La mythologie nordique est, sous bien des aspects, très épique, très riche. Faisant la part belle aux guerriers valeureux et à des images divines naturelles comme l’Arbre-Monde, elle porte avec elle un souffle formidable qui lui donne un charisme différent et classieux. Pas étonnant alors qu’elle fût l’inspiration de nombreux jeux vidéo, et pas des moindres qui plus est. On pense évidemment à Valkyrie Profile, Odin Sphere, ou Skyrim, par extension. Si le RPG est naturellement le genre qui a le plus puisé dans cette mythologie, il convient aussi de distinguer les différences d’approches entre les développeurs japonais d’une part – on notera tout de même le MMORPG coréen Ragnarök Online qui reprend le principe de la guerre entre dieux, humains et démons – et les occidentaux d’autre part.

Du côté du Pays du Soleil-Levant

En reprenant directement certains personnages et divinités du folklore nordique, le jeu vidéo nippon se plaît à mêler dans sa narration les grands enjeux de l’univers (Valhalla, Ragnarok) et les histoires romantiques intimistes. Très probablement le jeu le plus représentatif de cette idée, Valkyrie Profile sort le 22 décembre 1999 au Japon et acquiert rapidement au sein de la communauté import/J-RPG un statut… mythique, justement. Pièce d’orfèvre de Tri-Ace, ce titre mêlant plateforme, tour par tour et combos, propose d’incarner Lenneth, valkyrie chargée de recruter les Einherjars, guerriers valeureux morts au combat, en vue du Ragnarok, apocalypse de la mythologie nordique.

C’est ainsi l’occasion d’écrire et de partager le sort tragique de ces personnages. Servi par une bande originale fantastique composée par Motoi Sakuraba, Valkyrie Profile est poignant et au-delà des enjeux colossaux imposés par Odin, le seigneur des Ases – qui apparaît aussi comme une G-Force imprévisible et redoutable de puissance dans Final Fantasy VIII sur son fidèle destrier à huit pattes Sleipnir – se tissent une histoire d’amour et un dilemme forts pour Lenneth, troublée par son passé et déchirée entre son devoir et ses sentiments pour Lucian.

Valkyrie Profile – La Lenneth Team face à ce malotru de Loki

Le mariage avec le design japonais et la construction J-RPG fait des merveilles, pour donner probablement le plus grand jeu inspiré de cette mythologie. Surtout, il sait procurer au joueur le sentiment de puissance, signature de ce folklore, à travers ces décors épiques ou les formidables attaques et pouvoirs de ces dieux que l’on doit rencontrer et/ou affronter (Odin, Loki, le loup Fenrir, qui prête aussi son nom à des armes ultimes de Dissidia Final Fantasy et Kingdom Hearts II) ou avec qui collaborer (Freya). Valkyrie Profile n’hésite pas non plus à utiliser d’autres mythes, comme en attestent Brahms le vampire ou Lezard Valeth le sorcier.

Avec les mêmes idées de game design et de personnage principal habité par deux volontés voire deux entités (l’une divine et l’autre humaine), Valkyrie Profile 2: Silmeria, sorti en 2006, est une préquelle et narre l’aventure de Silmeria, valkyrie déchue pour avoir désobéi à Odin et qui se retrouve pourchassée par sa consœur Hrist. Cependant, son orientation hardcore gamer et surtout son relatif manque d’empathie envers les Einherjars en font un jeu de qualité moindre et pas aussi marquant que son prédécesseur. Un troisième volet, sous-titré Covenant of the Plume, relate quant à lui la vengeance de Wylfried envers… Lenneth. Cet épisode prend la forme d’un tactical-RPG, tout comme Valkyria Chronicles qui, malgré son nom, pioche plus qu’il ne relate dans la mythologie nordique, dans le but de créer ses propres légendes.

Odin Sphere – On n’attend plus que le Chapelier Fou pour passer à table

Un mariage entre destins personnels, histoires intimes et sort du monde et considérations des dieux, une dualité entre sentiments humains et desseins célestes, qui constituent un grand écart souvent usité par le RPG japonais. Et ce n’est pas autrement qu’est construit Odin Sphere, titre de Vanillaware sorti en 2007 puis remasterisé en 2016. Cet action-RPG propose d’incarner plusieurs personnages – notamment la valkyrie Gwendolyn, chacun ayant son histoire qui va croiser petit à petit celle des autres, pour donner à l’ensemble l’identité d’un conte magnifique. Le gameplay est également en 2D, avec des donjons à compléter, mais manque de la dimension verticale d’un Valkyrie Profile. Il n’a également pas tout son souffle épique, mais en contrepartie, Odin Sphere propose un lyrisme et un romantisme qui dénotent et lui offrent une identité certaine, se détachant plus de son modèle initial mythologique que ses confrères, tout en ne le reniant jamais. D’ailleurs, Mercedes, l’un des personnages jouables, se nomme en réalité… Yggdrasil.

Dragon Quest IX – Une autre idée du Paradis

C’est sur cet élément fondamental de la mythologie nordique, l’Arbre du monde, que reposent les neuf royaumes Ásgard, Vanaheim, Álfheim, Midgard, Jötunheim, Svartalfheim, Niflheim, Muspellheim et Helheim. Il est également le cœur du monde de Dragon Quest IX : Les Sentinelles du Firmament, sur lequel les Célestelliens, sortes d’anges que les religions monothéistes ne renieraient pas, veillent et nourrissent en vue de le faire fructifier. Ils veillent également sur les humains, ajoutant à la place centrale et vitale d’Yggdrasil le rapport ténu entre divinités et humains évoqué précédemment. Si ses feuilles sont des objets connus de la série Dragon Quest servant à ressusciter, l’arbre occupe également un rôle majeur dans d’autres productions nippones, comme Tales of Phantasia  (Arbre de Kharlan qui fournit le mana essentiel à la vie) ou Lightning Returns: Final Fantasy XIII.

Il y a sinon également beaucoup d’évocations d’Yggdrasil ; l’arbre Ifa de Final Fantasy IX en est fortement inspiré, ou on y fait directement référence dans d’autres jeux : patronyme des soeurs Mithos et Martel dans Tales of Symphonia, objet dans Xenogears ou Shadow Hearts, lieu dans Breath of Fire III ou Mega Man X… Comme les autres éléments de la mythologie nordique, son identité et sa fonction originelles sont respectées puisqu’il est toujours associé à la vitalité. Le jeu japonais reprend donc à son compte ces légendes, à la fois pour leur rendre hommage, créer de nouveaux univers et leur insuffler une patte enchanteresse par le biais d’une émotion, d’une identité et d’un design très nippons.

Salut à toi ami rampant ! La forme ?

Allez, encore un petit flashback dont tu es sans doute devenu coutumier en m’écoutant : en 1988, le moutard de dix ans que j’étais découvrait avec émerveillement une nouvelle série diffusée dans le Disney Channel le samedi soir sur FR3 : La Bande à Picsou. Oui, cette série qui parvint à totalement modifier l’image de Balthazar Picsou, ce vieux grigou austère et atteint d’une forme extrême de fétichisme fiduciaire. La Bande à Picsou a donc réussi à changer ce vieux portrait de Scrooge McDuck en un « oncle » attentionné, baroudeur, bourlingueur et prêt à tout pour sa famille et les nouveaux personnages qui vinrent s’adjoindre à l’univers naissant de la Bande à Picsou ! Bref : une réussite double, tant technique que conceptuelle, un peu comme si aujourd’hui une série parvenait à rendre sympathique Tatie Danielle elle-même !

Vous avez dit magnifique en 1989 ?

Et même une réussite triple… Triple car en 1991, je découvris avec guère moins de joie l’adaptation sur NES de cette Bande à Picsou, par Capcom qui aujourd’hui reste à mes yeux (avec Sega également) le seul éditeur dont l’hommage à Disney en jeu vidéo est encore digne de tous les éloges. Car oui, ce Duck Tales sur NES fut le point de départ d’un flirt entre Disney et le jeu vidéo, flirt poussé même ! En effet, combien de moments de grâce ai-je passés grâce à l’oncle Picsou, à Tic et tac ou encore à MysterMask sur ma vielle boite grise ? Je ne saurai les quantifier, ni même les qualifier aujourd’hui. Il y a des choses qui parfois dépassent les mots, ou alors c’est que l’âge avançant, je commence à devenir moins prolixe.. Qui sait. Revenir sur mes bonheurs passés est à peu près la seule chose que je sais encore faire, avec je le reconnais volontiers le fait de râler bien souvent sur notre actualité qui m’enchante autant que devoir sortir les poubelles par moins six degrés. En 2013 arrivera Duck Tales Remastered, magnifique hommage au jeu de 1989. Oui mon serpent, cette initiative m’avait enchanté car, loin d’être un simple jeu-reprise, ce Duck Tales remastered transpirait le respect de son aieul et l’amour de ce bon gaming 2D à l’ancienne qui n’aurait jamais du passer au second plan.  Tant est si bien qu’aujourd’hui même, ma progéniture que j’élève avec une attention certaine a su savourer ce titre, et ce sans pour autant avoir forcément retourné le jeu NES autant que leur papa. L’actualité offre tellement peu de bonnes idées que lorsque l’on en tient une, on la savoure intensément et sans aucune fausse note…

Vous avez dit magnifique en 2013 ?

Et bien aujourd’hui et après avoir tout à la fois espéré et redouté le retour de la Bande à Picsou, j’ai enfin pu me replonger dans cet univers grâce à la nouvelle série ! Bon, après les déceptions franches et sincères qu’ont constitué tous ces come-back, d’Indiana Jones à McGyver en passant par Dallas et L’Arme Fatale, je me disais que La Bande à Picsou n’allait pas subier le même traitement, à savoir celui d’une idée facile pour tenter de surfer sur ce qui était in et bankable dans les années 80 et 90, de bêtement les ripoliner sauce médiocre pour les livrer à un public indigne de réflexion. Et hélas…si ! Cette nouvelle Bande à Picsou ressemble plus à l’accouplement contre-nature des Pokémon avec les Razmoket pour donner au final un animé d’une laideur assez difficilement concevable, et de quelques changements graphiques limite hors de propos. Notamment Mammy Baba, la gentille gouvernante un peu gourde mais dévouée qui aujourd’hui semble s’être inspirée d’une directirce de pensionnat de jeunes filles tout en faisant un cosplay de Super nanny, Flagada Jones dont l’air benêt est porté au pinacle là où le personnage de 1988, instantanément populaire d’ailleurs, était un anti-héros subtil qui alternait imbécilité chronique avec phases de génie et de courage  (après-tout, n’est-ce pas lui qui sauva Picsou, ses neveux, Zaza et mamy baba de l’effondrement de la vallée du Soleil d’Or suite à une salutaire et inattendue déduction ?), des neveux de Donald dessinés façon art abstrait plutôt Braque, euh Vasarely, un Oncle Donald qui finalement est la seule surprise à peu près acceptable de l’ensemble…

Non ! Comment ont-ils osé ?

Bref on ne recule plus devant aucun massacre. Et après avoir fait découvrir la Bande à Picsou de 1988 à ma progéniture, et m’être bien gardé de leur faire part de mon avis quant à la série actuelle (car oui mon serpent, j’ai mes opinions mais je tiens à ce que les autres aient la leur sans influence aucune ! Ca te surprend ?), j’ai eu la surprise de voir venir ma fille qui a l’âge que j’avais quand je regardais le Disney Channel en 1985, et me dire « papa, c’est moche, je préfère ce que tu m’as montré avant ». Les grands esprits se rencontrent. Tout ceci pour conclure ainsi : après avoir adoré la série de 1988, après avoir savouré Duck Tales et DuckTales 2 sur NES, et avoir connu en retour en grâce avec Duck Tales remastered, je me permets de te dire à présent qu’aujourd’hui en 2018, je n’espère aucunement voir cette nouvelle Bande à Picsou adaptée en jeu vidéo ! Car aussi bon qu’il serait, un jeu adapté de cette nouvelle déclinaison des tribulations de Picsou me ferait trop mal aux yeux. Et infligerait à nouveau un trop cinglant démenti, car les jeux Disney avaient tous pour eux de briller par leur beauté graphique. Or, comment faire un jeu graphiquement aussi enchanteur avec une base aussi ignoble ? Je te le redis : même les Razmoket étaient à peine plus moches que ce Picsou nouveau ! On m’a souvent dit que mes copies en classe étaient comme un plat de tripes à la mode de Caen : ça a l’air dégueulasse comme ça, mais si on se motive à y goûter, on se rend compte que c’est excellent et que pour en arriver là, il aura fallu suivre scrupuleusement la recette et assembler les ingrédients. Cette bande à Piscou nouvelle et une éventuelle adaptation ludique de la série seraient-elles du même genre, c’est-à dire  un plat de tripes ?

Que dit Picsou à son interlocuteur ? « OK, c’est comme ça qu’on va les buter mes neveux et Flagada Jones, ils sont devenus si moches que je ne peux plus les supporter ni même les voir. A tout à l’heure avec la pelleteuse ! ».

Sur ce, je t’invite à venir manger des tripes car crois-moi, je maitrise au moins ce sujet-là !

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Salut mon serpent.
Bon, ton actualité a vibré au rythme de la série Street Fighter, et c’est pour cela que cette semaine je tiens à dédier mon topo à deux des femmes les plus importantes de ma vie. Et ça nous changera des hashtags qui appellent à balancer ton porc (mais pourquoi tant de haine pour cet animal qualifié de magique par Homer Simpson et dont l’importance gastronomique n’est plus à prouver, même si à mon grand regret j’ignore tout de son goût ?). Je me permets simplement de dire que tous les messages ainsi « tagués » constitueront une bien piteuse littérature dont on rira bientôt, là où les authentiques victimes savent que pour faire justice, il faut plus que les quelques 140 caractères généreusement alloués par Twitter. Et accessoirement que certains actrices has-been qui ont un jour accepté d’écarter les cuisses pour percer (et se faire percer) sont finalement tout autant « truies » que les « porcs » qu’elles dénoncent.

Bref, oublions ces minables appels à la délation pour revenir à notre propos : ces deux femmes auxquelles je vais dédier quelques mots. La première est une bien endurante personne pour laquelle je me foutrai au feu s’il le fallait, il s’agit de ma propre compagne qui tolère mes sessions d’entraînement, mes innombrables post-it collés à même le mur derrière mon écran d’ordi et surtout qui a su voir en moi autre chose que ce sac de fumier fielleux que bien du monde décèle en moi. Je crois même qu’elle est la personne qui sait le mieux au monde quel est mon rapport réel au jeu vidéo ! Bon, tu viens juste après mon serpent, ne t’en fais pas… Mais à nouveau, vivre avec un type comme moi, seule ma compagne en serait capable, car cela constitue une véritable dévotion encore plus pesante que ne le seraient les douze travaux d’Hercule.

L’autre femme à qui j’adresse mes remerciements se nomme Chun-Li. Car je l’affirme haut et fort, Chun-Li a fait à elle seule bien plus que toutes ces féministes plus ou moins enragées qui pourtant croient que leurs aboiements sont d’une quelconque utilité en ce monde injuste… Oui, Chun-Li, la première véritable femme active du monde du jeu vidéo dont les coups de pied supersoniques ont calmé bien des m’as-tu-vu de la manette. Pour la première fois, une femme s’imposait dans un milieu masculin et musclé. Et a su d’emblée susciter l’admiration et le respect de toute cette génération de joueurs, en des temps où l’on considérait le jeu vidéo comme une occupation absconse au mieux, ou comme un mal venu d’ailleurs au pire, à la manière de la syphilis qu’on appelait le « Mal de Naples » à son arrivée au royaume de France vers 1495 ! Bref, cette escouade de joueurs qui de suite ont su reconnaître le charisme de l’experte chinoise ont su démentir ce préjugé du joueur fatalement machiste, et j’aime à me compter parmi eux. Car oui, j’étais non pas scandalisé, mais réellement impressionné de voir à quel point ce personnage surnageait allègrement, parmi les colosses  qu’étaient Zangief et Honda et pouvait calmer les karatéka aguerris qu’étaient Ken et Ryu…

Oui mon serpent, Chun-Li est à ce titre une des femmes de ma vie ! Et là où à l’époque certains déjà ou plutôt certaines allaient jusqu’à déplorer l’arrivée d’un personnage féminin dans le monde du jeu de cogne sous prétexte qu’il fallait lui taper dessus, Chun-Li n’en a pas souffert et a connu la brillante carrière que l’on sait. Finalement le jeu vidéo est très égalitaire : si Chun-Li accepte de donner des coups, elle accepte autant d’en recevoir. Imagine-toi si, pour complaire à certaines, notre adepte des coups de lattes à répétition eût été invincible… Bref, Chun-Li a féminisé le jeu vidéo tout comme ma compagne a féminisé mon existence.  Et c’est pourquoi je tiens à les remercier toutes deux. Il y a encore quelques années, un homme qui fréquentait (et plus si affinités) plusieurs femmes en même temps était un Don Juan, alors qu’une femme qui en faisait de même n’était qu’une salope. À présent, on tendrait à assister à l’inverse : un homme qui fréquenterait donc plusieurs femmes est un salaud tandis qu’une madame qui en ferait de même avec plusieurs hommes serait une femme dite « libérée ». Remplacer le machisme par la misandrie ne revient qu’à remplacer une connerie par une autre, et ça, ma compagne et Chun-Li l’ont bien compris. Décidément, je les aime ! Et j’ajouterai que je les aime plus que moi-même. Et mon serpent, j’espère que toi aussi, tu aimes Chun-Li et Madame Serpent. Transmets-d’ailleurs mes humbles respects à cette dernière.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.
PS : laisse-moi finir en te citant les vers suivants, extraits du texte de Brassens intitulé Le Blason :
En attendant, madame, il semblerait dommage,
Et vos adorateurs en seraient tous peinés,
D’aller perdre de vu’ que pour lui rendre hommage,
Il est d’autres moyens et que je les connais,
Et que je les connais.

En 1984, Data East sort Karate Champ, jeu vidéo de combat dans lequel il est possible de jouer à deux, en face-à-face. Les personnages disponibles ont exactement les mêmes coups, l’un revêtant un kimono blanc, l’autre un rouge. Ces éléments seront repris par International Karate, ce qui vaudra à son développeur System 3 une mise en procès par Data East. Ce principe de duplication, Street Fighter premier du nom l’utilise pour son personnage principal: Ryu. Disponible seulement en mode deux joueurs, Ken Masters est une copie en habit rouge de celui que l’on présente comme son ami, frère d’armes et rival. Au départ affublés des mêmes coups et des mêmes caractéristiques, les deux personnages certainement les plus populaires de la saga de Capcom se différencieront peu à peu, tant sur les plans du gameplay, que ceux du caractère et de l’histoire personnelle. Le japonais solitaire entretiendra également en parallèle une longue rivalité avec l’antagoniste le plus badass de la série, aka Sagat.

Sure, you’re Ken!

Ryu est bien dans le style de l’époque de sa création : un karatéka héros, sérieux, vagabond, doté d’une personnalité un peu psychorigide voire monomaniaque, obsédé par sa quête personnelle, son chemin vers la perfection. Ken, lui, s’il a, par la suite, mené une autre vie plus rangée avec femme et enfant, répond au cliché du blond californien riche, enfant gâté, célèbre et beau gosse. Quand le premier est calme, humble, sobre, le second se distingue par son enthousiasme et une extravagance qui frise l’arrogance. Leur amitié et leur rivalité sont des éléments clés de la saga Street Fighter. Elles ont probablement fortement contribué au si grand succès de ces personnages, aussi bien auprès du grand public que des joueurs spécialistes (Daigo Umehara notamment).

En effet, leur classicisme, en comparaison des personnages hauts en couleurs que l’on trouve par ailleurs dans la série, loin d’être une faiblesse, résonne directement dans l’inconscient collectif des amateurs de fiction martiale. Leurs traits de caractère s’avèrent simples, efficaces et facilitent l’identification du joueur à ces deux héros finalement complémentaires. On dépasse le stade du cliché pour basculer dans celui de l’archétype romanesque martial. On ne s’étonnera donc pas de leur succès face aux créations plus “baroques” de l’univers Street Fighter.

Leur gameplay accessible, équilibré et profond, permet de nombreuses possibilités. Par exemple, Ryu, doté d’une vitesse d’exécution moyenne, a au fil du temps augmenté ses qualités de lanceur et sa puissance, devenant un maître du zoning et possédant de multiples options de settings de ses furies Super ou Ultra, lesquelles peuvent toutes être utiles (dans les épisodes III.3 et IV notamment), offrant ainsi des styles différents aux joueurs et lui permettant d’être régulièrement parmi les top tiers. De son côté, Ken est aussi plutôt facile à prendre en main, enchaînant des coups plus rapides et plus nombreux que son ami, comme ses shoryukens enflammés qui touchent jusqu’à quatre fois. L’américain se révèle donc plus un combattant d’anti-air et de pressing, facilité en cela par ses cross-ups et sa célèbre kara throw qui a une très grande portée.

Le dernier Empereur

Le lien fort existant entre les deux amis et élèves de Gouken s’est tissé au fil des épisodes, à travers des événements qui ont touché l’un et l’autre. Le bandeau rouge de Ryu, blanc à l’origine, est un cadeau que Ken lui fait à la fin de Street Fighter Alpha 2 – même si l’histoire n’explique pas pourquoi il redevient blanc dans Alpha 3. L’américain est un travailleur acharné et un ami fidèle et fiable qui aide à ce moment-là le japonais à se remettre de sa rencontre troublante avec Akuma, son offrande devant permettre de lui rappeler de rester concentré. Toujours animé d’une volonté de montrer à son rival qu’il possède encore un esprit combatif en répondant présent à ses défis, il viendra à son secours lorsque M. Bison voudra recruter Ryu dans son organisation pour l’énergie maléfique (Satsui no Hado) qui le trouble. En effet, le guerrier itinérant est rongé par un mystérieux pouvoir qui l’a amené à se battre avec son ami et à chercher la victoire à tout prix face à Sagat lors du premier tournoi Street Fighter.

Celui que l’on nomme l’Empereur du Muay Thai domine le jeune vagabond en finale de ce championnat qu’il a organisé pour montrer au monde entier sa supériorité. Il lui tend la main pour terminer le combat. C’est alors que le Satsui no Hado pousse Ryu à asséner un coup peu honorable à son adversaire, sous la forme d’un shoryuken qui déchire la poitrine du boxeur thaïlandais, lui laissant une énorme cicatrice. Touché dans sa chair et dans son coeur, Sagat disparaît quelques temps après sa défaite, rempli de doutes. Il fait son retour dans l’épisode Alpha, mais il est de nouveau battu par Ryu, car encore bien trop envahi par la haine. Ce chemin parsemé de ressentiment, d’aigreur et de colère l’amènera à rejoindre les rangs de la peu recommandable organisation de M. Bison.

Quand Ryu trace sa route vers la perfection, la voie du guerrier, sur les traces de son maître disparu, Sagat court après sa revanche envers ce dernier. Et lui-même est poursuivi par Dan, dont il a tué le père lors d’un combat terrible qui lui a valu le titre d’Empereur du Muay Thai et de perdre son œil (droit, gauche, ça dépend de quel côté il est, sic). Ses rencontres avec l’homme à la queue de cheval, ainsi que sa bienvenue clairvoyance face aux agissements de M. Bison, le remettront sur un chemin plus apaisé, jusqu’à vouloir un duel honnête face à un Ryu en pleine possession de ses moyens et non perturbé par son pouvoir maléfique. Au final, la haine se transforme en rivalité respectueuse entre ces deux formidables combattants qui auront leur vraie revanche lors de l’épisode IV.

Hautain et cynique, Sagat est en fait un homme d’honneur et de principes, et pas foncièrement mauvais. Mesurant 2,26 m pour 128 kg, pouvant selon la légende rester vingt minutes en apnée, portant un cache-oeil et marqué d’une immense cicatrice, il possède toutes les qualités du boss qui en impose et qui fait peur, sorte de Végéta de la saga Street Fighter. Il reste finalement l’emblématique, l’originel et le principal antagoniste du héros, même s’il peut être considéré d’un point de vue gameplay comme un Ryu plus lent et plus puissant. En effet, leurs styles de combat, apôtres des quarts de cercles et des “Z”, se rejoignent sur beaucoup de points: de leurs boules de feu qui permettent de tenir l’adversaire à distance à leur Dragon Punch/Tiger Uppercut arme anti-air, en passant par leurs coups de pieds en avant (Tiger Knee et Tatsumaki). Sagat est un personnage dit “craqué” (déjà dans Street Fighter), monstre de défense et de puissance qui a nui à l’équilibre du roster du quatrième opus, pouvant encaisser un grand nombre de coups, tout en mettant en difficulté son adversaire en quelques balayettes et qui, surtout, dispose de situations simples de juggles pour enchaîner sur son Ultra.

Dans toute bonne histoire, il faut un héros charismatique, ainsi que des partenaires et des rivaux à la hauteur; on ne peut pas dire que la saga Street Fighter se soit ratée sur ces points.

Sources: Bas Gros Poing, Eventhubs, Wikipedia.

La mythologie asiatique possède une immense richesse, que le jeu vidéo a repris abondamment à son compte. Du Japon à l’Inde, en passant par la Thaïlande et la Chine, nombreuses sont les références aux religions de la partie la plus orientale du continent, parmi lesquelles le shintoïsme, le bouddhisme ou l’hindouisme. Nous vous invitons à un voyage coloré, multiculturel et peuplé de divinités et de démons de toutes sortes.

Du côté du Japon

Sainte Terre du médium, le Japon et son folklore ont été maintes fois dépeints, des légendes du Nippon ancestral aux démons Oni connus de tous. L’inoubliable Ōkami propose au joueur d’incarner Amaterasu, déesse du Soleil et de la Lumière réincarnée en loup, à travers un magnifique voyage tout en estampes au coeur du Japon mythique, à la recherche des pouvoirs des dieux du Pinceau Céleste – qui empruntent eux à l’astrologie chinoise. Le but est de redonner vie à un monde plongé dans l’obscurité par Orochi, le démon-serpent à huit têtes. Le titre de feu Clover est parsemé de références aux mythes nippons. On y visite temples de cultes et autels, on y loue les Cieux, on y bénit la Nature, on y croise des divinités animales, on y combat toutes sortes de démons. Sa suite, Ōkamiden, sortie sur Nintendo DS en 2011 en Europe, emprunte les mêmes chemins, les mêmes mécaniques, les mêmes tons et la même calligraphie qui rendent si bien hommage à la mythologie japonaise.

Les démons Oni ont eu droit à une série éponyme de RPG au tour par tour développée par Pandora Box sur Game Boy, SNES et PlayStation, et dont les opus les plus notables sont probablement Kininkou Maroku Oni et Bakumatsu Kourinden ONI. Ces entités ont surtout été reprises dans Onimusha, Muramasa: The Demon Blade ou encore le récent Nioh. Ils y incarnent évidemment une bonne partie des antagonistes, et sont le menu fretin à éliminer pour samurais courageux et autres ninjas vagabonds. Une thématique simple, mais ô combien efficace pour un jeu vidéo d’action brutal et technique, qui peut même lorgner vers l’horreur s’il le souhaite. Plus sombres que Ōkami, ces titres sont surtout des prétextes à implémenter les mythes nippons dans l’histoire réelle du pays: ère Genroku pour Muramasa, époque Sengoku pour Onimusha et Nioh, tous invoquant des conflits ayant secoué le pays ou des personnages politiques forts, les Tokugawa et autres Oda. La mythologie sert donc ici à enrichir un contexte, plutôt qu’en être le sujet principal. Décors et narrations s’entremêlent, comme l’est le combat exceptionnel face à la pieuvre Umibōzu avec une toile de fond qui rappelle évidemment La Grande Vague de Kanagawa.

Toujours dans le genre beat’em all, Mystical Fighter, sur Mega Drive, fait incarner un kabuki (du nom du théâtre japonais traditionnel épique) dans un jeu en 2D à scrolling horizontal, avec un gameplay proche de Golden Axe. Le titre de KID Corp. use lui aussi d’un style sombre et fait visiter temples, maisons et lieux hantés. Plus orienté plateforme, Ninja Kid, de son nom original Gegege no Kitaro: Fukkatsu! Tenma Daiou pour ne pas le confondre avec des homonymes, met aux commandes d’un jeune garçon yōkai dans une adaptation de la série animée Kitaro Le Repoussant. Le but est ici d’empêcher la résurrection du Roi Démon Tenma. On est plus ici dans l’hommage aux esprits de l’imaginaire japonais, comme dans le très apprécié Shin Megami Tensei: Persona 4. Jeu ô combien psychologique, le soft d’Atlus fait intervenir les personas, entités miroirs des personnalités et des âmes des protagonistes (des lycéens contemporains de notre époque), et lui donne directement des noms de divinités nippones: Izanagi (co-créateur shintoïste du monde), Jiraiya, Amaterasu (encore), Himiko, Izanami (femme de Izanagi et à la fois déesse de la création et de la mort), etc.