Depuis l’abandon de Silent Hill(s), collaboration salutaire entre Kojima-sama et Guillermo Del Toro qui aurait dû redorer le blason d’une licence mise à mal par la Next Gen, le survival horror semble glisser doucement vers la niche, après avoir donné dans le grand spectacle de mauvais goût, trahi ses licences-phares, malgré quelques moments de grâce malheureusement trop rares pour combler les amateurs d’ambiances anxiogènes. L’E3 2016 nous offrira-t-il le nouvel étalon-mètre du genre ? C’est ce que tenteront de déterminer nos envoyés très spéciaux couvrant l’événement, en s’entretenant avec l’équipe de Honor Code, en charge d’un projet bien alléchant, le thriller horrifique sous-marin Narcosis. Profitons de cette occasion pour revisiter l’une des plus grandes réussites de ces quinze dernières années en matière de jeu d’épouvante, le magnifique Amnesia : The Dark Descent, assuré par le studio Suédois Frictional Games, qui nous ont offert Soma en fin d’année dernière, comme pour nous rappeler que l’horreur vidéoludique n’est pas morte, et qu’ils maîtrisent le sujet, au cas où l’on aurait oublié. Mais une expérience comme Amnesia ne s’oublie pas – malgré le titre -…

Les Rats dans les Murs

Au 19ème siècle, dans un château Prussien éclairé à lueur de bougies, de torches et de feux de cheminées, Daniel se réveille à même le sol après avoir visiblement perdu connaissance, et accessoirement la mémoire – bon, le jeu s’appelle Amnesia, en même temps… C’est dans cette bâtisse sans âge aux trop rares fenêtres et aux labyrinthiques couloirs et sous-sols que Daniel découvrira au gré de ses dérives le pourquoi de sa présence en ces lieux… et la raison de ces étranges bruits qui se joignent aux grincements de portes et complaintes du vent enfermé dans ces vieilles pierres. Car n’en doutez pas, l’horreur rode, et la folie pèse de tout son poids sur un protagoniste comme vous et moi, qui subit de plein fouet cette ambiance anxiogène, ces portes qui s’ouvrent brusquement sans raison, ces bruits de pas…

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Le postulat est simple et efficace, et l’écueil du héros amnésique est bien vite contrebalancé par une écriture soignée qui évoque sans hésiter certaines des meilleures nouvelles de Lovecraft. Frictional Games maîtrise son propos et l’ambiance du jeu, instille la terreur chez le joueur sans avoir recours à une débauche de jump-scares putassiers ou autres dérives spectaculaires à tendance gore, véritable leçon de conception de jeu dont bon nombre de créateurs – et de cinéastes – pourraient tirer profit.

Mais si Amnesia est un jeu d’ambiance, le gameplay n’est pas en reste, à l’image du jeu lui-même : simple, efficace, prenant.

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La Couleur Tombée du Ciel

Les vieux baroudeurs du site se souviennent peut-être de ma première chronique, Moment Tomagique, qui avait vocation, chaque semaine, de partager ces instants de pure magie vidéoludique où la « sauce prend », où le monde extérieur disparaît, où l’on est littéralement pris au jeu, dans son univers, ce frisson que les générations actuelles ont tant de mal à recapturer. Les exemples sont Légion, subjectifs au possible, chacun ayant ses portes d’entrée dans l’univers du jeu vidéo. Parmi les vecteurs d’immersion les plus implacables se trouvaient souvent en bonne position la fameuse Vue à la Première personne. L’idée pourtant simple de mêler regard du héros à celui du joueur s’est imposée comme un coup de génie, devenant dès lors une convention pour l’avalanche de dungeon crawlers qui allaient pulluler sur toutes les machines de l’époque, pour perdurer jusqu’à nos jours avec la dictature du FPTouénimportekoi.

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Mais entre le dungeon crawler et le FPS, on trouve un point de basculement en particulier : Ultima Underworld. Car cette fois, il n’était plus question de damier, de déplacement case par case, mais bien de pénétrer une monde, un vrai, de se l’approprier en maîtrisant non seulement les déplacements mais aussi l’angle du regard, le rythme du pas, l’angle de frappe des coups assénés lors des combats. Ultima Underworld offrait une immersion que l’on avait fantasmée dès les premiers balbutiements de l’art vidéoludique, tenait une promesse de longue date faite au joueur par la Playhistoire. Et Amnesia s’avère être le parfait héritier de ce mariage entre la naissance de l’aventure à la première personne et le point’n click. Chaque action est effectuée à même l’écran, les portes ouvertes au rythme du déplacement de la souris, les objets manipulés de la même façon, renforçant d’autant la relation d’identité entre joueur et personnage, l’immersion au sens strict. Mécanique simple et éprouvée, lorsqu’elle est maîtrisée avec autant de souplesse et d’efficacité, on ne peut que s’incliner.

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