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Human Killing Machine : l’autre SFII

Avant de commencer cher lecteur, oui je vais bien et je prend bien mon traitement : on reste bien dans le sujet Street Fighter. Mais cette fois ci nous allons prendre un chemin détourné, rempli de cupidité et de malaise visuel. Comme Toma a pu le démontrer dans son brillant article de début de semaine, Us Gold a été chargé de porté le premier épisode de l’ancêtre du VS Fighting sur micro ordinateurs. Après un résultat plus ou moins taté selon la plateforme, mais avec des ventes correctes, l’éditeur maudit souhaite pouvoir avoir sa suite. Mais nous ne sommes pas encore en 1992 et Capcom n’a pas de projet de suite à sortir immédiatement. « Qu’à celà ne tienne » disent les têtes pensantes de Us Gold, « nous allons faire notre propre suite ». Bien sur n’ayant pas les droits le nom et les personnages sont changés. Mesdames et messieurs, prenez garde, voici Human Killing Machine.

UN PETIT EFFORT…

Jeu de combat…jaquette….rambo. Tout est logique

Sorti sur tout ce qui peut avoir le nom d’ordinateur en 1989, Human Killing Machine reprend le même principe que Street Fighter, à savoir l’enchaînement de combats contre des adversaires venus du monde entier. Ryu ne pouvant être plus utilisé, nous incarnons Kwon (ou Kwam), un adpete d’Arts Martiaux venu de la Corée du Sud (même s’il ressemble à un boxeur), voulant devenir champion Mondial. Graphiquement le titre bénéficie du moteur de Street Fighter, et se permet même quelques effets. Pour la fin des années 80, suivant la plateforme, le titre bénéficie de grands sprites et de décors colorés, en tout cas pour la version Atari ST. Les autres supports comme le ZX81 ou encore le Commodore 64 souffrent de leurs lacunes techniques mais les portages associés sont dans la moyenne de ce qui se fait par ailleurs. Le gameplay est également sensiblement amélioré par rapport au portage du jeu de Capcom, est même si l’on ne contrôle qu’un seul personnage, celui ci possède un pannel de coups comme son alter ego Japonais. Les ennemis n’ont pas tous le même traitement, mais ça sera évoqué plus tard ne vous en faites pas.  Enfin le jeu possède une certaine durée de vie, avec une difficulté ne frôlant pas l’absurde (pas comme un certain combat contre Sagat). Et nous avons déjà terminé avec les qualités du titre, maintenant nous allons voir tout le reste…

…MAIS CA RESTE UNE MAUVAISE BLAGUE

Une combattante Hollandaise? Prenez une prostituée, ça passe.

Mais avec ces quelques rares qualités viennent les joyeusetés de la contrefaçon de Street Fighter. Tout à l’heure, j’ai parlé de combattre des guerriers des quatre coins du monde, mais je n’ai pas précisé que ces mêmes adversaires sont un concours du cliché le plus xénophobe. On peut affronter entre autres un toréador Espagnol, un Allemand en short Bavarois ou encore un doberman (?). Mais là où le mauvais goût atteint des sommets, c’est avec le combat en Hollande. Les développeurs, qui devaient à ce stade boire du liquide vaisselle, ont décidé que les meilleures représentantes du pays  sont une prostituée et sa mère maquerelle. Et je ne parle pas du « fighter » du Moyen-Orient qui est…un terroriste. Enfin si vous arrivez à le faire apparaître, car comme le reste du jeu, ce personnage se prend un bain de bugs violent. les frames sont parfois parties en vacances, les sprites de personnages peuvent switcher entre eux, les coups partent au travers du corps de l’adversaire. Oui bien sur j’ai parlé d’un jeu abordable, mais c’est seulement si vous retournez votre cerveau et anticipez les clignotements de boites de nuit que l’on appelle animations. Lors de mon test, par exemple, le personnage du boss était devenu mi Taureau mi chien noir, avec une tendance a attaquer en découpant son propre corps. La Hitbox se situait donc tout simplement…entre sa truffe et sa corne surmplombant son oeil Russe. C’est trop je craque! que ce jeu aille embrasser les orties avec son postérieur!. Human Killing Machine ne mérité aucunement son statut de suite spirituelle de Street Fighter, et heureusement la Playhistoire l’a oublié au profit du cultissime Street Fighter 2

A retenir

HKM est comme notre copain bourré de la dernière soirée : prêt à tous les défis débiles pour de l’argent, il finit son parcours la tête dans la cuvette de la PlayHistoire. Le jeu est bugué jusqu’à la moelle, avec des animations qui ne méritent même pas d’être nommées ainsi. De plus il se permet d’être de mauvais goût, avec des personnages aussi classe que la prostituée Néerlandaise et le Terroriste de Beirut, et d’être d’un intérêt ludique proche de zéro. A oublier clairement. tout en continuant à suivre la semaine spéciale Street Fighter qui se recentrera sur de meilleurs souvenirs.

Flbond

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Subsurface Circular – À plus dans le bus

subsurface circular

Les jeux d’aventures textuels ne sont pas spécialement les plus attirants. Forcément, quand en face, on nous vend du rêve à coup de coucher de soleil à couper le souffle, de vent dans les cheveux ou de traces dans la neige qui restent longtemps après son passage, proposer un jeu se déroulant dans un seul lieu, dont le seul but est de suivre le déroulement de conversations entre robots, ça parait risqué (ou couillu). Mais c’est bien ce que nous propose Bithell Games, avec Subsurface Circular, une aventure dans une rame de métro… Mais ne pars pas si vite, je te promets, c’est pas mal en fait.

Subsurface Circular

Do no harm

Déjà, si tu es sensible à l’électro que je qualifierais, en tant que profane, de chill-stylée-avec des relents 80’s, tu vas aimer le générique d’introduction. Ensuite, le jeu commence (et finit, je ne te spoile rien du tout) dans une rame de métro. Au début, on ne sait pas pourquoi on est là, deux robots discutent, les plans de caméra alternent, c’est à peine si on comprend lequel est notre avatar. Mais petit à petit, le contexte s’installe ; on incarne un robot, ou plus précisément un Tek, détective de profession, “high level” de niveau d’IA, c’est-à-dire la Rolls Royce des androïdes. Pas folle l’humanité, le revers de cette médaille est l’incapacité pour notre cher ami de métal de sortir du train dans lequel il travaille. Il peut faire des poèmes, ironiser, voire même mentir, mais uniquement dans ce métro, sur la ligne “Circular”. Son job consiste à demander à ses voisins si tout va bien, s’ils n’ont éventuellement rien à déclarer et d’en faire des rapports au “management”, le gouvernement visiblement en place.

Subsurface Circular - Métro

Le plan du métro – en rose, le trajet infini de notre avatar

Rapidement, on doit prendre des décisions dont on ignore l’impact. Choisir son nom et décider d’aller à l’encontre de ce qui s’apparente à un règlement, en prenant en charge une affaire à la demande du premier gus assis en face de soi. Un choix qui s’avère dès le départ désarmant car on pense les robots dociles, respectant scrupuleusement les règles, répondant à un ensemble fourni de connections logiques, de do/don’t. Ici, on nous propose de décider de notre degré de roleplay dans l’histoire : si on se considère comme un robot, on ne peut pas contourner les règles. Si, au contraire, notre curiosité l’emporte sur tout autre principe, on peut jouer “à l’humaine” et faire fi dudit règlement qui interdit les Teks de prendre des initiatives (et donc, des affaires).

Blade Runner - test

RAF de ta tortue dans le désert

J’ai pris le parti d’être sympa envers ce gus donc, un robot jaune à l’éternel sourire (capital sympathie bonjour), qui s’inquiète pour son ami, disparu sans laisser de traces. Il me demande de mener l’enquête. Je ne sais pas si c’est sa tronche, sa couleur, son inquiétude touchante, ou le simple fait que j’étais dans mes premières minutes de jeu, mais j’ai décidé de l’aider.

Comment ne pas aider ce gars ?

Obey

Le jeu est structuré en séquences de conversations, avec 1 à 3 robots dans la rame, qu’il faut interroger à tour de rôle. Lorsqu’on a obtenu les informations nécessaires de la part d’un androïde, il descend à la station suivante. Quand tout le monde a dit ce qu’il avait à dire, les nouveaux personnages font leur entrée, et la séquence suivante débute.

On découvre ainsi tout un panel de robots à diverses fonctions basiques, de l’athlète sponsorisé à la baby-sitter en quête de reconversion (car les humains ne sont finalement pas très à l’aise avec l’idée de faire garder leurs progénitures par des robots), en passant par l’écouteur qui n’a à priori aucune fonction à part écouter de la musique, le psychiatre pour humain, le prêtre… Ce dernier nous annonce d’ailleurs être un “Thomatien” (Thomatoan), clin d’œil appuyé à Thomas was alone, premier jeu du studio ; il nous récite carrément les premières minutes du jeu, si on lui demande.

Imperturbable

On mène donc son enquête en discutant avec tous ces plus ou moins joyeux tas de boulons et de circuits imprimés. Les discussions débloquent des objectifs secondaires à court terme et des thèmes de conversation à aborder. On choisit d’aider, ou pas : on peut, par exemple, mentir à un “robot-touriste” qui cherche à atteindre une station en périphérie mais n’a aucune idée de comment y parvenir. On apprend que les robots peuvent avoir peur ou s’énerver, chercher à rire…

Survive

La discussion la plus intéressante à mon sens fut celle entreprise avec le psychiatre, qui nous apprend que les robots possèdent ce design sans visage car les humains ont tendance à avoir peur des choses qu’ils fabriquent avec un visage très similaire à l’humain, mais pas complètement (the uncanny valley). Hasard de la sérendipité, j’ai découvert, dans la vraie vie, l’existence de Sophia, un robot social capable d’avoir une conversation presque fluide avec un interlocuteur humain. C’est vrai qu’elle peut faire légèrement peur (surtout quand on la découvre en pleine nuit). Grâce à mon ami psychiatre, je connais la cause : son visage et plus particulièrement ses yeux. Et je suis loin d’être la seule. Il n’y a qu’à voir la quantité de vidéos publiées où il est question de la vraie personnalité de Sophia, son désir déjà présent de nous dominer. Certains vont même jusqu’à reprendre une blague de Jimmy Fallon dans le Tonight Show où Sophia gagne à chifoumi contre Jimmy et déclare : “c’est un bon début pour le plan de domination de l’humanité”.

Sophia en couverture du ELLE Brésil, j’ai peur

Bref, je m’égare. Retour dans le métro. Donc on discute avec les Teks, on résout des conflits, on nous pose même une énigme de style intégramme, tout ceci dans une ambiance musicale pas dégueu, bien au contraire. Petit à petit, on avance dans l’intrigue, on en apprend plus sur le monde de la surface. Et c’est très intéressant.

Puis le chapitre final arrive. Le dénouement se pointe, en deux phrases on comprend tout, puis il faut prendre une décision. On sait que la fin est juste là, à portée de dialogue, mais on aimerait plus d’explication, de détails, de temps. Parce qu’on sait, on sent, que la fin est là. Elle arrive un peu brutalement, mais il n’y a rien à faire, il faut lâcher. Cliquer une dernière fois, puis écran noir, générique.

La fin est intentionnellement sibylline. Car elle nous fait réfléchir au jeu, un bon moment après avoir fini le jeu. Comme un bon film peut nous hanter après visionnage, un jeu bien raconté, avec une thématique qui accroche, peut nous laisser pensif plusieurs jours après. Pour peu que la thématique soit philosophique et te parle, te voilà perdu comme moi, à partir sur un coup de tête, environ 15 minutes après le générique, chez ton libraire le plus proche racheter le tome 1 du Cycle des Robots, persuadée que les dernières nouvelles du recueil pourrait constituer un genre de suite à ce jeu. Car Asimov est omniprésent dans le métro. Explicitement, ses lois sont citées, les Teks que nous croisons y sont soumis. Il y a cette notion de bienveillance chez les robots que l’on croise, ils existent pour rendre service à l’humanité, même si celle-ci peut parfois les craindre, voire les mépriser. Ou bien est-ce moi, jouant selon mon point de vue des robots et leur utilité, qui ai façonné le jeu selon cet idéal. Voilà le tour de force que réussit Subsurface Circular, t’emmener dans un univers et, en approximativement trois heures, te donner l’impression que ta personnalité a réussi à imprégner le jeu et son déroulement. On peut avoir envie de le refaire, en changeant complètement le comportement de son personnage, pour voir si le jeu nous emmène au même endroit. Probablement. Mais est-ce que cela vaut le coup ? Ne vaut-il pas mieux rester sur une partie unique, une orientation spontanée ?

subsurface circular - artwork

À retenir

Subsurface Circular raconte une histoire. Et il la raconte extrêmement bien. Au début un peu perdu, on doit décider du caractère de notre personnage sans savoir ce qu’il incarne vraiment dans le système. Puis, au fur et à mesure, l’intrigue se dévoile, on en apprend plus sur l’environnement et ses occupants, et on finit par choisir son camp, développer son propre avis sur ce qu’on lit, pour finalement vouloir traverser son écran, sortir du métro et aller voir ce qui se trame là-haut, à la surface. Tout ça pour le prix d’un aller-retour dans le métro de la vraie vie.

 

Informations sur le jeu

Plateformes : PC, Switch, iOS

Genre : Aventure Textuelle

Développeur : Bithell Games

Éditeur : Bithell Games

Date de sortie : 17 Août 2017

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Robocop et Terminator : itinéraire ludique de deux monstres sacrés

Dans le cadre de ce mois spécial robots, il est temps de rendre enfin hommage à deux icônes venues de chez l’Oncle Sam qui dans les années 90 savait nous régaler de créations charismatiques. Ce délicat folklore mêlant humains, robots, voyages dans le temps et rapports entre matière vivante et circuits imprimés avait, dès les années 60, inspiré bien des idées allant du plus saugrenu façon Ed Wood au plus subtil façon James Cameron, et deux créatures ou plutôt créations ont émergé : le Terminator capable de traverser les époques et de répondre « Fuck you asshole » quand on vient l’emmerder, et Robocop, androïde dont le statut de machine ne sera jamais assez poussé pour lui ôter ce qu’il reste d’humain en lui. Ces deux monstres sacrés du cinéma fantastique (sans blague, qui aujourd’hui a réellement relevé le flambeau ?) ont bien sûr connu le grand écran mais aussi celui des bornes d’arcades et la petite lucarne, tant par des séries que par des jeux sur console.

Alors, quel fut le sort réservé à M. Alex Murphy ainsi qu’aux divers T-800 et autres T-1000 ?

Petit tour en arcade tout d’abord

Data East aura eu le privilège de détenir la juteuse licence Robocop pour le marché de l’arcade et aura développé deux titres logiquement intitulés Robocop et Robocop 2. Après tout, le personnage correspond tout à fait à ce que les joueurs de ce milieu interlope et avide de sensations fortes attendaient : de la violence, immédiatement traduite par un type de jeu loin d’être intellectuel, mais parfaitement axé bourrinage offensif. Robocop et Robocop 2 pourraient entrer dans la catégorie hybride de beat’em up et run’n gun avec bien évidemment une fidélité plus ou moins poussée aux films dont ils s’inspirent, bien que le premier volet semblait plus délicat à adapter du fait de l’importante dose de psychologie du héros qui reconnaît être humain mais ne plus avoir droit à ce titre. Sa nouvelle condition faisait en effet de lui ni un robot, ni un homme. Qui était-il dès lors ? La réponse reste une célèbre réplique ! « My Name is Murphy »…

Robocop (Arcade). Très bon jeu.

Les deux jeux en arcade sont en tous cas emblématiques de cette vision du gaming des salles obscures du début des années 90 : action soutenue et intransigeante pour une difficulté pousse au porte-monnaie. Leur réalisation ne souffre guère de défaut majeur si ce n’est de devoir s’adapter au maniement de Robocop, et permet de conclure ainsi : Data East s’en tire avec les honneurs. Jeu à licence ne veut pas forcément dire jeu de merde !

Robocop 2 (arcade). Parmi les meilleurs jeux Robocop.

Les soldats de Skynet entreront en arcade par la porte du flipper avec un pinball Terminator 2 Judgement Day fort sympathique et très vif, qui de plus avait le bon goût d’imager de manière convaincante certaines séquences marquantes de ce film qui, je tiens à le préciser, est sans aucun doute l’un des sommets de la filmographie de James Cameron. Le succès du long-métrage aidant, un jeu clairement nommé Terminator 2 The Arcade game verra le jour dans les salles, mais se contentera de n’être qu’un simple rail shooter. Quoique le genre fut assez restreint en ces temps-là, T2 arcade a  cédé à la facilité : Williams n’ayant pas pris la peine , comme l’avait fait Data East, de produire un jeu dont les séquences se seraient inspirées du film. Bon, tant pis, un peu de carnage ne fait jamais de mal, même si l’on fait rapidement le tour de ce T2 The arcade game.

T2 The arcade game. Rien de folichon…

On s’arrête sur console

Ces deux héros ne pouvaient pas se cantonner aux seules salles de jeux, ou plutôt les développeurs et éditeurs ne pouvaient pas passer à côté de la manne que constituait l’adaptation des tribulations de deux monstres sacrés sur console de jeu ! Et voilà comment on en vient à faire tourner Robocop 1, 2 et 3 sur NES, dans des jeux de plates-formes/action d’un niveau… fort regrettable. Les trois jeux, développés par Data East et édités par Ocean, grand spécialiste du jeu à licence pour le pire (Robocop, Hook, Prince Valiant) et le meilleur (Addams Family, Addams Family Pugsley’s scavenger hunt) sont en effet parmi les titres les moins intéressants de la NES. Leurs maigres qualités ainsi que leurs larges défauts sont en effet si similaires que l’on peut se demander si cette trilogie n’est pas une provocation avérée : jouabilité foireuse entrainant une difficulté frustrante, réalisation très en deça de ce dont une NES est capable, tout paraît n’avoir qu’un seul but : faire rentrer la thune avec une licence qui commençait à avoir ses fans. Et quand bien même un contrôle abrupt ne signifie pas forcément un mauvais titre, les trois volets de Robocop sur NES manquent cruellement de cohérence avec des niveaux répétés, des ennemis parfois comiques (oui, comiques !) et surtout un total défaut d’équilibrage entre exigence et récompense du joueur. Trois jeux sans intérêt réel mais qui sait, certains arriveront sans doute à faire preuve d’abnégation… La Super Nintendo elle aussi souffrira d’un Robocop 3 austère et décourageant, et sans doute encore plus frustrant que les titres sur NES car tout de même empreint de très bonnes idées, hélas totalement gâchées par un contrôle bâclé. Cruel.

Robocop 2 NES. Une horreur.

Le rival Terminator lui, aura connu une arrivée à retardement, car le marché de l’arcade en 1985 ne semblait pas encore enclin à accueillir des jeux adaptés de films. D’où l’absence d’une adaptation de Terminator en salles mais qu’à cela ne tienne, la NES et la Megadrive auront droit à leur Terminator bien à elles ! Hélas, sur NES Terminator ne sert qu’à faire se vérifier le sinistre adage « jeu à licence, jeu tout pourri ». Terminator sur NES est une infâmie (comme d’ailleurs tous les jeux adaptés des films de ce chez Schwarzy qui n’en méritait pas tant). Réalisation ignoble, clignotements incessants, difficulté incohérente et déséquilibrée, le jeu est une bouse fumante qui donne, ô comble de l’horreur, l’impression de n’être qu’un brouillon de jeu d’action sur lequel on aurait greffé un peu de Terminator pour pouvoir mieux pigeonner le chaland. La version Megadrive quant à elle s’en tire avec bien plus de succès et propose un challenge assez relevé pour un jeu hélas assez court mais qui réussit à suivre le film grâce à une succession de missions variées et cohérentes entre elles. Ok, on finit le jeu en moins de vingt minutes, mais uniquement après avoir appris à franchir les passages parfois assez étroits et exigeants de l’ensemble. Terminator sur Megadrive rehausse le niveau.

T2 sur SNES. Même les images ont un goût de vomi.

Terminator 2 Judgement day est, répétons-le, une véritable pépite de cinéma fantastique, avec un Schwarzenegger qui prend son personnage à contre-pied de manière fulgurante et un Robert Patrick totalement magistral dans son rôle de T-1000. Les jeux sur NES, GB et SNES ne pouvaient pas ne pas sortir. Et pourtant, ils auraient pu s’abstenir… Les titres sur NES et SNES sont simplement atroces. Injouables, indignes de leurs supports respectifs, Terminator 2 sur NES et SNES sont de véritables attentats au bon goût et illustrent encore l’adage précité. Ces deux jeux donnent l’impression évidente d’une nécessité commerciale qui aurait pris le dessus sur ce que doit être un jeu vidéo, et ce alors même que le nombre de jeux à licence, quasi exponentiel, commençait déjà à lasser un public qui, fort de quelques années d’expérience, n’était plus automatiquement dupe. L’exception viendra cependant de là où personne ne l’attendait avec une version Game Boy (pourtant elle aussi estampillée LJN, une entreprise réputée pour la médiocrité de ses productions) très réussie qui se rapproche du jeu sur Megadrive : plusieurs missions successives et variées comme survivre au champ de bataille, reprogrammer le T-800 pour le gagner à votre cause, protéger John du T-1000 lors de la mémorable scène de la course-poursuite en camion et bien évidemment, faire chuter le fâcheux dans la fonderie…Un jeu bref mais qui lui au moins donne l’impression d’être agréable à défaut d’être inoubliable.

T2 sur GB. Sans doute le seul bon titre estampillé T2 sur console Nintendo…

Petite escale sur Micro

Robocop 3 est rétrospectivement le seul véritable grand jeu estampillé Robocop de cette époque : sorti bien avant le film, Robocop 3 sur Amiga était un superbe titre tout en 3D calculée en temps réel et donnait l’impression d’une immersion totale dans le personnage de robocop ainsi que dans un univers spécialement créé pour lui mais qui ne jurait aucunement avec celui proposé par Paul Verhoeven dans le film de 1990. Une véritable réussite hélas réservée aux possesseurs de ces micro-ordinateurs plutôt onéreux.

Robocop 3 Amiga 500. Là on touche au grandiose !

L’union tardive : Robocop vs Terminator

Des auteurs de Comics avaient dans l’intervalle eu l’idée de faire se croiser ces deux icônes et ainsi naquit la saga Robocop vs Terminator. Le scénario est tout con : Skynet a à nouveau renvoyé ses soldats dans le passé pour étouffer dans l’œuf toute vélléité de résistance et ainsi mieux conquérir la terre et éradiquer cette race inférieure nommée l’humanité. Et comme John Connor n’est pas encore capable de fédérer toutes les forces de l’humanité résistante, le FBI dépêche sur place sona rme fatale : le flic robot. Robocop va devoir annihiler toute menace en remontant jusqu’à la tour de Skynet et détruire l’ordinateur revêche au présent, pour éviter que celui-ci ne sache comment maitriser sa puissance et ne devienne la menace pour le monde qu’il sera dans le futur (oui, faut suivre).

Robocop vs The Terminator MD. Dur mais excellent.

Les versions 16-bits de Robocop vs The Terminator sont assez différentes. La version Megadrive mise sur une forme de violence sanglante assumée mais guère outrancière qui lui donne un cachet adulte, là où la version Super Nintendo abandonne le sang pour axer son identité sur une difficulté paroxystique, mais cette-fois guère décourageante pour cause d’équilibrage réussi, Robocop disposant cette fois d’un contrôle plus efficace et d’armes puissantes. Sur Megadrive, Robocop vs Terminator a parfois des faux airs de Metroid avec des niveaux obscurs dont les sorties dissimulées viennent augmenter la difficulté, les ennemis tirant vite et bien. La lourdeur de Robocop est cependant atténuée par une vivacité somme toute surprenante, là où la version Super Nintendo se révèle plus difficile à prendre en main. Ce qui relie ces deux versions réside en une réalisation superbe et un univers qui fait habilement le lien entre zones urbaines dévastées et champ de bataille futuristes infestés de robots rutilants et d’ED 209 hargneux.

Robocop vs The Therminator SNES. Très dur mais excellent.

 

Après des débuts convaincants en arcade, Robocop aura donc bien souffert de sa popularité, de même que Terminator. Reconnaissons cependant que M.Murphy aura tout de même été plus gâté que les créations de Skynet, tant en arcade que dans les salons, mais que l’histoire se termine bien finalement avec un cross-over qui enfin, rend justice à ces deux véritables mythes que sont Robocop et les Terminators. A vous de choisir les bons titres dans ce conglomérat de jeux, car même s’ils sont hélas minoritaires, ils sont bien présents et suffisants à vous tester.

 

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Xenon 2 : it’s a megablast

Les micros ont, reconnaissons-le, eu beaucoup plus de mal à s’imposer dans l’univers du shoot them up. Cependant, certains titres ont bâti toute leur identité sur leur appartenance à ces supports de bureau. Xenon 2 est de ceux-là, avec son apparence mais aussi et surtout son approche très particulière du genre. Xenon 2, ou plus exactement Xenon 2 Megablast est en effet un shoot them up au schéma singulier, aussi étrange que le curieux mélange visuel qui est le sien. Croisement entre jeu d’action, jeu de position et peint aux couleurs de la tôle de l’engin et de décors organiques et mécaniques, ce jeu des Bitmap Bros a longtemps été un unique représentant d’une vision du shoot them up que l’on pouvait croire exclusive aux micros, à l’image de Battle Squadron pour ne citer que lui.

Un parcours d’obstacles avant tout

Car telle pourrait être la définition de Xenon 2 Megablast : un gigantesque boyau au cours duquel chaque déplacement serait le fruit d’une orientation réelle. Certes, l’action est bien présente et les ennemis respectent les codes du shooter bio-mécanique qui faisaient le bonheur des créatifs de l’époque. Robots, bébêtes collantes et boss, tout concourait à inscrire Xenon 2 dans les rangs de ces productions usuelles en cette fin des années 80. Ce qui rend ce jeu si spécial reste son approche très carrée de la destruction des ennemis, selon un modèle très lent et un rythme donc très mou de prime abord. Oui, Xenon 2 est tout sauf l’un de ces shooters frénétiques mais donne parfois l’impression de jouer à la bataille navale tant la clé de la progression repose sur une véritable appréhension quadrillée. Détruire un simple ennemi ou franchir un simple couloir bien mal fréquenté pourra donc réclamer au joueur une authentique réflexion pour ne pas finir coincé. Pour preuve, il est ici possible de faire machine arrière sur une courte distance afin de reprendre une bonne route et ainsi être en mesure d’en finir avec ce qui vous gênait, avant de devoir à nouveau trouver la meilleure façon de progresser dans des structures labyrinthiques.

Patience et dextérité

Xenon 2 doit donc se résoudre comme une véritable énigme et se lire comme une carte. La maniabilité et l’équipement de votre vaisseau sont d’ailleurs pensés en ce sens : les décors et les arrivées adverses vous mettront en demeure de faire des choix cruciaux, le premier étant de se munir d’un tir caudal pour éviter de mourir bêtement en revenant sur vos pas faute à un passage mal abordé. Par la suite, les armes frontales à puissance décuplée vous seront nécessaires pour nettoyer les hauteurs de l’écran si vous voulez avancer sans voir la mort venir d’elle-même, et d’autres attaques latérales ne devront pas être négligées, pour cause d’ennemis arrivant sans crier gare alors que votre marge de manœuvre est déjà réduite en haut et en bas…

Pour équiper votre engin, le jeu vous offre de fréquentes escales dans un magasin tenu par un sympathique Alien, dont la bobine est devenue si connue des initiés qu’elle pourrait en être tenue pour culte ! Une fois la sélection opérée, à vous le suspense insoutenable de voir si oui ou non vous avez correctement pensé votre configuration de tir pour les passages serrés à venir. Telle est toute la réflexion autour de Xenon 2 Megablast. Ce type de shoot them up a aujourd’hui disparu, concentrée que fut l’histoire sur la constante accélération des rythmes de jeu et la radicalisation parfois très brutale des schémas d’attaque adverses. Ce qui finalement participe pleinement à l’hommage qui doit être rendu à ce titre des Bitmap Bros : avoir tenté d’apporter au shoot them up une dose de structuration dans l’espace qui primait même les impératifs de destruction. Il était une époque où détruire ne serait-ce qu’un ennemi ou enfin découvrir comment franchir un segment donné était déjà une victoire en soi…Et où la succession de ces recherches faisaient un jeu dans son entier.

Xenon 2, une vision à part entière

Tout ceci fait donc de Xenon 2 un titre marquant car triplement ancré : sur son support (à souligner que le jeu fut porté sur d’autres supports et que ces versions n’ont reçu qu’un accueil assez glacial), dans son époque (la lenteur de l’action n’était pas un défaut mais l’essence même du titre qui aujourd’hui apparaîtrait comme totalement hors de propos) et auprès d’une catégorie de joueurs qui privilégient l’approche méthodique à la destruction aveugle.

The Bitmap Brothers

Studio fondé en 1987, The Bitmap Brothers a rapidement acquis un statut d’acteur culte du monde du jeu vidéo sur microordinateurs, à une époque où se spécialiser sur ce genre de bécane était un pari culotté ! Les micros brillaient surtout par leurs jeux d’aventure ; le studio se fit remarquer par des jeux bien différents, ce qui le singularisa immédiatement. Le soin apporté aux graphismes et aux gameplay de leurs productions (citons Gods, Speedball 2 Brutal Deluxe ou Magic Pockets) en fera un participant majeur de l’histoire du jeu micro.

Et en bonus ultime : HIT IT, it’s a MEGABLAST !

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Lotus Turbo Challenge : la conduite au bureau

Nous sommes en 1990, et le jeu vidéo s’installe de plus en plus sur les micros de l’époque. Le commencent des activités ludiques sur support de bureau fut certes moins fulgurant que les origines de la discipline sur console et arcade, mais depuis quelques années, il semble de plus en plus acquis que ces austères machines ne serviront désormais plus qu’à faire du traitement de texte ou tenir sa comptabilité…

Face à la concurrence des titres arcade et console, les jeux sur micro semblent alors des outsiders. Le seul genre dont l’essor semble réellement lié à ces bécanes était alors le jeu de rôle qui initie en cet an de grâce 1990 ses premières évolutions en s’éloignant des standards de Dungeon Keeper par exemple.

Mais la série des Lotus Turbo Challenge accomplit un étrange tour de force :créer un jeu de course très lié à cette génération « Micro », ce qui élargit d’un seul coup les horizons des jeux « de bureau », ou tout au moins qui prouvera que l’on pouvait s’affairer à autre chose qu’à explorer donjons et cryptes sur son micro ! Il sera ici question du premier opus de la série sur Amiga, version la plus pratiquée par votre serviteur qui, entre nous, n’a même pas son permis de conduire.

On conduit quand il fait beau…

Développé par Magnetic Fields et édité par Gremlin Graphics (qui édita aussi le plus discutable Top Gear), Lotus Esprit Turbo Challenge mise énormément sur son habillage ainsi que sur la spécificité de son gameplay. Le jeu propose trois championnats à l’exigence progressive totalisant 32 circuits. Contrairement à bon nombre d’autres programmes de conduite, Lotus n’est pas un jeu « anonyme ». La licence Lotus est l’un des premiers exemples du jeu de course à franchise.
Petit coup d’humour (et de génie ?), la licence Lotus ayant selon toute vraisemblance coûté un bon paquet, le jeu s’offrira également de grands noms pour les pilotes en lice… Mais sans avoir le moindre droit à régler en usant d’un subtil procédé parodique rappelant les patronymes des stars de la conduite de l’époque. Un peu d’humour sur le bitume !

Lotus est un jeu conduite clairement axé arcade, sans pour autant négliger un aspect simulation. Ici, la quête de vitesse n’est ni prioritaire, ni secondaire, mais parfaitement couplée aux impératifs de tenue de route et de navigation.

On conduit quand il fait moins beau…

Car la tenue de route et la navigation sont deux marques de fabrique du jeu. La conduite s’effectue sur des circuits obligeant le pilote à gérer à la fois vitesse, temps, état de l’engin et niveau de carburant, avec arrêts au stand et gestion des collisions. L’aspect réaliste est magnifié par quelques petits incidents tels les flaques qui diminuent l’adhérence, chaos sur des routes mal entretenues, chaussées plus étroites, visibilité réduite en conduite nocturne. On sent que l’équilibrage arcade/simulation est bien senti et réfléchi.
L’aspect duel est le leitmotiv de ce Lotus. Le jeu se déroule sur deux écrans, même en mode solo. Un parti pris original en ces temps déjà anciens.

Alors, Lotus est-il parfait ? Incontestablement un jeu riche et à la réalisation technique plus que satisfaisante, mais auquel il manquerait cependant une gestion des dégâts pour accomplir le grand chelem. Ici, les heurts même violents n’entameront en rien votre voiture, mais peuvent aisément sonner le glas d’une course tant la perte de temps peut être conséquente. D’autre part, les véhicules souffrent encore d’une notable inertie qui ne gêne en rien le contrôle mais produit un effet pour le moins saugrenu lors des virages ou des chocs…chocs auxquels il vaut mieux s’habituer dans les courses élevées tant l’aspect conduite et gestion du temps deviennent considérables.

Et on conduit quand il neige !

Episode fondateur d’une des rares séries de jeux de racing aussi clairement identifiée à l’univers des micros (avec Vroom et Vroom II de Lankhor), Lotus Esprit Turbo Challenge reste un emblème du jeu de course rétro mais dont l’aspect inventif est toujours sensible de nos jours. Certes le titre porte son âge, mais résiste plutôt bien à l’acide des années grâce à ses aspects classiques assumés et à son subtil mélange de précision d’exécution et de vitesse à tout prix. Lotus était d’ailleurs officiellement investi de la licence du constructeur. Le jeu connaitra divers portages sur micro ainsi qu’une version Megadrive, son gameplay se retrouvera en partie sur Super Nintendo mais au volant non plus d’une Lotus, mais d’une Lamborghini, bref des caisses d’exception que bien peu d’entre nous ont pilotées, pilotent ou piloteront. Mais tant qu’on peut jouer, le reste n’est-il finalement pas qu’accessoire ?

 

Informations sur le jeu

Plateformes : Amiga/ Atari ST/ DOS /Megadrive

Genre : Conduite orientée « arcade »

Développeurs : Magnetic Fields

Éditeur : Gremlin

Date de sortie : 1990

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Flashback

Ce titre, c’est l’un des plus beaux fleurons du jeu vidéo français, celui qui a le bon goût des années 90. Une version remasterisée est par ailleurs prévue pour le 7 juin 2018 sur Nintendo Switch, succédant à la sortie fin avril sur le même support de son modèle Another World. C’est donc l’occasion idéale de revenir (promis, on vous épargnera la blague avec son nom) sur Flashback, titre ô combien culte et déjà décliné sur un nombre important de machines.

Il rêvait d’un autre monde

En 1991, Delphine Software publie un certain Another World, jeu mythique d’action-aventure créé par Eric Chahi. Le soft va inspirer son collègue Paul Cuisset qui souhaite faire un titre similaire. Le développeur, grand fan de l’Apple II, de jeux de rôle papier, de Lode Runner, Arkanoid et Elite, s’était déjà essayé à des point’n click (Les Voyageurs du Temps, Operation Stealth et Croisière pour un Cadavre). Il veut ici retenter le saut vers la plateforme, après avoir travaillé sur Bio Challenge, son premier jeu pour Delphine Software. L’idée de Flashback est donc née et les similitudes avec son modèle sautent rapidement aux yeux, que ce soit dans la direction artistique, le ton des couleurs, l’apparence et l’animation du héros, la narration, le scénario et encore, et surtout, les cinématiques.

Comme un air de famille.

Et comme le confie lui-même Paul Cuisset, l’époque d’alors appartient aux créatifs. Il raconte ainsi à IG Mag: “Essayer de trouver quelque chose d’original et de nouveau, c’était notre objectif. Les études de marché visant à valider tel ou tel projet n’existaient pas encore. Les patrons des boîtes de jeu étaient encore des créatifs. Geoff Brown, le fondateur d’U.S. Gold, nous avait demandé une adaptation du film Le Parrain et nous avions fourni un tout autre jeu à l’arrivée, qui n’avait rien à voir : c’était Flashback ! Il a craqué pour le titre et l’a pris sous son aile. À l’époque, les décisions se prenaient très vite et vraiment sur des coups de cœur. Ce qui est terrible maintenant, c’est que quand tu arrives avec un jeu doté de features originales, les décideurs y voient surtout un risque.”

You’re talkin’ to me?

Un joli concours de circonstances et surtout de l’audace et du talent, voilà comment est lancé le projet Flashback. Même s’il sortira d’abord sur Amiga, le jeu était à la base pensé pour être développé sur Mega Drive. Ce choix de support initial a été un “électrochoc” pour Paul Cuisset qui a toujours rêvé de travailler sur consoles, pour y retrouver des spécificités hardware pouvant le rapprocher des softs arcades dont il est admiratif. Néanmoins, des compromis ont dû être faits, notamment sur la musique, et la nécessité d’économiser la mémoire et de découper le jeu écran par écran. Un vrai challenge technique au service d’une intense créativité et d’une formule audacieuse.

Fuite en avant

La principale force de Flashback, celle qui a sauté aux yeux de tous les observateurs d’alors et qui fait sa marque de fabrique encore aujourd’hui, c’est la qualité de son animation. Les mouvements de Conrad sont toujours époustouflants à observer. Paul Cuisset veut à tout prix que son jeu tourne à 24 images par seconde. Pour cela, il dispose d’une cartouche de 24 MB, fait le sacrifice de certains environnements, raccourcit certains niveaux. Une personne est filmée et ses mouvements restitués par rotoscopie, c’est-à-dire repris image par image et redessinés sur l’écran via une feuille transparente. Un travail colossal pour un résultat tout simplement époustouflant. Voir Conrad courir, rouler, changer de position ou sauter en fin d’accélération est un vrai plaisir et force le respect. On retrouve une palette de mouvements très ressemblante à Prince of Persia, autre référence assumée du titre, qui utilisait lui aussi la rotoscopie. Conrad peut aussi s’accroupir, tirer avec une arme à feu et faire des pas chassés avec, etc.

Veuillez m’appeler l’ascenseur, mon cher.

Flashback est un jeu de plateforme/action en 2D, à la mécanique de saut un peu “latente”, un décalage certain se ressentant entre la pression sur le bouton et l’exécution réelle du geste. Il y a également un côté infiltration, avec la possibilité d’éliminer un ennemi sans se faire voir ou en détournant son attention avec une pierre. On ne voit pas l’impact et la trajectoire des balles qui sortent du pistolet et les munitions sont illimitées. Attention également aux chutes qui peuvent être mortelles, ce qui finit de donner une consistance vraiment humaine au protagoniste principal. Les niveaux sont décomposés en tableaux à plusieurs étages, vus comme des puzzles à résoudre et il faut parfois faire des allers-retours pour débloquer tel ou tel mécanisme. Certaines énigmes sont donc au rendez-vous et on sent bien l’héritage point’n click des précédentes œuvres de Paul Cuisset.

Et le pitch du jeu dans tout ça ? On est en 2140, Conrad B. Hart est pourchassé par des mutants et s’enfuit en moto volante, puis s’écrase, après avoir été atteint par un tir, dans une jungle sur Titan, satellite de Saturne. Quand il se réveille, il trouve un holocube qui contient un message de lui-même lui intimant de se rendre à New Washington retrouver son ami Ian qui lui racontera la vérité : des extraterrestres, nommés Morphs, ont infiltré la population. Conrad était leur cible parce qu’il avait trouvé un moyen de les dénicher : des lunettes mesurant la densité. Il lui faut alors rentrer sur Terre de toute urgence…

Merde, j’ai oublié de prendre le pain!

Un scénario qui n’est pas sans rappeler la nouvelle Souvenirs à vendre (1966) de Philip K. Dick qui fut adaptée au cinéma dans Total Recall en 1990. Au-delà de la perte de mémoire du héros, beaucoup d’éléments rappellent cette œuvre : les bars dans la ville construite sur le sol d’un autre astre du système solaire, la recherche de la mémoire perdue et la vérité dissimulée sous le complot, la trame principale construite sur une course-poursuite… Dans Flashback, on prend le métro, on se fait faire des faux papiers, on fait des petits jobs et on participe même à un jeu télé mortel ! Un grand nombre de cinématiques rythment et narrent l’aventure de Conrad. La version PC, par exemple, contient une séquence d’intro plus longue et plus de cutscenes que sur Amiga [1]. Comme le confie Paul Cuisset, c’est alors la mode de l’époque et quand bien même il ne se définit pas comme un passionné de cinéma, il reconnaît que cela crée des références et permet de transmettre des émotions.

Postérité

Flashback est un succès critique et commercial majeur, dont l’aura a largement dépassé le cadre hexagonal. Les animations et les graphismes du titre sont unanimement salués, ainsi que sa musique, son réalisme bluffant, sa narration et ses puzzles. Il est régulièrement cité parmi les meilleurs jeux de son époque, aussi bien sur consoles que sur micro. Et pourtant, cette estime n’est pas forcément remontée à sa juste valeur jusqu’aux développeurs: “Nous n’aurions pas imaginé que le jeu ait un tel impact. Moi-même, je n’aurais jamais cru en reparler aujourd’hui. Concernant le feed-back, nous n’avons pas vu la différence par rapport à nos autres productions. Je me rappelle même avoir eu plus de retours sur Les Voyageurs du temps. Je pense que cela est dû au fait que Flashback était plus grand public que les point’n click. Nous savions que ça fonctionnait et que ça se vendait, mais il était difficile de s’en rendre compte à notre niveau.”

Si Flashback était une sorte de sublimation de l’ère 2D, sa suite, Fade to Black (1995), sera l’un des précurseurs de la 3D, avec tous les écueils inhérents à cette époque malheureusement. Le jeu a plutôt mal vieilli, avec une réalisation très polygonale, ce qui lui vaut d’être volontiers moqué, parfois à tort. Le titre n’est pas complètement à jeter avec un scénario et une narration très cinématographiques, des énigmes plutôt intéressantes et une atmosphère SF/space opera immersive. Paul Cuisset n’a cependant pas beaucoup participé à ce projet lors de sa première année d’élaboration, occupé qu’il était par le développement de Shaq-Fu, commandé par Electronic Arts, éditeur à qui Flashback avait énormément plu. Déçu au final par le rendu technique, il était cependant trop tard pour revenir en arrière, le relatif échec du titre de basket-combat n’ayant pas permis de s’octroyer plus de temps.

Dans la vie, faut être carré.

Un troisième épisode, Flashback Legend, développé par un studio externe, devait sortir sur GBA en 2003 en revenant aux fondements 2D, mais Delphine Software dépose le bilan en 2002 et Paul Cuisset était déjà occupé sur d’autres projets, Moto Racer et Darkstone. Plus tard, en 2005, il fonde VectorCell qui accouche de Amy et un remake HD de Flashback, deux jeux plutôt décevants et accueillis tièdement par la critique. La société est placée en liquidation judiciaire en décembre 2013. Qu’importe pour Flashback, qui connaît une deuxième vie sur Dreamcast en 2017, par le biais d’une version concoctée par Josh Prod, reprenant notamment des éléments graphiques et cutscenes de la version MS-DOS et les musiques de l’Amiga.

À retenir

Le mythe de Flashback a survécu aux années 90 auxquelles il est pourtant viscéralement attaché, de par sa structure, ses inspirations cinématographiques et son iconographie. Sa beauté dessinée, son ambiance, son animation fluide, la créativité et la détermination de son auteur en font un titre absolument intemporel. On souhaite que le remaster sur Switch soit à la hauteur du matériau original, pour s’y replonger ou faire découvrir aux plus jeunes la quintessence du jeu vidéo à la française. Aux pads, citoyens!

[1] En Amérique du Nord, les moutures Genesis, SNES et Sega CD ont bénéficié d’un comic Marvel pour illustrer l’histoire, tandis que les versions PAL proposaient plutôt un prologue textuel.

Informations sur le jeu

Plateformes : Amiga, Acorn Archimedes, DOS, Mac OS, Mega Drive, Mega CD, SNES, 3DO, CD-i, Jaguar, FM Towns, PC-98, Dreamcast

Genres : Action, Plateforme

Développeur : Delphine Software

Éditeurs : U.S. Gold, Strategic Simulations, Josh Prod

Date de sortie : 1992

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Super Street Fighter 2X : Grand Master Challenge

Lorsqu’un produit fonctionne particulièrement bien il se popularise et de fil en aiguille la marque de ce produit lui donne son nom. C’est comme ça que l’on appelle vulgairement un SPA : Jacuzzi, des pétales de maïs : Kelloggs ou même un réfrigérateur : Frigidaire. Dans les jeux de combat Street Fighter a apporté cette popularisation et de façon récurrente vous pourrez entendre quelqu’un dire qu’il a fait un Hadoken ou un Shoryuken sur un autre jeu en sortant une boule de feu ou un uppercut. Autre spécialité de la série, les suites à répétition. Capcom adore sortir de nouvelles versions de ses jeux, vous le savez tous, mais ça ne date pas d’hier. Aussi Street Fighter 2 s’est vu affublé de plusieurs qualificatifs, de prime à super, mais la version qui restera comme la plus aboutie de ce jeu est Super Street Fighter 2X Grand Master Challenge au Japon ou Super Street Fighter 2 Turbo en Europe.

Choose a character

Cette version reprend le cast étendu de The New Challenger sorti peu de temps avant. Si nous avions déjà la possibilité de jouer les boss Vega, Balrog, Sagat et M.Bison, 4 nouveaux combattants viennent compléter le cast. Cammy White, deuxième figure féminine du jeu avec Chun Li, ancienne doll au service de Shadaloo, elle prend conscience de sa situation et se retourne contre le groupe. Thunder Hawk, amérindien massif, second chopeur du cast avec Zangief, il est à la recherche de l’assassin de son père et de sa bien-aimée Julia. Fei Long, clone de Bruce Lee, star montante de film de kung fu, il est harcelé par les membres de Shadaloo pour rejoindre leur association. Dee Jay, kick-boxeur jamaïcain et grand fan de musique, il est surnommé « the southern comet ». Enfin le réel apport de cette version est un personnage caché. En effet si vous êtes assez fort pour arriver jusqu’à M.Bison en mode arcade sans utiliser de continue, un mystérieux personnage apparait. Il se jette sur le boss, l’écran devient blanc, les coups pleuvent, Bison est à terre et ce nouveau gars en kimono bleu nuit est votre nouveau rival.  C’est Akuma (ou Gouki au Japon), être démoniaque, frère de Gouken, le maître de Ken et Ryu, il est soupçonné être le père de ce dernier submergé par le côté obscur du Hado (*respiration caverneuse asthmatique* Je suis ton père…). Il apparait sans visage et sans nom dans cette version où il peut malgré tout être débloqué via un code à l’écran de sélection des personnages.

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L’HUMEUR YACISTE 46 : Enfance, actualité et Mortal Kombat

Salut mon serpent, comment de sens-tu ?

Et oui, après cette estivale suspension, nous voici à nouveau réunis le temps de quelques palabres hebdomadaires ! C’est la rentrée pour tout le monde, et si les mioches font grise mine, je suis très content de te retrouver. Et pour ouvrir le bal, je n’ai pas à chercher bien loin, il me suffira de causer un peu de ces quelques soirées qui ont jalonné ces vacances d’été, et dont deux ou trois ont été dédiées à une série dont j’étais fan, Mortal Kombat. Oui mon reptile, à l’âge de seize ans, je devais sans doute être un peu dérangé dans ma caboche, car je préférais de loin jouer à la sanguinolente saga de Midway à aller en cours. Enfin, pas tant que ça en fait, car j’avais tout de même un code d’honneur : je ne me suis jamais permis de sécher un cours de langues, de littérature ou d’histoire-géographie. Oui mon serpent, même mon absentéisme scolaire était mûrement réfléchi. Pourquoi aller s’emmerder le vendredi matin à courir le cent mètres à huit heures du matin alors que je n’avais qu’à descendre du tramway trois stations plus bas afin d’aller incarner Shang Tsung ? En ce temps  passés de Mortal Kombat II, je ne concevais d’ailleurs pas de jouer un autre personnage, puisque jouer Shang Tsung, c’était jouer tout le monde en fait ! Bon, pour être honnête, c’était surtout pour pouvoir exécuter mon adversaire avec un large choix de fatality, car Mortal Kombat II, c’était juste une excuse à faire couler du sang, ce sang que je me suis toujours refuser à faire jaillir ailleurs que dans le jeu vidéo. Je dis ça ça à cette époque-là, je luttais également contre l’administration militaire, qui n’avait aucun scrupule à disposer de mon nom sur ses listes de chair à canon unilatéralement désignée.

Ce qu’on voyait en 1994

Et oui mon reptile, on peut aimer décapiter, éviscérer, trancher, empaler, écraser, incinérer, bref  accommoder sa victime à toutes les sauces dans un jeu vidéo sans pour autant avoir envie d’apprendre à manier les flingues et d’éventuellement être envoyé à des milliers de kilomètres de chez soi pour faire le malin en uniforme, et accessoirement sabrer deux ou trois autochtones… Et c’est d’autant plus triste qu’aujourd’hui j’ai énormément de scrupules à rejouer à Mortal Kombat II quand ma fille est à mes côtés (je ne veux pas qu’elle assiste à des sciages ou autres séquences d’anthropophagie), alors que durant ces vacances, il a simplement suffi que je l’emmène sortir au parc ou aller manger  pour qu’elle eût sa ration de militaires en pleine rue. Finalement, je me demande ce qui serait le plus traumatisant : voir Reptile tirer sa langue de caméléon pour bouffer la tête de son adversaire (car comme l’écrivait le comte de Lautréamont, il faut que chacun vive), ou se trouver à deux mètres d’un quatuor en treillis équipés d’engins de mort, de ces armes de guerre comme celles qui ont tué Cabu, Wolinski et d’autres encore ? Finalement, je suis même persuadé que ma fille rirait devait Kitana faisant un bisou fatal à sa victime, alors que voir des fusils « en vrai » ne lui a guère inspiré autre chose qu’une peur bien compréhensible. Comme le déclarait le regretté Siné, les enfants veulent des histoires, des oiseaux, des fleurs…et on leur sert ça sans que personne ne s’en offusque.  Imaginez un peu je ne sais trop quel cul-bénit ou autre abonné de Famille de France ! Eux si prompts à déféquer sur notre art, n’ont-ils encore rien dit sur le voisinage d’êtres innocents avec notre époque faite d’armes et de morosité ? Oui, je l’annonce haut et fort : je vais faire jouer ma fille à Mortal Kombat II ! Et on rira tous les deux ! Et tel est finalement le but de cette humeur mon écailleux comparse : nous en sommes bien là, nous vivons dans un monde où finalement, faire jouer une petite fille de sept ans à Mortal Kombat II n’aurait en fait rien de scandaleux.

Ce qu’on voit en 2017.

Car s’en payer une tranche en famille et plus précisément avec sa progéniture, ce n’est finalement qu’un remède  à l’époque ringarde et triste qui est la nôtre. Et qui oserait me reprocher de montrer à ma petite avec quoi son père s’amusait et riait dans la première moitié des années 90, une période où l’on ne voyait pas encore ces groupes armés arpenter les trottoirs pour cause d’époque rendue insensée par la connerie des uns… et où l’on pouvait encore rire et sourire sans se demander si on n’allait pas blesser je ne sais trop quel pisse-vinaigre qui s’estimerait en conséquence fondé à vous foutre un procès au cul, ou pire du plomb dans le buffet ? Et après ça, on voudrait me faire croire que jouer avec ma fille à Mortal Kombat fait de moi un père indigne ! Tout comme on me dit que j’exagère quand j’entraîne ma petite à la lecture à coups de Voltaire, Molière et autres Comtesse de Ségur…

Bref mon serpent, et en cette période de rentrée des classes, quoi de plus normal que de causer un peu éducation, mais à la sauce yaciste ? Sur ce porte-toi bien et à une prochaine.

Yace, vieux grincheux pas si vieux .