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Cette fin d’hiver 2014 a été marquée par la réédition Steam du légéndaire Ikaruga et la sortie de Dark Souls II. Tous deux sont acclamés notamment pour leur difficulté et le sentiment d’accomplissement qu’ils procurent à ceux qui relèvent le challenge. Plus généralement, ils dénotent d’un paradoxe du jeu vidéo: il ne faut pas qu’un titre soit trop dur, mais s’il ne l’est pas, on aura tendance à le déprécier. On déteste perdre et pourtant, on trouvera d’autant plus d’intérêt à un soft qui va nous faire vivre cette expérience.  Pis, on recherche volontairement ce genre de titres. Jesper Juul, déjà auteur des ouvrages Half-Real – Video Games between Real Rules and Fictional Worlds et A Casual Revolution – Reinventing Video Games and Their Players, consacre un essai à la question de l’échec dans le médium, le bien nommé The Art of Failure.

Pousser et appuyer la réflexion

RTEmagicC_jeux_video1Le livre part de l’observation que lorsque l’on pratique un jeu vidéo, notre visage exprime toutes sortes d’émotions, et rarement de la joie. Devant les échecs répétés, le joueur s’énerve, se crispe, semble désespéré, avoir mal. Alors pourquoi continuer et rechercher un exercice qui rend malheureux? Le jeu vidéo est donc fondamentalement un paradoxe, que Jesper Juul tente d’analyser dans ce livre court de 124 pages. Un véritable essai, avec une problématique, une méthode et un propos référencé. C’est peut-être d’ailleurs le principal reproche que l’on pourra faire à The Art of Failure, celui d’une lecture parfois difficile, pas à cause de sa langue ou de sa plume, mais à cause de son ton parfois trop strict, trop scientifique. Il ne faut pas se fier aux apparences, et sa couverture amusante ne traduit finalement en rien les orientations rigoureuses de l’ouvrage qui se veut sérieux et basé sur des expériences, des observations comportementales et des références culturelles. On peut trouver ça dommage, tant le sujet et l’objet se prêtent bien à l’exercice de l’ironie, de l’autodérision et de la subjectivité. Mais en aucun cas, on ne peut moquer le choix de Jesper Juul de répondre avec sérieux à la question qu’il pose clairement au début du livre et de laquelle il ne dévie jamais.

Cependant, on rejoint sur certains points Steve Redhead quand il écrit dans sa critique de The Art of Failure que “le mélange proposé par Jesper Juul, basé sur une lecture à travers les prismes de la philosophie, de la psychologie, du game design et de la fiction, ne peut se substituer à une analyse du jeu vidéo plus structurée et s’appuyant sur des études culturelles ou sur une perspective sociologique”. En effet, l’auteur use d’un autre paradoxe, à savoir opter pour un ton rigoureux et scientifique tout en se basant souvent sur des comparaisons artistiques, comme dans le chapitre 2 325319036_640intitulé The Paradox of Failure and the Paradox of Tragedy. Mais il sait aussi s’appuyer sur d’expériences menées par d’autres, ou par lui-même, comme le quelque peu dérangeant jeu de suicide dont le matériel et les résultats sont décrits dans le chapitre 5 Fictional Failure qui est l’un des plus réussis, la tentative d’analyser la transposition entre les échecs du joueur et ceux du protagoniste digital étant assez convaincante. D’une manière générale, le travail de Jesper Juul est remarquable dans sa documentation, sa structure et sa concision.

5 réponses
  1. Flbond
    Flbond dit :

    J’aime beaucoup le choix que tu as fait sur ce livre. Le sentiment de pester contre la défaite mais de la vouloir à tout prix est un peu à associer à la phrase :  » à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. » Et maintenant pour les vieux cons qu’on peut être on râle beaucoup sur la perte de difficulté de certains jeux.

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  1. […] intellectuel des enfants ou encore les mécanismes mentaux et cognitifs qui poussent à relever des défis a priori contre-nature. Parmi les auteurs les plus prolifiques sur la question, il y a Serge […]

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