg. Ici on jongle en toute souplesse d’un son à l’autre pour ajuster les notes entre elles et composer avec une véritable simplicité quelque chose de potable rapidement, tout en pouvant ensuite approfondir en trifouillant le son. Ajoutons à ça un ersatz de synthé monophonique que l’on peut travailler au corps, le fameux outsider susmentionné appelé Draw Synth, un ersatz de synthé monophonique dont on peut manipuler le timbre et plein de petits paramètres de façon très souple et intuitive, interface tactile oblige!

et là, on voit bien les quatre lignes (toujours écran du bas), qui correspondent aux paramètres modifiables (ici, seul le volume est pour l'instant choisi), et en prime, l'onde en bleu que l'on peut trifouiller sur le DrSynth. Bref, y a de quoi faire!

et là, on voit bien les quatre lignes ABCD , qui correspondent aux paramètres modifiables (ici, seul le volume est pour l’instant choisi, en A), et en prime, l’onde en bleu que l’on peut trifouiller sur le DrSynth. Bref, y a de quoi faire!

Bref, on s’amuse, chaque pas ouvre sur de nouvelles fonctionnalités qui vont dans le bon sens, bref, c’est bon! Et la possibilité d’exporter les compositions en .wav, soit une qualité numérique qui égale celle du CD, de mettre les morceaux en ligne, de créer 255 composition enregistrable à même la carte SD sont autant d’éléments qui vont dans le sens du plaisir. Car n’oublions pas qu’on parle d’un petit logiciel de poche, on est pas sur du Fruity Loops à 200 balles ou du Cubase, hein!

« Mais » en Mi bémol : les doutes du lendemain

Si l’on va dans le sens du logiciel, tout va bien, mais pour peu que l’on fasse preuve d’un poil de curiosité ou de sens de l’aventure, et on touche LE gros point négatif du bouzin : son dirigisme. Alors que le Korg permettait des compositions aux rythmes complexes, ici, le 16 temps est imposé. 16 pas espacés régulièrement, autant dire que les musiques orientales en 49 temps par mesure, c’est pas vraiment prévu pour… Donc tout va bien tant qu’on reste dans le cadre classique de musique carrée, mais rien que pour claquer une valse, va falloir bricoler un peu, quand même! Et c’est une grosse faiblesse, qui change drastiquement la donne, l’air de rien, car si augmenter le nombre de pas aurait probablement cassé l’ergonomie exemplaire du logiciel, avec tout accessible à même l’écran, pouvoir le réduire – de 16 à 12 par exemple, ou 13 si vous êtes des petits pervers aventureux – aurait enrichi la chose, et pas qu’un peu. En plus, au vu des possibilités offertes par ailleurs, et de la richesse générale de l’outil, l’absence de cette option en est même surprenante.

ERRATUM : comme l’a fait remarquer Martin Linda dans les commentaires, on peut faire varier le nombre de pas à l’envi, tant que l’on ne dépasse pas les 16 pas. Donc la valse, oui, la musique orientale turque en 49 temps, toujours pas. Mais il fallait rendre à Rytmik Ultimate ce qui lui appartient! C’est effectivement mentionné dans la notice, qui souffre à la fois d’un problème de format – la lecture sur un écran de 3DS étant bien évidemment moins souple que la lecture d’un papier – et de clarté, tentant de viser « au milieu », pour que les musiciens trouvent leur bonheur, et que les novices ne soient pas trop cul nu. Mais bon, ne cherchons pas d’excuses de sac…

L’autre point négatif est une extension directe du système de banque de sons sur un support de poche : si vous composez avec les cartes distribuées, c’est du bonheur. Par contre, si vous partez avec une idée précise de ce dont vous avez besoin, c’est à la frustration de l’à-peu-près que vous vous exposez de fait. Car malgré les paramètres de réglage du son conséquents, tant en nombre qu’en richesse, ils s’avèrent insuffisants si vous espérez façonner un son à l’envi, ou retrouver précisément un son chéri par vos mémoires mélomanes, que l’on parle d’electro, de chiptune ou d’instruments réels – le point faible récurrent des logiciels, qui se ressent ici d’autant plus, forcément -. Donc perdu entre le trop et le trop peu, Rythmik Ultimate mouline un tantinet. Mais alors, à prendre ou à jeter ?

A retenir

Donc oui, après le vertige et les plaisirs du début, en se retrouve bien vite à l’étroit. Néanmoins, n’oublions pas que l’on parle, encore une fois, d’un petit logiciel à moins de 20 euros, et pas d’un studio 128 pistes virtuel. Reste que ne pas pouvoir dépasser les 16 temps posera de réels problèmes à qui veut travailler des rythmiques complexes et syncopées, mais ce compositeur aventureux pourra compenser en s’étalant sur 2, 4, 8 mesures de 16 temps, pouvant, avec de la volonté et de l’endurance, s’amuser à reproduire des rythmiques perverses façon Aphex Twin de la belle époque – ou s’acheter un logiciel sur ordinateur, plus adapté à ce type de dérives -.

Pour les autres, ceux qui ne sont pas trop gourmands, ils auront dans les mains un outil agréable, à l’ergonomie proche de l’exemplaire, et dont l’atout de l’écran tactile continue de faire la différence face aux interfaces informatiques – mais bon, il manque un putain de clavier, quoi! -. Bref, on est à l’étroit, certes, mais si l’on ne bouge pas trop et surtout qu’on file droit, on est bien, ici, on est bien…

toma überwenig

2 réponses
  1. Martin Linda
    Martin Linda dit :

    Hi, I’m not sure if i understand corectly, but you wrote that it is not possible to make other than 4/4 rhythms? Of course it is possible. You can adjust the note sequence length by dragging slider at the bottom of the clip editor screen. Moreover for each note there can be set arbitrarry offset, so you can make some fairly irregullar or non-quantized rhythms. The only thing to remember is that in song the sequence length and tempo is determined by the clip in the highest track. Btw. all this is written in the manual;)

    Répondre
    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      You’re absolutely right, Mea Maxima Culpa, Martin Linda^^!

      I’m writing an « Erratum » tonight to correct my mistake.

      But to be perfectly honest, I found the manual not clear enough (and I’m used to 70’s analog synth manuals, so I can bear a little lack of clarity, usually), and the main problem remains not to be able to go above 16 steps (even in a 4/4 configuration), to my mind.

      Thanks for this message :-)!

      Répondre

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