Alors que les jeux indé et les nouveaux concepts pullulent de toutes parts, un petit projet collaboratif a vu le jour sur Ulule : A Blind Legend. Fruit d’une co-production entre les lyonnais de DOWiNO et France Culture (oui oui, la radio que l’on zappe en voiture où les gens mettent 10 ans à faire une phrase)  ce jeu propose une aventure 100% audio, destiné à la fois à un public malvoyant qu’aux personnes « valides ».

Plongé dans un univers médiéval fantastique, Vous incarnez Edward Blake, chevalier aveugle, parti à la rescousse de sa bien-aimée Caroline, enlevée par l’armée de l’ignoble roi Thork. Avec sa fille Louise en guise de labrador et son épée en guise de canne d’aveugle, notre héros est bien décidé à tataner du margoulin façon Zatoichi.

Les yeux fermés dans l’aventure

Le gameplay de "A blind legend" lors des déplacements

Le gameplay de « A blind legend » lors des déplacements

Une paire d’écouteurs, un smartphone, tout est prêt pour partir à l’aventure. Pour un souci de réalisme, je ferme même les paupières.

Concept sonore oblige, toutes les commandes du jeu s’effectuent entièrement à l’aide d’informations auditives et vous vous dirigez à l’aide de l’écran tactile de votre tablette ou smartphone.

Le gameplay se veut intuitif : quarts de cercles pour se tourner, déplacement du doigt vers l’avant pour marcher/courir, ou vers l’arrière pour reculer. En tapant une fois sur l’écran, on peut entendre la voix de Louise nous donnant une indication pour nous guider, chose essentielle vu qu’on n’y voit rien.

Si le premier contact audio avec le jeu n’est pas terrible (une voix « féminine » atrocement synthétique pour la navigation du menu principal) on se retrouve assez bien immergé quand le jeu commence : la technologie du son « bineural » marche à merveille et permet au joueur de percevoir l’origine des sons et créer un environnement accoustique en 3D.

Et pour un début, ça fonctionne plutôt bien : on s’imagine aisément l’environnement, on place des visages sur les personnes dans sa tête, on se laisse aisément aller à l’aventure, bien nourris que sont nos esprits par des décennies d’heroic fantasy. Le travail en studio a été lui aussi soigné car le rendu est très réussi, la voix des personnage est crédible, les sons environnants (cascade, herbe, chevaux…) collent bien à l’action. De quoi en prendre plein la vue !

Duels épiques

Exemple de combat : coup d'épée orienté nord nord-est

Exemple de combat : coup d’épée orienté nord nord-est

Le jeu d’articule principalement autour de deux phases : les phases d’explorations et les phases de combat, parsemée de quelques QTE par moment. Ces phases de combats sont plutôt réussies, et mettent pas mal de pression pour certains ennemis.

Si les premiers combats sont simples et consistent à frapper dans la direction ou se trouve l’attaquant, par la suite le gameplay se complexifie et intègre l’utilisation du bouclier, des contres, et des phases de vigilance afin d’éviter les contres ennemis.

Niveau ennemis, c’est la fête : on affronte des soldats, des brigants, des mange-crâne et même un kraken…  Notre chevalier n’a pas froid aux yeux. Là encore on imagine bien l’adversaire au son qu’il émet et au cri qu’il pousse (on qu’il « braille »…).

La barre de vie est symbolisée par le rythme cardiaque du héros, qui s’accélère à chaque coup reçu, jusqu’à l’arrêt complet coeur menant au Game Over.

Le joueur dispose d’un crédit de 5 vies qui se rechargent au rythme d’une vie toute les 15 minutes.
Si globalement on ne meurt pas souvent, il arrive qu’il faille attendre un moment avant de pouvoir rejouer lorsqu’on aborde certaines phases un peu ardues du jeu.

Heu… C’est par où la sortie ?

Des graphismes audio de toute beauté

Des graphismes audio de toute beauté

Dans l’ensemble le jeu n’est pas difficile, mais on perd parfois beaucoup de temps sur les déplacements. A la moindre inattention, on peut se perdre et c’est parfois long et compliqué de retrouver son chemin, malgré les indications de la petite Louise.

Elle en arrive même à traumatiser le joueur par moments : « Je suis derrière vous » « Retournez-vous » « Rooooh je suis derrière vous j’ai dit » « Mais noooon c’est à droite » « Aaaah c’est à gaaaaaauuucheee » -> ‘SCUSE JE SUIS AVEUGLE !

J’ai trouvé certains passages très difficiles (comme l’ascension de la montagne représentent 99% de mes morts dans le jeu) et demandent une concentration de Jedi : le fait de ne pas voir est un véritable challenge, si bien que c’en est même épuisant. Ce côté try & die est un peu frustrant, ôtant un peu de la magie du jeu. On se retrouve plus proche du « Blind » que du « Legend » coincé à des endroits pas très intéressants du jeu, à s’énerver sur la gamine et ses indications pourries, et à attendre des plombes pour recommencer le niveau.

Sur certaines phases il vaudra mieux être au calme, voire dans le noir pour pouvoir battre un boss ou réussir un niveau.

En résumé

Conçu pour un public large, la difficulté est progressive dans l’ensemble mais ne vous y trompez pas : le fait d’être aveugle demande une grande concentration. Si l’ambiance sonore permet une bonne immersion et les combats sont bien réalisés, on se perd par moment et il est parfois dur de se repérer, ce qui a tendance à agacer. On se prend tout de même au jeu et on s’attache à notre petit Blind Blake dans sa quête ardue pour sauver sa dulcinée. Félicitons quand même les développeurs (lyonnais de surcroît) pour ce concept novateur et leur volonté de faire un jeu pour tous, voyant ou non-voyant. Amis curieux, casuals ou gamers divers, « A Blind Legend » stimulera tout de même votre imaginaire, pour rappeler ce temps où le jeu vidéo c’était quelques lignes de texte sur un écran noir.

Informations sur le jeu

Plateforme : IOS et Android

Genre : Listen Novel

Développeurs : DOWiNO

Éditeur : DOWiNO

Date de sortie : 2015

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