Paquet de chips Flodor

basse-def-deluxeL’un des principaux atouts de Basse Def est de s’appuyer sur des sketches très courts, tenant sur un faible nombre de planches voire de vignettes. Au-delà de ce choix de forme, il y a surtout des blagues et des vannes qui font très souvent mouche. Ils en prennent tous pour leur grade: le boss au pattern scripté, le PNJ tutorial qui n’a pas réponse à tout, l’antagoniste psychorigide, les décors figés, les bots dépourvus de vie et de mémoire que Ludo tente sans succès de pécho ou le maître d’arts martiaux monomaniaque. Dans cette mise en abyme qui n’oublie pas non plus l’auteur tel Akira Toriyama dans Dr Slump, les gusses sont en fait les principales cibles des railleries, le premier pour sa maladresse avec les filles et ses pulsions vidéoludiques incontrôlables même dans la peau d’un sprite, le second pour son embonpoint et son envie de devenir un héros, reflétant ainsi le scoreur qui sommeille en chaque retrogamer. Le propos s’étoffe avec le test parodique, l’interview décalée du créateur, le DVD et l’épisode bonus Pocket Adventure réalisé sur Game Boy, forcément plus court, plus contrasté et moins bigarré, reposant principalement sur un contexte de type A Link To The PastLink’s Awakening.

La vie, justement, Ludo et Simon vont faire l’expérience purement imaginaire de sa simplicité (l’argent s’y gagne facilement et cyniquement, en exerçant des fonctions pas toujours recommandables) et de sa pluralité dans le jeu vidéo, chose évidemment intranscriptible dans le monde réel, à moins de s’appeler Jésus comme il l’est moqué dans la bande dessinée. A l’instar des resets, des Game Over, des identités créées de toutes pièces, des réflexes anachroniques des deux copains, ces éléments, connus pour approfondir l’immersion et la145422_med personnalisation, sont ici taillés et moqués avec humour toujours, avec affection très souvent. Devenus les principaux protagonistes d’un soft, Ludo et Simon vont en fait mieux apprécier les bons côtés de leur vraie vie, tout en expérimentant par eux-mêmes ce monde imaginaire, testant ses frontières, ses contours et ses limitations. Finalement, quelle plus belle expression et quel plus pertinent portrait de notre passion que cette représentation?

A retenir

Entre demake et amour de la culture pixel-retrogaming, le dessinateur Jibé rend au jeu vidéo un hommage drôle, pertinent et connaisseur, ainsi qu’une réflexion intéressante sur son réalisme et l’utilité de ce dernier pour rendre le médium intéressant. On se reconnaîtra dans Ludo et/ou Simon, ou peut-être pas. Qu’importe, on trouvera forcément dans Basse Def des codes et des références qui nous renverront à notre histoire personnelle avec le jeu vidéo. Et surtout, et c’est le plus important, on appréciera très certainement son style graphique pixel art et on rigolera volontiers à ses blagues.

6 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    La belle plume de totof va finir par me ruiner!!
    D’abord l’art book d’Okami, ensuite le bouquin sur l’arcade, puis celui sur les légendes urbaines, Les Oubliés de la Playhistoire, et maintenant celui-ci!!

    C’est pas pour dire, mais, z’étaient classouilles les chroniques, cette années ^^…. *s’en va en sifflottant*

    Répondre
  2. Flbond
    Flbond dit :

    Un peu à la bourre, comme d’hab.

    C’est intéressant car j’ai lu ta critique bouquin en main, et je progressais avec ton texte. A la fois tu me fous la honte avec ton expression parfaite, mais je suis vraiment admiratif. BRavo

    Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] du mythique Ōkami, l’analyse de la narration de Dylan Holmes, la plongée dans l’univers pixelisé de Simon et Ludo, ou la plongée dans le monde de l’arcade nippon. Mais un ouvrage […]

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *