Coucou mon serpent ! Comment tu rampes ?

Au hasard de l’une de mes errances histoire de rassurer ma compagne en lui disant que je sors, que je ne reste pas enfermé et aussi que je la laisse un peu tranquille qand je ne suis pas là, j’ai été saisi brusquement d’une intense réflexion qui, comme d’hab, part d’un rien pour en arriver à ce qu’elle serait si elle devait être rattachée au jeu vidéo. Je te laisse en juger. Les oreilles farcies du duo Tétéou par Jacky du Club Do et Lio la morue vulgaire (oui je dois pas être bien dans ma tête pour écouter ça), je remarquai avec un rien d’agacement une publicité pour le spirituel site Adopte un mec, et son subtil logo stylisé montrant une Madame foutant un Monsieur dans son chariot comme elle le ferait d’un pot de moutarde ou d’une boîte de tampons. Bien évidemment, je n’ose imaginer quel scandale nous serait fait par ces féministes de tout poil (et de tous poils !) si existait un site comparable intitulé Adopte une meuf avec en logo un Monsieur qui flanquerait une Madame dans son chariot comme il le ferait d’un paquet de jambon sous cellophane ou de crème à raser ! Le sexisme fait râler, et la misandrie fait vendre…
Et bien je me demandais mon ami ce qui donnerait un site intitulé Adopte un joueur. Oui, d’ailleurs je me demande comment bordel personne n’a encore eu cette géniale idée d’un site de rencontres uniquement dédié aux gamers. Après tout, il existe bien des sites de baise programmée ou de râteaux en puissance réservée à une clientèle triée sur le volet ! Rencontres pour individus obèses, pour individus de confession chrétienne, juive ou musulmane, tout est bon pour faire du fric sur la détresse sentimentale de pauvres hères enclins au communautarisme dans notre belle république et sa liberté, son égalité et sa fraternité… Mais si un jour cette généreuse initiative devait se concrétiser, tu imagines un peu ? Bon, on finirait sans doute par virer au site de rencontres pour gays et bisexuels, car  vue la pauvre proportion de joueuses, les amateurs du sexe faible (enfin faible, c’est juste une façon de parler, messieurs/dames les féministes velus et velues, rangez vos instruments de torture), les unions d’ordre strictement hétérosexuel feraient minorité. Bon, mais au delà de cela, et puisque le communautarisme haissable se manifeste partout, des cages d’escalier aux sites de rencontres pour queutards en manque et autres mal-baisées de l’existence, il faudrait presque s’estimer heureux de nous voir, nous autres amateurs de jeux vidéo, épargnés de cette sordide mode, de ce sinistre cirque, de cette triste lubie.
Je pense déjà à quel point il serait comique de vouloir créer des couples hétérosexuels, bi, gays ou lesbiens suivant les goûts de chacun en matière de jeu vidéo ! Et en ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir une compagne dont le jeu est la dernière préoccupation. Oui, c’est une chance, car on n’ayant qu’un intérêt lilliputien pour cette discipline, elle ne risque pas de squatter mes consoles  et ainsi de m’empêcher de jouer ou de râler après je ne sais trop combien de tentatives. Preuve de deux choses : l’amour véritable se juge par d’autres éléments que les goûts de chacun (moi j’aime les piments forts et les tripes, ma femme déteste mais aime la mayonnaise et les Choux de Bruxelles, moi je déteste), et je ne peux que reconnaître avoir eu bien de la chance d’être avec elle. Car et tu es bien placé pour le savoir mon reptile, je suis un véritable défi lancé à la patience et à la tolérance.

Et du fond du coeur, avec toute mon amitié !

Enfin bon, n’aie tout de même pas l’intention de créer ton site « Adopte un mec serpent », ou alors je créerai « Adopte une meuf serpent », en y incluant un encart « vos goûts en matière de jeux vidéo » avec 50% de réduction pour les serpents obèses, géants ou nains de confession christiano-judéo-musulmane !
Sans déconner, je me demande comment notre espèce de bipèdes a pu en arriver à un tel degré de vilénie. Ou même disons-le : de connerie sournoise ! Un de ces jours je vais finir par m’installer dans ton vivarium mon ami. Sois prévenu, je prends beaucoup de place car je relève de la catégorie « poids lourds »,mais jamais je n’irai sur un site de rencontres pour obèses. Pour moi quand je vais dans un marché à viande (terme qui pourrait tout à la fois définir les sites de rencontres et la boucherie du quartier), je me dois d’en revenir avec au moins quelques morceaux à cuisiner, de quoi manger le midi et le soir ! Et la clientèle de ces sites ne m’a l’air forcément ni appétissante ni même comestible. Allez, j’ai encore des Sims à laisser crever, je te laisse sur ces mots !

Yace, Vieux grincheux pas si vieux.

Salut mon lézard venimeux sans pattes !

Comment ça rampe ? C’est sans doute une grande date pour l’ensemble du jeu vidéo à laquelle nous venons d’assister. Et non, je ne parle pas de la sortie de Super Mario World ou de l’arrivée de l’ex-star du pornard Manu Ferrara dans l’univers suranné et abscons des joyeux streamers. Non non, je parle d’un fait tout autre : Wikipédia, l’encyclopédie en ligne et que je respecte au demeurant au point d’y avoir moi-même contribué il fut un temps (et pas que sur les pages consacrées au jeu vidéo !) vient enfin d’officialiser dans ses colonnes l’existence d’un « métier » : commentateur de jeu vidéo. Chose amusante par ailleurs, mais je suis rassuré, car commenter du jeu vidéo n’a pas encore officiellement de numéro de profession. Mais le plus comique réside en la classification de ce « métier » par Wikipédia elle-même : « Métier sans qualification », aux côtés de promeneur de chien, homme-sandwich et autres Marlboro Man et plongeur en restauration.


Bon, autant couper de suite les mauvaises langues qui penseraient que cet enculé (oui, enculé, et pour ceux qui seraient offusqués de l’usage de ce vocable certes fleuri, je leur réponds qu’on le trouve dans le Robert, qu’il s’agit donc bien de langue française, qu’on le trouve également dans la Pléiade sous la plume du Marquis de Sade et que Brassens avait écrit à son propos : « la chose ne me dérange pas mais le mot me dégoûte »), bref que cet enculé de Yace dénigre les bas métiers… Et bien non, figurez-vous que j’ai bien conscience que les ingrates besognes sont bien souvent et hélas un passage obligé dans une vie et l’établissement d’une situation, ayant moi-même  passé la serpillière et gratté des batteries de cuisines à titre professionnel ! Même si je confesse n’avoir aucune sympathie pour les hommes-sandwich (je préfère les sandwichs tout court) ni pour les cow-boys Marlboro (je fumais des Camel et aujourd’hui j’ai cessé de sucer ces bâtonnets cancérigènes). Bon, je disais donc (désolé pour ces écarts quoique coutumiers de mes élucubrations hebdomadaires), que commentateur de jeu vidéo est donc désormais et à présent reconnu comme un job sans diplôme nécessaire sur Wikipédia. Ce qui est franchement une date capitale pour le jeu vidéo, encore plus que la sortie de Space Invaders, tu ne trouves pas ? J’imagine déjà les commentateurs pervers de cette nouvelle : « eh t’as vu, c’est un taf ousque y’a pas besoin d’avoir de papiers, trogénial wesh je vais commenter du Collof, trop la belle vie cousin ». Et les autres non moins perfides : « commenter du jeu vidéo c’est juste bon pour des analphabètes puisque guère besoin d’être diplômé pour y arriver ». À vrai dire je ne sais comment réagir sans me mettre encore bien du monde à dos. Pour les premiers, non, on ne peut s’improviser commentateur de jeu vidéo. Comment livrer un accompagnement vocal sensé et pertinent sans un minimum de connaissance du genre en général et du jeu en particulier ? Donc non mon pote, c’est pas en sortant de taule ou en croyant que tu vas devenir une sommité que tu feras un bon commentaire, et non mon autre pote, on peut avoir fait des études sanctionnées par des diplômes et aimer parler de jeu vidéo malgré tout. Demanderait-on à un profane en foot de commenter une finale de Coupe du Monde ? À la manière d’un Thierry Roland qui se laissait quand même aller à des réactions spontanées comme son célèbre « putain que c’est bon » à l’issue de France-Brésil le 12 juillet 1998, un commentateur doit faire montre d’un minimum de savoir et peut très bien avoir une structuration de parole et d’exposé oral qu’il aurait apprise et entretenue dans le cadre d’études…Bon, ce n’est pas pour autant que Thierry Roland me manque outre mesure, mais il fallait le signaler.
Et puis, est-ce vraiment un métier après tout ? J’en doute. Au pire pourrait-on le rattacher aux « métiers du spectacle », c’est à dire aux intermittents dont la position en ce pays est si enviable que même faire le trottoir serait plus raisonnable. J’ai moi-même eu l’honneur à plusieurs reprises de prendre le micro lors de démonstrations et autres tournois amicaux sur des jeux vidéo de plusieurs genres d’ailleurs (enfin tout sauf du Collof, il y a des limites à l’indécence) et voir un commentateur de jeu vidéo avec un Bac+5 (et même 6 !) employer des tournures raisonnées et l’imparfait du subjonctif serait donc un spectacle si rare ? Ben merde, peut-être bien que oui ! Mais bon vous voyez messieurs les opportunistes et autres vieux farcis de préjugés : s’improviser commentateur dépend avant tout et surtout de sa passion et d’une connaissance éprouvée pour le jeu vidéo. En dépit de vos suppositions aussi stupides et  infondées aux uns comme aux autres. Et pour finir, un métier se traduit par une activité rémunérée, or je n’ai pas perçu la moindre obole. Ce qui veut dire que soit ce n’est pas un métier, soit que je me serais fait baiser en profondeur. Je préfère donc croire qu’il ne s’agit pas d’un métier et que donc Wikipédia dit n’importe quoi, et risque donc par là même de décevoir tout un tas de jeunes aspirants commentateurs et également un tas d’ignorants farcis de préjugés qui devront trouver autre chose pour vomir sur le jeu vidéo ! Alors mes conseils à tout ce beau monde ? Apprenez la profondeur du jeu vidéo et de son histoire pour les uns, et trouvez autre chose genre le jeu vidéo crée des djihadistes pour les autres ! Et accessoirement, pour paraphraser Philippe Katerine : je vous emmerde. Moi toi mon serpent, je te respecte et te salue !

Yace, vieux grincheux pas si vieux !

Parler de la religion dans le jeu vidéo est un vaste chantier. Entre les sources qu’offrent les cultes chrétiens, judaïques, musulmans, bouddhistes et hindouistes entre autres, les mythologies et les rites originaux dont le medium est très friand et qu’il crée parfois de lui-même, il y a de la matière. Une matière sacrée que nous avons décidé de traiter en plusieurs temps, avec en premier lieu les représentations, inspirations et polémiques autour du monothéisme dans le jeu vidéo. Amen.

Les représentations et inspirations du monothéisme

Le jeu vidéo a souvent puisé dans les religions monothéistes pour créer ses propres cultes : Enfant Dragon dans Skyrim, église de la Déesse dans Dragon Quest, Soleil, Foi et dualité Dieux/Ténèbres dans Dark Souls, pèlerinage et endoctrinement des foules par l’institution Yevon dans Final Fantasy X, son grand frère et septième épisode qui invoque les Chevaliers de la Table Ronde et son Sephiroth dont le nom est issu des puissances créatrices éponymes de la Kabbale, etc. Le médium va même souvent jusqu’à les représenter directement et puiser dans leur histoire. La plus récente et la plus célèbre des franchises exploitant le filon est probablement Assassin’s Creed qui, dès le premier épisode, plonge le joueur dans la peau de Altaïr Ibn La-Ahad, habitant de la Jérusalem [1] du XIIe siècle et membre de la Secte des Assassins, aka les Nizârites, communauté chiite ismaélienne.

C’est ainsi que la série d’Ubisoft permet de déambuler en Terre Sainte, lieu névralgique pour les trois religions monothéistes, dans un scénario impliquant les intérêts de l’Ordre des Templiers, organisation ennemie de celle des Assassins. Altaïr a même une mission se déroulant dans la sublime mosquée al-Aqsa, avec son dôme doré scrupuleusement reproduit. Dans le second épisode, qui prend place au XVe siècle, il est question d’explorer le Vatican, lieu du Saint-Siège et capitale administrative et politique de la religion catholique. L’église en tant que bâtiment est plus généralement une source d’inspiration pour des zones vertigineuses et viscérales, comme en attestent Bloodborne et ses magnifiques et sombres cathédrales se fondant parfaitement dans l’ambiance victorienne du titre de From Software.

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On retrouve les fameux Templiers dans Deus Ex, et également Les Chevaliers de Baphomet du nom de l’idole du mal dont on prête un culte à l’Ordre. Des composantes démoniaques et diaboliques que le jeu vidéo a évidemment repris à son compte à de nombreuses reprises. De Doom à Dante’s Inferno, en passant par les séries Diablo, Final Fantasy (invocations Leviathan et Alexander), Darksiders et Castlevania évidemment, l’Enfer, ses sbires voire même les protagonistes de l’Apocalypse constituent des inspirations de choix, des occasions données au joueur justicier de se faire un plaisir malsain d’éliminer les envahisseurs. Et des lieux iconiques, comme de grandes cathédrales, à explorer évidemment, parsemés et décorés çà et là de statues de prophètes et autres gargouilles.

La saga de Blizzard explore d’ailleurs plus largement la thématique des Anges et des Démons pour créer ses propres mythes, Tyraël, Mephisto et autres Diablo, en puisant dans la mythologie céleste monothéiste, évoquant des ouvrages sacrés voire certains passages faisant référence à la Bible – mais aussi dans la croyance nordique, que l’on évoquera dans un prochain article. L’exceptionnelle et inoubliable Bayonetta renverse quant à elle les rôles et l’ordre établi, et c’est ici à la sorcière badass aux pouvoirs infernaux de botter le cul des Anges sur fond de musique jazzy et dans une ambiance très irrévérencieuse, sexuelle, insolente et carrément blasphématoire. On est bien loin de l’idée de Left Behind: Eternal Forces, où le joueur doit mener une armée chrétienne dont le but inquisiteur est de convertir les unités et d’éliminer les non-croyants. Un châtiment auquel doit échapper le jeune héros de The Binding of Isaac (qui a été testé dans nos pages, ainsi que sa suite/remake pixel art, The Binding of Isaac: Rebirth), jeu de Edmund McMillen qui tire abondamment son scénario de la Bible, et en particulier du passage du sacrifice du fils d’Abraham, et fait intervenir Satan, la couronne du Christ, un ange gardien et Dieu himself.

Salut mon serpent ! Tes vacances se passent bien ?

 

Comme promis, je t’adresse une petite carte postale de ma villégiature, ou devrais-je dire de mon inexistante villégiature car je ne bouge de ma tanière que pour aller bouffer des kebabs près de chez moi une fois que ce soleil de plomb prend la saine décision d’aller se faire voir dans l’autre hémisphère. Ces vacances sont à la fois ludiques et studieuses, entre mon retour sur Castlevania et les épisodes de Parodius, la part quotidienne de cahier de vacances avec ma fille et diverses nuits blanches pour matinées ronflantes, tout se passe à peu près bien.

Voilà comment occuper des journées ensoleillées !

Et pourtant, cette estivale coupure avait démarré de manière fumante. Et au sens premier du terme ! Savais-tu mon cher écailleux ami, qu’une manette Xbox 360 pouvait réellement partir en fumée ? Alors que je jouais gentiment à Castlevania Bloodlines, v’là-t-y pas qu’une odeur âcre de plastoc fondu se signale… Jusqu’à ce que je ressente une légère brûlure sur le bord de l’index pour me rendre compte que c’était le fil même de mon pad qui brûlait ! J’ai du aussitôt déconnecter l’enfin pour me rendre compte que le joypad avait fumé à tel point que le fil se séparait de son corps. Et voilà, après avoir grillé je ne sais combien d’adaptateurs secteur pour Super Nintendo, je viens de flamber un paddle 360… Ce qui était pour le moins inattendu.

Attention : inflammable. À quand le sigle de sécurité sur les pads 360 ?

Les vacances, c’est aussi la progéniture qui est à la maison faute d’être à l’école, et tu ne t’imagines point à quel point à c’est pénible. Non pas pénible d’être avec eux, mais pénible de voir à quoi ils jouent… Avec un père prêt à leur offrir le meilleur de l’histoire du jeu vidéo sur un plateau d’argent et avec une emphase que tu as pu toi-même éprouver à maintes reprises, pourquoi cette béotienne marmaille refuse-t-elle le sourire aux lèvres de passer ou plutôt perdre son temps sur autre chose ? Colorer le cul de personnages de My little Pony sur une tablette Polaroid qui surchauffe (va-t-elle partir en fumée elle aussi comme un vulgaire Samsung Galaxy Note 7 ?) à tel point que j’hésite à la foutre au congélateur, voir mon grand jouer à Metal Slug 3 en tactile et refuser de s’y adonner avec une manette (et toute nouvelle en plus, puisque la précédente a cramé)… serait de nature à susciter ma perplexité. Quant à moi, je lutte sur des modes de jeux à peine testés par leurs créateurs si j’en juge par leur difficulté parfois hermétique. Et pour faire plaisir aux voisins, je joue de la batterie avec mes amis guitariste et bassiste dans le salon ou sur la terrasse. Comme le disait Lisa Simpson vautrée sur son lit avec son sax, voilà à quoi servent les journées ensoleillées ! Car à nouveau mon reptile, pourquoi irai-je rougir mon épiderme au soleil qui cogne alors que je peux entretenir ma cadavérique pâleur en tentant de toujours repousser mes limites de jeux (de batteur et à la manette) et de rédaction ? Enfin, je l’espère ! Je t’ai dit que mes gamins jouaient à des jeux en tactile ? Et bien moi aussi je joue parfois à des jeux tactiles. Mais si j’en faisais une vidéo, elle serait interdite aux mineurs et même Jaquie et Michel s’en trouveraient interloqués, même s’ils connaissent ce type de jeu très tactile il faut le dire. Preuve que ça a du bon d’avoir l’âge expérimenté et de jouer à deux, même pour moi qui suis toujours ce vieux grincheux pas si vieux et qui d’ordinaire joue seul… Aux jeux vidéo. Car pour les jeux tactiles, c’était à la pré-adolescence et à l’adolescence que je jouais seul à des jeux tactiles avec moi-même. À présent je joue tactilement mais toujours à deux et avec une seule et unique partenaire. Qui elle heureusement, ne surchauffe pas comme  une tablette Polaroid et ne risque pas de partir en fumée en sentant le plastique fondu !

Si Parodius fait rire, son second loop fait pleurer.

Tu m’absoudras je l’espère car cette présente carte postale s’avère finalement fort peu fournie en moments de bravoure. Mais bon, c’est aussi les vacances pour mon cerveau malade et par conséquent pour ma plume. Je t’avais promis une carte postale et comme tu vois, je tiens parole ! Même si je te fais clairement perdre du temps ce faisant. Promis, j’aurai plus intéressant à te raconter à la rentrée.
Je te salue et te souhaite un bon mois d’août avant de te retrouver en septembre, car comme le chantait Hélène Rollès, une Hélène qui s’appelle Hélène, peut-être qu’en septembre je serai là !

Yace,
Vieux grincheux vicieux pas pas si vieux.

La série Wonder Boy tient une place toute particulière dans mon coeur de joueur. J’ai eu la chance de découvrir les deux premiers opus de la saga sur borne arcade, à un âge innocent où la magie du Pixel transcendait l’expérience vidéoludique. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’avais accepté l’invitation de mon ami Totof à venir glisser quelques mots au sein de son test de Wonder Boy : The Dragon’s Trap pour relater ma découverte de l’excellent et audacieux Wonder Boy in Monster Land, dont ce Dragon’s Trap est la suite directe. Mais il se trouve que j’avais déjà raconté tout ça dans nos pages lors de mes débuts sur LSR – nostalgie et Altzeimer ne font pas spécialement bon ménage chez moi -. Qu’à cela ne tienne, replaçons l’attaque frontale par une danse dans les marges en répondant à une quesiton d’apparence simpliste : Quel chapitre représente Wonder Boy : The Dragon’s Trap dans la chronologie de la série ? Quel est son Nombre ? La question est simple, donc, mais la réponse est pour le moins épineuse, complexe, étonnamment passionnante, avec son lot de surprises et de rebondissements! Et si tu étais troublé par les histoires de numérotations nippone et US des premiers Final Fantasy, autant te prévenir, accroche toi à tes chaussettes, ça va swinger! Bienvenue de l’autre coté du Miroir, dans les terres magiques du Monster World.

Wonder Boy, quel est ton nom, quel est ton Nombre ?

Si l’on voulait répondre simplement à cette question, on pourrait se baser sur le titre de la version Master System, Wonder Boy III, et considérer qu’il est donc… oui, le 3eme épisode de la série. Les premières minutes de jeu évoquent explicitement le dédale de fin de Wonder Boy in Monster Land, tout semble abonder dans ce sens… Pourtant, trois faits viennent semer le doute.

Tout d’abord, son excellente suite sur Megadrive (ah, la musique de l’écran titre, le tout début du jeu se déroulant dans les mêmes décors que le début de Wonder Boy in Monster Land mais à une autre époque, la réalisation aux petits oignons… mmmmm…), intitulée Wonder Boy In Monster World – titre somme toute ambigu, comme on le verra plus bas – en occident, était gratifiée au Japon du titre à rallonge Wonder Boy V : Monster World III. Deux numérotations dans le même titre, ça sent le roussi, cette histoire!

Ecran titre nippon de Wonder Boy In Monster World

Et notre Wonder Boy III sur Master System n’était sorti à l’origine qu’en occident, la console de Sega glissant lentement sur la pente de la désuétude au Japon. Mais si l’on plaçait la cartouche européenne dans une console nippone, l’écran titre n’arborait pas Wonder Boy III, mais un autre titre en lieu et place de ce dernier : Monster World II

Ci-dessus, la cartouche Master System de Dragon’s Trap insérée dans une Master System européenne…

 

Donc l’air de rien, ces détours nous éclairent un peu. On comprend déjà que la série Wonder Boy contient une sorte de sous-série en son sein, la série des Monster World – que l’on aurait aujourd’hui probablement appelé Wonder Boy Gaiden et hop, l’affaire était pliée, mais non, à l’époque, c’était plus marrant de brouiller les pistes! -, à la fois autonome, et greffée au sein de la série principale. Et donc, cette double identité de Wonder Boy III suivant qu’on le place dans une console européenne ou nippone nous confirme que Wonder Boy III est bien le second opus de la série des Monster World.

… et voici le résultat lorsque l’on insert la même cartouche dans une console japonaise.

Et si l’on revient un instant sur l’opus Megadrive mentionné plus haut, on comprend désormais pourquoi le titre occidental pose un peu problème – appeler un jeu Wonder Boy in Monster World laisse entendre que celui-ci est un « one shot », alors qu’il s’inscrit dans la série « officieuse » des Monster World -, mais surtout, ceci explique le titre nippon, Wonder Boy V : Monster World III, du moins sa seconde moitié … Mais pourquoi diable l’épisode immédiatement antérieur à ce titre s’appelle-t-il Wonder Boy III et pas, comme la logique pourrait le dicter Wonder Boy IV ? Pourquoi ?!!!

Un écran bien connu des joueurs occidentaux, à l’origine de quelques malentendus…

Surtout que l’on a déjà un troisième opus à la série, le jeu d’arcade Wonder Boy III : Monster Lair, pur héritier du premier chapitre, mariant avec élégance les arcanes du plateformer arcade posée par le premier opus avec son système de recharge d’énergie/scoring par la collecte de fruits et les axiomes du shoot’em up, avec son scrolling forcé même lors des phases « plateforme » et bien entendu ses stages strictement shmupesques! Et histoire de rendre la chose encore plus embrouillée, cet épisode ne FAIT PAS partie de la série des Monster World, comme le titre le laisserait pourtant supposer… – oui, lecteur attentif et vif d’esprit, je me doute bien que tu connais probablement la réponse, ou plutôt l’hypothèse la plus probable sur la question, mais je laisse néanmoins planer artificiellement le suspense, afin d’avoir un prétexte pour creuser plus avant les mystères de cette série, tu sauras trouver dans ton coeur la force de me pardonner, du moins je l’espère -.

Des fruits, une jauge, des plateformes, autant d’éléments familiers qui évoquent Wonder Boy premier du nom.

La chose est compliquée, et nous ne faisons ici qu’effleurer la couche supérieure de l’iceberg, car chaque épisode a sa petite histoire, ses versions multiples, ses clones aux titres, sprites, voire parfois univers changés pour raisons de droit, qui font eux-mêmes des suites… C’est un beau bordel en somme. D’ailleurs, la série elle-même démarre sur une base atypique. Voyez plutôt…

Il fut une époque pas si lointaine, et pourtant une éternité à l’échelle d’un chien ou de l’industrie vidéoludique, où les salons des joueurs du monde entier étaient le théâtre d’une lutte entre deux géants japonais. Tels Godzilla et Mothra, Nintendo et Sega se disputaient le monopole du marché des consoles. Quelques sursauts de pseudo concurrence venaient parfois troubler momentanément le sacrosaint équilibre de ce bras de fer, comme la pourtant très bonne Nec PC Engine ou la Lynx, mais sans changer la tendance de ce que la plupart des gamers considèrent comme l’âge d’or du jeu vidéo. Et les emblèmes de ce duel historique qu’a retenu la mémoire collective étaient leurs mascottes respectives : Mario le plombier et Sonic le hérisson. Deux personnages incontournables du paysage vidéoludique que l’on a autrefois opposés et qui s’amusent ensemble désormais. Tentative d’analyse de leurs origines, de leurs gameplays, de leur évolution vers la 3D, de leurs univers et des softs qui ont écrit leur histoire.

Deux porte-drapeaux bien choisis

Nintendo avait un avantage certain sur Sega : dès 1985, la firme possède une mascotte étrangement accrocheuse dans le personnage de Mario. S’il est difficile de concevoir a priori qu’un plombier moustachu puisse s’avérer un argument de vente et de solidité auprès de la jeunesse, il suffit de se reporter à la qualité du Mario originel sur NES pour comprendre que Nintendo frappe juste, et tient là un évènement majeur dans l’histoire du jeu vidéo, dont on n’a pas fini de parler plus de vingt-cinq ans après. Apparu pour la première fois dans Donkey Kong (1981), le plombier ne se nommait pas encore Mario, mais Jumpman. Un sobriquet bien à propos et qui préfigurait idéalement des aptitudes du moustachu. Devant déjà venir en aide à une blonde capturée par un gros costaud, celui qui était alors charpentier doit éviter les pièges lancés et grimper les étages en sautant. N’ayant pas pu obtenir les droits pour une adaptation de Popeye, Nintendo a donc contourné le problème. Le nom, la tenue et la moustache de Mario renvoient à des anecdotes amusantes, comme le jeu vidéo aime à en engendrer. Quand certains attribuent l’origine du prénom à Mario Segali, propriétaire des locaux de la société Nintendo of America, d’autres comme Eiji Aonuma prétendent qu’il s’agit d’un diminutif de “marionnette”, dont Miyamoto serait mordu. Quant à la casquette, elle résulte d’une difficulté à dessiner les cheveux et de la crainte du créateur de la voir camouflée par un fond noir dans tel ou tel niveau. La moustache est due à une limitation technique de l’époque et le caractère bicolore de la salopette a été motivé par l’envie de bien différencier bras et jambes.

Mario se veut quelqu’un de normal, plutôt rondouillard, loin de l’image du héros classique. Ici, le fer de lance se fait mascotte, bonhomme. Parfait produit de Nintendo, il touche la famille et les petits par sa sympathie naturelle, et renvoie également au complexe de l’homme pas assez séduisant pour obtenir les faveurs de la belle qu’il s’échine à sauver mais qui lui échappe encore et toujours. Mario est donc un personnage frais, drôle, plein d’autodérision. Sega, après la tentative en demi-teinte d’Alex Kidd qui devait contrer le plombier de Nintendo avec des mécaniques de jeu analogues mais plus diverses (motos, hélicoptères, nage), devra attendre l’ère 16 bits pour imposer sa mascotte, fruit d’intenses séances de brainstorming, et proposer un personnage qui secouera les traditions du jeu de plate-forme : Sonic the Hedgehog, le hérisson bleu aux chaussures rouges et blanches. Plus ressemblant qu’Alex Kidd à son caractère de puncheur et de sprinteur, le petit animal bleu de Sega imaginé par Naoto Ōshima va écrire son histoire et venir concurrencer Mario avec ses propres armes. Il  apparaît pour la première fois en tant que déodorant pour voiture dans le jeu de course arcade Rad Mobile (1991). Ses baskets reprennent les couleurs de l’album BAD de Mickael Jackson, ce qui dénote d’office les intentions de SEGA de toucher à l’échelle internationale. Elles font aussi écho aux couleurs d’un autre bonhomme bien connu, le Père Noël. Quant à sa peau bleue, elle est là pour rappeler le logo Sega. Avec le temps, Sonic devient plus grand, avec un coté arrogant plus marqué, bien que déjà présent dans ses premières années. A cette époque, son sourcil froncé évoquait plus une sorte de détermination, une forme de brutalité, voire de malice et de confiance, qu’on retrouvait dans sa façon de tout ravager sur son passage. L’arrogance et la « djeuns » attitude de Sonic étaient déjà marquées dans l’imaginaire de ses créateurs. Une idée qui a finalement été abandonnée à cause de son côté « too much » était de faire apparaître Sonic dans un groupe de rock, avec une petite amie nommée Madonna. Mais Madeline Schroeder, à la tête de Sega of America, enlevera ces éléments avant de le lancer sur le marché US. On saluera la retenue de cette dernière qui nous aura permis de nous attacher à un personnage plus mystérieux que poseur, pas encore souillé par les débordements qui le caractériseront dès son passage à la 3D et qui s’affirmeront au gré des épisodes.

Salut mon reptile.

Je ne te demande pas si tu vas bien, car les êtres à sang froid aiment la chaleur, même si tu as aussi besoin d’un peu d’humidité et d’ombre pour ne pas finir déshydraté. Et voilà le thème donc de cette petite digression hebdomadaire : les vacances d’été s’annoncent ! Et qui dit vacances, dit jeu vidéo, alors je te souhaite d’ores et déjà non pas une bonne villégiature, mais un bel été placé sous le signe du gaming. Oui mon précieux compagnon à anneaux, chaque année on nous bassine avec les statistiques selon lesquelles de malheureux enfants ne peuvent partir en vacances, faute aux minces revenus de leurs parents qui ont déjà du se saigner aux quatre veines pour leur offrir un hand spinner. C’est vrai que c’est triste, une enfance sans voyage…Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Et un beau voyage, ça ne se refuse pas. Il est toujours beau de voir un peu le monde, à quelques exceptions près comme Mossoul ou la Corée du Nord…
Et bien mon serpent, j’ai la solution pour tous ces mioches défavorisés que leurs parents ne pourront traîner à la mer. Vous voulez voyager, vous échapper du quotidien caniculaire et ressentir la joie du divertissement et de nouveaux panoramas ? Essayez…le jeu vidéo ! Oui je sais mon serpent, ces mêmes parents indignes au point de ne pas travailler assez pour économiser et se payer des vacances princières, en plus de ne pas contribuer à la croissance économique de notre belle république en marche vers on ne sait où, ou plutôt vers on ne sait quel mur…n’ont peut-être pas de quoi payer la dernière Playstation ou la Nintendo Switch à leur progéniture. Mais qu’importe, les mioches privés de départ en vacances pourront toujours passer de studieuses heures…en apprenant un peu à savourer le pixel d’antan, qui lui est devenu très abordable via l’émulation. Et oui mon rampant, si on y réfléchit bien, le jeu vidéo des temps jadis, en plus d’avoir une substance qui a tout fondé, est un sujet d’étude, de divertissement, de performance et tout ça en même temps !

Le soleil est méchant dans Super Mario Bros 3. Et dans la vie, il flanque des coups de soleil et de l’insolation.

Franchement, pourquoi se plaindre ? C’est vrai, non ? Pourquoi regretter de ne pas passer des heures dans les bouchons lors du traditionnel chassé-croisé sur les autoroutes de France, par une chaleur suffocante et sans oublier de passer à la caisse au péage ? Pourquoi déplorer de ne pas se trouver coincé entre un obèse de cent trente kilos (comme moi par exemple) et une vieille fripée qui confond écran solaire et crème contre la sécheresse intime sur quatre-vingts centimètres carrés de plage ? Pourquoi être déçu de ne pas griller au soleil comme une saucisse de Montbéliard et se ramener un cancer de la peau en souvenir, ou se rendre compte au  moment de conclure que l’on a oublié sa boite de capotes anglaises dans la boîte à gants de sa tire ? Oui, pourquoi se plaindre de rater toutes ces estivales avanies, alors que l’on pourrait être confortablement installé chez soi, avec une grande carafe remplie de sirop d’orgeat glacé agrémenté d’une touche de menthe glaciale (essaye, tu m’en diras des nouvelles) devant sa Super Nintendo que l’on croyait perdue, ou sur son balcon, avec le souffle apaisant du ventilo en jouant à WarioLand ou Gargoyle’s Quest sur sa Game Boy ?
Sincèrement, pas besoin de payer un hôtel hors de prix ni de s’emmerder sur une plage surpeuplée pour voyager. Profitons plutôt de l’été pour aller visiter ces superbes destinations de sont Dinosaur Island, le pays d’Hyrule, Starlight Zone ou quelque autre endroit merveilleux que seul le jeu vidéo peut nous offrir ! Bien sûr, s’il convient de correctement passer ses vacances en s’instruisant donc aux lumières du jeu rétro, il ne faut toutefois pas  oublier d’entretenir les acquis, et si un parent qui ne trimbalerait pas sa descendance immédiate à Biarritz ou aux Sables d’Olonne n’est donc en rien un parent indigne, il ne faudrait pas qu’il oublie, en guise de cadeau premier, d’offrir à ses écoliers…un magnifique livret d’exercices de vacances adaptés à sa classe !

A votre santé !

Et les deux marchent de pair : si le gamin a réussi sa page de travail quotidien, il aura alors le droit de jouer. Tu vois mon ami, à nouveau, refuser le conformisme estival a du bon : gageons ainsi qu’à la rentrée, nos écoliers auront sauvegardé l’année passée, comme on sauvegarde une partie de jeu d’ailleurs, mais aussi attaqueront l’année à venir nantis d’un capital culturel nouveau : désormais ils sauront qu’avant de proposer de branler l’homme invisible dans 1,2, Switch, le jeu vidéo a été un vecteur de création démesurée, dont même des érudits comme toi et moi avons encore peine à quantifier l’étendue. Pourvu que ça dure, car l’intérêt d’une discipline ou d’un sujet de recherche ne s’émousse jamais quand le sujet en question est aussi vaste. Sur ce, je te souhaite de passer un été aussi agréable que possible mon ami à sang froid, mais au coeur bien plus chaud que nombre de mes congénères primates et bipèdes.

Sachons savourer le bonheur là où il se trouve !

 

Yace, vieux grincheux pas si vieux. Et je t’enverrai une carte postale de chez moi durant l’été, promis.

 

 

Bonjour mon Serpent, j’espère que tu savoures cette chaleur. Moi pas en tous cas.

Aujourd’hui, je profite de ton oreille compatissante et tolérante pour te parler de quelqu’un que j’ai connu en un lieu qui pourtant n’augurait guère de ce type de rencontre. Je vais donc consacrer mon laius hebdomadaire à Serge A., qui travaillait dans une salle d’arcade de mon patelin. Ce brave individu tenait la caisse et faisait l’échange de monnaie. Mais ce n’est pas pour cette raison que je juge opportun de causer de mes rencontres avec lui (oui, rencontres au pluriel car j’étais un vrai pilier de ce lieu de perdition mentale et de désolation financière). Non non, si je cause de mon ami Serge, c’est pour une tout autre raison. Déjà sexagénaire à l’époque, Serge n’aurait pu être à mes yeux qu’un de ces quidam auxquels on n’adresse qu’un bonjour de convention, comme pour se donner un genre de bonne conscience malsaine sous une politesse de surface empreinte de vacuité. Mais non, et bien souvent il suffit de parler un peu pour découvrir que la politesse toute faite n’est que connerie. Et au fur et à mesure de mes fréquentes visites dans cet établissement, j’ai commencé à causer un peu donc. Faut dire que j’avais un profil atypique : en attendant mon tour pour mettre mon crédit dans Killer Instinct ou KOF 96, je lisais mes cours de droit constitutionnel ou encore de libertés publiques…Bref, « l’intello » dans toute sa splendeur.

De base, une salle d’arcade, ça ressemblait à ça…

Et c’est là que le miracle s’accomplit. En lisant donc dans un lieu ma foi fort inapproprié (je te prie de croire qu’une salle d’arcade est un lieu autrement moins silencieux et studieux que ne l’était la bibliothèque universitaire qui pour le coup était d’ailleurs un poil sinistre !) j’ai attiré une attention spéciale. Celle de Serge qui me demanda un jour si j’étais étudiant. Et ce fut le début d’une amitié bien particulière, faite de discussions intéressantes dans un lieu somme toute saugrenu pour les propos et autres débats que nous menions tous deux. Je t’ai dit que Serge était déjà d’un âge expérimenté, là où j’allais sur mes vingt ans. Et après tout, si L’Elvire de Lamartine était mariée avec un gars de trente-huit ans son aîné et que nous avons porté à l’Elysée un homme de vingt-quatre ans moins ancien que son épouse, en quoi serait-il étrange que moi, jeune homme de vingt printemps, eût discuté avec un homme de quarante-deux ans mon prédécesseur sur les registres de l’état civil ? Certes, le jeu vidéo n’était pas spécialement sa spécialité, mais vois-tu mon serpent, j’ai toujours mis un point d’honneur à être capable de discuter de bien d’autres choses…car rien n’est plus chiant que ces « spécialistes » et autres « autorités en la matière » qui se révèlent infoutus de jacter de quoi que ce soit d’autre. Et bien avec Serge, c’était un véritable bonheur, car son érudition était aussi élevée que ses facultés d’argumentation. Et surtout, Serge était ce qu’on peut appeler un autodidacte ! Ce qui témoigne de ce que je me plais à nommer une saine curiosité, ou alors une soif de connaissance aussi désintéressée qu’éclectique ! Ce qui est d’autant plus remarquable que les aléas de la vie d’un homme né en 1936 étaient certes plus aisés à endurer que ceux d’un homme né en 1850, mais tout de même, Serge avait du connaître les « joies » du travail et de la conscription à un âge où ton serviteur vivait encore peinard chez papa-maman…

Avec Serge et moi, on se serait cru plutôt ici !

Tant et si bien que sur la fin d’exploitation de l’établissement, je n’y allais plus pour jouer, mais pour discuter histoire, politique, littérature…et sans même plus adresser la parole à certains qui, finalement, n’avaient jamais dépassé le stade de la politesse de couverture. Si aujourd’hui Serge est toujours de ce monde, ce que je lui souhaite, il serait donc octogénaire. Le temps sépare les routes, et je n’ai plus de contact avec lui, mais sait-on jamais, peut-être lui non plus ne m’a-t-il pas oublié ! C’est vrai que mon profil était quelque peu atypique, j’en conviens…Mais celui de Serge ne l’était pas moins. Entre atypiques et érudits, mon serpent, on s’entend bien. Tu en sais quelque chose, puisque toi aussi, tu es atypique et érudit ! Je suis convaincu d’ailleurs que tu t’entendrais à merveille avec Serge.  En tous cas, discuter de la légitimité de la levée en masse qui aboutit au service militaire, de l’art de la description chez Maupassant et Fromentin ou évoquer les textes de Maurice Chevalier et de Gainsbourg, au milieu d’une salle d’arcade, c’est hélas une sensation que je ne revivrai pas. Pour plusieurs raisons : l’arcade est en perdition, et nos itinéraires respectifs nous ont menés là où nous sommes, Serge et moi. Où que je sois, où qu’il soit, en cette année 2017 de conformisme et d’inculture…Je te remercie mon serpent, aujourd’hui je retrouve en toi un peu de Serge. Tu comprends pourquoi tu m’es si précieux !

Juste une question pour finir : tu sais, toi, qui a tué Laura Palmer ?

Yace,
vieux grincheux pas si vieux et toujours de bonne mémoire (c’est mon psy qui le dit, d’ailleurs il juge mes facultés de souvenance « uniques »).

Salut à toi mon ami reptilien !

Non non, ne prends pas peur devant  l’intitulé quelque peu austère de notre rendez-vous hebdomadaire, je continuerai de te voir car tu m’es plus que secourable ! Et comme notre relation n’est pas à sens unique, j’espère que moi aussi j’apporte ne serait-ce qu’un pixel de piquant à ton existence depuis plus d’un an que tu m’as révélé tes vertus thérapeutiques. Si je dis que tout a une fin, c’est qu’en plus d’être une loi élémentaire de la nature, reconnaître ce fait est donc prétexte à mon humeur du jour. En tant que joueur, je suis assez familier des compteurs de vies et autres barres d’énergie, mais tu le sais déjà et je t’en avais déjà causé auparavant.
Or, dans cette réalité que je fuis plus ou moins dans l’ivresse des pixels et des mots, je ne peux que me rendre à l’évidence : je prends de l’âge, et chaque jour qui passe m’approche du dernier, et contrairement à Super Mario, mon compteur de vie n’indiquera jamais que le chiffre un. Ensuite ce sera game over. Oui mon serpent, je m’y suis fait et sans trop de douleur en fait. Un jour je ne serai plus là et mes cendres jetées aux quatre vents se disperseront vers l’atmosphère ou feront les délices de fourmis, que sais-je, mais peu importe, je ne serai plus là pour m’en plaindre. Hélas, l’âge avançant quoi qu’on en dise, mes réflexes et mes autres facultés s’en iront diminuant, et le jeu vidéo commence déjà à constituer le miroir de cette déchéance motrice et cognitive ! Oui mon serpent, qu’en sera-t-il de mon psychisme quand je ne pourrai plus dépasser les cent lignes à Tetris sur Super Nintendo, ou quand mes shoot them up fétiches que j’entretiens depuis 1992 seront devenus trop difficiles pour mes restes de gamer ?
Je t’avoue que cette question m’angoisse un peu. Car si le temps donne l’expérience, il produit aussi la vieillesse, et voilà ce qui me pèse. Et même plus que l’idée de mourir elle-même ! D’ailleurs, j’ai tellement apprivoisé l’idée de passer l’arme à gauche que je n’en ai d’une part plus peur, mais d’autre part je souhaite partir avant ceux que j’aime, car plus que partir, l’idée de voir partir ces braves gens qui comptent pour moi (et tu es du nombre, cher rampant) m’est finalement plus insupportable encore. Et si c’était pour ça que le fait de perdre mes capacités m’effraie un peu ? Le jeu vidéo me quittera-t-il avant que je ne le quitte moi-même ? Oui je sais mon serpent, ce n’est pas très gai, mais après tout, tout n’est que question relative. Et si au soir de mon existence le jeu vidéo ne devait plus qu’être un souvenir, il n’en demeurera finalement pas moins présent. Ou alors je rejouerai à nouveau en mode normal !

Allez, à tout bientôt mon compère, je te laisse retrouver ta progéniture et madame Serpent, et  surtout, profite bien de leur présence, car rien n’est acquis, ni ceux qu’on aime, ni les capacités de joueur ! Moi je m’empresse d’aller retrouver donc toutes ces aimables personnes  pour un bon gueuleton, car à ce jeu-là, je suis aussi plutôt doué. Comme en témoignera la note de restaurant sans doute, car il n’y a pas que sur console que je fais des high scores !

Yace,
vieux grincheux pas si vieux, mais de moins en moins jeune.

Salut à toi, ami venimeux !

Tu vas bien ? Et ta progéniture ? Oui je sais elle est encore jeune, et n’aura pas à se soucier de ce dont je vais te parler car tenant de toi, elle n’aura pas à s’emmerder à passer son bac. Oui, causons un peu du bac, et qui pour cette cuvée 2017 s’approche à la grande peur ou au contraire à la totale désinvolture de nos lycéens, tu sais, l’avenir » de la nation. Rien qu’à dire ça, je me demande s’il ne vaudrait pas mieux tout annuler, et en tous cas je comprends toujours mieux pourquoi je suis aussi viscéralement tourné vers le passé et la mémoire. Je doute que parmi ces jeunes amateurs se trouve celui qui guérira le cancer ou qui saura trouver la réponse à ces questions : pourquoi tant d’inculture, et tant  d’engouement pour les calendriers de cette morue mal séchée car trop humide intitulée Clara Morgane…Bref, le baccalauréat, ce sacro-saint sésame qui donne le droit de se barrer du lycée s’approche et comme chaque année, on aura notre lot de lycéens branlos ou plus ou moins branlos qui se plaindront que l’épreuve de français était trop difficile car ni Victor Hugo ni François Mauriac ne parlaient de « boloss » ni de taspés qui se font faire tartiner la rondelle par un cador de la téci…Ou des aspirants candidats au bac scientifique déçus de n’avoir pas trouvé l’épreuve de maths annoncée en fuite sur les forums de jeuvideo.com ! Pauvre d’eux…

Et comme il faut bien que ma mauvaise foi assumée et hebdomadaire soit liée au jeu vidéo, j’ai longtemps fantasmé sur une éventuelle épreuve de jeu vidéo au bac ! Je suis convaincu que cet examen, sans y retrouver son aura napoléonienne, y regagnerait au moins un peu de sa gloire perdue. Tandis que là, on se rapproche plus de devoir y commenter une chanson de maître Gims pour l’épreuve de philosophie car Kant, Hegel ou Descartes ne sont plus assez « hype » pour notre belle jeunesse porteuse d’avenir. Mais hélas, même cette idée ne serait finalement que d’un effet très limité…Car si l’on a de coutume d’inscrire des auteurs classiques au programme de littérature, d’étudier l’histoire de 1945 à nos jours en histoire et de travailler les sciences selon des théorèmes et autres préceptes mis à jour depuis fort longtemps pour certains (je veux dire, Evariste Galois ou je ne sais trop quel auguste physicien ne seraient pas de notre époque, désolé moi j’ai fait une première et une terminale littéraires), il serait fort logique de proposer des jeux dont le temps a construit la réputation et prouvé le caractère fondateur, matriciel et incontournable. Hélas, comment exiger d’un joueur à peine majeur donc de plus de vingt ans mon cadet de briller sur un jeu de l’époque ancienne, alors qu’il se serait habitué à ces cochonneries façons Call Of Duty ou tout autre QTE/FPS bas du front, là où lui faire passer Green Hill dans Sonic sur Megadrive relèverait de la gageure ? Le genre de mioche bien infoutu d’analyser le premier niveau de R-Type car on y voit un vaisseau en vue latérale et pas un gros flingue à la première personne ! Même ce pauvre Mario y a eu droit : va expliquer à un de ces gosses (oui mon serpent, en terminale on n’est toujours qu’un gosse !) habitués au New Super Mario bros qui te dit comment franchir un niveau quand on reste coincé trop longtemps, qu’il fut un temps où il y avait même des Ghost Houses dans Super Mario World et des niveaux puzzles comme la formidable Forest of Illusion…

Tu comprends mon rampant comparse, finalement instituer une option jeu vidéo au bac serait finalement de nature à encore baisser le niveau, d’ores et déjà assez bas, de l’examen en question. Tout simplement car il n’y aurait que des « jeux de vieux » au programme, tous trop durs comme tout le reste des épreuves par ailleurs.

Le Professeur Choron l’a dit mieux que moi : lycéen, ça ne veut plus rien dire ! Ces gens-là n’ont rien à dire. Et ça se sent…Pour nous prouver le contraire, s’ils arrêtaient déjà de râler dès que l’épreuve du bac leur fait comprendre qu’il fallait peut-être écouter en cours au lieu de se parfumer, de se repeindre les ongles des mains (et parfois des pieds) en rouge cerise ou parler des dernières conneries d’Hanouna et des amputés de la cervelle  qui l’entourent comment un essaim de mouches vertes ? Et accessoirement, commencer à croire et s’apercevoir que le jeu vidéo d’aujourd’hui n’est que foutaise péjorativement commerciale et dénuée de magie, en plus d’avoir oublié toute notion de difficulté pour virer à l’assistanat ? Oui, car ici il convient bien de parler d’assistanat, au lieu de n’user ce vocable que pour dénoncer ces odieuses feignasses toutes jouasses d’être au RSA alors qu’elles auraient pu être millionnaires ou exilées fiscales ! Bon mon serpent, derrière cet apparent étalage de mauvaise foi typiquement yaciste, se cache cependant un message ludique dont je sais que tu l’auras compris. Si le jeu vidéo devait poursuivre cette délétère évolution, il finira bientôt comme le bac : trop facile, déconsidéré et sujet à toutes les râleries si un jour il a le culot de se conformer aux enseignements passés, que le joueur comme le candidat se doivent pourtant de maitriser un minimum afin de réussir…Quelle époque. Quelle époque épique ! Bon mon serpent, je te salue et profite bien du soleil qui reparaît…Moi il m’emmerde déjà.

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux, mais bachelier depuis 1996 et même plus diplômé encore, sans trop savoir pourquoi finalement.