Salut à toi mon ami reptilien !

Non non, ne prends pas peur devant  l’intitulé quelque peu austère de notre rendez-vous hebdomadaire, je continuerai de te voir car tu m’es plus que secourable ! Et comme notre relation n’est pas à sens unique, j’espère que moi aussi j’apporte ne serait-ce qu’un pixel de piquant à ton existence depuis plus d’un an que tu m’as révélé tes vertus thérapeutiques. Si je dis que tout a une fin, c’est qu’en plus d’être une loi élémentaire de la nature, reconnaître ce fait est donc prétexte à mon humeur du jour. En tant que joueur, je suis assez familier des compteurs de vies et autres barres d’énergie, mais tu le sais déjà et je t’en avais déjà causé auparavant.
Or, dans cette réalité que je fuis plus ou moins dans l’ivresse des pixels et des mots, je ne peux que me rendre à l’évidence : je prends de l’âge, et chaque jour qui passe m’approche du dernier, et contrairement à Super Mario, mon compteur de vie n’indiquera jamais que le chiffre un. Ensuite ce sera game over. Oui mon serpent, je m’y suis fait et sans trop de douleur en fait. Un jour je ne serai plus là et mes cendres jetées aux quatre vents se disperseront vers l’atmosphère ou feront les délices de fourmis, que sais-je, mais peu importe, je ne serai plus là pour m’en plaindre. Hélas, l’âge avançant quoi qu’on en dise, mes réflexes et mes autres facultés s’en iront diminuant, et le jeu vidéo commence déjà à constituer le miroir de cette déchéance motrice et cognitive ! Oui mon serpent, qu’en sera-t-il de mon psychisme quand je ne pourrai plus dépasser les cent lignes à Tetris sur Super Nintendo, ou quand mes shoot them up fétiches que j’entretiens depuis 1992 seront devenus trop difficiles pour mes restes de gamer ?
Je t’avoue que cette question m’angoisse un peu. Car si le temps donne l’expérience, il produit aussi la vieillesse, et voilà ce qui me pèse. Et même plus que l’idée de mourir elle-même ! D’ailleurs, j’ai tellement apprivoisé l’idée de passer l’arme à gauche que je n’en ai d’une part plus peur, mais d’autre part je souhaite partir avant ceux que j’aime, car plus que partir, l’idée de voir partir ces braves gens qui comptent pour moi (et tu es du nombre, cher rampant) m’est finalement plus insupportable encore. Et si c’était pour ça que le fait de perdre mes capacités m’effraie un peu ? Le jeu vidéo me quittera-t-il avant que je ne le quitte moi-même ? Oui je sais mon serpent, ce n’est pas très gai, mais après tout, tout n’est que question relative. Et si au soir de mon existence le jeu vidéo ne devait plus qu’être un souvenir, il n’en demeurera finalement pas moins présent. Ou alors je rejouerai à nouveau en mode normal !

Allez, à tout bientôt mon compère, je te laisse retrouver ta progéniture et madame Serpent, et  surtout, profite bien de leur présence, car rien n’est acquis, ni ceux qu’on aime, ni les capacités de joueur ! Moi je m’empresse d’aller retrouver donc toutes ces aimables personnes  pour un bon gueuleton, car à ce jeu-là, je suis aussi plutôt doué. Comme en témoignera la note de restaurant sans doute, car il n’y a pas que sur console que je fais des high scores !

Yace,
vieux grincheux pas si vieux, mais de moins en moins jeune.

Salut à toi, ami venimeux !

Tu vas bien ? Et ta progéniture ? Oui je sais elle est encore jeune, et n’aura pas à se soucier de ce dont je vais te parler car tenant de toi, elle n’aura pas à s’emmerder à passer son bac. Oui, causons un peu du bac, et qui pour cette cuvée 2017 s’approche à la grande peur ou au contraire à la totale désinvolture de nos lycéens, tu sais, l’avenir » de la nation. Rien qu’à dire ça, je me demande s’il ne vaudrait pas mieux tout annuler, et en tous cas je comprends toujours mieux pourquoi je suis aussi viscéralement tourné vers le passé et la mémoire. Je doute que parmi ces jeunes amateurs se trouve celui qui guérira le cancer ou qui saura trouver la réponse à ces questions : pourquoi tant d’inculture, et tant  d’engouement pour les calendriers de cette morue mal séchée car trop humide intitulée Clara Morgane…Bref, le baccalauréat, ce sacro-saint sésame qui donne le droit de se barrer du lycée s’approche et comme chaque année, on aura notre lot de lycéens branlos ou plus ou moins branlos qui se plaindront que l’épreuve de français était trop difficile car ni Victor Hugo ni François Mauriac ne parlaient de « boloss » ni de taspés qui se font faire tartiner la rondelle par un cador de la téci…Ou des aspirants candidats au bac scientifique déçus de n’avoir pas trouvé l’épreuve de maths annoncée en fuite sur les forums de jeuvideo.com ! Pauvre d’eux…

Et comme il faut bien que ma mauvaise foi assumée et hebdomadaire soit liée au jeu vidéo, j’ai longtemps fantasmé sur une éventuelle épreuve de jeu vidéo au bac ! Je suis convaincu que cet examen, sans y retrouver son aura napoléonienne, y regagnerait au moins un peu de sa gloire perdue. Tandis que là, on se rapproche plus de devoir y commenter une chanson de maître Gims pour l’épreuve de philosophie car Kant, Hegel ou Descartes ne sont plus assez « hype » pour notre belle jeunesse porteuse d’avenir. Mais hélas, même cette idée ne serait finalement que d’un effet très limité…Car si l’on a de coutume d’inscrire des auteurs classiques au programme de littérature, d’étudier l’histoire de 1945 à nos jours en histoire et de travailler les sciences selon des théorèmes et autres préceptes mis à jour depuis fort longtemps pour certains (je veux dire, Evariste Galois ou je ne sais trop quel auguste physicien ne seraient pas de notre époque, désolé moi j’ai fait une première et une terminale littéraires), il serait fort logique de proposer des jeux dont le temps a construit la réputation et prouvé le caractère fondateur, matriciel et incontournable. Hélas, comment exiger d’un joueur à peine majeur donc de plus de vingt ans mon cadet de briller sur un jeu de l’époque ancienne, alors qu’il se serait habitué à ces cochonneries façons Call Of Duty ou tout autre QTE/FPS bas du front, là où lui faire passer Green Hill dans Sonic sur Megadrive relèverait de la gageure ? Le genre de mioche bien infoutu d’analyser le premier niveau de R-Type car on y voit un vaisseau en vue latérale et pas un gros flingue à la première personne ! Même ce pauvre Mario y a eu droit : va expliquer à un de ces gosses (oui mon serpent, en terminale on n’est toujours qu’un gosse !) habitués au New Super Mario bros qui te dit comment franchir un niveau quand on reste coincé trop longtemps, qu’il fut un temps où il y avait même des Ghost Houses dans Super Mario World et des niveaux puzzles comme la formidable Forest of Illusion…

Tu comprends mon rampant comparse, finalement instituer une option jeu vidéo au bac serait finalement de nature à encore baisser le niveau, d’ores et déjà assez bas, de l’examen en question. Tout simplement car il n’y aurait que des « jeux de vieux » au programme, tous trop durs comme tout le reste des épreuves par ailleurs.

Le Professeur Choron l’a dit mieux que moi : lycéen, ça ne veut plus rien dire ! Ces gens-là n’ont rien à dire. Et ça se sent…Pour nous prouver le contraire, s’ils arrêtaient déjà de râler dès que l’épreuve du bac leur fait comprendre qu’il fallait peut-être écouter en cours au lieu de se parfumer, de se repeindre les ongles des mains (et parfois des pieds) en rouge cerise ou parler des dernières conneries d’Hanouna et des amputés de la cervelle  qui l’entourent comment un essaim de mouches vertes ? Et accessoirement, commencer à croire et s’apercevoir que le jeu vidéo d’aujourd’hui n’est que foutaise péjorativement commerciale et dénuée de magie, en plus d’avoir oublié toute notion de difficulté pour virer à l’assistanat ? Oui, car ici il convient bien de parler d’assistanat, au lieu de n’user ce vocable que pour dénoncer ces odieuses feignasses toutes jouasses d’être au RSA alors qu’elles auraient pu être millionnaires ou exilées fiscales ! Bon mon serpent, derrière cet apparent étalage de mauvaise foi typiquement yaciste, se cache cependant un message ludique dont je sais que tu l’auras compris. Si le jeu vidéo devait poursuivre cette délétère évolution, il finira bientôt comme le bac : trop facile, déconsidéré et sujet à toutes les râleries si un jour il a le culot de se conformer aux enseignements passés, que le joueur comme le candidat se doivent pourtant de maitriser un minimum afin de réussir…Quelle époque. Quelle époque épique ! Bon mon serpent, je te salue et profite bien du soleil qui reparaît…Moi il m’emmerde déjà.

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux, mais bachelier depuis 1996 et même plus diplômé encore, sans trop savoir pourquoi finalement.

Salut à toi, mon ardent reptile.

Comment te portes-tu ? Je te remercie avant tout de toujours consentir à me recueillir chaque semaine tels les éboueurs qui se lèvent dès potron-minet tous les jours pour ramasser la merde de tout le monde, car tu accomplis une tâche hebdomadaire fort comparable en acceptant d’écouter mes digressions dont même la psychanalyse n’a pas voulu. Et vient le moment où je te révèle ce qui m’amène cette semaine, à savoir une nouvelle confusion. Une confusion que pourtant je ne devrais pas commettre, mais je le fais et à dessein qui plus est. J’ai souvent vue collée à ma personne l’étiquette de « nazi de la grammaire », selon la délicate terminologie qui a fleuri comme un chiendent sur ce fumier que constituent les tréfonds de l’Internet. Oui, ô comme je déteste ces expressions toutes faites qui à l’origine ne sont que le délire de pauvres petits cons de seize ans nourris d’inculture et de Clara Morgane comme modèle de féminité et de réussite sociale. Suivre les recettes grammaticale et lexicale de notre belle langue de Molière ferait donc de l’habile littérateur un émule du natif de Braunau-Am-Inn ? Un cuisinier qui ne mettrait pas de saucisson à l’ail dans le couscous doit-il être tenu pour un nazi de la tambouille ? Un peintre qui barbouillerait avec de la gouache et non pas ses excréments devrait-il être considéré comme un commandant de camp ?

Enfin, je m’égare, alors je me recentre : oui, j’ai une admiration et une vénération pour notre véhicule linguistique et pour reprendre Léo Ferré, je speak French, c’est un pleasure ! Oui mais alors pourquoi m’obstine-je (oui, obstine-je) à toujours dire LA Game Boy, et non pas LE Game Boy ? Je suis pourtant parfaitement au courant que Nintendo nous avait présenté son produit au masculin, tant dans sa notice que dans sa promotion. Oui mon serpent, rappelle-toi cette question subtile : « Vous jouez à quoi avec le vôtre ? » Subtile car en effet le postulat de cette campagne n’était pas de faire vendre l’engin, mais partait du principe que le public l’avait d’ores et déjà acquis et adopté ! Il fallait donc savoir à présent quel jeu on allait choisir avant de passer à nouveau à la caisse. Et en dépit de ce bon sens élémentaire et de mon profond respect pour la langue de Jean-Baptiste Poquelin qui a bien fait de ne pas reprendre la charge de tapissier du roi de son père ni tout comme moi de devenir avocat alors qu’il avait fait son droit, je continue de dire LA Game Boy. Je t’assure incontinent que je sais cependant différencier le masculin du féminin, même en notre époque où se revendiquer homme est ipso facto tenu pour misogyne, alors que les plus misandres des féministes passent non guère pour des extrémistes mais d’ardentes partisanes. Au diable Valérie Solanas et Claude Sarraute (dont entre nous la féminité réelle ou supposée m’indiffère, et dont l’apparence et l’esprit sont aussi agréables qu’un coup de pied aux génitoires).

Mais tout ceci n’explique toujours pas pourquoi je persiste dans cette féminisation de la Game Boy (on devrait dire du Game Boy), moi qui en tant que grammairien intransigeant ais toujours refusé d’employer de tristes vocables comme l’abject « doctoresse » ou l’infâme « écrivaine » que les vieux fourneaux de l’Académie ont eu la faiblesse d’admettre. « Ecrivaine » est aussi laid à l’esprit qu’il l’est à l’oreille, et à tous les gardiens et toutes les gardiennes du bon esprit correctement limité qui me conspueraient, je fais aimablement remarquer qu’il existe le très noble terme de « femme de lettres » qui insiste autant sur la féminité de l’auteur (et non pas « autrice » comme je l’ai déjà lu !) que sur les lettres en alliant les deux pour une locution de mérite et de grandiloquence. Car les hommes (et les femmes aussi, hommes étant ici à prendre au sens « humains ») s’en viennent et s’en vont tandis que les lettres s’en viennent mais subsistent. Alors oui, comment justifier mon endurcissement à dire LA Game Boy, tout en sachant que je vais à l’encontre de ce qui est pourtant établi ? Tu viens déjà d’avoir un élément de réponse mon serpent : car j’aime aller à l’encontre de l’établissement (et non pas establishment, anglicisme puant que je laisse aux politiques non moins puants), mais surtout par respect pour les figures elliptiques. Car oui, ceux qui maintiennent le « la » devant « Game Boy » se livrent parfois même sans le savoir à l’exercice de l’ellipse, en justifiant donc plus ou moins inconsciemment ce féminin par la nature de console de l’engin en question. Et il s’avère que « console » est un nom féminin. Et vois-tu, cette raison me suffit amplement, et même semble témoigner d’un bon sens que n’avaient pas les commerciaux de Nintendo en 1989-1990 ! Sans quoi ils auraient  dit, écrit et demandé : « Vous jouez à quoi avec LA vôtre ? »

Je persiste et signe !

Allez mon serpent, nous sommes tous deux de fines manettes, alors allons nous faire une petite partie compétitive, et je te laisse savourer cette dernière métonymie avant de t’accueillir dans mon salon, désormais orné d’une superbe reproduction de l’Origine du Monde de Gustave Courbet. Et j’ai également calé mon canapé bancal avec le dernier ouvrage d’Eric Zemmour que j’ai récupéré ce matin dans une poubelle en allant jeter la mienne, car même les éboueurs qui se lèvent dès potron-minet donc m’ont dit refuser de salir leur camion-benne avec.

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux. Au masculin pour le coup.

Ah, j’aime mieux ça ! Et le premier qui me dit que ça fait tendancieux n’est qu’un immature.

Salut le Serpent que j’aime !

Tu vas comment ? Moi j’avoue que j’ai connu mieux, mais non, je ne vais pas me plaindre. Car je suis encore bien vivant ! Et oui, chaque semaine, pouvoir te causer est un privilège qui démontre que toi et moi sommes encore bien fonctionnels biologiquement, toi dans ton vivarium douillet et moi dans ce pays livré à un parvenu de la finance pour mieux échapper à un retour aux années 1940-1944. Mais je suis en vie ! Enfin moi je suis en vie, mais l’âge aidant, je me rapproche de ma fin, et en attendant, ce sont de braves gens dont la présence me semblait acquise depuis les temps où je jouais sur leurs genoux en tant que gamin qui nous quittent…Suivant une logique aussi inexorable qu’implacable. Oui mon serpent, avec le temps, va, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs, ça t’a une de ces gueules…Cependant, il y a une invention qui permet précisément de battre l’imbattable, de vaincre l’invincible, de dépasser la limite suprême de la mortalité. Et cette invention, tu l’a déjà compris, c’est le sujet de cette passion qui nous lie depuis des années à présent, c’est à dire le jeu vidéo !

Mario n’a pas qu’une vie, lui !

Oui mon reptile attentionné, comment expliquer autrement le fait que les inventeurs premiers du jeu vidéo aient cogité opportun de donner à leurs héros plusieurs vies ? Soyons logiques : avoir plusieurs vies, c’est déjà vaincre la mort !  Oui, et à nouveau le jeu vidéo montre son étonnante liberté au point de renier même cette logique pourtant immuable : si nous n’avons qu’une seule vie, quand on passe au monde des pixels, nous en avons plusieurs. Ah ! Que disons-nous à ce propos ? La vie est une maladie sexuellement transmissible mortelle dans tous les cas, ou comme disait Gérard Depardieu dans Tenue de Soirée, la vie est une prison et la plus terrible de toutes, car pour s’en échapper il faut passer l’arme à gauche. Et bien non ! La vie nous permet de jouer ! Et en ce sens, ceux qui consacrent un peu de leur temps réel à cette activité merveilleuse qu’est le jeu vidéo ont déjà d’autres vies en stock, et même s’ils les vivent par procuration, ils ont une chance que ceux qui ne s’adonnent pas aux joies du pixels et du joypad ne connaîtront jamais. Ah, les individus de peu de foi que voilà tout de même ! Le jeu vidéo est même si magistral qu’il arrive à changer la mort en un outil didactique, car bien souvent c’est en mourant faute à un piège efficace que l’on apprend à justement lui retirer son efficacité et donc à lui survivre ! Vaincre la mort au point d’en faire un outil d’apprentissage, connais-tu d’autres activités aussi puissantes, mon serpent ? Certes, la vie doit se différencier du jeu vidéo, ou plutôt le jeu vidéo doit se différencier de la vie, car oui, inutile de répéter à quel point l’aspect chimérique est à mon sens l’essence même d’un jeu digne de ce nom. Voir des soldats agoniser dans leurs tripes m’enchante dans Metal Slug mais me répugne dans Call of Duty, et tu comprendras pourquoi aisément.
Mais tout de même mon ami écailleux, si l’on devait juger de la vie par des critères liés au jeu vidéo, le résultat en serait absurde : des graphismes allant du pire au meilleur, une animation beaucoup trop variable selon l’état des personnes, des musiques allant du divin façon Neuvième de Beethoven au catastrophique façon rap de 2017, et un game over aussi intransigeant que définitif…Le tout dans un seul et unique monde par trop malmené pour être réellement harmonieux. Absurde te dis-je ! Alors qu’il suffit d’avoir un Super Mario World pour arpenter des contrées superbes et enchanteresses, bercées par des musiques  formidables en tous points, avec un stock de vies que l’on peut gonfler à sa convenance et qui sert autant à comprendre comment vaincre les pires épreuves même grâce à l’erreur. Ah mon rampant, jouer au jeu vidéo, c’est réellement vaincre la mort, et pas uniquement dans Castlevania.

Et plutôt deux fois qu’une !

C’est réellement se dispenser de cette règle finalement aussi incontournable que normale mais cruelle, qui veut que l’on n’ait qu’une seule vie. Nous autres joueurs, n’avons certes qu’une seule vie…Mais plusieurs existences ! Je joue donc j’existe, en tant que Mario, que Simon Belmont, que pilote de vaisseau spatial…Oui mon serpent : une seule vie, mais alors disons une vie multipliée par autant d’expériences que sont les jeux que je pratique. Allez, sur ce je te rends à ta tranquillité et si un jour la Faucheuse vient me prendre la main (ce qu’elle fera j’en suis persuadé), pourvu qu’elle m’emmène au bistrot des copains pour reprendre le bel hommage rendu par Renaud à ceux qui peuplent sa mémoire. J’irai ainsi bien deviser avec Spartacus, Louis Lecoin, Louise Michel, Michel Bakounine, Stanley Kubrick, Charlie Chaplin,  Groucho Marx, Georges Brassens, Léo Ferré, Boris Vian, Franck Chossat, Cabu, Wolinski, Siné, Voltaire, Zola, Agustin Gomez-Arcos, Albert Camus, Coluche, Pierre Desproges, Raymond Devos…sans oublier Ralph Baer !

Et ceci est sans doute l’humeur la plus optimiste que je t’aie jamais livrée, car finalement,  quoi de plus élevé que vaincre la mort ?

Yace,
Vieux grincheux pas si vieux. Et bien vivant sous toutes les identités que le jeu vidéo m’accorde encore !

Salut à toi mon rampant collègue. Comment vas-tu ?

A nouveau je reviens à toi en espérant que tes lumières m’éclaireront quelque peu.  Je ne comprends pas. Vraiment pas. L’Internet se mue en une gigantesque poubelle , et comme si cela ne suffisait pas, même le monde du jeu vidéo s’y met ! Je t’épargnerai ici mes habituelles désillusions sur l’infâme rapprochement entre jeu vidéo et réalité, pour finalement poser une autre question. Mais avançons un constat d’abord. A-t-on besoin d’encore présenter Frédéric Molas, alias le Joueur du Grenier ?  Sois rassuré avant tout, je ne reviendrai pas sur le fait de savoir s’il a ou pas « copié » le concept de l’Angry Video Game Nerd, car pour moi ceci n’a jamais été un débat ni intéressant ni même fondé, après tout l’idée de base n’était pas brevetée que je sache. Et puis le tout premier gugusse à avoir posté une vidéo de replay doit-il s’en prendre à tous les joueurs plus ou moins bons, plus ou moins talentueux, plus ou moins beaux parleurs, qui auraient eux aussi publié leurs parties, que ce soit dans la catégorie superplay bluffant, run instructif qui dépanne, let’s play à la mords-moi l’engin ou unboxing ringard ? Non non, et d’ailleurs mon questionnement ne repose même pas sur les vidéos du JDG en elles-mêmes, mais plutôt sur ce qu’il fait à côté. Et plus spécialement sur sa section « JDG, la revanche », subtil exercice dont la substance m’échappe quelque peu. Certes, revenir sur un jeu déjà traité dans l’un des « tests du Grenier » ne manque pas d’intérêt dans l’absolu ; le JDG avait-il dans l’idée de retourner un de ces jeux qui lui ont fait sortir de la fumée des esgourdes pour montrer que finalement, et ce en dépit de sa qualité fort piètre, la chose s’avère jouable malgré tout ? Et puis, voir un mauvais jeu se faire déboiter (au sens disséquer hein, pas au sens « unboxing » !), c’est finalement très amusant et procède d’un intérêt tout particulier, un peu comme lorsque l’on se perd sur Nanarland afin de trouver avec quel film on va animer la soirée binouze et ciné en compagnie des potes ce samedi soir !

Mais non, loin de là. En fait, et ce sera ma question : où est l’intérêt de regarder ces segments temporels…ou plus exactement voir monsieur Molas hurler vulgarité sur vulgarité ? En quoi y a-t-il le moindre effet comique à voir un individu revenir sur ce qu’il a déjà traité (et souvent avec humour d’ailleurs, pas toujours avec finesse mais qu’importe, nous sommes tous capables du meilleur comme du pire), mais uniquement pour proférer un nombre hallucinant de locutions à base de « putain de… » ou de « enculé de… », etc, etc ? Attention, je n’ai rien contre le registre de langue ordurier qui bien souvent d’ailleurs fait preuve d’une imagination qui fait défaut au registre soutenu !

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Rappelle-toi mon serpent dans l’excellent Terminator 2 : Judgement day, la scène où John apprend à construire des phrases plus ou moins « familières » au T-800, une scène dans la continuité de la drôlatique scène du « Fuck you asshole » du premier volet. Là, c’était drôle. Quand Brassens qualifie la « Putain de toi » de « misérable salope », c’est à la fois provocant et littéraire. Quand Eric Cartman hurle un tombereau de saloperies pour renvoyer Saddam Hussein en enfer dans South Park, c’est franchement excellent car tout à fait réfléchi ! Mais en quoi regarder un individu s’énerver bêtement devant un jeu (et dont il a déjà parlé au surplus) en hurlant un vague salmigondis d’injures et autres noms d’oiseaux pour seul commentaire est-il source d’un intérêt quelconque ?  Pour ma part, je trouvais même plus de finesse chez Carlos quand le regretté interprète de Big Bisous sortait ses blagues crasses sur le plateau des Grosses Têtes…Ou quand le non moins regretté Gérard de Suresnes hurlait comme un putois aviné sur les ondes de Fun Radio. Même si je me rends compte de la cruauté qui était mienne à cette époque, alors aujourd’hui, je te remercie , Gérard.

Les vidéos « JDG la revanche » ne sont d’ailleurs qu’une expression de cette incompréhension qui ne me lâche plus ! Désormais, les starlettes du web qui se filment lors de leurs soirées pizza, nous gratifient de let’s play dont je ne te redirai pas à quel point ils me sont rébarbatifs…Le summum étant atteint par ce phénomène de charlatan qu’on a déjà baptisé ASMR, censé procurer chaleur et bien-être à ceux qui ont du temps à perdre devant ce type de vidéo ! Je sais mon serpent, ton naturel calme et posé me dira « mais tu sais mon gros Yace, personne ne t’oblige à regarder ce type de vidéos si tu n’y vois pas d’intérêt », et tu aurais bien raison ; cependant, comment savoir que la vidéo n’a précisément pas d’intérêt si tu ne la regardes pas ? Là est le piège : toutes ces vidéos « revanche » sont-elles aussi vides de substance qu’elles débordent de vulgarité sans réel message passé ? En fait, et j’ose le dire, le plus gros idiot c’est bien moi, à toujours tenter de laisser le bénéfice du doute et ne juger qu’après avoir pris connaissance de la chose ! Quoique, juger sans connaître, n’est-ce pas là précisément une définition de la bêtise ? Grosso merdo, j’ai donc le choix entre être con ou être con ! Avoue qu’il y a des raisons d’hésiter.

Même si voir un célèbre collectionneur et accessoirement aussi intéressant qu’un discours de Sophie Marceau sur le PIB du Mozambique s’enfiler un menu MacDo dans une vidéo dite « ASMR » ne laisse en définitive que peu de place au doute. Si tu te demandes la signification de cet acronyme, je me contenterai de dire que pour moi, ce serait « Authentique Sous-M**** Ridicule ». Et encore, je me prends quand même à espérer un petit happening qui rendrait la vidéo intéressante, comme voir le cabotin en question s’étouffer avec des frites conservées dans l’antigel ou un bout de semelle fourré à la sciure qu’on pense être la viande dans le Big Mac. Là ça vaudrait la peine de regarder !

Allez mon serpent, pour oublier ces douloureuses interrogations et ces fort désespérants constats, je vais aller m’écouter une anthologie de la chanson paillarde. Car je le dit au haut fort, ces oeuvres-ci sont d’authentiques morceaux de littérature et de versification, qui pour le coup  trouvent donc un intérêt véritable ! Analyser l’abondance du flux menstruel de Sophie dans les Stances à Sophie est lexicalement infiniment plus intéressant et doté de substance que voir le JDG traiter Raphael de tous les noms dans une revanche sur Tortues Ninja NES. Alors, viens écouter avec moi, tu verras, la chanson paillarde, c’est éminemment culturel et fédérateur, ensuite on se tapera un bon nanar turc des années 70 et on finira par jouer à un jeu THQ sur NES !

Mais on se passera fort bien des vidéos JDG La Revanche.  Oui, je préfère même jouer à DinoRex sur arcade.

Yace,
vieux grincheux pas si vieux.

PS : j’avais à l’époque commis cet article sur l’excellent site Ze Player de l’ami Jibé. Car tout peut s’user comme l’écrivait Maurice Carême.

Salut mon serpent chéri adoré !

Comme tu le sais sans doute si tu t’abaisses à scruter l’actualité des bipèdes que nous sommes, nous sommes en pleine période électorale, et ce depuis bien trop longtemps à mon goût. Quand je vois l’horizon pollué de ces panneaux avec ces bien tristes trombines, je prends réellement conscience du manque de respect que nous infligeons à notre environnement.Décidément, l’évolution des temps se fait à rebrousse-poil, aux antipodes de ce que je souhaite, et je n’arriverai jamais à m’y habituer. C’est sans doute pour ça que je suis aussi tourné vers le passé et l’enfance, mais tu as fini par le comprendre ! C’est pour cela qu’aujourd’hui je me livre à ce bien triste constat : dans notre France, les élections perdurent, alors que les salles d’arcade font désormais partie du passé. Bref, et contre le bon sens le plus élémentaire, il est toujours d’actualité d’insérer un bulletin dans une urne, mais plus d’insérer une petite pièce dans un monnayeur pour décrocher le sésame ainsi libellé du « Press start to play ».

Insertion vers la joie et le jeu…

Quel dommage tout de même, il est toujours possible d’aller faire allégeance à un quelconque carriériste peu avare de promesses qui comme de juste a la solution à tout durant les mois qui précèdent le scrutin, mais hélas n’en a plus la moindre une fois confortablement installé sur le fauteuil tant brigué…Et quel qu’il soit, dans une mairie, à l’Assemblée ou à l’Elysée. Il est de bien tristes axiomes, dont la répétition est à mes yeux pourtant si évidente qu’elle suscite l’incompréhension…Alors que vois-tu mon admirable interlocuteur, quand en lieu et place d’un bulletin nominal  dans l’urne on insère une pièce de valeur variable, on n’est jamais pris au dépourvu et surtout assuré que le jeu en question ne vous pigeonnera pas ! Un jeu propose des règles qui restent fidèles à sa personnalité ! Peut-on seulement en dire autant du moindre des concurrents à l’élection, quelle qu’elle soit ? Sans doute bien moins souvent que pour un jeu d’arcade et même qu’un jeu tout court ! Car je n’ai jamais vu un jeu dont l’attract mode (NDLR : courte démo qui tourne en boucle lors des phases d’inactivité du monnayeur) s’est avéré mensonger, trompeur ou carrément insultant pour le public. Raiden ne se change pas en Pit Fighter une fois la pièce glissée dans la fente prévue à cet effet, Street Fighter II ne se change pas en Primal Rage quand on appuie sur Start !

Insertion vers la désillusion, les manifs, le mensonge et l’absurde.

Et oui mon serpent, ces jeux promettent de bons moments et de la qualité, et ils tiennent leurs engagements une fois qu’on les a choisis et qu’on a inséré la pièce fatidique dans le monnayeur. Si les candidats aux suffrages en faisaient de même une fois glissés dans l’urne les petits papiers imprimés avec leur blase ?  Mon prof de droit constitutionnel disait que la politique était l’art de détourner les électeurs de ce qui les regarde. Le jeu vidéo lui, opte pour une franchise tout à fait contraire, il se doit d’être franc et réel et d’assumer ce qui fait de lui une oeuvre digne d’être jouée. Point ! Il existe de nombreuses démonstrations plus ou moins absurdes, comme celle de savoir pourquoi une bière est plus appréciable qu’une femme (avec la bière, il suffit de deux doigts pour un pack de 12 !), ou de dire tout haut pourquoi un homme est moins efficace qu’un sextoy (le sextoy n’a pas besoin de recharger ses batteries aussi souvent et se montre donc bien plus utile pour de distinguées créatures multi-orgasmiques), mais il fallait ici prouver par l’exemple qu’un jeu vidéo ne ment jamais. Et sait demeurer constant. Tandis que souvent, homme ou femme politique varie ! Il y a juste une chose que je retiens des bureaux de vote, et que je regrette de n’avoir pas vu dans les salles d’arcade : le principe de l’isoloir. C’eut été très utile contre les gros lourds qui viennent tenter de te chouraver un crédit ou dont l’incessant brouhaha vient perturber la concentration du joueur en un instant crucial, genre dernier boss sur sa dernière vie…On applique pourtant ce système d’isolement qui garantit la confidentialité et la tranquillité dans les bureaux de vote et dans d’autres lieux hautement culturels comme les peep-show ou diverses « cabines de projections individuelles », mais jamais dans les salles de jeux. Pourtant ça aurait fait sens je trouve. Enfin, votons utile, votons rétro !

Métaphore subtile pour définir l’électeur.

Pas d’électeurs, mais des lecteurs ! Sur ces entrefaites, je t’assure mon serpent de ma sincère considération, qui elle n’a rien de politique, puisqu’elle est sincère !

 

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

Salut à tous, et bienvenue dans la suite du dossier consacré à la saga Wing Commander. Nous avons pu voir jusque là qu’une petite équipe de seulement 5 personnes, menée par un homme la tête dans les étoiles, à pu produire en peu de temps un jeu qui a réussi sur le plan ludique, tout en proposant une dimension cinématographique novatrice pour l’époque. Bien entendu le succès de Wing Commander poussa les équipes d’Origin Systems a vouloir étendre leur saga, mais en attendant de pouvoir livrer un nouvel épisode canonique, les développeurs n’ont pas chômé. Explications.

Wing Commander I : des extensions top secrètes

Wing Commander: The Secret Missions

C’est l’ambiance de fou chez les matous.

Premier add-on pour Wing Commander, et parmi les premiers add-on du jeu en général, Wing Commander: The Secrets Mission prend le parti de creuser sur l’univers de la série par le biais d’un drame. Le TCS Tiger’s Claw reçoit une transmission d’un appel de détresse venant du système Deneb. Une superarme serait en construction sur le cuirassé Sivar, et il est impératif de savoir ce qu’il en retourne, surtout que la colonie peuplée Goddard comence à être attaquée. Mais tandis que le vaisseau capital arrive aussi vite que possible pour donner un coup de main, la colonie est totalement rayée de la carte, causant l’un des plus gros massacres jamais enregistrées jusque là. La Confédération Terrienne, bien que durement touchée, devra tout faire pour détruire la menace et repousser les félins démoniaques. Le jeu ne bouge que très peu, on retrouve les mêmes graphismes, sons et musiques que dans le jeu de base. Les différences viennent de l’histoire en elle-même, et vont débuter le travail de Chris Roberts et son équipe pour construire tout un univers autour de cette guerre félino-humaine. Le public recevra correctement le titre avec de bonnes critiques, mais donnera clairement le nom de Wing Commander 1.5 à l’add-on, ce qui parait normal pour ce type de contenu, même si la suite des missions secrètes sera d’un autre calibre. Une adaptation sur Super Nintendo est réalisée en Mars 1993, mais contrairement au jeu original porté sur la même console qui avait ses défauts mais restait jouable, cet add-on n’a plus vraiment d’intérêt et parait bien trop daté comparé aux autres productions de la console, sans même parler des productions du studio du plombier moustachu.

Wing Commander: The Secret Missions 2: Crusade

Là où la première extension se contentait d’offrir une histoire parallèle à l’aventure principale, The Secret Missions 2: Crusade va faire un véritable lien entre les deux épisodes principaux de la série, Wing Commander 2 n’étant pas encore sorti à cette époque. Le jeu va inclure notamment de nouvelles missions, vaisseaux, collègues pilotes (dont l’Amiral Tolwyn qui sera retrouvé plus tard), mais également une toute nouvelle race : les Firekka. Ces êtres ressemblant à de grands oiseaux, ont rejoint la Confédération, après que leur planète du système homonyme ait été prise pour cible par, je vous le donne en mille, les Kilrathis. Durant la contre-attaque, nous sommes tenus au courant de la défection d’un pilote ennemi, qui nous confie un vaisseau Dralthi, capital pour la suite de l’aventure, et nous informe d’une possibilité de rébellion contre l’Empereur et ses soutiens de la part d’une équipe de résistant félins. On apprendra plus tard que ce Kilrathi est Hobbes, qui aura un plus grand rôle dans le futur. La nouvelle alliance devra donc venir à bout à nouveau des Kilrathi et de leur nouvelle technologie, ou encore de leurs pilotes d’élite. Comme dit précédemment, de nombreux liens sont faits avec la suite de la série. A côté des pilotes habitués comme « Maniac » ou encore « Angel », de nouvelles têtes sont visibles comme le vice-amiral Tolwyn. Le futur grand obstacle du héros jouera un rôle important dans la Confédération, et n’hésitera pas à faire porter le chapeau de chaque erreur au joueur, mais nous le verrons plus tard. La faction humaine des Mandarins sera évoquée également, montrant que le monde de Wing Commander n’est pas si manichéen que ça et que tous ne partagent pas la vision de la Confédération. Les autres pilotes, que ce soient Jazz, Doomsday ou Bossman, ont quant à eux des backgrounds développés, et la mort de l’un d’eux pour sauver un membre clé de la série est un réel crève-coeur. Tous les moyens techniques sont utilisés pour rendre une réelle émotion pour des dessins au départ pixelisés. L’histoire du Tiger’s Claw est aussi étoffée, pour préparer les événements de Wing Commander 2, avec l’apparition du TCS Austin par la même occasion. Pour le reste l’aventure est toujours prenante, même si la difficulté est bien plus élevée sur certaines missions, pouvant frustrer les moins passionnés (certains utilisateurs ne pourront finir la série sans cheat-codes). Mais l’aventure, les personnages, les rebondissements, font de cet add-on une excellente entame à Wing Commander 2. Une version SNES a été prévue, avec des prototypes disponibles, mais finalement non commercialisé.

A savoir : un roman ayant un lien direct avec le titre sera publié. Freedom Flight, de Mercedes Lackey et Ellen Guon, raconte l’histoire du jeu mais sous le point de vue des Firekka, en évoquant plus longuement la défection de Hobbes (ou Lord Ralgha) des Kilrathi. Il sera la première partie de l’univers étendu de Wing Commander

Salut mon reptilien confident ! Comment se portent tes écailles ?

Vois-tu, il y a parfois des grands moments dans l’existence d’un gamin. J’en parle en connaissance de cause, ayant moi-même un jour été gamin. Et si ma carcasse a évolué vers l’âge adulte en passant par l’apparition d’une pilosité aujourd’hui défaillante, d’une croissance spécifique et circonstanciée d’un de mes membres, d’une voix plus grave et d’épaules élargies (sans oublier les rides sur le front et autres vergetures abdominales), je suis resté un gamin dans l’esprit.

En tant que gamin, j’ai retenu plusieurs leçons. La première que m’avait dictée mon donneur de spermatozoide fut celle-ci : « dans la vie, celui qui te joue un sale tour une fois, c’est lui le fautif. S’il te joue un sale tour deux fois, c’est toi le fautif ». La seconde ? Le jeu vidéo a fait de moi un gamin casanier, et quoiqu’on en dise, on a moins d’embêtements avec un gamin casanier qu’avec un mioche qui traîne dehors on ne sait où…

Moi-même je suis aujourd’hui géniteur, mais je me plais à croire que j’ai également participé à l’instruction d’un quelconque gamin qui, à l’heure où j’écris ces lignes, doit approcher de la majorité. Mais auquel j’ai greffé un souvenir qu’il n’a pas du ni pu oublier !

Ce mioche était un adepte du vieux gag de la sonnerie. Tu sais, cette aimable plaisanterie qui consiste à sonner chez les gens et se carapater vitesse grand V ensuite, en proie à une délicieuse adrénaline ! Se faire peur pour rien sans grand risque, n’est-ce pas là une attitude de casse-cou subtilement excitante ? Cependant, ce gamin avait quelque peu remanié le concept : il ne sonnait plus directement à la porte, mais à l’interphone pour répondre après moi « enculé, je veux te baiser » et d’autres messages fleuris à base de mots que la bienséance sociale m’interdit de réitérer, même si pour moi le registre lexical ordurier est tout aussi part intégrante de la langue que le plus chiadé des discours.

Après avoir répondu une douzaine de fois et entendu une douzaine de messages vocaux m’apprenant que ma mère faisait le trottoir, ma soeur aussi et que j’étais un champion de la fellation (le gosse le disait en d’autres termes), j’ai pris une décision intelligente et stratégique. Ce distingué mouflet ne devait pas être un de ceux qui habitaient dans cette montée, faute de quoi il risquait d’être reconnu. Bien. Donc il y a peu de chances qu’il sache à quoi je ressemble. Un point partout : moi non plus, je ne risquais pas d’être reconnu ! Aussi, je prends un sac poubelle et descends. Je sors et je vois ce gosse s’exciter sur mon interphone, accompagné de quatre ou cinq autres moutards qui riaient de toutes leurs dents cariées (car on a tous les dents cariées à cet âge, d’ailleurs mon serpent, surveille bien ta progéniture !). Je passe à côté d’eux, sans réagir, et je vais au local poubelles derrière l’entrée de la montée, comme un homme innocent et pur que je suis. Je jette mon sac et durant ce temps, le mouflet s’esclaffe à nouveau : « grosse pute, je vais te bouffer la chatte », car j’avais dit à ma compagne de décrocher l’interphone en mon absence, histoire que ce petit farceur ait encore du grain à moudre.

D’un seul coup d’un seul, je chope le fâcheux par la veste et lui dit en gros plan : « alors petite merde, c’est toi qui t’amuses à me casser les couilles depuis un quart d’heure ? Hein ? Tu t’attendais pas à ça, petit con ! » Désemparé au point de se pisser dessus, le mioche répond contre toute évidence « Mais m’sieur, c’est pas moi ! » …Et en plus il me prend pour un con. Ses petits copains, une fois qu’ils virent leur comparse en fort mauvaise posture, ont tous décampé comme une volée de cafards qu’on asperge de DDT. Sans savourer outre mesure ma position dominante, j’assène à ma proie :

écoute-moi bien, petit trou du cul : si tu recommences, je t’arrache les yeux et je te les fais bouffer, OK ?

Oui oui m’sieur, promis j’recommencerai pas !

Et puis écoute-moi bien, ça va te servir : tu vois tes petits potes de merde ? Quand ils ont vu que ‘étais pris, ils se sont tous barrés comme des lâches et t’ont laissé tomber comme une merde ! Alors deux choses : à l’avenir, choisis-toi de vrais potes et occupe-toi sans faire chier les gens, ou tu le paieras cher, petit connard. Compris ?

Oui m’sieur.

Compris ?

Oui m’sieur !

Allez, casse-toi maintenant !

Et je le relâche. Il déguerpit sans demander son reste.

Tu vois mon serpent ? Si tu te demandes pourquoi je te conte cet anodin petit incident, c’est avant tout et surtout pour te démontrer qu’un gamin casanier via le jeu vidéo ne prend aucun risque de faire ce genre de conneries, et donc de se faire choper en flagrant délit ! Et si c’était précisément mon goût du jeu vidéo déjà affirmé qui avait fait de moi cet ado tranquille et calme, à cent lieues du risque-tout amateur d’interphones et du gag de la sonnerie ? Ah, le jeu vidéo m’aura préservé de bien de sinistres tentations !

Même si, maintenant que j’y pense, je n’étais pas si éloigné de ce gamin en fait. Car si lui recherchait l’adrénaline en insultant des inconnus par interphone interposé, n’étais-je pas moi-même à la recherche d’une adrénaline semblable en défiant des aliens par milliers, par manette interposée ? M’enfin bon, moi je ne risquais pas de me faire pécho par le colback et recevoir...une leçon de vie ! Waouw, tu as vu mon serpent ? Je viens d’habilement recaser l’intitulé de cette humeur hebdomadaire en l’achevant. Tu viens objectivement d’assister à un chef d’oeuvre de narration !

Et qui sait ? Aujourd’hui ce mouflet est peut-être devenu un grand joueur, traumatisé qu’il a du être de cette expérience…qui lui a fait comprendre sans doute que mieux vaut rester chez soi avec sa console qu’aller importuner d’honnêtes citoyens !

Allez, je te laisse t’en remettre et je te salue !

 

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

Salut mon serpent !

Aujourd’hui je m’en vais te conter une petite anecdote, certes très personnelle mais -et c’est heureux- tout de même liée au jeu vidéo. car oui, mes confidences et autres élucubrations hebdomadaires ont toutes en commun d’être liées au jeu vidéo, faute de quoi elle me vaudraient  0/20 avec mention « HS, à faire signer des parents ». Ceci remonte à quelques années à présent.

Il y a peu, j’intervins devant un auditoire de jeunes et je t’avais d’ailleurs rapporté la teneur de mon allocution face à ce parterre censé représenter l’avenir, ce qui en soi justifierait déjà une prescription d’antidépresseurs (oui bon, j’exagère un tantinet, après tout certains ont écouté et ont par la suite posé des questions qui révélaient leur attention). Bref, cette petite parlotte avec ces jeunes m’a laissé un souvenir finalement pas déplaisant, en plus de la bien étrange situation de me voir parler de concert avec un gendarme, et même ensuite d’avoir discuté avec ce subtil pandore en termes amicaux et considérés. Nous vivons un temps bien singulier comme l’écrivait l’ami Brassens dans l’Epave.

Il y a quelque temps donc de cela, lors de l’animation ci-devant pompeusement intitulée La semaine du Cerveau (bigre ! cela sous-entendrait-il qu’une année de cinquante-deux semaines n’en donnerait qu’une seule à ce matriciel et encore majoritairement inconnu organe ?) je fus invité, aux côtés d’autres personnages, à venir discuter de l’impact cérébral des activités humaines. Etr cette année-là, ô grandiloquente surprise, le jeu vidéo fut mis à l’honneur comme l’intense source de réflexion qu’il est. Ma légendaire naiveté me poussait alors à croire qu’enfin, on allait accorder à cette noble création un statut non pas à sa hauteur, mais disons déjà un peu moins bas.

Mon serpent, et contrairement à ce que je laisse penser de moi, je ne suis pas forcément le dernier des abrutis, ou le plus incurable des conneaux, mais pour ce coup, je reconnais avoir été réellement stupide d’avoir accepté. Car sous cette invitation se cachait en fait un vrai piège à joueur.

Un vrai piège à con !

La séance se déroule dans une salle crasseuse et vétuste d’un local étudiant de la Faculté de Sciences de mon patelin, place odorant de bière séchée et dont on reçoit de temps à autre des fragments de peinture tombés du plafond. Me voilà assis sur une chaise insuffisante (comprends par là que mon postérieur est sans doute trop développé pour sa surface), entouré de professeurs de psychologie cognitive, de professionnels de santé et de musiciens car la musique elle aussi avait été retenue comme sujet d’intérêt. Devant nous, une horde de jeunes fraîchement émoulus bacheliers, qui donnent l’impression de croire que ce diplôme à valeur plus que variable leur sert le monde sur un plateau d’argent.

Vient mon tour de parole après avoir subi les discours inintelligibles pour le profane en psychologie que je suis . Et là, il n’aura suffit que de quelques minutes pour que la vérité s’affiche : le « joueur » (moi donc) n’était là finalement que pour servir de « contre-exemple ». Malgré mon exposé quant aux nécessités de réflexion et de coordination que nécessite la pratique d’un jeu vidéo, me voici subitement interrompu par une distinguée maîtresse en chaire avec comme motif le fait que je ne débite que des « énormités » car « il est impensable de lier réflexion et jeu vidéo ». Guère déstabilisé par cette incompréhension (et oui mon serpent, depuis que je joue j’ai du faire face à bien des préjugés, et ce venant de tous bords), je me hasarde comme je m’y crois autorisé par ma seule présence à lui demander d’étoffer un peu cette péremptoire affirmation, et je n’ai droit en réponse qu’à un visage outré de directrice de pensionnat qui aurait surpris deux de ses ouailles en plein exercice bucco-génital !

Sans autre dialogue, la voilà qui repart dans son étalage de termes imbaisables pour moi (et bien d’autres, nous ne sommes guère nombreux à nous revendiquer des huiles de la psychologie, psychiatrie ou psychanalyse), me laissant ainsi sur le carreau comme un auto-stoppeur à dreadlocks en tongs et ce, sans même se rendre compte que je n’avais pas parlé plus de dix minutes. Et jusqu’à la fin j’ai du du, pour tromper mon ennui, promener mon regard sur l’auditoire ou le sol ! Le carrelage était à ce propos bien plus agréable à voir, car et même si le printemps s’annonçait, il n’y avait rien devant moi pour justifier que je perde de mon acuité visuelle sur ce panel de gamins…fait de jeune repoussants de banalité et sans la moindre étincelle de beauté féminine qui aurait pu compenser la perte de temps que je subissais. Patienter gravement pour ne pas partir et se faire remarquer bêtement, moi, le « joueur » donc fatalement immature, fruste et mal dégrossi intellectuellement…

Heureusement, l’intervenant musicien, dont on respecta heureusement le temps de parole, reprit à plusieurs reprises ce que j’avais déjà énoncé, et me remerciant même d’avoir « amené des éléments de compréhension » intéressants. Ce qui ne changeait hélas pas grand-chose : en acceptant de venir témoigner, j’avais tout simplement fait le jeu des organisateurs de cette mascarade.

Bref, j’avais l’air finalement encore plus con que le corbeau de La Fontaine, car lui au moins, avant de se faire posséder et déposséder (de son fromage), avait eu droit à des flatteries. Moi même pas. Putain, l’imbécile. Et le tout devant des mioches qui ne savent encore rien de ce qu’implique le travail universitaire…quand celui qu’ils jugent a pour sa part passé six années sur les bancs d’une faculté de droit !

Bref mon serpent, je crois que les subtilités du jeu vidéo ne seront que condamnées à rester masquées à tous…sauf à iceux et icelles qui auront eu la curiosité d’expérimenter. Heureusement il y en a et le plus drôle, c’est tout autant les jeunes semblaient blasés -ou rassurés de se ranger à l’avis d’une vielle mégère hautaine et sûre de son fait- devant mon discours, autant deux seniors sont venus me trouver pour me demander quels jeux je conseillais à deux retraités désireux d’explorer de nouveaux horizons « maintenant qu’ils étaient libérés de l’esclavage salarié ». D’anciens soixante-huitards de leur propre aveu, à qui je suggérai promptement de tenter d’endurer l’incessant Tetris ou de solutionner les admirables énigmes de Solomon’s Key ; eux pourront y arriver, contrairement à ces pauvres esprits nourris de théories mais dépourvus de toute curiosité.

Preuve que l’espoir  vient du vieux, de l’ancien, et que, comme disait Rivarol (l’auteur, oui, cet écrivain au nom durablement sali par un journal putride), « quand je me regarde je me désole, quand je vous regarde je me console ».

Allez mon serpent, je t’invite à manger un civet de lapin, le goût te plaira j’en suis sûr !

 

Yace, vieux grincheux, pas si vieux (même si finalement les vieux sont parfois fort enviables).

Parfois, c’est encore ce qu’il y a de mieux à faire…

Bien le bonjour mon collègue  reptilien, ça roule, ou plutôt ça rampe ?

Vois-tu, le 16 avril 1997 aura été une date noire pour la créativité et le politiquement incorrect. Ce jour-là, l’inénarrable Roland Topor nous quittait à cause d’une connerie d’AVC. Remarque, quelques années auparavant il avait lui-même parié sur un cancer comme Desproges ou précisément sur un AVC ! Bref ce mec au cerveau en ébullition avait décidément tout prévu, sauf de partir bien trop tôt. Il se fera bientôt deux décennies donc que Topor n’ouvre plus sa grande gueule ni ne laisse échapper son rire guttural reconnaissable entre mille, pour cause de décès…

Ce mec a fait à peu près tout : de la littérature, de la poésie, du cinéma devant et derrière la caméra, de la peinture, des dessins de presse, bref un authentique touche-à-tout comme j’aimerai (et je pense ne pas être le seul) en voir d’autres en notre époque au mieux aseptisée, au pire gangrénée de ringardise et de pensée unique insinuée par les diktats de l’état, du fric et des religions.

Mais à l’heure actuelle (et ça ne risque donc hélas plus de changer), ce cher Roland n’a jamais fait de jeu vidéo. Et pourtant !  Rappelle-toi mon serpent, à la fin des années 80, la French Touch avait pourtant déjà émergé depuis quelque temps…Les micro ordinateurs de l’époque avait été un terreau plus que fertile pour ces créatifs débridés et leurs produits aventureux, d’Another World à Dune, en passant par L’Arche du Captain Blood ou encore les Voyageurs du temps

Tous ces jeux emblématiques qui ont tous pour eux d’avoir des scenarii travaillés, imaginatifs et complexes…Et si Roland Topor avait écrit un scénario pour Delphine Software mon serpent, oses-tu à peine imaginer quel jeu subtil et délirant à la fois nous aurions pu connaître ? moi je réponds oui et non, car aussi loin que m’emportent mes réflexions à ce sujet, je n’arrive pas à voir plus loin qu’un écran-titre sans voir le titre avec mentionné au staff le nom de Roland Topor.  Une adaptation en jeu d’aventure en point’n click de La Planète Sauvage peut-être, dont Topor avait écrit le scénario pour la cinéma ? Vu tout ce que ce cher Roland nous a laissé, je n’ai rien de plus pressé que me perdre dans ce salmigondis d’inventivité drôle, irrévérencieuse et subtile !

D’ailleurs pourquoi n’aurait-il pas également été graphiste en plus d’être scénariste ? Son crayon était aussi singulier que sa plume, et une immersion dans l’univers et l’imagination de Topor sur micro à l’époque aurait sans doute -en tous cas j’en suis persuadé- fait mouche.

Je ne suis guère doué pour rendre hommage à tous ceux qui me manquent ou ont compté pour moi -même si je pense souvent à ces grands et qui rendent chaque jour ma vie un peu plus agréable quand je songe à eux, de Spartacus à Cabu en passant par Voltaire, Brassens ou Louis Lecoin- mais je me plais à penser que ceux qui n’oublient pas que la création humaine n’a finalement de limites que celle que nous impose notre propre mort sont un peu dans la lignée de ces délirants inventeurs, dont Topor n’était guère le moindre…

Sacré Roland va, j’espère un jour  laisser ne serait-ce qu’un centième de ce que tu as créé, même si ma prose -car je n’ose dire ma littérature- est encore loin d’atteindre les sommets de subtilité iconoclaste qui me vaudraient, à ton image, d’être promu satrape du Collège de Pataphysique…Merdre, et re-merdre. Mais bon je sais ce qu’il me reste à faire.

Allez mon serpent, pour continuer d’occuper mes heures, je vais aller faire un château de sable avec la litière souillée de mes chats.

Yace, Vieux Grincheux pas si vieux.

Roland TOPOR
7 janvier 1938 – 16 avril 1997