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Dix incontournables sur Game Gear pour les vacances et même après

Le principal argument de la console portable de Sega résidait en son écran couleur retro-éclairé, puis après en la possibilité via un adaptateur de jouer sur Game Gear aux jeux de la Master System. Cependant, bien des écueils ont frappé la portable : arrivée en Europe en juin 1991 alors qu’une autre portable était déjà confortablement installée en position de leader de par sa primauté, une ergonomie infiniment moindre, catalogue de jeux considérablement plus réduit…Et au surplus, deux défauts conceptuel rédhibitoires pour un support portable, à savoir une autonomie très limitée  ainsi qu’une usure inexorable des composants, entrainant à terme le moins bon fonctionnement de l’écran. Le tout couronné par un prix bien plus élevé.En dépit de ces inconvénients donc, la Game Gear dispose tout de même d’une ludothèque honorable qui recèle son lot de perles plus ou moins connues, et aura à jamais pour elle d’avoir été la première console portable couleur (elle était arrivée au Japon en octobre 1990), là où Atari tentera bien infructueusement de pénétrer le marché avec une Lynx puissante mais souffrant encore plus de défauts d’éclairage, et là où la PCE GT n’était finalement qu’une relais portable pour Hu-Card.

Pengo Un classique en guise de test 

Sega a contribué activement au monde de l’arcade. Sa nouvelle console portable arrivée, quoi de plus évident -et de plus facile- que donner à ce support une réputation grâce au portage de hits arcade maison ? C’est bien en ce sens que Sega dotera sa Game Gear d’une version d’un vieux carton des salles obscures : Pengo. Pengo est clairement de ces vieilleries ludiques dont la qualité mise plus sur l’immédiateté de sa prise en main et la simplicité de son principe que sur une débauche d’effets visuels : cousin lointain de Pac-Man, Pengo met en scène un brave pingouin prisonnier de dédales infestés de vilains méchants mortels au contact. Chaque tableau s’achèvera quand votre pingouin aura réussi à le vider de ses occupants…en les écrasant contre les parois grâce à ces mêmes parois mobiles ! Le jeu est long, addictif et peut tant se jouer pour le plaisir que dans l’optique d’une performance, bref : succès en arcade, Pengo remplissait également toutes les conditions pour être parfaitement adapté à un format portable. Clairement un ancêtre certes, mais une parfaite illustration de l’efficacité d’un principe simple sur un support portable, Pengo est devenu un classique, récréatif et exigeant, dont les derniers tableaux réclameront sang-froid, analyse et rapidité comme peu de jeux savent le faire.

Sonic Même sur console portable ! 

Maintenant que Sega est également engagée sur le terrain des consoles portables et qu’ainsi la guerre des consoles se poursuit donc partout, des transports en commun aux salles de classe, il semblait couler de source que la mascotte de Sega s’arrêtât sur ce nouveau support ! Enfin, s' »arrêter » n’est pas le terme le plus adéquat, car le passage au format portable n’a en rien entamé la vélocité de ce hérisson bleu qui vient prouver les capacités de la Game Gear ! Très proche de la version Master System, dont elle ne se différencie que par des détails graphiques mineurs, la déclinaison Game Gear de Sonic n’a en rien souffert et au contraire, nous offre un jeu haut en couleurs et très maniable. La seule conséquence relativement fâcheuse de cette transposition sur console portable réside en une fenêtre de jeu plus réduite, à laquelle les sprites ne se sont pas adaptés comme l’avait fait Mario dans sa première aventure sur Game Boy, d’où une facilité accrue pour cause d’ennemis moins nombreux. Sonic sur Game Gear est en effet un pur parcours de plates formes avec les affrontements récurrents contre le méchant Dr Robotnik. Mais pour sa première incursion sur console portable, Sonic réalise une entrée fracassante qui semble tout de même étudiée pour les débutants et les jeunes enfants, loin de l’image branchée et rebelle du héros sur Megadrive.

Power Strike II Le shoot them up classieux même sur portable

 En dépit de l’identité de leurs titres, les versions Game Gear et Master System de ce jeu sont très différentes. La version console de salon était d’ores et déjà un chef d’oeuvre, cet épisode sur Game Gear ne le sera pas moins. Genre peu représenté sur la console portable de Sega, le shoot them up ne brille en outre guère sur cette console, mais c’était compter sans le savoir-faire de Compile qui avait dès lors acquis une certaine notoriété dans le cercle fermé des amateurs de shoot them up sur console. Et avec ce Power Strike II (également connu sous le titre GG Aleste II), l’éditeur démontre à nouveau à quel point il sait s’adapter aux exigences des supports tout en repoussant leurs limites. Power Strike II est un shooter haut en couleurs et d’une grande beauté visuelle, qui se paie le luxe d’afficher de multiples sprites travaillés et typés sans que ni l’animation ni la visibilité à l’écran ne s’en trouvent altérées. Les niveaux s’enchainent sans se ressembler et sont entrecoupés de phases bonus de grande tenue, et l’on se prend ainsi à ce rythme soutenu qui entraine le joueur vers une fin de jeu très éprouvante et des ennemis féroces et superbes. Le jeu est de plus d’une difficulté bien dosée et saura s’adapter à tous les joueurs, et comme tout Aleste, il se double d’une dimension stratégique dans la construction de l’attaque. On est loin du shoot them up formaté et routinier, qui hélas est la plus exacte définition du genre sur la portable de maitre Sega… Avec ses boss grandioses et son action intense, Power Strike II sur Game Gear est un véritable bijou de shoot them up portable. Compile aura donné leur meilleur shooter vertical à la Master System, à la Game Gear, ainsi qu’à la Megadrive et à la Super Nintendo.

Defenders of Oasis Un RPG de charme 

Le RPG est un genre à part sur portable. L’histoire de ces jeux se mesure à leur complexité et à leur caractère envoûtant, pour donner une aventure qui se doit d’accompagner le joueur…Et quoi de mieux qu’un support portable pour progresser à tout moment et en tout lieu ? La Game Boy avait Mystic Quest, la Game Gear a quant à elle le sublime Defenders of Oasis, version portable d’un RPG similaire à un Phantasy Star tout en se démarquant par son univers. Univers unique pour ce jeu à une époque où les RPG flirtaient dans leur immense majorité avec l’Heroic-Fantasy : ici, l’aventure se déroule dans le monde charmeur et enchanteur des Mille et Une Nuits. Univers subtilement transposé au gré d’une épopée riche en rebondissements. De plus, la prise en main du jeu est très simple et permet de solides combinaisons de magies et rend les combats à la fois techniques et instinctifs, ce qui contribue au rythme de l’action. Defenders of Oasis est un bijou de RPG portable qui, malgré de très bonnes critiques à sa sortie, ne réussit pas à obtenir la renommée qu’il méritait. Le genre de jeu que l’on redécouvre en se demandant pourquoi on ne l’a point connu plus tôt…Même s’il est vrai que la décidément trop faible autonomie de la Game Gear constituait pour ce jeu un handicap majeur.

Columns Challenger de Tetris 

La Game Boy était proposée avec l’inépuisable Tetris dont elle a largement contribué à la renommée. Logique d’affrontement, Sega proposera avec sa console portable un autre jeu d’action-réflexion selon la terminologie de l’époque, à savoir : Columns. Les atouts d’un jeu de ce genre les rendent parfaitement adéquats à un support portable : idée simple, gameplay instinctif, challenge présent et inépuisable : si Nintendo avait réussi à associer sa Game Boy au Tetris précité, Sega ne sera pas en reste avec son Columns qui calque trait pour trait ce qui fait l’attrait du puzzle game de Bullet Proof Software . Deux modes de jeu sont offert, l’un consistant en une boucle d’endurance, l’autre en un exercice de réflexion visant à détruire un bloc particulier, et comme de juste difficilement accessible…Et pour décidément ne guère laisser l’avantage à son concurrent sur Game Boy, Columns propose également un mode deux joueurs, qui en rend la durée de vie rien moins qu’infinie. Là où Tetris commandait de faire des lignes, Columns fonctionne selon un système de regroupement d’éléments de même couleur. 3 couleurs identiques côte à côte feront disparaitre les blocs en question. Le jeu prend toute son ingéniosité dans les alignements certes (horizontaux, verticaux ou en diagonale), mais voit son étendue décuplée par les possibilités d’enchainements qui boosteront les scores ! Des blocs pouvant en entrainer d’autres, à vous de provoquer réactions en chaine sur réaction en chaine. Tout l’aspect réflexion poussée se manifeste dès lors, comme lorsque l’on s’affaire à la construction d’un monticule afin de faire un Tetris ! Bref, un jeu qui réussit le pari pourtant difficile de directement concurrencer l’exemplaire Tetris sur son propre terrain, celui du puzzle Game à emporter partout avec soi.

Sonic 2 Encore plus fort ! 

Si le premier Sonic de la portable de Sega capitalise rien que sur son nom son statut d’indispensable, sa suite le dépasse totalement, ce qui augure du meilleur ! Sonic 2 sur Game Gear est un jeu tout à fait différent de son homologue sur Megadrive. Ici, Sega n’a évidemment pas renouvelé l’exploit d’un mode deux joueurs, mais grâce à une pirouette scénaristique, Sonic 2 s’insère parfaitement dans la chronologie des aventures du hérisson bleu. Tails, le nouveau personnage jouable sur 16 bits, tient ici un rôle moins enviable : celui du captif à délivrer. Et pour ce faire, Sonic devra récupérer les six émeraudes du chaos et les remettre au vilain Dr Robotnik, qui tient lui le rôle du ravisseur. Ce scénario a une conséquence : les boss de fin de niveau ne seront donc plus les machines du Dr Robotnik, (pourquoi viendrait-il vous mettre des bâtons dans les roues alors que vous travaillez en quelque sorte pour lui ?), mais de nouvelles créatures robotiques très esthétiques, ce qui apporte une variété nouvelle et rompt les codes classiques en vigueur dans les autres Sonic. De plus, le jeu est tout aussi ingénieusement construit, et obligera le joueur désireux de voir le véritable dernier niveau à avoir tout trouvé auparavant ! Joueurs dilettantes, faudra faire des efforts…car le jeu est bien plus difficile que son prédécesseur. Après un début modeste, le jeu devient rapidement un enchantement et un délice de jouabilité et de vitesse réellement impressionnant sur Game Gear. Les phases en véhicule rappelleront aux joueurs qu’il fut un temps où Alex Kidd lui aussi brillait de tous ses feux ! Si le premier Sonic avait pour lui d’avoir été justement le premier, c’est avec ce Sonic 2 que le hérisson montrera qu’il règne sur le monde de la plate-forme de Sega, et l’ignorer tant sur Game Gear que sur Master System et Megadrive n’est rien d’autre qu’une faute impardonnable.

Dr Robotnik’s mean bean machine folklore Sega et casse-tête Compile 

Contrairement à ce que pouvait laisser présager son titre, Dr Robotniks mean bean machine n’a aucun rapport avec la série Sonic, si ce n’est la présence du maléfique docteur. Et d’ailleurs il ne s’agit pas même d’un jeu de plates-formes ! Mais bel et bien d’un puzzle game déjà connu des habitués des salles d’arcade, à savoir Puyo Puyo, casse-tête chinois ou plutôt japonais qui consistait à assembler des paires de « smileys » très similaires au Randar mascotte de Compile pour groupes de quatre de couleur identique pour ainsi les faire disparaitre. Ce principe est entièrement repris sur Game Gear. L’originalité du jeu est d’être un duel perpétuel. Bien évidemment, un mode deux joueurs est au menu, mais en mode solo, le joueur se bat contre l’intelligence artificielle, le but étant de saturer l’écran adverse de « beans » robots qui paralyseront le tableau du joueur ou de l’ordinateur. Le principe n’est guère éloigné de celui du Columns précité, mais les interactions entre joueurs sont à l’évidence plus nombreuses et surtout plus fréquentes ! La clé de la réussite réside en l’obligation de procéder à des enchainements avec possibilité de placer les paires de haricots en diagonale. Un puzzle game addictif est certes un excellent investissement pour une console portable, et quand celui-ci atteint un tel niveau d’ingéniosité, on ne peut que se déclarer satisfait. Maintenant, l’apparition du Dr Robotnik ne sert finalement qu’à montrer que Sega avait associé son personnage au jeu sans pour autant en avoir créé le concept, inventé par Compile. Qui sait, le jeu serait peut-être sorti même sans l’aval du méchant de Sonic, pourquoi pas baptisé GG Puyo Puyo ?

 

Tail Adventures Rusé comme un renard 

 

Après avoir été traitreusement cantonné au rôle peu enviable de trophée dans Sonic 2, Tails, le renard à deux queues, ne pouvait décemment pas en rester là ! Et en 1995, le compagnon de Sonic prend sa revanche avec un jeu qui lui est totalement dédié : Tails Adventure.
Le jeu est un nouvel exercice de plates-formes mais se démarque du schéma cher à Sonic : ici, point de courses vitesse grand V, mais un gameplay beaucoup plus conventionnel por un jeu du genre. Tails se retouve seul sur une île investie par de méchants robots (clin d’oeil quand même à l’univers mécanisé de Sonic 2) et devra franchir divers niveaux afin de quitter l’endroit en un seul morceau et toujours avec ses deux appendices arrière. Mais attention, ce jeu est un vrai bonheur tant sa construction est ingénieuse et intègre avec brio les aptitudes de votre renard malformé ! L’étendue des territoires à explorer en fait un authentique jeu de recherche, parsemé de bonnes idées comme les items à découvrir et sans lesquels votre progression serait fortement entravée. D’une beauté flatteuse et d’une réalisation sans reproche, Tails Adventure résonne un peu comme une nouvelle attaque contre Super Mario, auquel il emprunte beaucoup. Les déplacements sur l’atlas de l’ile rappelleront peut-être qu’en 1990, Super Mario lui aussi se baladait sur Yoshi’s Island…Mais au delà de cette rivalité emblématique, Tails Adventure est un jeu extraordinaire, qui rend donc justice à ce personnage et devrait encore lui assurer bien des fans.

Sonic the Hedgehog Triple Trouble Evolution ultime 

Quoi d’étonnant à ce que l’on retrouve à nouveau Sonic sur Game Gear ? Nous sommes ici en 1994 et la Game Gear ne peut décidément pas résister face à une Game Boy toujours plus populaire, mais Sega adapte à nouveau un épisode de sa mascotte sur sa portable. Et après un premier Sonic sympa et un Sonic 2 excellent, le hérisson revient pour un jeu cette fois carrément extraordinaire. Après avoir été capturé dans Sonic 2 et avant d’avoir son jeu à lui, Tails est cette-fois bien présent et son aptitude à voler est admirablement mise à contribution. A vrai dire, Tails supplanterait presque le hérisson bleu dans ce volet ! Exclusif à la Game Gear, Triple Trouble met Sonic et Tails aux prises avec le Dr Robotnik, Knuckles l’échidné et Metal Sonic, pour une course aux émeraudes du chaos…Comme d’habitude, mais cette fois le jeu revêt une telle démesure qu’il ne peut que laisser pantois. Les niveaux sont titanesques et leur construction est sans égale. Et avec toujours ce subtil équilibrage entre phases de plates-formes et phases de course et de vol, au service d’une quête étonnamment variée et à la réalisation superbe. Graphismes flatteurs, animations rapides, détaillées et totalement assumées par la console, Sonic Triple Trouble vient faire oublier la relative déception constituée par un Sonic Chaos finalement assez peu abouti et achève l’histoire du hérisson bleu sur portable avec brio.

Mickey Mouse in Land of Illusion Une souris aventureuse sur Game Gear 

Suite plus ou moins officielle du superbe Castle of Illusion sorti sur Master System et sur Game Gear, ce Land of Illusion reprend les ingrédients qui ont fait le succès de son prédécesseur. Egalement disponible sur Master System, Land of Illusion est donc un jeu de plates-formes qui sur console de salon comme sur portable frappe immédiatement par sa beauté et la très haute tenue de ses contrôles, qui accrochent dès le début le regard et donnent envie toujours d’aller plus loin dans cet univers coloré et à nouveau très typé « cartoon » Walt Disney des années 50. La version Game Gear s’impose donc sans problème parmi les meilleures productions du genre sur ce support, en dépit d’une facilité avérée et d’un problème latent de défilement de l’écran, moins rapide sur portable que sur son homologue de salon. Ce qui ne gâche cependant en rien un plaisir de jeu intense et une sensation de dépaysement qui à n’en point douter est une des grandes forces de ce jeu. Avec un aspect recherche travaillé et un niveau qui saura sans peine séduire les plus jeunes, ce Mickey Land of Illusion est une excellente introduction à la magie des jeux Disney, pour tout public.

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Battle Squadron : une dose de sadisme ?

Battle Squadron est indubitablement un classique de l’Amiga et aura même représenté une tendance très particulière du shoot them up que l’on n’aura guère retrouvé ni en arcade ni sur console. Ce titre a donc son identité propre, celle d’un archétype du shooter micro…Le maître-mot de Battle Squadron pourrait être celui-ci : précision ! Et peut-être au delà : stratégie. Ce jeu est en effet un authentique guêpier qui vous réclamera bien de la patience…

Opération minutie

Battle Squadron prend quelques libertés avec les schémas usuels du shoot them up. Votre mission se déroule sur deux niveaux : une partie du jeu en surface, et trois niveaux souterrains gardés par un boss. Seul où à deux, à vous de nettoyer les longs niveaux en sous-sol afin de mener votre mission à bien. Il est impératif de procéder par ordre : avant de s’engouffrer vers ces parties en sous-sol, il est plus que recommandé de préparer correctement son appareil en montant son armement au maximum, sans oublier de faire le plein de smart bombs. Les parties souterraines sont toutes de véritables enfers dont seul un joueur assuré et expérimenté pourra triompher. Les amoncellements d’adversaires ainsi que leur généreuse production de projectiles ont la fâcheuse tendance à créer des murs quasi-infranchissables…L’intensité de Battle Squadron est sans commune mesure pour l’époque.

Un jeu typé

On reconnaît bien un certain style de shooter très en vogue sur micro : un vaisseau assez lent et d’une taille plutôt balèze. L’écran reste lisible mais parfois, accumulation aidant, on a du mal à entrevoir une porte de sortie dans tout ce fourbi… Il y a décidément intérêt à pratiquer avec méthode quand on se lance dans Battle Squadron tant la situation peut rapidement virer à l’ingérable. Et pour les petits malins qui se figurent pouvoir reconstituer leurs ressources avant de continuer, les programmeurs ont pensé à vous : une fois sous terre dans les bases infectées, seule la victoire sur le boss vous permettra de refaire surface afin de vous refaire une puissance…avant d’aller affronter la base souterraine suivante ! Bref, il vous faudra élaborer une authentique ligne de combat et admettre la cruauté du jeu, tant la moindre anicroche est à même de ruiner tous vos efforts. Si Battle Squadron est encore de nos jours une référence du genre sur micro-ordinateur, c’est sans doute grâce à tous ces éléments concentrés : le jeu est très punitif et serré, il nécessite des réflexes poussés et une constante attention pour éviter de se retrouver cloisonné et de voir sa mort venir. Cependant, la résistance poussée des ennemis de parcours, la lenteur générale de l’engin et la réelle exigence du jeu risque aujourd’hui de démotiver les amateurs de jeux vifs et saupoudrés de dizaines de boulettes sur un seul et même écran, même si bien des moments de Battle Squadron sont tout autant de nature à submerger le joueur qui n’aurait pas convenablement anticipé ou positionné son engin ! A noter que le jeu eut droit à une version Megadrive encore plus angoissante pour cause d’aire de jeu plus serrée encore… Et il fallait le faire !

La postérité

Aujourd’hui Battle Squadron est devenu un des titres classiques pour ne pas dire emblématiques de l’Amiga. Ce programme concentre sur lui toutes les qualités qui font les grands moments du genre : un jeu classique, exigeant, au gameplay technique et mettant l’endurance du joueur à rude épreuve. Ce jeu est frénétique et ne pardonne pas. Néanmoins, il est de ce genre de shoot them up qui donnent parfois l’impression de jouer aux dames ou aux échecs tant chaque mouvement devra être bien calculé voire mûrement réfléchi tant la cadence de jeu est impitoyable et les moyens du joueur programmés au plus juste. Battle Squadron demande d’être impeccablement lu faute de quoi votre échec, en plus d’être inévitable, sera plutôt rageant. Une merveille de shooter classique à réserver à des joueurs qui en veulent, ou tout simplement à ceux qui aujourd’hui veulent s’imprégner de cette délicate philosophie du shoot them up sur micro.

Informations sur le jeu

Plateformes : Amiga, Megadrive, iOS

Genre : Shoot them up claustro

Développeurs : Innerprise Software

Éditeur : Innerprise Software, Electronic Arts

Date de sortie : 1989 (Amiga), 1990 (MD)

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Séléction de shoot them up chez Sega

La Master System a elle aussi connu son lot de shoot them up. La 8 bits de Maître Sega a déjà montré à quel point elle savait nous surprendre ; en sera-t-il de même concernant ses shooters ? Oui et non en fait. 

Le shoot them up est effectivement un style de jeu exigent pour les consoles : celles-ci doivent être à même de gérer des sprites nombreux et parfois de grande taille. Et plus que jamais il convient de tordre le cou à ce funeste préjugé selon lequel ds consoles 8 bits seraient par définition inaptes à assumer de grands shoot them up ! La qualité des ténors du genre sur Master System et NES n’a rien à envier aux autres supports. Voilà, c’est dit !

Oui car les qualités techniques des jeux à venir sont indéniables ; non car ces titres sont dans leur majorité des adaptations de l’arcade. Bref, des titres déjà connus mais qui ont le bon goût de ne pas trop souffrir de leur passage sur 8 bits.

Sagaia

Des portages de qualité

Dès 1986 la console reçoit ses versions de Transbot et Fantasy Zone.

Transbot

Le premier est un jeu très sommaire mais qui mise sur un vaisseau modulable inspiré des Transformers ; cette dualité de maniement était certes un argument à l’époque. Le jeu est une boucle sans fin qui tire son intérêt de sa simplicité et de l’endurance qu’il réclame pour toujours aller plus loin et plus haut dans le score ! Un titre daté mais empreint d’un charme rétro certain.

Fantasy Zone

Fantasy Zone est en revanche un titre marquant de la première époque de la Master System. Conversion excellente du titre d’arcade, ce jeu coloré et original a su imposer un ticket inédit au genre encore très axé « space opéra ». Un jeu stratégique qui sera suivi en 1988 de Fantasy Zone II The tears of Opa opa qui en reprendra le concept en y ajoutant une dimension recherche avec warp zones et téléporteurs… Des titres si originaux et réussis ! Bien évidemment, le carton maison Space Harrier viendra lui aussi agrémenter la console, pour notre bonheur également. La nature très particulière de ce grand classique n’a en rien été altérée et y jouer dans son salon est une expérience concluante !

Fantasy Zone II

R-Type

Le classique R-Type a lui aussi fait escale sur Master System dans une version reprogrammée confondante de fidélité à l’original. Le jeu n’a absolument rien concédé à son illustre homologue des salles obscures et se permet même le luxe d’un niveau caché exclusif ! Un titre d’une grande qualité qui amène le feeling arcade dans votre salon.

Aussi surprenante fut la version Master system de Sagaia, suite de Darius, sortie en 1992. A nouveau la console étonne par la qualité du jeu : graphismes nets, niveaux nombreux et boss titanesques emblématiques de cette série : Sagaia est un portage dont le sérieux fait honneur à son support. Concluons ce passage sur les portages arcade par une version très convaincante de Forgotten Worlds,

Forgotten Worlds

un opus adapté du jeu de Capcom sorti en 1988, qui à l’époque brillait par la liberté de mouvement qu’il accordait au joueur. Certes, les versions Master System de ces titres accusent leur format, mais ne déméritent pas face à leurs pairs sur borne. Et le résultat est sincèrement jubilatoire, particulièrement concernant Fantasy Zone et Sagaia.

Pas d’exclu ?

La Master System a également deux titres qui lui sont propres et dont la qualité est indéniable, mais qui ne surnagent pas outre mesure tant ils sont éclipsés par les jeux précités. Bomber Raid arrive en 1988 et se présente de suite comme un jeu très appréciable dans la lignée de 1942 : mêmes types d’ennemis, musiques martiales bien foutues et évaluation par le jeu de vos statistiques de mission. Un bon titre bien réalisé mais sans réel apport. Classique jusqu’au bout, ce jeu suscite bien de la sympathie grâce à son cachet typique de cette vaillante 8 bits. Deux années après sortira Aerial Assault, qui serait au défilement horizontal ce que Bomber Raid était au défilement vertical :

Bomber Raid

un titre très plaisant mais sans fioritures. Illustration de ce que le genre offre de plus efficace mais également de plus routinier, ce dernier jeu se contente d’une réalisation certes honorable mais n’enchante pas autant que les gloires des années 80 déjà adaptées sur cette console. Des jeux dont il vaut mieux savoir qu’ils sont très « symptomatiques » d’une vision assez datée du shoot them up et qui séduiront tous les joueurs en quête de culture ludique et autres amoureux du charme si personnel de ce support.

Aerial Assault

Bref…

La 8 bits de Sega a donc ses grands shoot them up, mais rétrospectivement elle aura joué un rôle proche de celui d’un faire-valoir, ses exclus du cru faisant peu d’ombre aux portages arcade. Cependant, de grandes séries seront passées par la case Master System.

 

Première 16 bits de l’histoire sortie en 1988, la Megadrive de Sega n’a pas ignoré le shoot them up, ce qui n’est guère étonnant pour un support qui en ces d’années 80 incarnait une première évolution du hardware. De plus les nouvelles aptitudes de la bécane permettaient un rythme de jeu encore plus soutenu. Parfait pour du shoot them up !

Le nouveau rendu graphique ainsi qu’une gestion des sprites optimisée allait donner un coup de fouet au genre qui, en cette année 1988, devait encore tout de sa réputation au milieu de l’arcade. Un milieu que Sega connaissait très bien, au contraire de son rival  plus axé sur le jeu vidéo domestique ! Alors, quid des shoot them up sur Megadrive ?

Gaiares

Classiques mais typés

Certes, les jeux du cru sur la 16 bits de Sega ont su s’émanciper du modèle posé par l’arcade et c’est ce qui a fait leur personnalité. Aussi, le shmup selon le « modèle Megadrive » est essentiellement horizontal, fait appel à de solides notions de mémorisation et jouit d’une durée de vie solide faite de longueur et de difficulté. Si certains tels les épisodes de la série Thunder Force sont aujourd’hui devenus emblématiques, il est amusant de voir à quel point les grands représentants du genre sur Megadrive sont encore assez obscurs. Qui se souvient du pourtant sublime Gaiares ? Ce jeu de Telenet est une véritable odyssée, avec ses niveaux longs et nombreux, sa difficulté dantesque et sa réalisation sublime. Mais si ce titre peut prétendre au rang de top du top, c’est surtout pour son gameplay original : désormais vous pourrez subtiliser les attaques de vos adversaires grâce à votre module ! D’où une variété de techniques sans précédent et vue l’âpreté de l’entreprise, il faudra correctement analyser le moindre positionnement et l’efficacité de toutes les possibilités d’attaque. Un jeu réellement fantastique.

Bio Hazard Battle

Les amateurs d’ambiances sombres n’ont pas été oubliés : Sega cultivait une image résolument plus « adulte » que sa concurrente directe, d’où certains titres aux limites du dérangeant, et le shmup sauce « glauque » aura connu deux magnifiques déclinaisons avec Gynoug et Bio Hazard Battle. Le premier est un périple bucolique assez malsain mais nanti d’une majesté authentique. Bestiaire varié et lieux inquiétants vous attendent et les plus tenaces d’entre vous auront la chance de recommencer le jeu une fois celui-ci accompli. L’action incessante ainsi que l’aspect très sombre de l’oeuvre en font une expérience concluante. De même pour Bio Hazard Battle et son environnement organique peuplé d’insectes baveux, de vers gluants et menaçants et baigné de thèmes oppressants de toute beauté ! Un rythme effréné et une surcharge d’ennemis achèvent de rendre ce titre de Sega tout à fait incontournable.

Gynoug

Mais attention, la Megadrive ce n’est pas qu’une console à shmups peu ragoutants ! Si vous préférez les beaux paysages, pourquoi ne pas revenir à l’un des héros maison, à savoir Opa opa (ou plutôt Upa Upa) dans Super Fantasy Zone ? Une version encore approfondie des aventures du joli vaisseau rouge et bleu dont la difficulté saura vous tenir en haleine et qui n’oublie pas l’aspect « acquisition d’armes et d’items », un nouvel opus de cette délicieuse série qui a déjà fait les beaux jours de l’arcade et de la Master System. Verytex mérite également que l’on s’intéresse à lui tant il est typé « années 80 » et se rapproche d’un modèle déjà éprouvé sur PC Engine.

Super Fantasy Zone

Ce titre pourtant peu connu voire peu estimé contient tout ce que l’on peut décemment attendre d’un bon shooter, pour peu que son classicisme très avéré ne le fasse pas tomber dans l’oubli. Il en est de même pour l’excellent et très exigeant Whip Rush qui offre en plus d’un challenge relevé une gestion d’armement intéressante. Ces deux titres portent évidemment leur âge mais sont témoins d’une certaine vision du shmup et leur réalisation est une signature technique unique à la Megadrive.

Whip Rush

Si d’autres titres tels Undead Line, Elemental Master et Twinkle Tale sont excellents en prenant peut-être une certaine liberté avec le reste du catalogue de shooters Megadrive (on y dirige des personnages au lieu d’avions et autres vaisseaux), il serait étrange voire hors de propos d’achever ce petit panégyrique sans mentionner un titre qui, autant que le Gaiares précité, peut être considéré comme le sommet en la matière sur MD : Eliminate Down.

Eliminate Down

Ce jeu sorti en 1993 est une révolution visuelle et brille de tous ses feux : beauté, maniabilité au poil, challenge présent et variété incroyable, le tout au service d’une mission éprouvante mais hautement gratifiante : Eliminate Down résonne comme l’aboutissement du genre sur la 16 bits de Maître Sega. Cependant, sa rareté en fait une pièce de collection, recherchée et onéreuse !

Elemantal Master

Verytex

En bref…

Il y a donc de quoi passer de bons moments de carnage en règle pour tout possesseur de cette bécane de gloire qu’est la Megadrive. Grimpez dans le cockpit et lancez-vous !

 

 

 

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WipeOut 2097 : ma vision du mythe

Ce qui est super cool avec les jeux vidéo, c’est que l’on peut se permettre à peu près toutes les fantaisies possibles pour une raison toute bête et pourtant imparable : le jeu vidéo, c’est du jeu vidéo ! Ainsi quand en 1990 les courses de F-1 se virent dépassées par les courses de F-Zero, personne n’y trouva à redire, et pour cause. Le jeu était simplement sidérant et avait inventé un style nouveau, en plus de concrétiser ce que tous les sanguins du bitume au parfum rêvaient de faire, avoir champignon sur rue sans risquer d’amende ni de suspension de permis. Et ça, seuls les joueurs et certains hommes politiques ont la chance de pouvoir le vivre !

Bref, F-Zero l’initiateur des jeux de courses futuristes avait longtemps régné sans partage, enfin jusqu’à ce que Psygnosis, studio qu’on ne présente plus tant il a fait l’histoire des jeux sur micro se décide à apporter sa pierre à l’édifice. Si Wipeout en 1995 se révéla un concurrent intéressant, c’est en 1996 que naquit la série avec ce qui est sans doute son épisode le plus emblématique : Wipeout 2097, devançant même l’aîné F-Zero qui n’aura pas de rejeton avant le F-Zero X de 1998 sur Nintendo 64. Et oui, si le jeu de Nintendo était en 1996 un vénérable ancêtre, la série Wipeout naquit deux ans avant la série F-Zero !

Je prends ce que je trouve

Wipeout 2097 est un peu le Street Fighter II des jeux de courses : il vient imposer sa marque sans pour autant avoir été le volet créateur de sa lignée…mais en se payant le culot de totalement supplanter son prédécesseur.L’aspect réellement terrifiant des courses de Wipeout viennent décidément rompre avec l’académisme qui à de trop rares exceptions a caractérisé le genre, et ce qu’il s’agisse de jeux orientés arcade ou d’autres plus axés simulation. Oui, il faut simplement l’avouer, ou taout au moins s’interroger à ce propos : le jeu de course n’allait-il finir par épuiser son objet même avec les années ? Le genre ne marquait-il pas une nette tendance à s’enliser, avec pour seules nouveautés l’arrivée de nouveaux noms dans les simulations de course, et un aspect collatéral qui commençait à sérieusement détourner les capacités de pilote du joueur vers des impératifs de gestion d’écurie ? Depuis les temps déjà lointains des ballades d’Outrun, la conduite virtuelle peinait à apporter un souffle nouveau et se dirigeait lentement vers la lassitude et l’oubli. Signe des temps, le jeu de combat s’arrogera le droit de définir un nouveau rapport entre joueurs et le jeu de course n’aura aucun scrupule à calquer son attitude sur ce modèle, à savoir un profond remplacement des mécaniques de direction de carrière si familiers des amateurs de simulation de Formule 1 par des éléments de baston pure. 1990 avait vu la naissance des courses fantasmagoriques, euh pardon futuristes avec F-Zero. 1992 avait insufflé au genre une dimension supplémentaire aux affrontements avec l’intégration de véritables coups spéciaux et autres techniques de mise hors-champ de l’adversaire avec Super Mario Kart et son mode « VS Battle », transposition subtile et réussie du mode VS Battle d’un désormais célèbre Street Fighter II. Wipeout 2097 se révélera un jeu parasitaire ou tout au moins fort opportuniste, puisqu’il parvint en 1996 à totalement synthétiser les apports des deux jeux de Nintendo : un côté novateur à base de véhicules à fusées ainsi qu’une nette radicalisation du côté destruction avec un arsenal bien plus assumé et simple d’utilisation. Si de précédents titres tels Rock’n Roll Racing ou Street Racer avaient initié cette évolution, aucun n’avait jusque lors réussi plus subtile mixtion. Wipeout 2097, le jeu à la croisée des chemins de la course et du combat, ne devrait-il son succès et son charisme finalement qu’à son côté finalement attentiste, et que devrait-il s’étonner d’avoir lui-même été fortement imité en 1999 par le fameux Rollcage ?

Et j’en fais mon héritage

Vingt ans après sa sortie mais quatre-vingts ans avant 2097, le jeu de Psygnosis vaut-il toujours la peine d’être lancé ? On ne peut que répondre par l’affirmative, et ce sans grand risque d’erreur. Dès son intitulé, Wipeout 2097 misait sur une longévité prétentieuse mais amplement justifiée, tout comme sa nature même de jeu de course futuriste semble être un réel bras d’honneur au temps qui passe. Il serait d’ailleurs injuste de ne pas mentionner une bande sonore qui, fait unique dans l’histoire, regroupe un nombre conséquent d’artiste de la scène électro, ce qui fut dès la sortie du jeu présenté comme une véritable révolution dans le rapport entre jeu vidéo et scène musicale, ou pour certains marqua l’intrusion de la musique « commerciale » dans le monde du loisir ludique en opérant une séparation audacieuse mais risquée avec l’ouvrage traditionnel des sound designers… Le fantasme en 2017 d’un futur post-apocalyptique qui ferait fi de la morale et du fair-play n’est finalement guère différent de ce qu’il était en 1996, et sera-t-il si différent dans les années voire les décennies à venir ? Tout cela semble aller dans le sens d’une longévité tout à la fois constituée de qualité intrinsèque, de rapport à l’imaginaire guerrier et destructeur et de persistance d’un avenir source de toutes les spéculations technologiques, un peu comme l’était l’an 2000 pour tous les mioches des années 80 ! On pourrait ajouter que l’industrie du jeu vidéo ayant elle-même subi une profonde mutation initiée précisément par la première playstation, Wipeout 2097 a désormais cet argument de plus : il a été l’incarnation de la course destroy sur la console dont l’arrivée sur le marché a encore aujourd’hui laissé des séquelles sans doute parmi les plus profondes de l’histoire dans les mémoires et l’évolution technologique des supports.

Wipeout 2097 est un jeu trempé dans le liquide qui servit aux ablutions d’Achille : invulnérable aux agrès du temps, et qui a bien évidemment charmé les amateurs de joutes à Mach 1 tout en jouissant du statut de curiosité pour les autres, le tout pour une expérience de jeu marquante par nature.

 

En bonus : un extrait de la BO du jeu, qui recèle une sacrée collection de grands noms de la scène électro (Daft Punk, Future Sound of London, Propellerheads, The Chemical Brothers, Leftfield…)

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Aux origines de God of War chapitre II : perspectives Playhistoriques et la Possibilité d’un Nouveau Dieu

Bienvenue dans la suite de notre diptyque sur la série God of War. Nous avions vu ensemble à quel point la forme avait été travaillée avec précision et de façon organique pour se mettre au service du plaisir ludique, à quel point tout, de la conception des armes à la gestion de la moindre vibration, faisait corps pour donner cette aura majestueuse et singulière à la série. Parmi ces éléments finement ciselés, on peut mentionner la perfection fonctionnelle du héros, Kratos.

Au sein du Panthéon des Icônes Vidéoludiques, ce personnage s’est taillé une place de choix, à l’aide de ses chaînes montées de lames sacrées, les Lames du Chaos, de ses poings, et de sa rage viscérale. L’audace décomplexée de l’Homme qui a défié les Dieux (et démembré la plupart), l’intensité paroxystique de sa colère, sa brutalité sans borne, sa capacité à démonter comme une toile de tente des ennemis faisant dix fois, cent fois sa taille nous a pris au dépourvu, a grandement participé au succès de la série, car les limites intradiégétiques que Kratos repoussait, God of War les tutoyait dans le réel. La série fait partie de ces jeux qui ont su prolonger une longue tradition de subversion dans l’utilisation de la violence dans le jeu vidéo, redéfinissant dans la foulée les axiomes du montrable.

God of War est un événement, dans tous les sens du terme, c’est à dire un moment important inscrit dans son époque, un point de basculement, avec un « avant » et un « après ». Et c’est sur cet aspect que nous allons nous pencher aujourd’hui dans un premier temps. D’où vient God of War en terme d’influences, évidemment, mais surtout quels sont les courants vidéoludiques, les lignes Playhistoriques qui se croisent en son sein ?

Aujourd’hui, prenons un peu de recul et interrogeons l’héritage que nous laisse Kratos. Car la question qui sous-tend ce diptyque d’articles est simple : Qu’est-ce qui fait un « vrai » God of War ? Est-ce qu’un « vrai » God of War serait encore possible aujourd’hui ? Est-ce qu’il ferait sens ? Est-ce qu’il serait souhaitable, même ? La question n’est pas anodine, puisqu’est sorti il y a peu le God of War Nouveau, dont la presse n’a de cesse que de chanter les louanges et de vanter le renouveau de la série, tout en glissant timidement « mais c’est quand même un vrai God of War, hein! ».

Nous avions causé de forme dans la première partie, abordons cette fois la série sous son angle Playhistorique et répondons enfin à ces fichues questions! On a du pain sur la planche, alors à l’attaque!!

La révolution Devil May Cry

On peut considérer qu’avant la sortie de God of War, le dernier véritable événement dans le domaine du beat’em up datait de 2001, tenait en trois mots et en un héros arrogant avec une grosse épée : Devil May Cry, redéfinition sans appel de l’art du beat’em up en tout en prolongeant une certaine tradition nippone. Créée par le génial Hideki Kamiya, la série dès le départ pose un univers singulier, sombre et violent. Mais elle s’impose surtout, outre par le charisme over the top -flirtant avec l’indigeste au grès des moutures de la série- de son arrogant héros Dante, par un gameplay original réussissant à marier armes à feu et baston à l’épée dans des combats…dantesques. Certes, les vieux briscards objecteront que dans les beat’em up d’antan, on pouvait déjà ramasser des armes de lancer et des armes à feux, comme dans Punisher de Capcom, de même que dans la plupart des jeux de tir, le joueur dispose d’une attaque au corps à corps, que l’on cause du run & gun arcade façon Metal Slug et de son célèbre coup de couteau se déclenchant lorsque l’ennemi est au corps à corps -et dont les gerbes de sang sont censurées mais peuvent être débloquées pour qui connaît les Arcanes des Dip Switch-, ou du FPS/TPS des familles, où le joueur dispose généralement d’une touche dédiée pour frapper au corps à corps, soit par choix, soit parce qu’il est débordé ou économise ses munitions. Et ces vieux briscards auront raison car la Playhistoire est ainsi faite, série de rupture dans une continuité globale. Ils auront raison… à un détail près : le flingue dans le beat’em up et la péchoune dans le jeu de tir tient clairement de « l’option B », de la stratégie de secours, secondaire, épisode de transition avant de pouvoir reprendre le jeu de façon « normale ». Dans Devil May Cry, les gunfights et les bastons à l’arme blanche sont complémentaires l’une de l’autre, dansent et se répondent avec une élégance sans précédent.

 

Le second épisode, après un tout début d’aventure prometteur, virait rapidement au décevant en flirtant avec le grotesque, et le troisième opus, sorti la même année que God of War premier du nom et considéré par beaucoup comme l’aboutissement de la trilogie PS2, bien qu’excellent, a malgré tout souffert de l’aura de médiocrité du second.

En laissant un peu dériver notre imagination, nous pourrions voir dans la gestion des Lames du Chaos de Kratos un héritage de ce mariage réussi tir à distance et baston frontale de Dante, dans le sens où elles autorisent à la fois le combat rapproché et le massacre à distance, à la fois arme de corps-à-corps et outil de crowd control. Et ce ne serait pas spécialement outrancier, comme mise en parallèle…

Pourtant, God of War semble être non pas un prolongement de Devil May Cry, mais plutôt une réaction contre ce dernier, malgré leur amour commun pour les boss massifs, la baston musclée et la démesure, le compteur de hits, entre autres analogies de surface. En effet, dès les origines, la série de Kamiya met en avant un système de combos « ouverts » ou « émergents », dans lequel des coups en nombre limité sont combinables à l’envi, pour peu que l’on décide de maîtriser les arcanes du jeu, se faisant en cela le chantre de la longue tradition nippone du beat’em up arcade, révélant généralement au fil de l’aventure des possibilités impressionnantes avec le peu d’input de départ à notre disposition -notamment le wall jump dans les beat’em up 2,5D de la grande époque, quasiment systématiquement présent, et que je découvre pourtant généralement par accident-. Des notes de style et une difficulté conséquente pousseront le joueur à varier les techniques et maîtriser la grammaire du combat pour tuer avec classe.

God of War s’avère plus immédiat, plus instinctif, et ce paradoxalement malgré un système de combat reposant sur une liste de combos déterminée, finie, mais longue comme le bras -les amateurs de VS Fighting sauce Virtua Fighter compatiront-. Il donne pourtant l’impression au joueur de pouvoir faire des prouesses à coups de button-mashing des familles, le résultat étant toujours, sinon délibéré, au moins spectaculaire! La série restera fidèle à son credo originel, et Devil May Cry fera de même de son coté en évoluant vers une exigence souvent contre-intuitive, un impératif de maîtrise et de domptage pouvant laisser sur le carreau le joueur frustré de ne pas pouvoir intégrer les timings impitoyables de la série. God of War, lui, capitalisera sur son accessibilité, tout en présentant un vrai challenge pour ceux qui se frotteraient aux modes de difficulté supérieurs.

La place d’Onimusha

Pour tracer un portrait de la situation à coups de pinceau brosse émoussé, disons que Devil May Cry est de lignée nippone, là où God of War incarne une approche plus occidentale du genre… Et à ce raccourci peu élégant, vous pourriez me rappeler que l’une des principales influences reconnues et assumées par Cory Balrog et David Jaffe nous vient tout droit du Japon avec Onimusha, célèbre série du sale gosse de Capcom, Shinji Inafune. Massacre de démons assez gore, délires décomplexés mêlans Onis -lesdits démons-, traditions japonaises médiévales, boss démesurés, mechas complètement anachroniques, Jean Reno encore plus anachronique, bref, la série capitalise sur l’audace et le plaisir de tailler en pièce un bestiaire composés de démons nippons, Onis et autres Yokais, panthéon particulièrement fourni et source intarissable d’inspiration pour les créateurs de jeux, qu’il s’agisse de beat’em up, de J-RPG, voire même de shoot’em up -jouez à Guwange de chez Cave et admirez son bestiaire créé sous la plume de Joker Jun-.

L’idée de se payer sur le même mode le panthéon de la mythologie grecque, un peu moins peuplé et avec un big boss tout désigné, papa Zeus, à travers un beat’em up burné, germe et prend forme dans l’esprit malade de Jaffe et de son compère Cory Balrog. Mais tant qu’à faire, autant y aller  franco de porc, façon Peplum de la grande époque -même si sa relation aux créatures est plus liée à la plastique singulière des créations de l’excellent Ray Harryhausen, le maître du stop-motion qui a officié notamment dans le gigantesque Choc des Titans de 1981- dans lesquels on aurait greffé du Conan le Barbare -voire du Commando ou du Predator– pour l’aspect musclé, et une dose des Aventuriers de l’Arche Perdue pour le frisson de l’aventure.

God of Persia

Mais sous le pectoral gauche de Kratos, il y un coeur qui…bon, qui pompe du vitriol, ok… Je recommence sous un autre angle. Les amoureux de God of War, disais-je donc, n’auront pas manqué de remarquer que Kratos est aussi brutal qu’il est agile, ce qui tombe à point nommé, vu la dimension puzzle plateforme du jeu. Et pour le coup, bien que David Jaffe revendique le sublime Ico comme influence concernant la dimension puzzle, la principale inspiration est à chercher en occident : Prince of Persia, et plus particulièrement la trilogie d’Ubi Soft sortie sur PS2.

 

Le premier épisode 3D -enfin, le second, si l’on compte le plutôt correct Prince of Persia 3D de 1999 et cloturant la trilogie originelle des aventures du Prince de Perse-, Les Sables du Temps, sorti en 2003, avait largement séduit avec son ambiance frôlant l’excellence, dansant entre les Mille et Une Nuits et une version assombrie de Disney, sans pour autant négliger l’ADN de l’ancêtre originel, LE Prince of Persia sorti sur Apple-2 en 1989 et dont la fluidité des animations, basées sur le principe de rotoscopie, avait impressionné à son époque, surtout sur Amiga. On retrouve donc dans Les Sables du Temps la perversité de ses pièges à coups de dalles fissurées s’écroulant sur le passage du prince, d’interrupteurs secrets, de pics dissimulés, ainsi qu’une animation particulièrement souple et soignée. Le jeu, pour ceux qui l’auraient oublié, est une sorte de plateformer labyrinthique à haute voltige truffé de combats particulièrement dynamiques, et reposant sur un excellent twist : la possibilité de rembobiner le décours de l’action grâce aux fameux Sables du Temps du titre.

God of War et Prince of Persia partagent nombre de points communs, dès le descriptif du jeu. On incarne un personnage se battant avec une arme blanche dans chaque main contre des sortes de zombies et autres monstres au sein de décors gigantesques et labyrinthiques. Le jeu mise énormément sur sa fluidité et maniabilité ainsi que sur la dynamique de ses combats. Cette fluidité virevoltante et l’agilité hors norme du Prince serviront très probablement de base pour Assassin’s Creed. Mais revenons à nos moutons persans. Les phases de puzzle-plateforme de God of War semblent directement inspirée de celles de Prince of Persia, plus encore que de celles d’Ico, influence pourtant revendiquée par les créateurs. Les deux jeux choisissent un modèle narratif analogue, une histoire contée par son protagoniste d’un coté, à la manière des Mille et Une Nuits, de l’autre, une narration plus solennelle, plus « filmique ». Les deux commencent par la chute -une chute littérale en ce qui concerne Kratos- pour raconter ensuite ce qui les amenés à cette situation. Bref, des analogies plus ou moins marquées, et rien de bien révolutionnaire. Pas de quoi crier au plagiat.

Par contre, en se penchant sur le second volet des aventures du Prince de Perse, l’Âme du Guerrier, sorti en 2004, les convergences sont plus troublantes. En effet, la série prend un tournant sombre et autrement plus violent, avec des combats sanglants aux finish moves à coups de décapitations et autres joyeusetés, ce qui n’est pas sans rappeler la voie empruntée par notre Spartiate berserk. L’Âme du Guerrier a divisé les fans et la critique, semble-t-il à cause de sa brutalité -le jeu est déconseillé aux moins de 16 ans chez nous, et écope du 17+ aux US-, au point qu’Ubi Soft décide de faire machine arrière et édulcorer la violence pour le dernier volet de la trilogie Les Deux Royaumes, sorti en 2006. Pourtant, a posteriori, le système de combat du second opus est reconnu comme le plus intéressant des trois, le plus riche et le plus viscéral. Peut-être les raisons de l’échec tiennent-elles à d’autres facteurs, comme l’abandon de l’ambiance feutrée des Mille et Une Nuits, le choix de musiques Metal mal à propos pour accompagner l’action, voire simplement à l’attente déçue des fans de la première heure.

Ces questions resteront néanmoins en suspens, alors recentrons sur la voie empruntée par le Spartiate. Convergence accidentelle ou influence directe, il est difficile de ne pas voir une lignée directe entre l’Âme du Guerrier et l’orientation empruntée par God of War. Action burnée, puzzle plateforme avec pièges à l’appui au seins d’espaces massifs, certes, la recette n’est pas nouvelle, mais nombre d’ingrédients se retrouvent au programme dans les deux jeux, même si le Prince de Perse, soucieux de son image, a décidé de mettre de l’eau dans son vin dans le troisième opus, là où Kratos débarque le coeur enragé et les mains ensanglantées.

God of War ne réinvente pas la roue, les créateurs en ont bien conscience et n’ont pas la prétention de le faire, au contraire, le but explicite dès le départ est de créer un jeu sur lequel ils prendraient du plaisir en tant que joueurs, sage approche s’il en est une! Et le Sony Santa Monica Studio leur a laissé une complète liberté artistique et beaucoup de pognon. Plein. Du coup, en bon sales gosses amateurs de Metal, ils ont titillé les limites, et de fil en aiguille, ont créé le monument God of War, dont on chante encore les dithyrambes dans certains foyers. Mais là, nous avons juste effleuré les influences de surface. Car God of War prolonge une longue tradition…

 

The Path of Glory and the Path of Violence

Nous avions déjà analysé les axiomes de l’impact de God of War, son « crunch », sous l’angle formel. Pour analyser la question sous l’angle Playhistorique, il va falloir revenir aux classiques, aux racines du beat’em up et de recauser un peu de Double Dragon et de sa relation à la violence. Les joueurs ayant pratiqué la bête se souviennent forcément de cette intro assez extrême où une bande de malfrats kidnappe la douce et tendre des frangins en lui foutant une péchoune bien sale dans l’estomac, lui faisant perdre connaissance dans la foulée. La violence de la situation est déjà assez extrême en soi, mais s’ajoute à ça un son sourd et brutal, une pause évoquant la perte de souffle de la belle. Et ce savoir-faire dans la mise en scène de la violence, des visages crispés de douleur aux coups particulièrement brutaux -le plaisir coupable de bourrer la tronche d’un méchant à grands coups de genoux…- en passant par un design sonore des plus expressifs, tous les éléments sont là, et vont dans le sens de l’impact frontal des situations, une mise en scène au service du ressenti.

 

C’est dans le prolongement de ces expériences décomplexées, de cette volonté de repousser les limites que God of War s’inscrit. Les péchounes de Double Dragon -et de son prédécesseur moins connu Kunio-Kun, occidentalisé et retitré Renegade par chez nous-, la frénésie sanglante de Doom, les décapitations de Barbarians sur Amstrad, les giclées de sang dans les attaques au corps à corps de Metal Slug, les morts inventives et spectaculaires du génial et trop peu connu Quest of Moonstone sur Amiga, les giclées de sang dans le sauvage noir, rouge et blanc Mad World, les massacres immersifs, nerveux et souvent borderline de Hotline Miami, il existe une histoire de l’esthétique de la violence dans le jeu vidéo, dansant entre plaisir primal, expression artistique et subversion.

La dimension « gore » est l’un des axes de cette histoire, l’évolution de ce qui est montrable, la subversion par la chair et le sang, que l’on retrouve dans la peinture, la sculpture, le cinéma, la photo, la musique, les performances artistiques, bref, dans l’Art au sens le plus large. Et dans le domaine, on peut dire que God of War nous gâte, en particulier via les fameux finish moves offrant un démembrement spécifique à chaque élément d’un bestiaire varié, entre Minotaures, zombies squelettiques évoquant l’armée de squelettes de Jason et les Argonautes, cyclopes monstrueux auxquels il faudra arracher l’oeil, tout, du mob au boss a droit à une mort extrêmement violente et, admettons-le, particulièrement jouissive. Mais cette débauche de violence et de sang ne serait finalement pas grand chose sans la mise en forme de celle-ci et sert un propos, s’inscrit dans une démarche. There is more than meets the eye, comme on dit.

Si le sujet vous intéresse, je vous renvoie sans vergogne ni fausse pudeur vers un article dédié au sujet écrit à la sueur de mes doigts boudinés. Et attaquons sur la question finale de cet article, celle qui nous relie à l’actualité de la série.

L’école God of War en ruines

On peut affirmer sans trop se mouiller que God of War n’a pas fait école. Pourtant, il semble s’en être fallu de peu, si l’on observe certaines des sorties de 2010, l’année du grand retour de la série sur console HD. Nous avons un Castlevania Lord of Shadow qui emprunte sans vergogne à l’action effrénée de God of War. Gabriel Belmont manie le fouet comme Kratos ses Lames du Chaos, et affronte un bestiaire cauchemardesque peuplé de créatures monstrueuses et massives, dans le plus pur respect de l’ADN castlevanien. On retrouvera dans Darksiders sorti la même année qui s’inspire formellement et directement de God of War, tout en offrant une dimension raffraichissante le rapprochant presque de la série Zelda par maints aspects. Et que dire de Dante’s Inferno, un jeu à la direction artistique particulièrement en place, mais qui n’a comme argument de vente que le fait de ne pas être une exclusivité Sony, et s’est vendu, malgré ses gimmicks bien à lui, comme « le God of War de la Xbox 360 », complètement explosé par la comparaison avec son modèle.

Car God of War, rappelons-le, avait su s’imposer sur PS2 grâce à une maestria à toute épreuve au point que personne n’avait osé marché directement dans ses plates-bandes, de peur de se faire atomiser par le Spartiate, probablement à raison. Mais la Next Gen est là, et les développeurs n’étant plus tenu au tour de force sur un harware limité et vieillissant, gagnent confiance et osent s’aventurer dans le God-of-War-like, terme qui n’aura pas eu le temps de prendre, en grande partie à cause du coup de force définitif -dans tous les sens du terme- du troisième opus. Car God of War 3 démarre exactement où Kratos nous avait abandonné à la fin du second chapitre, dans un cliffhanger des plus orgasmique et des plus frustrant, Kratos défiant Zeus en pleine ascension de l’Olympe à dos de Titan. Forcément, quand on commence directement à ce degré d’Epicness, ça pose un certain standing, des bases qui feront de cet opus un pic infranchissable.

Et c’est pour cette raison, probablement, que God of War n’a pas fait école. Que peut-on faire face à une série qui a littéralement atteint les Cieux et massacré dans la foulée un panthéon entier ? Tel Conan sur sa montagne, Kratos est monté plus haut, plus loin, plus fort que tout autre personnage de beat’em up. La trilogie God of War est un événement ancré dans son époque car personne -pas même Kratos lui-même- ne peut reprendre les rennes d’une telle montée d’Epicness. Il l’apprendra à ses dépends dans les deux épisodes PSP tenant plus du fan service qu’autre chose -loin d’être dégueus, cela dit-, et surtout dans le quatrième opus, God of War Ascension en 2013, qui illustre parfaitement les limites du concept God of War. On ne peut pas reprendre à zéro après avoir tanné le cuir de Zeus, tout simplement. Pourtant, le jeu est beau, le moteur physique est impressionnant, la gestion du gigantisme est au rendez-vous, le bestiaire est renouvelé… mais la série tente de pousser à nouveau dans la surenchère, et glisse vers un grotesque gore contre-productif, la caricature.

Heureusement pas assez infamant pour souiller la légende, la série restera à mes yeux une trilogie de « vrais » God of War, avec un ventre mou durant le maladroit second opus -eh oui, Cory Balrog sans David Jaffe, ça n’a plus la même saveur-, en grande partie corrigé dans la conclusion de cette trilogie, et trois jeux plus mineurs, oubliables, laissant en bouche un arrière-goût de rance, tenant plus de l’os à ronger destiné au fan que de « vrais » God of War.

 

Et on y revient, finalement, à cette question : qu’est-ce qu’un « vrai » God of War ? Je vous renvoie à tout le contenu ci-dessus ainsi qu’au chapitre précédent pour vous faire une idée. God of War, c’est, je me répète, un événement, un vrai, une date dans la Playhistoire, un ensemble de paradigmes qui ont été poussés jusque dans leurs derniers retranchements, un orgasme qui laisse repu, sans besoin de demander un supplément barbaque. Définitif, définitoire, tout est dit, tout est inscrit dans le marbre et dans le sang.

On peut du coup répondre à l’autre question : un « vrai » God of War est-il possible aujourd’hui ? Souhaitable ? La réponse tombe du coup sous le sens. Si Kratos lui-même n’arrive pas à se surpasser, ni même simplement à tenir la dragée haute à son propre avatar, les autres peuvent aller se rhabiller, tout simplement. C’est ainsi que les légendes entrent au Panthéon, en devenant littéralement intouchables. La marque de God of War se retrouve telle une ligne de fuite, un élan de liberté, une redéfinition des codes esthétiques, des normes du montrable. God of War incarne une époque, un moment béni de la Playhistoire, et c’est bien comme ça.

Mais du coup, le tout dernier God of War, c’est quoi ? Un faux ? Un sacrilège ? Une trahison ? Une redite ? Je vous laisse vérifier par vous-même dans l’excellent article à venir écrit par Totof et moi-même, sur LSR, bien entendu!

toma überwenig

Epilogue

Une petite séquence post-générique, juste pour vous, avec un Happy End à la clé!

Plus haut, j’ai parlé de Devil May Cry comme du pendant nippon du beat’em up 3D et de God of War comme incarnant son pendant occidental -encore une fois, résumé à coups de marteau…etc-, et présenté la chose un peu comme un divorce entre deux écoles pourtant proches de par leurs modes opératoires. On pourrait du coup voir en l’excellent Bayonetta, créé par Hideki Kamiya en 2009, une réconciliation des deux tendances. La sorcière Bayonetta, comme Dante en son temps, jongle entre attaques au corps-à-corps particulièrement spectaculaires, que ce soit au poing, à l’arme blanche, ou à coups d’invocations, mais elle sait aussi jouer des flingues, quatre à la fois, puisqu’elle a non seulement une paire à portée de mains, mais aussi deux flingues en guise de talons aiguilles. La parenté avec Devil May Cry est évidente -Kamiya a un style singulier et il revendique son propre héritage à juste titre!-, tant dans l’arrogance de l’héroine que dans la volonté de pousser le joueur à dompter le jeu, s’en approprier les arcanes, les notes faisant place à des trophées et médailles.

 

Mais la démesure outrancière de Bayonetta n’aurait probablement pas été possible sans le passage de Kratos. Bayonetta torture avec humour et sex appeal, invoque des démons gigantesques, massacre des anges démesurés, elle le fait avec style et fluidité, à la croisée des chemins entre la brutalité sans borne de Kratos et une arrogance provocatrice à pousser Dante à créer un hashtag balancetasorcière, tout en imposant son inimitable patte. Et si le joueur peut avoir l’impression, au coeur de l’action de se retrouver dans un système « ouvert » comme celui de Devil May Cry, les écrans de chargement viendront lui rappeler que même chez Platinum Games, ils ont opté pour une liste immense mais fermée de combos possibles!

Si Kratos et Dante avaient eu un enfant, ce serait la sulfureuse Bayonetta -et je lave vite l’image en train de se former dans mon esprit, Kratos et Dante en pleine séance de reproduction…-. Mais ceci est une autre histoire.

t.ü.

 

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Aux origines de God of War partie I : La forme au service du fond

God of War est l’histoire d’un fantasme. Celui d’une démesure telle que tous les jeux pâliraient devant lui. Celui d’offrir un jeu centré sur plaisir orgiaque, dionysiaque, Wagnérien. De faire la synthèse des cadors du genre et de pousser tous les curseurs dans le rouge. C’est le fantasme très arcade de mettre une console à genoux, la pousser dans ses derniers retranchements, l’excès au service d’une mise en scène à couper le souffle, dirigiste et dynamique à la fois. Le fantasme de repousser les limites, voire les faire exploser, celles du faisable, du montrable, le parti-pris d’une violence déchaînée, frontale, explicite, au service d’un sentiment de puissance sans précédent. Le fantasme enfin d’offrir au monde du jeu vidéo son anti-héros le plus badass, le plus violent, le plus puissant, Pour les Siècles des Siècles, Amen.

God of War est un pari gagné d’avance de par les moyens investis par Santa Monica Studio, le savoir-faire à l’oeuvre, la démesure Hollywoodienne explosant à chaque image du jeu, la violence de Kratos, anti-héros par excellence avide de vengeance. Mais si nos souvenirs des débuts de la série sont aussi vivaces -et probablement dans une certaine mesure magnifiés-, c’est notamment pour la précision extrême de la mise en forme de God of War et ses petits. 

La sortie récente de God of War cuvée 2018 est l’occasion de remettre la série en perspective et de répondre à une question sous-jacente  qui hante tests et discussions, et refait immanquablement surface, indirectement, sous forme d’affirmation se voulant rassurante : « …mais attention, c’est quand même un vrai God of War, hein! » Que veut-on dire par là ? Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle (on reviendra sur cet aspect plus tard) ? Mais surtout, qu’est-ce qu’un « vrai » God of War, en fait ?

La question est étonnamment plus intéressante et plus riche qu’elle n’y paraît, et nous allons nous pencher dessus en deux temps. Aujourd’hui, voyons ce qui fait l’ADN de God of War et avec quelles armes les développeurs ont lutté pour graver définitivement ces souvenirs épiques au fer rouge dans nos coeurs de gamers.

Dans le second chapitre, on s’interrogera plus précisément sur la place de God of War à l’échelle de la Playhistoire, ses influences, ses racines. Et on clôturera l’ensemble par une question bonus que je vous laisserai découvrir pas plus tard que demain!  Tout un programme, non ? Alors allons de ce pas casser de la créature mythique, de la divinité, et revenir dans la foulée sur les fondations de cette série de légende.

La Colère des Dieux

Lorsqu’on demande aux jeunes de ma génération -oui, c’est de l’ironie, les poils grisonnants de ma barbiche sont là pour me le rappeler quotidiennement : je suis vieux- de décrire en quelques mots God of War, généralement, on tourne autour du thème de la démesure. Celle de la réalisation, évoquée en intro, de la violence décomplexée qui était, semble-t-il tout au moins (sens-tu mon gros teasing, cher lecteur ?), sans précédent, celle du gigantisme spectaculaire des décors, des ennemis. God of War, c’était ce sentiment de puissance jubilatoire qui prenait aux tripes, ce héros tendu comme un string XXXS enfilé de force à Dwayne « The Rock » Johnson ou à l’une des Kardiachiantes -dans un élan de générosité, je te laisse choisir ton image mentale de façon totalement interactive, respecté lecteur-, l’incarnation de la Badassitude ultime dans le jeu vidéo. C’était l’ivresse de la Testostérone décomplexée que l’on retrouvait deux ans plus tard dans le film 300, à l’échelle d’une aventure vidéoludique -deux représentations du Spartiate qui l’inscriront définitivement au Panthéon de la Virilité Burnée-.

Vous remarquerez que j’esquive le terme « bourrin », l’un des premiers qui vient naturellement en tête, à cause de ses connotations. Car attention, limiter God of War à cette poussée d’adrénaline orgasmique serait une erreur. Bah oui, n’oublions pas qu’il y a un jeu, un vrai, derrière toute cette démesure! Néanmoins, celle-ci fait partie intégrante de l’expérience God of War, au point que notre mémoire a effectué un travail de tri, de sélection et compilation de ces pics d’Epicness, magnifiant l’ensemble dans la foulée. C’est d’ailleurs ce que semblent dire les journaleux en sous-texte, lorsqu’ils affirment au sujet du nouveau God of War que c’est quand même un « vrai » God of War. Ils parlent implicitement de ces séquences épiques et leurs élans de violence décomplexée. Pourtant, ça pourrait s’appliquer à d’autres aspects, comme les séquences de plateforme/escalade, les énigmes par exemple, ou encore les QTE, part particulièrement congrue de l’ADN de la série… Mais non, c’est bien cette marque viscérale qui semble faire autorité et définir le « vrai » God of War, danse entre epicness et violence au service du plaisir de jeu.

Donc avant de réinscrire God of War dans la Playhistoire, voyons pourquoi ce sentiment ô combien partagé parmi les joueurs de la première heure est si persistant.

 

God of Arcadia : le plaisir de mettre le hardware à genoux

Il faut dire que Sony a mis toutes les chances de son coté. Santa Monica Studio travaille à l’époque sur une console mature, dont on a déjà identifié les limites et les possibilités. Mais dans une démarche totalement arcade, David Jaffe et son équipe ont décidé de pousser la mémère dans ses derniers retranchements, au point que les premières versions de la console, moins puissantes, ne pouvaient tout simplement pas faire tourner la bête -c’est littéralement ce jeu qui m’a poussé à acheter ma PS2 Slim à l’époque, dans un épisode que je vous ai déjà conté jadis, lorsque LSR était encore tout jeune et moi moins vieux-. La console hurlait de douleur mais le résultat était là : pas de coupure dans l’action, une quasi absence de temps de chargement, des jeux de textures, d’éclairages, de reflets somptueux, une animation sans faille, une utilisation particulièrement intelligente du positionnement des caméras semi-dynamiques, toujours au service du vertige de la démesure et de la grandiloquence Wagnérienne de l’action.

Voir Kratos se rendre à Athènes via des décors majestueux pour se trouver face à un Arès absolument gigantesque en train de piétiner des armées comme des colonies de fourmis nous fait d’autant plus goûter au vertige des jeux d’échelles. Par un savant mouvement de caméra lors d’une courte cut-scene, on jauge la différence de taille entre Kratos, la ville et Arès qui hurle sa rage de destruction, puis l’on retourne à Kratos… qui évolue dans la ville assiégée par un Dieu enragé qui couvre une partie du ciel et balance allègrement d’immenses projectiles enflammés! Fluidité, intelligence, efficacité et frisson épique à clé.

La forme au service du Fun

L’autre tour de force qui pousse le joueur vers ce ressenti viscéral tient aux vecteurs d’immersion développés par l’équipe de Santa Monica Studio, et sur certains desquels nous allons revenir.

Si aujourd’hui, le Quick Time Event -aka Q.T.E. pour les intimes- est considéré comme la mort du fun, c’est en grande partie parce qu’il a envahi l’espace vidéoludique ad nauseam. Et c’est peut-être en partie à cause de God of War qui, à la différence de la très grande majorité des autres, l’utilisait avec une réelle intelligence. En effet, la plupart des séquences QTE qui pourrissent l’espace vidéoludique viennent généralement casser le rythme de l’action et réduire explicitement le rôle du joueur à celui de « pousse bouton » : appuyer sur une touche au moment où celle-ci apparaît à l’écran. Tu loupes ? Hop, tu recommences la séquence, jusqu’à ce que tu aies appris par coeur ce Konami Code du pauvre et que tu accèdes enfin à la prochaine séquence de « vrai » gameplay. Certes, la plupart des jeux peuvent être cyniquement décrits comme des enchaînements de situations où il faut simplement pousser le bon bouton au bon moment -tout jeu « arcade » est, dans une certaine mesure, un rhythm game par essence, si l’on analyse l’essence de sa mécanique (sentez-vous un article poindre un l’horizon ?)-. Mais l’artifice trop évident, trop visible du QTE, lorsqu’il est mal utilisé, nous renvoie à une forme de passivité ludique, un rôle de spectateur à qui on impose des manipulations arbitraires pour lui faire croire qu’il a son mot à dire. Ca, c’est pour les mauvais QTE.

Dans God of War, par contre, chaque mouvement faisait sens, était une extension de l’action dantesque représentée à l’écran. Lorsque le joueur effectue un tour de stick pour arracher la tête d’une Hydre, dont la nuque se rompt avec une vibration de manette jouissive, l’immersion est totale. Lorsque dans God of War 3, le joueur doit appuyer sur les sticks analogiques pour crever les yeux de Poséidon des deux pouces, il mime le geste de Kratos et se prend en pleine poire toute la portée du geste, sa violence cruelle. Ca reste historiquement l’un des QTE les plus traumatisants de la Playhistoire.

Mais cette identité entre action du joueur et du personnage ne s’arrête pas aux QTE. On tape frénétiquement la touche indiquée pour attirer la tête du serpent géant et l’empaler sur un mat précédemment cassé, ce qui non seulement implique directement le joueur dans cette action dantesque, qui aurait simplement pu être représentée en cut scene, mais lui fait aussi ressentir indirectement la démesure de l’effort demandé, qui ne peut se résoudre par une simple pression d’une touche. Non, il faut marteler! Et ces détails font littéralement toute la différence en terme d’immersion, et font ainsi ressentir l’ivresse de l’action et la puissance du personnage incarné.

Même lorsqu’il ouvre un coffre, trope absolu du jeu vidéo généralement réglé en un petit coup de bouton X, Kratos y met du coeur à l’ouvrage, pousse un râle, et la justesse du temps de latence entre le moment où il se saisit du dessus du coffre en pierre et et celui où il l’ouvre avec violence appuie avec précision l’effort de Kratos, la lourdeur du coffre, le plaisir de l’accomplissement d’une tâche qu’un simple humain ne saurait accomplir… Et on cause d’un simple coffre, quand même! Mais qu’il défonce une porte, ouvre une trappe, tire un rocher, tout est dosé avec grande précision, du timing au dosage des vibrations, pour que le joueur ressente ce débordement de puissance et de violence qui émane de Kratos. Chaque interaction exigée du joueur est en adéquation avec l’action représentée à l’écran, l’immersion est totale.

On pourrait parler de démarche organique où chaque élément participe à ce ressenti sans précédent, auquel évidemment le rythme général du jeu, mais aussi tous ces outils narratifs vecteurs d’immersion, les effets sonores, la gestion exemplaire du timing des vibrations de la manette, leur intensité, le tout donnant cohérence et efficacité à l’ensemble. Santa Monica Studio n’invente virtuellement rien, en un sens, mais réussit, par un jeu de réglage tout en finesse, à donner corps à l’action, poids aux objets, et à impliquer le joueur au delà du ludique, à travers un ressenti à la fois physique et intuitif.

Aujourd’hui, le vocabulaire propre au développement de jeu semble s’être démocratisé, et avec lui celui décrivant les mécaniques de gameplay, game system et le game design en général. Les jeux de baston ont été parmi les premiers à faire entrer les termes « techniques » dans le discours mainstream, ouvrant le débat à des analyses plus pointues desdites mécaniques sans faire fuir les béotiens, et l’on trouve aujourd’hui nombre de sites spécialisés dans un genre particulier – Shmup’em All, par exemple, au hasard…- et de chaînes Youtube focalisant sur certaines étapes spécifiques du développement d’un jeu, d’une mécanique de gameplay, d’un élément de level design, d’un concept vidéoludique -la chaîne de PsEuDoLeSs (en particulier son excellente série de réflexions Red Barrel) est une pure mine d’or d’analyses ciselées et dynamiques, d’avis tranchés mâtiné d’un humour pince-sans-rire parfaitement en place et compte parmi mes chaînes YT préférées, et du coté anglophone de la Force , je vous conseille la chaîne Game Maker’s Tool Kit de Mark Brown, vertigineuse de précision et de clarté, avec un contenu qui frôle la démesure-. Bref, aujourd’hui, causer en profondeur de jeu vidéo est devenu, sinon plus simple, au moins plus clair, de par l’évolution et la démocratisation du langage dédié à cette noble activité. Cependant, à cette époque reculée, on ne pouvait désigner la réussite de God of War qu’à l’aune d’une terminologie floue dansant avec le ressenti, le viscéral, l’organique.

Et pour communiquer ce ressenti au joueur, parmi les outils utilisés par les développeurs, on trouve une utilisation dynamique du ralenti, puisant à la fois dans la longue tradition du jeu de combat que dans l’univers cinématographique.

Slow Motions : the Hit is on

Le ralenti au cinéma, on connait, depuis longtemps. Rares sont ceux qui le manient avec un véritable brio, mais il suffit parfois d’un ralenti parfaitement dosé pour qu’une scène se grave à jamais dans votre mémoire, la glaçante fusillade du grand Apportez-moi la Tête d’Alfredo Garcia réalisé par Sam Pekinpah -les vrais savent-, le coup de batte concluant de façon extrême une bagarre/course/poursuite tragicomique de Violent Cop de Takeshi Kitano, les glissements entre pesanteur ambiante et ralenti maîtrisés par les grands du western italien comme Sergio Leone ou Sergio Corbucci, les excès jouissif que l’on retrouve chez le John Woo de la belle époque, bref, le ralenti est une ponctuation qui peut faire basculer une scène vers le pur génie -ou la gâcher purement et simplement, pour peu qu’il soit mal géré-.

Il en va de même pour le jeu vidéo, qui sait s’approprier des éléments de langage cinématographique, tout en n’étant pas soumis aux mêmes limitations, même si les deux médias se mêlent, s’inspirent mutuellement puis se renient sans assumer leurs séances de touche-pipi. Détaillons un peu. Souvenez-vous de Max Payne, ce TPS particulièrement sombre qui lui aussi s’était imposé par l’intelligence de sa narration et l’efficacité de son action, de l’immersion proposée. Au sein de ses gimmicks on trouvait le désormais célébrissime Bullet Time, ralentissement général de l’action dans un contexte spécifique permettant au joueur de… Bah de faire comme dans les films de John Woo, descendre au ralenti ses ennemis en plein saut latéral, dans la plus pure tradition des gunfight contemporaines -de l’époque, hein!-. C’était sans précédent, on en cause encore, le terme est entré dans le langage vidéoludique, bref, du pur événement Playhistorique.

Quitte à prendre son inspiration quelque part, autant choisir les meilleurs. C’est ainsi que l’équipe de David Jaffe a travaillé d’arrache-pied sur un langage spécifique du ralenti ponctuel pour appuyer l’impact des coups les plus puissants comme les finish moves d’un combo particulièrement juteux ou les mises à mort délicieusement spectaculaires -ah, ce petit icône « O » flottant au dessus d’un ennemi affaibli…-. Cette utilisation spécifique du ralenti ou de la pause signifiante est appelée Hit Stop, héritage direct et évolution de ces instant de paralysie après un coup violent que l’on pouvait retrouver dans les beat’em up arcade traditionnel, et que le VS fighting a ensuite formalisé. Rappelons une fois encore que God of War, contrairement aux idées reçues, n’est pas un jeu limité au button mashing, comme on le verra plus tard, mais joue beaucoup sur la gestion de la garde, de timing, avec un système de contre -là encore inspiré des grands du jeu de baston 2D- qui, lorsqu’effectué avec un timing serré, permet à Kratos d’asséner un coup meurtrier particulièrement jouissif. Ce contre est tout particulièrement efficace en terme de mise en forme, car il est accompagné d’un torrent de vibrations et d’un court Hit Stop du plus bel effet, faisant écho aux jeux de lumière à l’écran (que j’aborde un peu plus bas), bref, là encore, on peut parler d’une unité organique parfaite pour un effet ressenti littéralement décuplé!

Si Max Payne s’inspire du cinéma pour implémenter son Bullet Time, on pourrait voir une influence de ces jeux de ralentis fluctuants dans le film 300 ou certaines séries comme Spartacus, dans lesquelles les ralentis dynamiques, rendus désormais possibles par la démocratisation du numérique dans l’univers cinématographique et télévisuel, sont Légion (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs). La boucle est bouclée.

Dans le domaine vidéoludique, comme le Bullet Time à son époque, ces ralentis flottants font désormais partie du langage vidéoludique au sens large, tant esthétique que systémique : ce Hit Stop est devenu un indicateur de réussite dans le domaine du jeu de combat, d’esquive pointue, de contre efficace, c’est devenu un trope du jeu vidéo, compris instinctivement par le joueur. Ce n’est peut-être pas God of War qui l’a inventé, mais il a indéniablement participé à ses lettres de noblesse.

Light Show avec les Lames du Chaos

Et enfin, en guise de petit bonus pour la route, j’aimerais aborder l’utilisation de la lumière dans God of War. Je ne parle pas de la luminosité du jeu, de ses effets de reflets de toute beauté, bref, je ne parle pas de direction artistique, mais bien de la façon dont la lumière est utilisée en tant qu’élément de langage vidéoludique afin d’intensifier l’action, de la rendre plus dynamique, plus lisible, plus efficace. Car si le fameux Hit Stop abordé ci-dessus est appuyé par un savant dosage de vibrations et un sound design sauvage, les mouvement d’air liés à l’impact du coup, représentés à l’écran par de petits traits blanc ou de grosses zones d’impact circulaires, participent tout autant à la puissance viscérale de l’ensemble.

On trouvait déjà tout ça, là encore, dans les jeux de baston d’antan, le pixel art reposant sur la capacité à magnifier une action avec peu de moyens. A cet égard, l’étude image par image des animations des personnages des différentes moutures de Street Fighter 2 est particulièrement éducative et raconte une partie de l’histoire de la mise en forme de l’impact d’un coup à l’écran. Dans Devil May Cry, on trouvait aussi ces raies de lumières plus ou moins intenses venant accompagner les coups de Dante. On doit probablement à Hideki Kamiya et Shinji Mikami -les parents de Devil May Cry, God Hand, Okami, Bayonetta, entre nombreuses autres perles communes ou respectives- une redéfinition à l’échelle de la Playhistoire du langage jeu de lumière dans le game design, pourtant, c’est probablement God of War, tant grâce à sa maîtrise de la question qu’à son succès commercial, qui démocratisera cette grammaire de la lumière de façon définitive, en la magnifiant et en la fonctionnalisant dans la foulée.

Car si ces effets de lumière jouent un rôle prépondérant dans la mise en forme de l’impact des coups, son rôle ne se limite pas à ça. En effet, bien que j’en ai trop peu parlé ici, mais la création de ces armes fantastiques que sont les Lames du Chaos représente un atout et une avancée sans réel équivalent dans le monde du beat’em up. A la fois arme de longue portée et arme de contact, elles servent autant au crowd control qu’au combat direct, autorisant des saisies en plein vol et à distance, petite gâterie généralement limitée au corps-à-corps. Et dans un jeu aussi dynamique, aussi démesuré que God of War, avec ses changements d’échelles, ses affrontements tant face à des bêtes gigantesques que des armées de monstres à taille « humaine », souvent en même temps, la lisibilité devient un véritable challenge pour les développeurs.

Et grâce à une gestion précise et efficace des raies de lumière appuyant les mouvements et les coups de vos Lames du Chaos, le joueur est à tout moment conscient de la position du personnage, de la portée de ses coups, de leur trajectoire, tout en jouissant du sentiment de puissance que ces raies rouges et or incarnent avec brio.

God of War a su piocher dans la Playhistoire afin de s’approprier les outils nécessaires pour offrir ce rendu magistral qui a fait une partie de sa gloire et a redéfini a posteriori le langage formel du game design, tant il en a magnifié les axiomes dans un souci permanent de démesure délirante.  Mais assez parlé de forme! Comme je le disais plus haut, on oublie trop volontiers que God of War n’est pas une bourrinerie cinématique interactive et immersive, mais bien un jeu, un vrai! Et un sacrément bon jeu, qui plus est, qui s’inscrit dans une longue tradition Playhistorique.

Et pour aborder cette dimension, il faudra bien un chapitre complet, car il y a des choses à dire. Mais rassure-toi, cher lecteur, je ne te donne pas rendez-vous dans un mois, ni même une semaine, mais tout simplement demain. Voire tout de suite, si tu lis cet article dans un hypothétique futur plus ou moins lointain, et que la terre n’est pas encore dominée par des Reptiles à gros seins avec des gros flingues qui ont réduit l’espèce humaine à l’esclavage. Et nous ont piqué nos consoles. Salopards de Reptiles à gros seins…

toma überwenig

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Le méchant de jeu vidéo est-il un tocard ?

Meilleur ou pire ennemi du joueur et du héros, le méchant de jeu vidéo a souvent le mauvais rôle (normal, nous rétorquerez-vous), pour ne pas dire la place du con. Des origines à nos jours, les exemples d’antagonistes numériques tocards ne manquent pas et ils font aussi le succès du médium. Article garanti avec un maximum de fiel et un léger soupçon de mauvaise foi, évidemment.

Le méchant de jeu vidéo, tocard originel et authentique

À tout seigneur, tout honneur. Comment ne pas débuter cette réflexion sans parler de l’inimitable Bowser, parfait représentant de la tocardise absolue du méchant de jeu vidéo ? Pauvre bête qui n’a de cesse de vouloir à tout prix pécho Peach et qui s’y prend de plus comme un vrai manche. Pour ne rien gâcher, il se fait systématiquement battre comme un neuneu par un plombier du dimanche bedonnant. Oui, parce que m’voyez, monsieur a la brillante idée de laisser derrière lui un mécanisme tout simple qui va le précipiter trankilou bilou dans la lave juste sous ses pieds. Ledit plombier, pas rancunier pour un sou et probablement pris de pitié, l’invite même à toutes les sauteries qu’il organise. Quand il ne le sort pas lui-même de quelque embrouille dans laquelle Bowser a foncé évidemment tête baissée, sans réflexion aucune, comme le gros relou et teubé qu’il est. Si vous n’êtes toujours pas convaincu, admirez donc ce regard empreint de détermination et de ruse :

Bowser

Une bonne tête de vainqueur.

 

Chez Sega, on n’a pas seulement voulu trouver un concurrent à Mario, on a aussi visiblement pris chez Nintendo des inspirations pour les méchants. Que dire du Dr Robotnik, scientifique à la moustache interminable, obsédé et aussi capricieux que soit-disant brillant. Rêvant de conquérir le monde avec des inventions toutes plus loufoques les unes que les autres, ses projets sont régulièrement stoppés par un hérisson (bleu qui plus est, excusez du peu), voire parfois un renard à deux queues. Tu parles d’une ambition et d’un soit-disant QI de 300. C’est à croire que cette mégalomanie stupide est une maladie répandue chez les docteurs vidéoludiques, Neo Cortex et Nitrus Brio ne donnant pas leur part au marsupial dans la série Crash Bandicoot. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’ils aient non plus en face d’eux un mec qui aurait inventé l’eau tiède.

On ne va pas trop s’attarder non plus sur le cas Wario, antagoniste au nez grotesque, au comportement monomaniaque et obsédé par le fric, encore et encore. Toujours chez Nintendo, il y a également Andross, de la série des Star Fox, boss final caché dans son repaire de la planète Venom : une énorme tête de singe avec des mains qui veut tout simplement contrôler la galaxie. Et encore, là, on parle de sa version améliorée à partir de Star Fox 64 (ou Star Fox 2, maintenant qu’on peut mettre nos mains dessus), n’oublions pas sa version originelle, un espèce de masque géant crachant des parpaings, dévoilant lors de son explosion un cube composé uniquement de faces avec sa face de macaque pas content. Ça c’est fort de fruit

Le pire peut-être, c’est quand ils décident de faire ça en bande organisée. L’Aube Mythique, culte dédié au Prince Daedra Mehrunès Dagon et mené par Mankar Camoran, l’aide à ouvrir les portes de son plan d’Oblivion, pensant que ça sera forcément la bonne solution… Bravo les mecs, bien joué, franchement. Les exemples de méchants tocards ne manquent décidément pas : LeChuck défait par le héros le plus débile de l’histoire du jeu vidéo ou encore le Dr Fetus dans Super Meat Boy qui n’est évidemment pas sans rappeler Bowser (tout comme le reste du jeu qui s’inspire délibérément de Super Mario Bros., jusqu’à son acronyme).

On remarque cependant un schéma assez régulier : ces tocards finissent par devenir malgré eux sympathiques, voire certains changent même de camp, ou presque. Donkey Kong, premier ennemi pas très futé de Jumpman, devient une sorte d’anti-héros dans les jeux qui portent son nom. En effet, rappelons que notre gorille à cravate préféré est loin de sauver le monde ou quelqu’un dans le premier Country, il part à l’aventure uniquement pour récupérer son stock de bananes, volé par l’infâme King K. Rool, un autre somptueux tocard. Ce sont en fait Diddy, Dixie et Kiddy Kong les vrais héros, puisque dans Donkey Kong Country 2 et 3, c’est justement eux qui viennent sauver un Donkey en détresse, capturé par K. Rool. Peut-être est-ce juste une facétie propre à Nintendo, mais on peut refaire un coucou à Wario, héros de sa propre série Wario Land, où il court, pour ne pas changer, après la thune, et les hilarants Wario Ware, où il cherche à se faire… du blé !

Super Meat Boy - Dr Fetus

Je vous emmerde, je mange ce que je veux !

Même quand il essaie d’être vraiment sérieux, le méchant est en fait un loser #mauvaisefoi

Peut-être qu’à l’image de tout autre forme d’art de la narration, comme on est finalement encore au début du jeu vidéo, on commence “à peine” à voir des méchants moins caricaturaux, à l’image de certains présents dans les romans ou films, bien torturés et complexes, où la frontière gentil-méchant est parfois ténue (Negan, Dark Vador…). À l’image de la réalisation, on “commence” à voir des plans plus léchés, plus cinématographiques dans le jeu vidéo ; avec le temps, le média mûrit et devient plus sérieux. Certains méchants se prennent plus au sérieux que les tocards évoqués précédemment et se donnent à fond pour moins passer pour de grosses buses. Mais cela ne veut pas dire qu’ils réussissent toujours, bien au contraire.

Et ce n’est pas parce que nous sommes sur Le Serpent Retrogamer que les méchants de Metal Gear Solid ne vont pas en prendre pour leur grade, loin s’en faut. Que dire, par exemple, de ce saltimbanque de Revolver Ocelot, accoutré comme un cowboy ringard qui ne trouve pas de meilleure idée que de se “greffer” la main d’un psychopathe. Brillant, vraiment. Le coupable d’ailleurs, un certain ninja répondant au doux nom de Greyfox (“renard gris”, paie ton pseudo, on t’aime aussi Victor), est un tantinet maso sur les bords puisqu’il demande sans cesse à Solid Snake de le taper pour le “faire [se] sentir vivant”. Fatman, outre le fait d’avoir le charisme d’une fraise tagada, porte quand même un nom qui a tout d’un sobriquet. Le boulet qui se porte lui-même, quoi. On ne va peut-être pas tous les énumérer, mais on se demande encore ce que peuvent bien prendre des mecs comme The Fear et The Fury, le premier à sauter d’arbre en arbre et à sortir une langue de trois kilomètres de long, et le second à se croire cosmonaute égaré qui brûle tout sur son passage, tel un pyromane détraqué qui fait joujou avec un lance-flammes. Une belle brochette de tarés…

MGS - Fatman

Hou, effrayant… Je sais pas si je vais arriver à dormir ce soir.

Dans la même veine, la série Final Fantasy nous en a offert certains gratinés également. Le tocard mégalo avec un accoutrement chelou semble être une espèce qui y sévit. Sephiroth, tout aussi classe qu’il puisse être en apparence, nous a un peu imposé cette norme insupportable du méchant androgyne mal dans sa peau. Franchement, on ne te remercie pas, mec. Surtout, il cache en fait un gros souci de complexe d’Œdipe et de manque d’affection par rapport à une mère qui n’en est même pas vraiment une. Va voir un psy et arrête de faire chier ton monde, mon grand. De même que Seifer, complètement manipulé par Edea pour laquelle il a les yeux de Chimène (Badi), et qui se révèle pas si dangereux au final. C’est surtout une grande gueule, une tête à claques et un gros jaloux de son camarade d’école. Drago Malefoy, sors de ce corps. La série autrefois rivale, Dragon Quest, n’est pas en reste non plus. Comme ce clown de Dhoulmagus dans le huitième épisode qui, soit-disant, veut conquérir le monde, mais se retrouve être le pantin de forces qui le dépassent. Cassez-vous.

Les méchants qu’on respecte quand même… un peu

Bon ok, on arrête le discours volontairement teinté de mauvaise foi pour parler des méchants dont il est difficile de rire, qu’ils soient de vrais pervers ou au contraire des anti-héros. Parmi ceux qui forcent littéralement le respect, il y a par exemple le terrible Kefka dans Final Fantasy VI, qui se pose comme un véritable psychopathe, de la catégorie des fous dangereux avec qui il vaut mieux ne pas plaisanter (c’est con, quand on se souvient son taf). De même que Vaas dans Far Cry 3, dont l’esprit machiavélique, manipulateur et sadique a troublé plus d’un joueur, éclipsant même le méchant en chef de l’histoire.

Une terreur que savent également faire ressentir La Chasse Sauvage de The Witcher 3 ou Alduin dans Skyrim. Difficile de rire d’eux. On peut aussi mentionner le Rôdeur noir dans Diablo 2, héros du premier épisode devenu à son tour seigneur de la terreur bien malgré lui. On suit tout au long du jeu sa progression pour libérer ses frères Baal et Mephisto grâce au témoignage du malheureux Marius qui l’accompagne durant son périple, et le mec en impose, c’est le moins qu’on puisse dire. Certaines petites âmes sensibles, comme notre Yannou préféré, font encore des cauchemars à cause de Nemesis de Resident Evil 3.

Diablo - Wanderer

Tel est pris qui croyait prendre.

À retenir

En fin de compte, à part quelques exceptions d’âmes torturées ou représentant simplement mais on ne peut plus efficacement le mal, les méchants sont bien souvent de beaux spécimens de tocards, et c’est bien normal : une des raisons de l’existence d’un méchant dans une histoire, c’est la possibilité offerte au témoin du récit de détester quelqu’un, de ne pas ressentir de scrupule à voir ce personnage anéanti pour transcender ou valoriser le héros, marquer la fin d’un périple, d’une aventure. C’est d’ailleurs ce qui constitue à la fois son charme et sa principale faiblesse. On adore le détester. Et les méchants de nos jeux vidéo ne sont finalement pas plus tocards que ceux issus des autres formes de narration : Gargamel, le Gouverneur, Sauron, Blaine le Mono, l’Empereur, Commode et j’en passe… Une belle brochette de tocards !

Elaine Replay et Totof

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Call of Duty – Du réalisme de la guerre

Je suis issu d’une génération qui n’a jamais connu la guerre. Vaguement, à la TV, j’ai pu voir quelques images choquantes de conflits qui ne me concernent pas. Les batailles au sein de l’Europe au tournant des années 1990 et ruines de Syrie, je ne peux pas les comprendre. Je ne les ai pas vécues. Tout au plus, je peux en imaginer les maux les plus simples, mais je ne connais pas l’horreur de la survie, dans des ruines, au milieu de la mort et de la désolation. Par contre, j’ai probablement un avantage sur les développeurs d’Infinity Ward : j’ai fait des études d’histoire. Et je sais que la guerre, ce n’est pas fun.

Hollywood à Stalingrad

Le premier Call of Duty nous propose de revivre les instants les plus mémorables (au sens de la mémoire collective) de la seconde guerre mondiale. En 1944, le monde est à feu et à sang. C’est le débarquement en Normandie, la Résistance commence à prendre le pas en France, les Britanniques tiennent encore tête à l’Axe, et la mère Russie enrôle de force toute une partie de sa population civile pour combattre les Allemands. La guerre, la mort, la pauvreté, la survie. Voilà ce que devrait évoquer cette guerre dictée par des idéologies abjectes. Et bien Infininty Ward, en empruntant tous les poncifs d’Hollywood, essaie de nous montrer que la guerre c’est la bravoure, le patriotisme, le don de soi. Balivernes. Partout il n’y a plus que désolation, râles de mourants et charniers puants… C’est la seconde grande guerre : celle qui marquera le monde à jamais. En essayant de faire un jeu vidéo sur cette guerre, Call of Duty (comme d’autres avant lui) rendent la guerre conforme à l’entertainment du quotidien. Jouer la guerre devient fun. Et comment en vouloir à Infinty Ward ? Le jeu est objectivement génial. Nerveux, épique, beau. Mais le message que fait passer le jeu n’est pas conforme à la réalité historique.

Un message brouillé

Cet interprétation de l’histoire n’est pas gênante, mais à une condition : que cette interprétation soit affichée et assumée. Ce qui n’est pas le cas. Et franchement, les gars d’Infinity Ward, n’essayez pas de nous faire croire quoi que ce soit ! Ou du moins, si vous vouliez le faire, il aurait fallu mettre des pantoufles et non pas de gros sabots comme vous l’avez fait. Il y a bien des jeux vidéo qui arrivent à dénoncer un épisode politique ou une guerre. C’est notamment le cas de l’étonnant méconnu 1979 Revolution : Black Friday, qui narre les événements de la fin des années 1970 en Iran et la révolution qui en suivi. Le propos est bon, l’orientation est neutre, tout en donnant une vision réaliste (au sens ce qui s’est passé) de la situation. Le jeu vidéo ne dénonce pas, il montre. C’est au joueur ensuite de dénoncer. Parmi ces choses qui m’ont fait bondir, sont bien les innombrables soit-disantes citations des généraux et autres chefs de guerre Ricains, incarnant le patriotisme et l’amour de la patrie. On les lit durant les écrans de chargement, on les entend sur le champs de bataille, on nous les crie aux oreilles… Le but n’est pas de montrer que la guerre est une horreur infinie. Une infamie à rejeter par toutes les portes entrouvertes, mais une nécessité dans des crises internationales. Un devoir des citoyens. Et c’est là que le message est brouillé. Si la guerre est patriotique, une nécessité, alors il n’est pas normal d’avoir un « jeu » de guerre. Mais s’il s’agit d’une absurdité, il est par contre envisageable, pour mettre une distance émotionnelle avec une telle chose, qu’un « jeu » soit de sortie. Le message d’Infinity Ward est donc totalement brouillé.

Un final presque pathétique

Ce message brouillé essaye de rentrer en collision avec la dure réalité du grand spectacle : la mise en abîme du passé pour rendre hommage à nos aïeux. Et le bouquet final, dernier rempart avant le générique, finit de clouer Infinity Ward au pilori : ils « remercient » les soldats qui ont combattu l’horreur de l’Axe. Relent nationaliste ? Simple patriotisme américain tout ce qu’il y a de plus banal ? Pourquoi mettre en avant les horreurs de l’Axe (sachant que le cas des Allemands va bien plus loin que le simple Furher et ses généraux) au lieu de parler des sacrifices des alliés ? Comme si remercier le camp des gagnants était la seule chose à faire pour se dédouaner d’avoir montré autant d’horreurs pseudo-réalistes à l’écran.

Ironiquement, et sans explication particulière, je ne peux m’empêcher de croire que si les États-Unis basculaient aujourd’hui dans le fascisme, ces développeurs seraient les premiers à défiler dans la rue habillés tout en noir. Comme si de la violence résultait toute la grandeur d’un peuple. Cette violence d’ailleurs, synonyme de bataille rangée dans ce cas-là, n’est quasiment pas retranscrite dans le quotidien, ce qui a fait l’originalité (même si le terme est malpropre)  de cette seconde guerre mondiale : les civils. Et Bizarrement, Infinity Ward a « oublié » c’est aspect pourtant central. Ne serait-ce également qu’un point de détail ? Sans aller jusqu’à surévaluer le rôle des résistants, Français ou autres (rôle d’ailleurs souvent trop important dans l’imaginaire), il aurait été bon de sortir son oeil de la petite lorgnette dans laquelle il se trouvait…

Une volonté pédagogique ?

Et si la véritable volonté d’Infinity Ward était de transmettre aux générations futures les actes et les dires de la guerre ? Si les développeurs voulaient en réalité jouer un rôle de passeur de mémoire, activiste dans la guerre contre le révisionnisme ? Même si cette idée peut sembler louable, sa transformation est tout bonnement ratée, voire complètement dévoyée. Allier divertissement et histoire/mémoire ne semble pas impossible, à condition que ce qui est raconté soit conforme, du moins en grande partie, à la réalité. Les ajouts d’une romance, de personnages de fiction, ne posent pas de problèmes. Mais une réinterprétation des enjeux et de la représentation des soldats n’est pas acceptable. C’est en cela que je suis très en colère conte Infinity Ward et consorts. Un jour, peut-être, dans un FPS où la vue subjective apporte un supplément d’immersion, nous aurons la possibilité de jouer les Allemands ou Italiens. L’idée n’est pas de donner la possibilité au joueur de devenir le bourreau, mais simplement de se mettre face à l’histoire globale, et non pas celle des vainqueurs. Et puis quoi de mieux que de jouer les « méchants » pour saisir l’absurdité et l’horreur de la guerre ?

A retenir

La vraie question, après cette analyse du message de Call of Duty, est : les développeurs sont-ils conscients de la maladresse dont ils ont fait part ? Pensaient-ils que leur série se vendrait à des millions d’exemplaires, diffusant de facto une vision erronée de la guerre, jugée parfois comme « réelle » et « réaliste » par les adolescents occidentaux se divertissant. Le patriotisme guerrier est source de conflit. Et ce n’est pas l’attitude du président actuel des USA (2018) qui va aller à l’encontre de mes dires. Après tout, il est bien moins amusant de réfléchir un tant soit peu que de jouer aux petits soldats en tentant de s’approprier une partie de la gloire de ceux qui ont effectivement risqué leur vie – et de plus à travers une production dont les vertus n’atteignent pourtant même pas celles d’une simulation mais à peine les qualités d’un jeu honorable et dont l’ambiance tapageuse empêche de réfléchir aux véritables questions.

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FANTASY ZONE : l’odyssée d’Opa Opa

En 1986 Sega se démarquera pour la première fois avec un shoot them up atypique qui opte pour un rendu inhabituel. Magie de paysages colorés, vaisseau tout mignon, scrolling bilatéral et armes à acquérir : autant d’idées remarquables qui feront de Fantasy Zone la première originalité réelle dans l’univers plus ou moins formaté du genre.

Tenter de radicalement changer l’apparence du shoot them up en pleine tourmente Gradius n’était pas chose aisée. Et pourtant, le jeu s’en tire superbement, et aura une descendance tout aussi honorable.

 L’odyssée d’Opa-Opa

 

La Fantasy Zone est un lieu idyllique. Hélas, de vilains pas beaux ont décidé de l’envahir et d’en faire leur monde. Ni une ni deux, Opa Opa, vaisseau rondouillard et rouge se met en route.Ce jeu est véritablement révolutionnaire à plus d’un titre. Il modifie la structure même du genre. Ici, point de niveau commençant à un point A pour s’achever en un point B, mais un objectif précis : détruire des cibles en nombre pré-établi. Et une fois ce but atteint, le boss se matérialisera à vous.Il reprend également une petite subtilité que l’on n’avait plus retrouvée depuis le déjà ancien Defender : la possibilité de revenir sur ses pas en inversant le défilement. Ce qui s’avère très utile et octroie une grande liberté de manœuvre, idéale pour confortablement détruire les cibles résistantes sous les arrivées ennemies parfois surprenantes. Les décors chatoyants sont une première et ont participé à rendre ce jeu remarquable, au propre comme au figuré. Fantasy Zone pose une identité très personnelle qui constitue une alternative certes originale mais heureusement très plausible : il démontre que l’action d’un bon shoot them up peut autant se dérouler dans de vertes contrées que dans le vide interstellaire.Au surplus, votre engin peut être muni de plusieurs items , tant côté armement que côté équipement. Moteurs plus rapides, tirs multiples ou attaques au sol : en plus de franchir ces étapes  il faudra correctement doter ce cher Opa Opa suivant les impératifs posés par les boss et les salves ennemies et selon chaque niveau ! Plus vous progresserez, plus vous aurez de pièces pour faire vos emplettes, mais le prix augmentera à chaque niveau, attention à ne pas vous trouver coincé. Variation d’une stratégie initiée par Gradius, la libre constitution contre menue monnaie de votre arsenal donne à Fantasy Zone une dimension tactique poussée. Ce titre est une surprise et aujourd’hui encore n’accuse pas ses trente ans.  Fantasy Zone est une thématique à lui seul : l’innovation dans le shoot them up.

 

Au revoir l’arcade, bonjour la maison

 

Le jeu sera l’un des premiers sur la console 8 bits de Sega dans une version d’une grande fidélité. Le succès aidant, Sega lui donnera une suite, intitulée Fantasy Zone II : The Tears of Opa-Opa qui approfondit encore les idées déjà bien exploitées dans le premier volet.

 

La beauté visuelle est décidément une signature de cette série naissante ; ce qui n’est guère surprenant tant l’identité graphique a été le premier souci des créateurs ! Ce volet pousse la maniaquerie vers des sommets. Détails graphiques et variété des environnements font du jeu une véritable balade au pays des merveilles. La gestion de vos gains après avoir vaincu ennemis et boss est reprise et amplifiée grâce à un choix d’équipement encore plus vaste qui seront autant de possibilités de franchir telle ou telle étape. Fantasy Zone II  offre également une dimension exploration nouvelle avec l’apparition de téléporteurs. Cette suite repose sur des bases solides affermies par une réalisation de haut vol pour donner un incontournable de la Master System, un jeu enchanteur doublé d’un challenge bien présent. Une réussite incontestable. A noter que Sunsoft sortira une version du jeu sur NES qui ne soutient guère la comparaison. Un moment pressenti pour devenir une  mascotte de Sega, Opa Opa ne pouvait manquer la case des 16 bits et en 1992 arrivera sur Megadrive Super Fantasy Zone. Il est amusant que ce jeu ait été ainsi baptisé ! On aurait plus parié pour un « Mega », car la communication de Sega l’énonçait fièrement : « mega » c’est plus fort que « super »…délicatesses entre les deux géants du jeu vidéo de l’époque, et il est toujours bon de rappeler ce duel qui fit les plus beaux jours de l’histoire et de l’industrie du jeu vidéo ! Cette version 16 bits est un jeu très honnête, hélas l’effet de surprise si présent en 1986 et encore bien réel en 1987 est clairement amoindri. Super Fantasy Zone en apparaîtrait presque comme une version 16 bits sans apport véritable  d’un jeu déjà ancien. Ce qui n’est pas totalement vrai, mais pas totalement faux non plus.

 

Conclusion

 

Fantasy Zone reste une aventure très appréciable et une alternative honorable au monde usuel du shooter. Une série modeste dont peu ont conscience de ses mérites à l’heure actuelle et c’est bien dommage. Mais bon, il n’est jamais trop tard pour rendre justice !

 

BON A SAVOIR :

Galactic Protector

Ce jeu de 1988 met en scène Opa Opa qui doit protéger une planète en tournant autour d’elle et en repoussant des vilains envahisseurs. Hormis les mimiques de la planète en question qui fera plus ou moins la gueule et la présence du héros de Fantasy Zone, rien ne rattache ce titre très moyen aux jeux de la série. Enfin pour certains c’est déjà suffisant ; personnellement je trouve ce titre bien trop éloigné du socle commun des épisodes reconnus de la saga.

 

BONUS VIDEO : Un petit run commenté avec l’ami BOS.

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L’HUMEUR YACISTE 76 : Nul n’est parfait…

Salut mon vipérin confident, ça rampe sous le soleil de l’été qui s’annonce ?

Les gens de plus ou moins de conversation m’ont par souvent interrogé sur mes trois jeux favoris, car ce type de question est tout connement de celui qui ne mange pas de pain. Question bateau  certes, mais hélas bien souvent délicate à satisfaire, mais pour ma part j’y suis arrivé et je peux donc crier sur les toits et sur l’air des lampions : Madame la Marquise m’a foutu des morpions ! Euh pardon, je peux donc annoncer d’une voix assurée que mes trois jeux favoris sont dans l’ordre Super Aleste, Super Mario World et Tetris, et est-ce ma faute si ces trois titres tournent sur Super Nintendo ?  Oui mon serpent, chanceux est celui qui peut avancer sans hésitation qu’il a trouvé son bonheur sur cette terre, et même si mon idéal de vie sociale ne sera vraisemblablement jamais atteint de mon vivant (car même si je l’espère de tout coeur, jamais les états, l’argent ni les religions ne disparaîtront avant moi), je peux déjà avoir la fierté d’avoir été satisfait en tant que joueur d’avoir connu ces trois titres. Tout comme je suis également satisfait d’avoir trouvé une madame endurante pour accompagner ma vie d’adulte. Mais ça tu le savais déjà.

Et pourtant, je me refuse à dire que Super Aleste, Super Mario World ou Tetris sont parfaits. Mais pourquoi ? Pourquoi me refuse-je ce subtil satisfecit de me dire qu’enfin je tiens la perfection au bout de mon joypad, alors que ces jeux ne m’ont jamais déçu ni même lassé ne serait-ce qu’une seconde et qu’après plus de 25 ans de pratique je suis toujours aussi béat d’admiration devant leur teneur ? Deux raisons semblent se dessiner : la première c’est que je suis un éternel insatisfait, et la seconde serait que je suis encore optimiste. Devine quelle raison est la bonne mon serpent ! Tu dis que c’est parce que je suis un éternel insatisfait, et tu parais sûr de toi. Après tout, tu me connais depuis le temps et tu sais que je suis un râleur convaincu en même temps qu’une pourriture d’anarchiste  comme on les décrit sur BFM TV. Et bien vois-tu mon délicieux crotale, tu as tout faux ! preuve que mon esprit yaciste cache encore des méandres qui peuvent trainer la surprise. Bon tu n’as pas tout à fait tort, je suis effectivement un éternel insatisfait avec une sensibilité à fleur de peau, surtout quand je vois un gros machin informe remporter le concours Eurovision de la chanson tandis que sa contrée massacre sans vergogne ou lorsque l’un de ces déshérités des rues me traite de fils de pute quand je ne lui donne pas de pièce, comme si c’était moi qui l’avait foutu à la porte (entre nous, c’est plus facile d’insulter un passant que d’aller voir Macron et lui demander d’agir pour rendre à la France une prospérité perdue, en plus il faut arriver à passer le poste de garde et le visage fripé de la présidentielle épouse d’un autre âge). Mais là, je dirai que c’est bel et bien par optimisme que je me refuse à déclarer Super Aleste, Super Mario World et Tetris comme parfaits. Car qui sait, et même si j’y crois autant qu’en l’humanité chez les Le Pen ou en l’impartialité régnant dans l’institution judiciaire qui laisse Cahuzac à l’air libre mais envoie des fraudeurs dans les transports en commun en zonzon sur révocation d’un sursis, un jour viendra où un programmeur de génie viendra avec sous son bras un jeu encore plus abouti…

Et c’est en pensant de la sorte que je m’aperçois de tout le potentiel de la création humaine, qui ferait mieux de nous proposer un Mario supérieur au World au lieu de nous produire du sous-produit à base de T-Rex et autres Lapins Crétins. Ah ça, pour créer des lois à la con, la LDJ ou l’hystérie féministe, il y a des candidats ! Mais pour faire mieux que Super Aleste, Super Mario World ou Tetris, là, plus personne… Pourtant ce serait bien plus utile et agréable à cette pauvre humanité… J’ajouterai enfin qu’il n’y a pas qu’en matière de jeu que je me refuse à voir la perfection (et pourtant je suis un homme aux goûts simples, je me contente du meilleur, du top, du haut du panier !). Mais je ne sais pas que rajouter non plus pour que mes quasi-perfections se changent en perfections absolues et empiriques. Que mettre de plus à Bohemian Rhapsody de Queen, à Unfinished Sympathy de Massive Attack, à Jeanne de Brassens, à 2001 L’Odyssée de l’espace ou aux romans de la série des Rougon-Macquart pour les rendre parfaits ? Je n’en sais rien. Mais j’espère pour le bien commun et pour l’histoire humaine qu’un jour, ces standards seront dépassés, même si j’en doute compte tenu de l’évolution de tous les domaines en question. La création humaine aurait plutôt choisi de voir jusqu’où elle pouvait s’enfoncer, alors qu’il eut été tellement plus logique qu’elle tentât plutôt de s’élever encore et toujours…

Finalement je suis donc un optimiste au fond, mais un réel fataliste en fait : j’ai toute chance de mourir avant de revoir un écrivain qui m’émeuvra autant qu’un Zola, qu’un chansonnier me subjuguera autant qu’un Brassens, qu’un cinéaste me sidérera autant qu’un Kubrick…et qu’un game designer m’interloquera autant que MM Hirono, Miyamoto ou Pajitnov… Quel monde de merde finalement ! Même quand j’essaie d’être optimiste, je finis toujours par râler.

Chassez le galop, il revient au naturel !

Yace, vieux grincheux pas si vieux !