Bravely Second : End Layer, le poids de l’héritage

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Bravely Second, c’est un peu la suite d’un film à twist. La communauté des fans J-RPG old-school étant au moins aussi conservatrice que l’orthodoxie du cristal, Bravely Default avait réussi à cliver un microcosme qui était pourtant son cœur de cible. Adulé et conspué, applaudi et hué, cette fracture affective incombait principalement au tour de force du jeu : une méta-énigme aussi géniale que maladroitement équilibrée. C’est dans ce climat de guerre civile que débarque Bravely Second, le difficile héritier d’une série en devenir. Sa mission est simple : reproduire le même escamotage que son aîné, devant un public qui ne s’y laissera pas reprendre. En vain.

I deny your world, and everything in it!

Un air de déjà-vu comme disent les Américains.

Un air de « déjà-vu », comme disent les Américains.

Fanfare sur composition épique de Ryo : orgue, guitares et chœurs introduisent Bravely Second sur un combat de boss contre le nouveau grand méchant de cet opus, le Kaiser Oblivion. L’équipe est rapidement balayée par leur ennemi, et Agnès se voit kidnappée en moins de temps qu’une intro de Mario. Sorti du coma, on découvre notre personnage, Yew Geneolgia, un jeune noble à la tête du groupe des Trois Cavaliers, bien décidé à libérer la vestale capturée. Et quand on croit que l’histoire part sur son rythme de croisière, on se retrouve perdu à remater les trailers pour comprendre où était l’arnaque.

Pour les joueurs de Bravely Default, ce n’est clairement pas le dépaysement qu’il faudra rechercher. Le gameplay éprouvé du premier opus, dans le plus pur style Final Fantasy, ne déstabilisera pas grand monde. Même l’originalité de la série, à savoir la gestion des tours, s’assimile facilement et rapidement. En outre, les jobs de Default font quasiment tous leur retour, à quelques exceptions près, en plus des nouveaux. Finalement, la principale feature gameplay de cet épisode est l’implémentation de combats consécutifs qui feront grimper un multiplicateur de récompenses.

Coupons court aux interrogations : oui, il est nécessaire d’avoir joué à Bravely Default avant. Non content d’être la suite quasi-directe du premier épisode, ses dialogues baignent dans un océan d’autoréférences jusqu’à la dernière subquest. Sérieusement, Bravely Second est tellement une suite qu’en plus de reprendre sa worldmap, il en inclut aussi les donjons. Tellement qu’il en reprend les boss, pour les caser dans ses missions annexes. Tellement qu’il en récupère la moitié des héros, pour compléter son propre cast.

La best girl, évidemment.

La best girl, évidemment.

Des vieilles marmites et des bonnes soupes

Profitez-en, c'est la version non-censurée japonaise.

Profitez-en, c’est la version non-censurée japonaise.

C’est probablement la principale critique adressée à Bravely Second, celle d’une version 1.5 un peu trop proche de son modèle. Le décalque fainéant d’une bonne recette, une production sympathique mais sans effort. Mais tout compte fait, est-ce si terrible ? Oui, clairement, le spectre de son aîné plane sur l’intégralité du jeu, qui se complaît dans un fanservice feel good. On redécouvre des lieux déjà visités avec le plaisir de se souvenir de nos précédentes rencontres, on revoit des têtes connues sous une perspective différente. Mais Bravely Second n’oublie pas pour autant de se tailler sa propre histoire. Parce que c’est ce scénario, avant tout, qui détermine sa qualité de suite. Je ne l’aborderai pas ici en longueur, mais elle reste fidèle à la ligne de Default tout en s’affirmant davantage : au menu, de longs dialogues d’une équipe soudée par l’amour de la bonne chère et de la justice sociale, des méchants dérangés aux motivations obscures, sans oublier quelques passages bien métas pour ne rien gâcher.

Je pense pourtant qu’on se trompe de cible en accusant ces ressemblances. S’il y a un élément qui m’a vraiment déçu, c’est que Bravely Second réitère la trahison de son prédécesseur. C’est une nouvelle bombe au royaume du J-RPG, prêt à tout dynamiter dans une déconstruction violente du genre, mais qui s’arrête à deux doigts de l’explosion. On se rappellera de quelques moments bien sentis de Default, où la quête classique de recherche d’enfants perdus s’achève brutalement par la découverte de leurs cadavres. Où l’on se rend compte que le conditionnement du tutoriel peut nous faire faire n’importe quoi. Où notre équipe d’ados en quête de sauver le monde risque bien plus de le détruire. Second possède aussi ces moments, avec son lot d’enfants battus et de passés tragiques, sans jamais parvenir à consommer sa transgression, à l’instar d’un NieR. Plutôt que de virer au drame, l’histoire reviendra toujours sur un ton joyeux bon enfant, étouffant une ambition inassumable derrière des gags trop lisses.

MUGUGU

MUGUGU !

1 réponse
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Mouais.
    Moi qui ai fait Default, et qui ai eu du mal à le finir malgré le twist super, je ne vais pas me lancer là dedans !
    Merci pour cette critique encore très bien écrite mon petit !

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