Salut mon Serpent !

Bon, et comme je le disais la semaine passée, nous voilà arrivés au dernier mois de l’année. Bref, le mois des rétrospectives et autres « moments marquants » de l’année, car au lieu de se dire qu’il nous reste encore un mois avant de changer la plus grosse division temporelle de nos calendriers, on enterre déjà le mois de décembre comme s’il ne pouvait s’y passer quoi que ce soit de marquant, ce qui tend à prouver que l’Avent est une période insignifiante. Ah mon reptile, comme il est fatiguant d’avoir toujours raison, et surtout avant tout le monde… Bref, que retenir de 2017 hormis la somptueuse différence de génération entre notre Président et sa légitime ? Et bien je n’en sais rien. D’un point de vue strictement ludique, ma rétrospective 2017 pourrait être très similaire à ce que furent mes rétrospectives 2016, 2015, 2014…En ce sens que je ne joue pas à ces titres qui ont pour tort de ne pas être âgés (bon, pas aussi vieux que madame la première dame de France, et heureusement).

Même si au final, je te dois quand même d’avoir tâté de quelques joyeusetés estampillées 2016 et 2017, comme le très filaire mais incroyablement subtil Linelight, ou le vertigineux Splasher, mais qui tous deux sont au final d’excellentes déclinaisons de principes de jeu vidéo liés au passé. Bref et quoi qu’on en dise, 2017 pour moi ne brille pas par son actualité mais depuis le temps tu as du t’en apercevoir. Et tous les grands moments que je passe sont donc datés, même ceux qui pourtant se sont déroulés cette année, comme mon récent passage dans les studios de Nolife… Récent passage mis sous le signe de titres bien rétro et bien exigeants qui ont tous pour éminent mérite d’avoir su me séduire. Et quand un jeu me séduit, vois-tu, il ne peut qu’être bon ! Car et si j’aime la difficulté comme autant de défis à relever, je sais moi-même me montrer difficile. C’est pour ça que même si un candidate ou mieux, une lauréate d’un concours national ou international de beauté me proposait une petite gâterie, je n’aurai aucun scrupule à l’envoyer bouler à grand renfort de termes fleuris qui me feraient passer pour un affreux misogyne, moi qui vomit l’écriture dite inclusive et qui  respecte parfaitement la grammaire française…grammaire pour laquelle le masculin l’emporte sur le féminin. Et oui, c’est comme ça, et puis tu me connais : il n’y a que du jeu vidéo et de la grammaire française que je respecte les règles, dans l’ivresse des pixels et des mots !

Bon, il est donc arrivé, le mois de décembre, et je te parie qu’après décembre viendront janvier, puis février, puis mars, et ainsi de suite jusqu’au décembre prochain. Et je te parie déjà mes testicules que si je suis encore de ce monde, je te dirai vraisemblablement la même chose fin novembre 2018, qui accessoirement sera le second mois de ma quarantaine. Et oui, le temps s’écoule mais jamais mon goût du vieux ne s’écule (sic, du verbe éculer qui signifie s’émousser, et non du verbe écouler ou du verbe enc… euh, pardon). Après tout, d’autres aiment le vieux ou plutôt la vieille et résident dans un palais parisien, moi j’aime le vieux et je réside dans un appart de banlieue. Mais je crois que tel le petit joueur de fluteau de Brassens, je suis ici à ma place, pas comme l’autre, là-bas dans son palais parisien avec sa Jocaste !  Je te souhaite un bon mois de décembre mon serpent, et j’espère que toi aussi, tu es aussi à l’aise dans ton vivarium à jouer à ce que tu aimes, car même si j’apparais toujours comme un vieux con sectaire et fermé, je fais mien un principe fondamental : pour aimer jouer, jouons à ce que nous aimons ! Même si j’avoue ne plus comprendre et ce depuis longtemps le goût actuel des masses.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Salut mon serpent.
Bon, ton actualité a vibré au rythme de la série Street Fighter, et c’est pour cela que cette semaine je tiens à dédier mon topo à deux des femmes les plus importantes de ma vie. Et ça nous changera des hashtags qui appellent à balancer ton porc (mais pourquoi tant de haine pour cet animal qualifié de magique par Homer Simpson et dont l’importance gastronomique n’est plus à prouver, même si à mon grand regret j’ignore tout de son goût ?). Je me permets simplement de dire que tous les messages ainsi « tagués » constitueront une bien piteuse littérature dont on rira bientôt, là où les authentiques victimes savent que pour faire justice, il faut plus que les quelques 140 caractères généreusement alloués par Twitter. Et accessoirement que certains actrices has-been qui ont un jour accepté d’écarter les cuisses pour percer (et se faire percer) sont finalement tout autant « truies » que les « porcs » qu’elles dénoncent.

Bref, oublions ces minables appels à la délation pour revenir à notre propos : ces deux femmes auxquelles je vais dédier quelques mots. La première est une bien endurante personne pour laquelle je me foutrai au feu s’il le fallait, il s’agit de ma propre compagne qui tolère mes sessions d’entraînement, mes innombrables post-it collés à même le mur derrière mon écran d’ordi et surtout qui a su voir en moi autre chose que ce sac de fumier fielleux que bien du monde décèle en moi. Je crois même qu’elle est la personne qui sait le mieux au monde quel est mon rapport réel au jeu vidéo ! Bon, tu viens juste après mon serpent, ne t’en fais pas… Mais à nouveau, vivre avec un type comme moi, seule ma compagne en serait capable, car cela constitue une véritable dévotion encore plus pesante que ne le seraient les douze travaux d’Hercule.

L’autre femme à qui j’adresse mes remerciements se nomme Chun-Li. Car je l’affirme haut et fort, Chun-Li a fait à elle seule bien plus que toutes ces féministes plus ou moins enragées qui pourtant croient que leurs aboiements sont d’une quelconque utilité en ce monde injuste… Oui, Chun-Li, la première véritable femme active du monde du jeu vidéo dont les coups de pied supersoniques ont calmé bien des m’as-tu-vu de la manette. Pour la première fois, une femme s’imposait dans un milieu masculin et musclé. Et a su d’emblée susciter l’admiration et le respect de toute cette génération de joueurs, en des temps où l’on considérait le jeu vidéo comme une occupation absconse au mieux, ou comme un mal venu d’ailleurs au pire, à la manière de la syphilis qu’on appelait le « Mal de Naples » à son arrivée au royaume de France vers 1495 ! Bref, cette escouade de joueurs qui de suite ont su reconnaître le charisme de l’experte chinoise ont su démentir ce préjugé du joueur fatalement machiste, et j’aime à me compter parmi eux. Car oui, j’étais non pas scandalisé, mais réellement impressionné de voir à quel point ce personnage surnageait allègrement, parmi les colosses  qu’étaient Zangief et Honda et pouvait calmer les karatéka aguerris qu’étaient Ken et Ryu…

Oui mon serpent, Chun-Li est à ce titre une des femmes de ma vie ! Et là où à l’époque certains déjà ou plutôt certaines allaient jusqu’à déplorer l’arrivée d’un personnage féminin dans le monde du jeu de cogne sous prétexte qu’il fallait lui taper dessus, Chun-Li n’en a pas souffert et a connu la brillante carrière que l’on sait. Finalement le jeu vidéo est très égalitaire : si Chun-Li accepte de donner des coups, elle accepte autant d’en recevoir. Imagine-toi si, pour complaire à certaines, notre adepte des coups de lattes à répétition eût été invincible… Bref, Chun-Li a féminisé le jeu vidéo tout comme ma compagne a féminisé mon existence.  Et c’est pourquoi je tiens à les remercier toutes deux. Il y a encore quelques années, un homme qui fréquentait (et plus si affinités) plusieurs femmes en même temps était un Don Juan, alors qu’une femme qui en faisait de même n’était qu’une salope. À présent, on tendrait à assister à l’inverse : un homme qui fréquenterait donc plusieurs femmes est un salaud tandis qu’une madame qui en ferait de même avec plusieurs hommes serait une femme dite « libérée ». Remplacer le machisme par la misandrie ne revient qu’à remplacer une connerie par une autre, et ça, ma compagne et Chun-Li l’ont bien compris. Décidément, je les aime ! Et j’ajouterai que je les aime plus que moi-même. Et mon serpent, j’espère que toi aussi, tu aimes Chun-Li et Madame Serpent. Transmets-d’ailleurs mes humbles respects à cette dernière.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.
PS : laisse-moi finir en te citant les vers suivants, extraits du texte de Brassens intitulé Le Blason :
En attendant, madame, il semblerait dommage,
Et vos adorateurs en seraient tous peinés,
D’aller perdre de vu’ que pour lui rendre hommage,
Il est d’autres moyens et que je les connais,
Et que je les connais.

En 1984, Data East sort Karate Champ, jeu vidéo de combat dans lequel il est possible de jouer à deux, en face-à-face. Les personnages disponibles ont exactement les mêmes coups, l’un revêtant un kimono blanc, l’autre un rouge. Ces éléments seront repris par International Karate, ce qui vaudra à son développeur System 3 une mise en procès par Data East. Ce principe de duplication, Street Fighter premier du nom l’utilise pour son personnage principal: Ryu. Disponible seulement en mode deux joueurs, Ken Masters est une copie en habit rouge de celui que l’on présente comme son ami, frère d’armes et rival. Au départ affublés des mêmes coups et des mêmes caractéristiques, les deux personnages certainement les plus populaires de la saga de Capcom se différencieront peu à peu, tant sur les plans du gameplay, que ceux du caractère et de l’histoire personnelle. Le japonais solitaire entretiendra également en parallèle une longue rivalité avec l’antagoniste le plus badass de la série, aka Sagat.

Sure, you’re Ken!

Ryu est bien dans le style de l’époque de sa création : un karatéka héros, sérieux, vagabond, doté d’une personnalité un peu psychorigide voire monomaniaque, obsédé par sa quête personnelle, son chemin vers la perfection. Ken, lui, s’il a, par la suite, mené une autre vie plus rangée avec femme et enfant, répond au cliché du blond californien riche, enfant gâté, célèbre et beau gosse. Quand le premier est calme, humble, sobre, le second se distingue par son enthousiasme et une extravagance qui frise l’arrogance. Leur amitié et leur rivalité sont des éléments clés de la saga Street Fighter. Elles ont probablement fortement contribué au si grand succès de ces personnages, aussi bien auprès du grand public que des joueurs spécialistes (Daigo Umehara notamment).

En effet, leur classicisme, en comparaison des personnages hauts en couleurs que l’on trouve par ailleurs dans la série, loin d’être une faiblesse, résonne directement dans l’inconscient collectif des amateurs de fiction martiale. Leurs traits de caractère s’avèrent simples, efficaces et facilitent l’identification du joueur à ces deux héros finalement complémentaires. On dépasse le stade du cliché pour basculer dans celui de l’archétype romanesque martial. On ne s’étonnera donc pas de leur succès face aux créations plus “baroques” de l’univers Street Fighter.

Leur gameplay accessible, équilibré et profond, permet de nombreuses possibilités. Par exemple, Ryu, doté d’une vitesse d’exécution moyenne, a au fil du temps augmenté ses qualités de lanceur et sa puissance, devenant un maître du zoning et possédant de multiples options de settings de ses furies Super ou Ultra, lesquelles peuvent toutes être utiles (dans les épisodes III.3 et IV notamment), offrant ainsi des styles différents aux joueurs et lui permettant d’être régulièrement parmi les top tiers. De son côté, Ken est aussi plutôt facile à prendre en main, enchaînant des coups plus rapides et plus nombreux que son ami, comme ses shoryukens enflammés qui touchent jusqu’à quatre fois. L’américain se révèle donc plus un combattant d’anti-air et de pressing, facilité en cela par ses cross-ups et sa célèbre kara throw qui a une très grande portée.

Le dernier Empereur

Le lien fort existant entre les deux amis et élèves de Gouken s’est tissé au fil des épisodes, à travers des événements qui ont touché l’un et l’autre. Le bandeau rouge de Ryu, blanc à l’origine, est un cadeau que Ken lui fait à la fin de Street Fighter Alpha 2 – même si l’histoire n’explique pas pourquoi il redevient blanc dans Alpha 3. L’américain est un travailleur acharné et un ami fidèle et fiable qui aide à ce moment-là le japonais à se remettre de sa rencontre troublante avec Akuma, son offrande devant permettre de lui rappeler de rester concentré. Toujours animé d’une volonté de montrer à son rival qu’il possède encore un esprit combatif en répondant présent à ses défis, il viendra à son secours lorsque M. Bison voudra recruter Ryu dans son organisation pour l’énergie maléfique (Satsui no Hado) qui le trouble. En effet, le guerrier itinérant est rongé par un mystérieux pouvoir qui l’a amené à se battre avec son ami et à chercher la victoire à tout prix face à Sagat lors du premier tournoi Street Fighter.

Celui que l’on nomme l’Empereur du Muay Thai domine le jeune vagabond en finale de ce championnat qu’il a organisé pour montrer au monde entier sa supériorité. Il lui tend la main pour terminer le combat. C’est alors que le Satsui no Hado pousse Ryu à asséner un coup peu honorable à son adversaire, sous la forme d’un shoryuken qui déchire la poitrine du boxeur thaïlandais, lui laissant une énorme cicatrice. Touché dans sa chair et dans son coeur, Sagat disparaît quelques temps après sa défaite, rempli de doutes. Il fait son retour dans l’épisode Alpha, mais il est de nouveau battu par Ryu, car encore bien trop envahi par la haine. Ce chemin parsemé de ressentiment, d’aigreur et de colère l’amènera à rejoindre les rangs de la peu recommandable organisation de M. Bison.

Quand Ryu trace sa route vers la perfection, la voie du guerrier, sur les traces de son maître disparu, Sagat court après sa revanche envers ce dernier. Et lui-même est poursuivi par Dan, dont il a tué le père lors d’un combat terrible qui lui a valu le titre d’Empereur du Muay Thai et de perdre son œil (droit, gauche, ça dépend de quel côté il est, sic). Ses rencontres avec l’homme à la queue de cheval, ainsi que sa bienvenue clairvoyance face aux agissements de M. Bison, le remettront sur un chemin plus apaisé, jusqu’à vouloir un duel honnête face à un Ryu en pleine possession de ses moyens et non perturbé par son pouvoir maléfique. Au final, la haine se transforme en rivalité respectueuse entre ces deux formidables combattants qui auront leur vraie revanche lors de l’épisode IV.

Hautain et cynique, Sagat est en fait un homme d’honneur et de principes, et pas foncièrement mauvais. Mesurant 2,26 m pour 128 kg, pouvant selon la légende rester vingt minutes en apnée, portant un cache-oeil et marqué d’une immense cicatrice, il possède toutes les qualités du boss qui en impose et qui fait peur, sorte de Végéta de la saga Street Fighter. Il reste finalement l’emblématique, l’originel et le principal antagoniste du héros, même s’il peut être considéré d’un point de vue gameplay comme un Ryu plus lent et plus puissant. En effet, leurs styles de combat, apôtres des quarts de cercles et des “Z”, se rejoignent sur beaucoup de points: de leurs boules de feu qui permettent de tenir l’adversaire à distance à leur Dragon Punch/Tiger Uppercut arme anti-air, en passant par leurs coups de pieds en avant (Tiger Knee et Tatsumaki). Sagat est un personnage dit “craqué” (déjà dans Street Fighter), monstre de défense et de puissance qui a nui à l’équilibre du roster du quatrième opus, pouvant encaisser un grand nombre de coups, tout en mettant en difficulté son adversaire en quelques balayettes et qui, surtout, dispose de situations simples de juggles pour enchaîner sur son Ultra.

Dans toute bonne histoire, il faut un héros charismatique, ainsi que des partenaires et des rivaux à la hauteur; on ne peut pas dire que la saga Street Fighter se soit ratée sur ces points.

Sources: Bas Gros Poing, Eventhubs, Wikipedia.

Salut mon serpent, comment vas-tu ? Vois-tu, en ce moment, les choses sont plus calmes. Cyril Hanouna ne fait pas trop parler de lui, Christine Angot semble se résoudre à aboyer un peu moins fort en attendant de se faire refaire le portrait pour ne plus ressembler à un chihuahua mais à un caniche et la justice continue de blanchir les cols blancs qui s’en retrouvent encore plus blancs que blanc pour paraphraser ce cher Michel. Donc, comme l’actualité ne bouge pas beaucoup et que les gazettes ont bien besoin de leur dose de sensationnel pour faire exciter le peuple et les folliculaires, on nous ressort l’affaire Grégory.

OK mon serpent, je sais, et avant que je ne sais quel esprit chafouin vienne m’aboyer dessus tel le ferait une quelconque Angot, oui, je sais cette affaire sinistre est avant tout celle d’un infanticide survenu sur fond de « France profonde » en 1984. Bon. Mais en 2017, où se situerait l’abjection ? Pour moi c’est bien simple : au lieu de nous rebattre les esgourdes avec je ne sais trop quel nouvel et forcément décisif (ben voyons) élément pour identifier le « corbeau »  sans même savoir si ce sordide individu est bien le meurtrier, la justice devrait déclarer haut et fort « nous avons été lamentables et cette affaire est un fiasco manifeste ». Car telle est bien l’affaire Grégory, celle d’un réel naufrage, et même doublement plus révoltant car dans cette histoire, un malheureux mioche a fini au bouillon et un homme a été abattu de sang-froid par le père de la victime, comme si une victime en appelait fatalement une autre. Permets-moi de te faire un cours de droit pénal mon serpent : tuer un homme à dessein et avec un plan tout méthodique ça ne s’appelle même plus un meurtre, mais un assassinat, et constitue en droit pénal français la plus grave des infractions juste en dessous des crimes contre l’humanité. Savoir en plus que monsieur l’assassin a été en taule un court laps de temps alors que l’assassinat est puni de perpétuité , et qu’en plus il a reçu une indemnité pour l’évident naufrage judiciaire que fut l’enquête sur la mort de l’enfant… Bref autant d’éléments qui me rendent l’affaire Grégory encore plus malodorante. Un infanticide, et doublé d’une suite d’éléments abjects dont l’hyper- médiatisation n’est pas le moindre, et se traduit en appel à la haine pour ces personnes qui, car elles ont connu la famille V., en sont donc forcément trempés jusqu’à l’os…

Alors mon serpent, laisse-moi te présenter mon hommage au petit Grégory à mon tour. Je suis scandalisé qu’un enfant soit mort de cette façon. Et qui ne pourra hélas jamais connaître les joies du jeu vidéo. Il ne saura jamais franchir les niveaux aquatiques de Super Mario Bros. Il ne dirigera jamais Ecco The Dolphin sur Megadrive. Jouer à In the Hunt lui sera à jamais interdit. Et comment pourra-t-il seulement un jour défier le sinistre compte à rebours de la Labyrinth Zone de Sonic, qui a traumatisé tous ceux qui en ces temps lointains luttaient pour trouver la sortie et les bulles d’oxygène salvatrices ? Oui mon serpent, le petit Grégory, victime de la barbarie des adultes, n’aura jamais le loisir de ces expériences ludiques autant agréables qu’enrichissantes. Et j’ajouterai qu’il ne pourra guère lire ce chef d’oeuvre de Jules Verne intitulé Vingt mille lieues sous les mers ni regarder Le grand bleu, qui reste avec Léon le seul film de Besson à peu près regardable… Même si le héros du Grand bleu semble à la fin avoir choisi de ne plus remonter en ce monde pourri, tout au moins dans sa version européenne. Alors, au lieu de penser de suite que je suis le pire des salopards que la Terre ait jamais porté, que Pol Pot était mon disciple et que je me nourris de bébés pandas, certains feraient mieux de réfléchir un peu, et de plaindre également le pauvre petit Grégory d’être devenu un genre de star post-mortem à la manière d’un Grégory Lemarchal… Et donc de n’avoir jamais connu les joies et les fiertés du jeu vidéo. Oui, je le plains sincèrement pour ça. On l’a noyé, et de cet acte ignoble découlent bien des privations…

Ce voyou de Yace ose donc ironiser sur cette triste affaire ? Oui. Mais moi au moins, je n’augmente pas mon tirage ni mon audience en mettant le petit Grégory à toutes les sauces (surtout tatare et autres qui accompagnent les fruits de mer), et jamais je n’ai accompli l’odieux geste d’infanticide en noyant un innocent, pour deux raisons qui se valent : d’une part je respecte l’enfance bien plus que l’âge mûr, et d’autre part car je suis hydrophobe au dernier degré, ayant moi-même failli périr noyé lors d’une sortie scolaire en 1988. En attendant, je vais retourner écouter le thème aquatique de Donkey Kong Country et tâcher d’oublier mon dégoût devant l’horreur adulte et ces plumitifs amateurs de scandale qui nous diront bientôt que les reliques du petit Grégory seront mises aux enchères pour financer l’achat de bouées de sauvetage et autres ceintures de flotteurs pour la piscine municipale de je ne sais trop quel patelin, et qu’on ouvrira en hommage à l’enfant un centre de thalassothérapie à son nom. Et même là mon serpent, je te parie qu’il y aura des abrutis capables d’approuver l’idée. Alors qu’imaginer le petit Grégory jouant à Ecco le Dauphin leur semblerait être un blasphème.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

 

Studio créé en 1982 et disparu en 2003, Compile a participé à l’histoire du shoot them up et ce de fort belle façon. De si belle façon qu’aujourd’hui, le souvenir de ce développeur est indissociable d’une saga phare du noble art de buter de l’alien à la tonne. Préparez-vous à sauver le monde et ce autant de fois que nécessaire : la saga Aleste ne vous lance non pas un, mais une masse de défis de haute volée.

De 1982 à 1986, Compile est une petite boîte qui semble vraiment apprécier le shoot them up, en témoigne toute une batterie de titre aujourd’hui peu connus du grand public tels Megalopolis SOS, EXA Innova, Final Justice, Guardic…Tous ces titres accusent certes leur âge mais posent les fondements d’un style déjà bien personnalisé : des shoot them up longs et bien fournis, mais encore un poil « brouillon ». Jusqu’en 1986 donc avec l’arrivée sur NES et MSX d’un titre réellement précurseur : Zanac.

Au commencement était Zanac

Ce nouveau shooter façon Compile synthétise tout ce que le développeur avait tenté d’apporter dans es productions précédentes : diversité graphique, intense fourmillement adverse et surtout deux caractéristiques intéressantes : une large étendue d’armes évolutives et un système d’intelligence artificielle qui s’adapte à la résistance du joueur. Plus le pilote sera talentueux, plus le jeu sera agressif. Les armes étant toutes fournies en nombre limité, il faudra constamment surveiller son compteur, sous un feu donc deplus en plus nourri et au long de douze niveaux ! Zanac est donc le premier shooter abouti de Compile qui a désormais posé son style. Un style qui sera encore affiné pour donner naissance à Aleste.

Aleste, première période (1988-1989)

C’est donc deux ans après Zanac que Compile sortira le premier volet de sa mythique série de shoot them up. Aleste, rebaptisé Power Strike pour le marché américain se déclinera sur MSX toujours ainsi que sur la 8 bits de Maître Sega. Ce jeu reste très proche de son ancêtre de 1986 et en garde tous les mécanismes et conserve son schéma : six niveaux très longs et difficiles, avec un souci permanent de correctement utiliser ses armes. Le système d’intelligence artificielle est également de la partie et se révèle réellement implacable tant les assauts ennemis peuvent virer au cauchemardesque. Le nombre de niveaux est certes moindre ici, mais leur durée fait d’Aleste une véritable épopée empreinte d’endurance et d’une constante angoisse devant une âpreté effrayante qui s’achèvera en apothéose avec un ultime niveau carrément odieux.

En résumé, ce premier Aleste aurait tout à fait pu s’intituler Zanac II, la seule nouveauté véritable étant une revue graphique à la hausse.Ou alors, Zanac aurait dû s’appeler Aleste 0 !

C’est en 1989 que naîtra vraiment Aleste en tant que série avec deux titres, Aleste 2 et Aleste Gaiden.

Aleste 2 donne un considérable coup de fouet au premier volet et lui accorde une « souplesse » toute neuve qui le rend un poil moins frustrant. Les armes nombreuses et évolutives viennent confirmer leur statut d’identité de la série de même que la longueur des niveaux. Le système d’adaptation du jeu à la force du joueur est quelque peu relâché pour un résultat bien plus équilibré ; l’ambition première de Compile de toujours remplir les écrans par des salves d’ennemis dont la trajectoire est définie trouve ici un magnifique exemple. Sans oublier le foutoir ambiant avec ces projectiles en surnombre. Aleste 2 augure subtilement des futurs titres de la série et demeure aujourd’hui encore une référence, un jeu très en avance sur son temps.

Aleste Gaiden est en revanche plus étrange et anodin, il faut bien le dire ! Ici, plus de vaisseau, mais un ninja en armure équipé de shuriken qui court et devra arriver au terme d’étapes bien plus courtes. Le jeu est même un hybride qui font douter de son appartenance au genre shoot them up : votre personnage dispose d’une commande de saut pour franchir les fréquents précipices qui émaillent son itinéraire, la disposition de ceux-ci étant pour le moins piégeuse ! Amusant au début, l’ensemble ne laisse pas un souvenir impérissable au vu de ce que la série avait déjà prouvé…et au vu aussi de ce qui lui restait à offrir !

Fin 1989, Aleste avait donc déjà établi son empreinte. L’évolution des supports se poursuivant, les prochains volets allaient opérer une transition et révéler un potentiel sidérant.

Salut mon serpent.

Cette humeur hebdomadaire ne te sera pas intelligible si tu ne prends pas au moins le temps de regarder le dernier spot publicitaire pour la Fédération Française de Cardiologie. Aussi, je me permets de te le faire voir en premier lieu, il suffit de cliquer ICI. Très bien, maintenant je me dois de réagir à ce que tu viens de voir. Et comme tu les sais, je suis moi-même géniteur et j’ai connu la période révolue où le jeu vidéo causait asociabilité, épilepsie et bien d’autres joyeusetés sanitaires et mentales ! Pour un peu on nous aurait dit que le jeu vidéo faisait voter Le Pen ou changeait en porc ou en singe…

Et hop, un moutard dans le décor !

Aujourd’hui donc, pour illustrer les risques cardio-vasculaires, on nous montre un mioche plutôt grassouillet, au regard aussi expressif que celui d’un mollusque reproduire  avec flegme des mouvements sur une manette de Xbox. Je me moque à nouveau de passer pour un immonde râleur juste bon à chier de la polémique, mais tout de même mon serpent, si tu as regardé le spot en question, n’as-tu pas ressenti comme une petite pointe d’agacement ? Eh ben oui, moi qui pensais qu’on en avait fini avec le préjugé du jeu vidéo qui rend con, ben non. En plus de rendre con, asocial, épileptique et lepéniste, le jeu vidéo rend donc cardiaque. Bon… En gros, et j’en suis à la fois triste et scandalisé mais guère surpris, aujourd’hui le jeu vidéo est encore et toujours source de tous les maux. Mon serpent, dois-je donc en concevoir  que je suis un père indigne, car savoir mon fiston en train de jouer pépère dans sa chambre me rassure plus que de le voir, comme dans cette pub, se prendre une gamelle en skate, pleurer de douleur après s’être défoncé le genou sur le bitume, chialer après avoir laissé une dent pas forcément de lait sur le pavé pour cause de skateboard capricieux, ou de se faire crever un oeil par un retour de balançoire qu’il n’avait pas vu venir ? Certes, toutes ces petites douleurs du quotidien forgent le caractère et sont pour certaines inévitables. Quel mioche ne s’est jamais niqué un genou en cour de récréation, quel moutard ne s’est jamais ramassé une gamelle en vélo ou quel gosse ne s’est jamais pris le ballon de foot en pleine poire ? Mais que l’on m’explique en quoi ces sensations seraient-elles plus agréables que celle d’avoir son cul -pardon, ses fesses, pardon, son fondement- installé sur le canapé, en jouant de façon innocente et sans emmerder personne ! Les plus perméables objecteront sans doute qu’il s’agissait de figurer les danger de l’inactivité pour le coeur, car il est de notoriété publique que rester peinard dans son coin rend évidemment cardiaque.

Ouin…Maman, viens m’aider, je me suis niqué le genou !

Mais pourquoi diable se sont-ils crus intelligents à la FFC de figurer une inactivité fatalement dangereuse pour le palpitant par un gamin qui joue au jeu vidéo ? C’est vrai que montrer un gamin essayer son premier joint ou se faire un rail de coke, c’est plus que tabou, hein. Pourtant, ils s’agit là de comportement à mon sens bien plus méchants et dangereux pour notre pompe à sang… Mais faut pas montrer n’importe quoi, hein. Et tout ceci pêche par la base ; en quoi jouer à un jeu vidéo serait-il une inactivité ? Faire fonctionner ses neurones n’est donc pas reconnu par la FFC ? Pour quoi donc lier un comportement présenté comme dangereux, encore et toujours au jeu vidéo ? Rester assis fait donc des enfants de futurs obèses cardiaques. Et bien évidemment, un enfant dit « sage » qui à l’image de ton distingué narrateur préférait les chaises d’une bibliothèque ou les fauteuils du salon de ses parents pour jouer à l’aise et lire, lire encore et toujours… est donc sujet à danger. Plus encore que le moutard qui se ramasserait une balançoire chargée en plein médaillon au risque d’y laisser son oeil !  Messieurs de la FFC, oui, en tant que père de famille pas plus irresponsable qu’un autre, et même plutôt attentif à la scolarité ainsi qu’à la santé de sa progéniture, et également en tant que joueur depuis des décennies et pour finir en tant qu’homme trouvant plus utiles les salons de lecture aux terrains de foot, je me permets de vous dire ceci. Ceci que voir mes descendants installés à leur convenance sur un canapé pour lire ou jouer m’est infiniment plus agréable que de devoir courir les emmener à l’hôpital pour cause de jambe cassée ou d’oeil crevé. Mais bon, il vaut mieux suggérer plus ou moins franchement que jouer à un jeu vidéo le cul posé sur un coussin est une attitude au risque mortel, tandis que se faire  refaire le portrait en tentant d’imiter Tony Hawk serait finalement bénéfique…

Mon préféré : la gamine qui se fait entarter par une balançoire ! Gag ! Et un coquart au mieux…

Vous voulez un conseil pour encore plus inciter les mioches à se dépenser et à bien manger leurs cinq fruits et légumes par jour ? Faites un jumelage publicitaire avec l’armée de terre ! Cours comme un con décérébré, apprends à utiliser des engins de mort, cela fortifiera ton coeur, parole de militaire et de grand ponte de la FFC ! Au lieu de rester chez toi à jouer à Super Mario, et en plus ça fera plaisir à Manu ainsi qu’à sa Jocaste… Manu qui veut réintroduire un service militaire afin que chaque moutard connaisse les joies de la bite au cirage et de savoir comment on massacre son prochain. Mais c’est bien sûr moins dangereux pour le coeur que de jouer sur son canapé…

Mais c’est lui qui souffre. Remarquez, vue sa trogne, deux ou trois coups arrangeraient son profil. Oui, je suis un enculé quand je m’y mets.

Vois-tu mon serpent, j’ai pour habitude de saluer ceux que j’aime quand j’ai fini de parler, et de ne rien dire aux cons. C’est pourquoi je te salue à présent, mais ne salue ni Manu, ni Jocaste, ni la FFC ! Et je n’en souffre pas avec trop de zèle.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Les origines du shoot them up se confondent avec celles du jeu vidéo et de l’informatique elles-mêmes. Pour s’en convaincre, remontons en 1962 et même avant…Un peu de paléontologie ludique ! Ce mois-ci, un bref portrait de ce qu’on hésite encore à qualifier de jeu vidéo, tout simplement car en 1962, on ne connaissait même pas encore le terme de jeu vidéo. Et pourtant..

En 1957 Willy Higinbotham avait dans un éclair de génie réussi à simuler une partie de tennis sur écran d’oscilloscope et baptisa son programme Tennis for Two, premier réel jeu vidéo de l’histoire. En ces années 50, l’informatique balbutiante que l’on croyait réservée à une élite de laborantins venait donc de révéler un visage beaucoup plus « léger », ce qui ne l’empêcha pas de se perfectionner toujours un peu plus. C’est en 1959 que fut mis au point un ordinateur primitif nommé PDP-1, premier outil de travail d’étudiants du Massachusetts Institute of Technology qui, en 1961, reprirent le concept de Tennis for Two en changeant les raquettes par deux vaisseaux spatiaux.

La guerre dans les étoiles

Le principe n’était plus de se renvoyer la balle, mais désormais de s’envoyer des balles ! Et oui, ce programme que ses créateurs intituleront Spacewar est le premier jeu de bataille spatiale et peut donc être sans trop de scrupules considéré comme l’ancêtre originel du shoot them up si ce n’est le premier témoignage des mécanismes de toute une catégorie de jeux. Certes le tout apparaît aujourd’hui comme on ne peut plus sommaire, mais il est tout à fait hors de propos de juger ce programme. Il suffit d’avoir à l’esprit l’émerveillement constitué à l’époque par le simple fait d’imprimer le mouvement à quelques points sur un écran par le biais de périphériques externes !

Un jeu à part entière

Spacewar est réellement le premier véritable programme ludique de l’histoire, dépassant le simple cadre d’une joyeuseté pour scientifique désœuvré. Il introduit tout un habillage et des règles véritables, sans négliger d’importantes subtilités.  Le principe est certes simple, il s’agit d’abattre son adversaire dans des joutes en orbite. Cependant, les inventeurs de cette petite révolution en points blancs sur fond noir lui ont témoigné un soin bien présent qu’il faut décrypter par-delà l’obscur de l’écran. Premièrement, les deux vaisseaux sont nettement distincts, ce qui évite les confusions et rend l’expérience de jeu inédite. Cette différence n’est rien moins que le premier exemple de design de l’histoire du jeu vidéo ! Deuxièmement, Spacewar établit de réelles techniques de jeu dont certaines sont étonnantes pour un programme né en 1961 et sorti l’année suivante. Les tirs de chacun des engins obligeront les joueurs à viser correctement. Viser ai-je dit ! Le mot est lâché : cet impératif premier du genre shoot them up vient de faire son entrée dans la chronologie. Spacewar en vire rapidement à une véritable course-poursuite entre pilotes.Autre élément purement conceptuel : le piège mortel situé au centre de l’écran.  Tout affairé qu’il sera à tenter de dessouder son compétiteur, le joueur devra prendre garde à ne pas être pris dans l’attraction du point central de l’aire de jeu, faute de quoi il ira s’abîmer dessus, laissant ainsi la victoire à son adversaire. Là où l’idée devient géniale, c’est qu’un joueur suffisamment doué peut utiliser ce piège à son avantage en se maintenant en orbite immédiate du point central et s’en échapper in extremis après avoir amené son vis-à vis à l’y rejoindre ! Ce qui rendra l’opposant soit plus facile à abattre soit en très mauvaise posture s’il ne parvient pas lui aussi à se dégager de l’attraction fatale…Il est vrai que cette technique relève plus de l’aspect « affrontement » que du côté « shoot them up », mais qu’importe, elle constitue bel et bien une richesse pour les joueurs.

L’espace et le folklore

Le jeu s’offre également le luxe de simuler de véritables constellations qui ne sont certes et à nouveau que des points sur fond noir, mais tel fut bien le tout premier souci graphique de l’histoire du jeu vidéo. Au-delà, Spacewar a bel et bien insufflé le style « space opéra » qui sera celui d’une majorité de shoot them up par la suite.Dans ces années 60, l’espace était une source de rêverie et l’une des manifestations de l’affrontement des deux blocs dans leur démonstration de puissance. Si les mecs de l’Est furent les premiers à envoyer des êtres vivants se balader là-haut, ceux de l’Ouest auront été les premiers à rendre l’espace accessible au commun des joueurs. Et aujourd’hui, quelle trouvaille a le plus d’importance pour nous autres joueurs ? Sauf le respect que je dois à Leika la chienne infortunée et à Youri Gagarine, leurs exploits m’importent bien moins que ce Spacewar qui fut la première émergence du jeu vidéo. Parole !

Conclusion

Vous l’aurez sans doute constaté de vous-même : le jeu n’est guère que quelques pixels sur un fond noir, désespérément noir ! Mais pouvait-il en être autrement en cet an de grâce 1962 ? Vu l’état fort primitif de l’informatique, Spacewar est déjà en soi un miracle.  Et il faut bien commencer par un premier pas.  Un premier pas qui vous fait quand même voir les étoiles en cette décennie de conquête spatiale.

 

 

Salut mon serpent ! Comment vas-tu en cette semaine automnale ? Vois-tu, Roland Topor déclarait que la seule chose qui reste quand tout le monde est parti, c’est la masturbation. Je souscris à cette triviale mais ô combien juste observation, mais je vais tâcher de développer une nouvelle idée assez voisine. Car pour moi, la seule chose qui reste quand tout est parti, c’est la mémoire. Et après tout, on peut aussi masturber ses méninges, l’avantage c’est qu’il n’ya pas besoin de sortir un kleenex une fois l’opération menée à bien, ou alors plus pour essuyer des larmes de nostalgie en lieu et place de sa séminale production ou de sa naturelle lubrification, selon que l’on soit  du genre XY ou XX.
Oui, cette mémoire qui se substitue à tout si on lui donne les rênes, et crois-moi, je le fais plus que de raison ! Voir à quel point nous vivons une période d’inculture pour ne pas dire de connerie crasse, voir des puceaux de 13 ans (quoique, je m’égare, être puceau à 13 ans est encore une chose fort concevable !) dire de Brassens qu’il était un rappeur avant de saloper la formidable Mauvaise Réputation me donne envie de vendre ces moutards à des bûcherons en manque. M’apercevoir que le plus grand succès de librairie de ces dernières années n’est qu’un brûlot vengeur et mal composé d’une ancienne concubine de l’Élysée au pays de Molière, de Voltaire et de Jean Meslier me rend la digestion plus difficile et se traduit par de sauvages, imprévisibles et intempestives expulsions de liquide teinté marronâtre  par un orifice habituellement conçu pour livrer passage à des matières plus compactes. Et assister impuissant à l’évolution du jeu vidéo vers toujours plus de ringardise et de messages militaristes ou abrutissants façons Call of Duty et l’inénarrable 1,2…Switch ! achève de me démoraliser.
Oui mon serpent, vers qui d’autre que toi puis-je me retourner en ces moments d’abîme, en ces phases de basse pression ? Au surplus, je ne suis sans doute pas fait pour porter une cocarde qui me rendrait fier, car penser à Jupiter, à sa Jocaste ainsi qu’à leur clébard au nom emprunté d’un célèbre capitaine de la littérature française me donne à nouveau de l’urticaire purulente en plus d’un impétigo qui viendrait enlaidir mes virils attributs !

Le cerveau…aussi maléfique que bénéfique, à vous de voir !

Oui mon serpent, en ces temps-là, je n’ai d’autre choix que me réfugier entre mes deux oreilles et sous ma boîte crânienne pour enfin y trouver des salons à ma convenance. Salons faits de grands moments de jeu sur Super Nintendo, de mes premiers hurlements de triomphe devant Super Mario World ou U.N.Squadron, bruyantes manifestations qui me valaient bien souvent d’autres élans vocaux de mon père qui, inconscient du bonheur que je ressentais, venait me faire comprendre que je devais la mettre en veilleuse… Ou encore de ces instants de profonde adrénaline lors d’une première rencontre avec Mother Brain ou quelque autre antagoniste réputé, cette impression d’être un homme exceptionnel en lançant les crucifix de la lutte sur le cadavérique faciès du comte Dracula à la fin de Super Castlevania IV, et qui aujourd’hui me donne le droit d’avoir participé aux Chroniques Rétro Castlevania aux côtés du Dr.Lakav (c’est l’instant auto-promo, mais croyez-moi c’est du lourd et c’est pas écrit par un rappeur contemporain ni par une pétasse aux gros lolos et sans neurones !)… Ou encore d’allier la console à ma toute juvénile curiosité de l’anatomie en laissant la console allumée pour faire croire à une partie en cours tandis que je tentais la peur au ventre d’observer les navets érotisants du dimanche soir sur une sixième chaîne du PAF ! Car oui, il était toujours moins dur de prétendre jouer tard le soir que d’avouer regarder ces subtiles amas de dialogues niais et de plans mal cadrés mais qui laissaient parfois entrevoir un bout de nibard, un ou deux poils et d’authentiques contre-Apollons ventrus qui copulent en gardant leur calbute !
Vois-tu mon serpent, tous ces souvenirs dont l’immense majorité est liée au jeu vidéo aujourd’hui sont un peu le mortier qui cimente les parts de cet improbable édifice d’1,76 m de haut pour 136 kg de masse globale. Et je n’en renie rien, bien au contraire. C’est même toutes ces souvenances plus ou moins désordonnées qui aujourd’hui ont dopé toute ma motivation à m’ériger joueur sectaire et « yaciste ». La mémoire mon serpent est sans doute le plus beau cadeau que l’anatomie m’ait jamais offert, car en plus de me permettre de fuir cette putain de foutue époque faite de bêtise, d’extrémisme religieux et de finance triomphante sur toile de bénédiction par l’état qui ici vend les droits et les acquis sociaux sur ordonnances ! Heureusement que la vaseline reste en vente libre et non sur ordonnance (jeu de mots navrant mais d’actualité). Bref pour m’extraire de ce triste milieu, deux remèdes : ma cervelle (qui est à la fois ce que j’ai de plus précieux et de plus malsain) et ton oreille toujours à l’écoute.

Qu’elle persiste….et dure toujours !

Allez sur ce, je te dis à la prochaine, j’ai un ou deux fonctionnaires à engueuler. n’est-il pas formidable de devoir rendre des comptes à des gratte-papier déshumanisés sans la moindre culture qui savent juste emmerder le misérable et miséreux mais pourtant contribuable que je suis, alors qu’ils seraient bien incapables d’aligner deux mots en un acceptable français ?Entre eux et les membres d’une certaine coterie qui me pressent de signer chez eux, je te jure ! Je crois que je vais aller rejouer à Tetris sur Game Boy en regardant la saison 2 des Simpson, histoire de quitter 2017 pour revenir en 1992. Une époque où on se marrait encore, où Dorothée était encore à la téloche tous les jours et où Cabu intervenait encore par la parole et le crayon contre les tentatives racoleuses et vomitives de l’armée de se présenter comme un outil de camaraderie et d’intégration… mais selon le regretté et incisif monsieur à la coupe au bol « ne montrait jamais les cadavres, ni les boyaux répandus, ni les larmes d’un camp et de l’autre ». Je te salue et à dans une semaine pour un futur proche mais que je n’ose pourtant pas imaginer !

Yace, vieux grincheux pas si vieux qui se masturbe entre autres  les méninges pour en faire éjaculer les bons souvenirs.

La mythologie asiatique possède une immense richesse, que le jeu vidéo a repris abondamment à son compte. Du Japon à l’Inde, en passant par la Thaïlande et la Chine, nombreuses sont les références aux religions de la partie la plus orientale du continent, parmi lesquelles le shintoïsme, le bouddhisme ou l’hindouisme. Nous vous invitons à un voyage coloré, multiculturel et peuplé de divinités et de démons de toutes sortes.

Du côté du Japon

Sainte Terre du médium, le Japon et son folklore ont été maintes fois dépeints, des légendes du Nippon ancestral aux démons Oni connus de tous. L’inoubliable Ōkami propose au joueur d’incarner Amaterasu, déesse du Soleil et de la Lumière réincarnée en loup, à travers un magnifique voyage tout en estampes au coeur du Japon mythique, à la recherche des pouvoirs des dieux du Pinceau Céleste – qui empruntent eux à l’astrologie chinoise. Le but est de redonner vie à un monde plongé dans l’obscurité par Orochi, le démon-serpent à huit têtes. Le titre de feu Clover est parsemé de références aux mythes nippons. On y visite temples de cultes et autels, on y loue les Cieux, on y bénit la Nature, on y croise des divinités animales, on y combat toutes sortes de démons. Sa suite, Ōkamiden, sortie sur Nintendo DS en 2011 en Europe, emprunte les mêmes chemins, les mêmes mécaniques, les mêmes tons et la même calligraphie qui rendent si bien hommage à la mythologie japonaise.

Les démons Oni ont eu droit à une série éponyme de RPG au tour par tour développée par Pandora Box sur Game Boy, SNES et PlayStation, et dont les opus les plus notables sont probablement Kininkou Maroku Oni et Bakumatsu Kourinden ONI. Ces entités ont surtout été reprises dans Onimusha, Muramasa: The Demon Blade ou encore le récent Nioh. Ils y incarnent évidemment une bonne partie des antagonistes, et sont le menu fretin à éliminer pour samurais courageux et autres ninjas vagabonds. Une thématique simple, mais ô combien efficace pour un jeu vidéo d’action brutal et technique, qui peut même lorgner vers l’horreur s’il le souhaite. Plus sombres que Ōkami, ces titres sont surtout des prétextes à implémenter les mythes nippons dans l’histoire réelle du pays: ère Genroku pour Muramasa, époque Sengoku pour Onimusha et Nioh, tous invoquant des conflits ayant secoué le pays ou des personnages politiques forts, les Tokugawa et autres Oda. La mythologie sert donc ici à enrichir un contexte, plutôt qu’en être le sujet principal. Décors et narrations s’entremêlent, comme l’est le combat exceptionnel face à la pieuvre Umibōzu avec une toile de fond qui rappelle évidemment La Grande Vague de Kanagawa.

Toujours dans le genre beat’em all, Mystical Fighter, sur Mega Drive, fait incarner un kabuki (du nom du théâtre japonais traditionnel épique) dans un jeu en 2D à scrolling horizontal, avec un gameplay proche de Golden Axe. Le titre de KID Corp. use lui aussi d’un style sombre et fait visiter temples, maisons et lieux hantés. Plus orienté plateforme, Ninja Kid, de son nom original Gegege no Kitaro: Fukkatsu! Tenma Daiou pour ne pas le confondre avec des homonymes, met aux commandes d’un jeune garçon yōkai dans une adaptation de la série animée Kitaro Le Repoussant. Le but est ici d’empêcher la résurrection du Roi Démon Tenma. On est plus ici dans l’hommage aux esprits de l’imaginaire japonais, comme dans le très apprécié Shin Megami Tensei: Persona 4. Jeu ô combien psychologique, le soft d’Atlus fait intervenir les personas, entités miroirs des personnalités et des âmes des protagonistes (des lycéens contemporains de notre époque), et lui donne directement des noms de divinités nippones: Izanagi (co-créateur shintoïste du monde), Jiraiya, Amaterasu (encore), Himiko, Izanami (femme de Izanagi et à la fois déesse de la création et de la mort), etc.

Salut à toi mon vipérin ami. Comment se portent tes facultés de reptation ? Vois-tu, toi tu rampes, moi je marche. Je marche mais je ne suis pas en marche, et jamais ne le serai. J’ai beau avoir un bon nombre de turpitudes, je peux encore me brosser les dents et voir dans la glace un visage laid et chauve, mais pas un visage de vendu à un mouvement fondé par un homme dont l’incompétence est aussi ostensible que son complexe d’Oedipe ! Je laisse donc les « En Marche » à leur Jupiter et leur Jocaste pour aller me faire un petit Double Dragon II sur NES. Mais comme l’actualité me rattrape toujours tôt ou tard (c’est même inévitable en tant qu’honnête plumitif de mon état), je n’ai pu échapper à cette distinguée sortie, selon laquelle notre Résident de la République en marche édicte que ceux qui se refusent à souscrire à ses réformes ne seraient que, je cite, des « Cyniques, des extrêmes ou des fainéants ». D’où le titre de cette hebdomadaire éructation yaciste. Jupiter est-il en colère contre ceux qui veulent maintenir leur train de vie sans pour autant s’appeler Cahuzac, Thévenoud, Balkany, Pénicaud , Fillon ou Ferrand ? Vraisemblablement, il n’a pas dû digérer que ces ingrats de franchouillards bouffeurs de William Saurin ne se soient guère montrés très chauds pour approuver un statut spécial et sur mesure élaboré pour sa Jocaste… Salopards que nous sommes. Enfin non, cyniques, extrêmes et fainéants que nous sommes !

Un fainéant aurait-il pu faire ça ?

Mais une question donc me taraude : en tant que joueur de jeux vidéo, que suis-je réellement ? Un cynique ? Un extrême ? Un fainéant ? Le jeu vidéo est une occupation dont je n’ai jamais ignoré le caractère somptuaire. Après tout, une console de jeu ainsi que les cartouches qui vont avec ont un prix, et celui-ci se chiffre souvent en centaines de francs  et aujourd’hui d’euros. De plus, si à quatorze ans je jouais à la NES, je n’oublie pas qu’en d’autres lieux et/ou espaces, un enfant de quatorze ans sert de bête de somme à la mine, ou pire encore, d’enfant soldat ou de chair à zob pour porteurs de soutane… Or,  qu’ai-je fait contre tout cela ? Rien. Car seul qu’y puis-je ? Je n’ose même plus compter le nombre de fois où de nobles esprits en quête de bonne conscience m’ont recadré en faisant passer mon engagement pour du cynisme. Tout ça pour mieux masquer leur propre incurie. Finalement, suis-je sans doute un cynique, mais ne suis-je donc pas le seul…  Bon d’accord, je suis un cynique. Mais cynique au sens philosophique du terme, tel le noble Diogène, qui lors de ses onanismes en public déclarait que si la faim pouvait se régler d’un mouvement de la main comparable à celui de la branlette, ce monde serait sans doute moins misérable !  J’approuve et donc je suis bel et bien un cynique. Jupiter 1, Yace 0… Maintenant, en pratiquant le jeu vidéo à haute cadence, et en fonctionnant souvent à l’objectif, n’ai-je pas élevé cette activité jusqu’à un point extrême ? Personnellement je n’en ai point l’impression, car  j’aime simplement éprouver mes facultés, que ce soit en jeu vidéo comme en mémoire (il y a des exercices très amusants et efficaces pour exercer ses capacités de souvenance mon serpent) ou en diction, bref : s’astreindre à une discipline librement consentie relève-t-il d’un extrémisme quelconque ? Pour certains oui. Et j’en fais donc partie selon eux. Je suis un extrême. Et merde, Jupiter 2, Yace 0… Mais il reste une troisième amabilité haut dressée par Jupiter lui-même, tel un majeur figuré ostensiblement par un automobiliste vexé ou facétieux : fainéants. Et en tant que gamer, que pourrais-je être d’autre qu’un fainéant ? Le temps que je mets à jouer, que ne devrais-je l’employer à faire autre chose pour le bien de notre économie métropolitaine ? Jupiter lui-même déclarait que ce pays avait besoin de plus de jeunes désireux de devenir milliardaires, et qui pourraient ainsi porter de beaux costumes. Je m’étonne d’ailleurs qu’il ne nous ait pas encore vanté la haute coupe de ses vêtements à lui, le divin parvenu, ou des tailleurs excentriques de Jocaste !

Tas de cyniques, d’extrêmes et de fainéants, viendez, ici on se marre avec notre couple de stars à l’Elysée !

Alors oui, quand je joue, j’ai en général le cul posé sur ma chaise ou mon fauteuil, et jouer à la Game Boy sur mon rocking-chair est un moment de plénitude que Jupiter (l’actuel ou même l’ancien) n’a sans doute jamais éprouvé. J’en viendrai presque à le plaindre, le pauvre jeunot. Vite Jocaste, va consoler ton Manu ! Au lieu de contribuer à la richesse de ce pays, pourquoi n’ai-je pas fait du cinéma d’érection à l’image de certains et certaines ? Oui, pourquoi n’ai-je pas révélé ma tige reproductrice au grand écran en l’insérant dans une multitude de trous déjà surexploités et à l’hygiène parfois douteuse, avant de me reconvertir dans la vocalise et de massacrer des standards de la chanson française et de créer ma propre marque de sous-vêtements sans oublier de montrer mon urètre dans un calendrier annuel ? Hein ? Non Jupiter, j’ai préféré rester discret, n’exhiber ma colonne érectile qu’à certaines élues et pratiquer le jeu vidéo. Et je peux te dire qu’entre la nécessaire satisfaction d’appétits libidineux, l’innombrable masse de jeux vidéo que j’ai encore à découvrir et mon activité de fouille-merde, je suis tout sauf un fainéant ! Jupiter 2, Yace 1. Ouf, l’honneur est sauf ! Vois-tu mon serpent, j’aurai au moins appris que, si je suis un cynique, un extrême mais pas un fainéant, et que mon métier pourrait se définir ainsi « journaliste, nom masculin : sous-espèce de fouille-merde à la liberté de ton inversement proportionnelle à l’importance et l’intérêt des sujets dont il traite », et que malheureusement je n’ai pu contribuer à la TVA majorée qui frappe les productions pornographiques (par pudeur, fidélité mais aussi pour cause de génétique peu généreuse hélas), je n’en demeure pas moins un espèce rare. Celle de ceux qui se refusent à se vendre et qui préfèrent la discussion franche et amicale même si iconoclaste, à la « discussion » qui s’achève par des coups de casque de moto.  Car les lieutenants de Jupiter, qui ne sont donc ni des cyniques, ni des extrêmes, ni des fainéants semblent ignorer qu’un casque, c’est censé protéger la tête humaine. Pas la défoncer. Allez mon serpent, accomplissons notre cynisme ainsi que notre extrémisme et viens t’en jouer à Double Dragon II avec moi : on va casser la gueule à des punks et autres loubards, on va se la jouer extrême en finissant le jeu ! Mais tout ceci ne sera pas fainéantise crois-moi, car maîtriser un jeu, c’est du travail. Je te salue, je salue madame Serpent !

Yace, vieux grincheux pas si vieux, et qui se dispensera de saluer Oedipe Jupiter ainsi que Jocaste en tailleur tricolore.