[CREATEUR] Hironobu Sakaguchi : « The Lost Art of Telling a Story »

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S’il y a bien une origine à ma passion fougueuse pour le jeu vidéo, je songerais à des tonnes de raisons. Mais il y a un souvenir marquant duquel un seul homme et son équipe sont à l’origine. Ce créateur est celui qui m’aura envoyé Final Fantasy IX en pleine poire, qui a illustré ce que je cherchais dans une production vidéoludique : La narration couplée avec l’art ludique. Cet homme qui a su s’imposer avec une licence au bon moment contre l’adversité de ses propres collègues. Sa « dernière fantaisie », alors qu’il n’y croyait plus, a réussi malgré tout l’impossible en s’imposant sur le marché japonais contre le mastodonte Dragon Quest.

De fil en aiguille, cet homme devient un créateur de renom, puis un homme ayant de lourdes responsabilités, jusqu’à ses premières vestes et son départ de la société Square. À l’occasion de la semaine spéciale Final Fantasy sur notre site le Serpent-Retrogamer, revenons sur la carrière d’un homme qui a su populariser le JRPG aux yeux du monde, fait rêver des millions de joueurs et inspiré plus d’un Game Designer. Cet homme, c’est Hironobu Sakaguchi.  

Les Prémices d’une légende

Snake ? Snaaaaaake !

Snake ? Snaaaaaake !

Né en novembre 1962 dans la Ville d’Hitachi non loin de Tokyo. Hironobu commence sa carrière vidéoludique à 21 ans, en parallèle à ses études supérieures en électronique à l’Université Nationnale de Yokohama, il rejoint Square en tant que développeur à mi-temps. Il faut savoir que l’entreprise dans les débuts des années 80 n’était qu’une branche d’une grande société d’électronique, la  « Denyūsha Electric Company« . Cette partie n’était rien de vraiment sérieux, juste une section pour profiter vainement de la vague de succès naissante des jeux vidéo au Japon sur les bornes d’arcades et autres micro-ordinateurs japonais. Le premier jeu de Sakaguchi a été The Death Trap, développé sur les PC-88,PC-98 et Fujitsu FM-7. Il s’agit d’un simple jeu d’aventure textuel comme il y en avait à rebord à cette époque. Sorti uniquement au Japon en octobre 1984, The Death Trap prenait place durant la guerre froide, les relations tendues entre les deux blocs se sont transformées en préconflit. Le « Country B », petite région indépendante d’Afrique prépare des armes biologiques pour la guerre à venir. Les Soldats CountriensB ont capturé le Dr Gitanes (les préférées de Gainsbourg) pour mettre leur plan à exécution. Incarnant l’Agent Benson vous deviez sauver le docteur ainsi que le monde à coup de : -« Open the door » Enter.

Un vrai jeu casual-gaming

« I have no fucking idea what i’m doing ».

Vous remarquerez la quasi-similitude géo-politique avec le Synopsis de MGS 3 sorti 20 ans plus tard. Le jeu a connu tout de même un certain succès, écoulé à plus de 500 000 exemplaires au Japon, cela encourage Sakaguchi ainsi que Tanaka (autre pionnier de Square et ami proche d’Hironobu) à en faire une suite. Ce second volet intitulé Will : The Death Trap 2 propose non seulement un jeu à texte, mais aussi des Bitmaps graphiques aux dessus de vos écrits afin d’illustrer l’action, ce qui en fait un des premiers jeux animés. La deuxième itération de la licence débarquant en septembre 1985 ne s’écoulera qu’à 100 000 exemplaires cette fois-ci. En septembre 1986, Square décide de naviguer seul, avoir son indépendance, loin de se soucier des ennuis que cela coûte de naviguer en solo. L’entreprise décide de se concentrer sur le nouveau marché des consoles de salon grâce à l’ouverture faîtes par la console de Nintendo : La Famicom.

La jeunesse, l'insouciance, les petits projets, il fallait passer à quelque chose de plus gros

La jeunesse, l’insouciance, les petits projets, il fallait passer à quelque chose de plus gros.

La première version de la Famicom sortie au japon sera la nouvelle plate-forme prédestinée pour les prochaines productions du studio. Suite au succès relatif du diptyque « Le piège qui tue Tabernacle », Hironobu a trouvé sa voie, sur la foulée il décide de quitter ses études à l’université pour obtenir le poste de directeur de planning et développement. En utilisant les ressources financières engrangées avec leurs anciens jeux, l’équipe se lance dans la transposition non officielle de jeu d’arcade à succès sur la Famicom. Oui, Square avant de pomper la Cage aux Folles de Molinaro en 2013, copiait allègrement les IP de Sega. 3D Worldrunner et Rad Racer sortis respectivement tous les deux en 1986, l’un était un simili de Space Harrier l’autre de Outrun. Malgré le reproche, les jeux fonctionnaient particulièrement bien sur la Famicom, grâce à un travail en amont de qualité.

Commençant à se lasser de l’industrie, Hironobu se met en recherche d’un nouveau et dernier projet, se remémorant un jeu qu’il avait particulièrement accroché cette année : Dragon Quest du studio Enix. Il décide de travailler un peu sur le sujet du RPG en s’inspirant d’Ultima et Wizard, deux roleplay qui ont cartonné aux États-Unis. Quelques semaines de brainstorming entre lui et quelques développeurs, il décide de présenter le projet à ses autres collègues et ses supérieurs. Le titre ? Final Fantasy. En présentant ce jeu à ses supérieurs comme un jeu avec un vaste monde à découvrir, des personnages à faire évoluer ainsi qu’un scénario épique qui tiendra en haleine les joueurs. Les patrons prennent le risque de mettre un paquet d’argent de Square sur ce projet. Malgré la réception glaciale du jeu auprès de ses collègues comme quoi ça serait un suicide face au mastodonte tel que Dragon Quest. Malgré la réticence des Haters de la boîte, le risque sera bénéfique pour l’entreprise et la carrière de Sakaguchi. Quoi ? Vous vous attendiez à que je sorte les Bullshit habituelle comme quoi l’entreprise Square était au bord de la faillite au moment où le jeu est en projet ? Vous vous trompez, je ne fais pas dans la fantaisie. C’était une belle légende pour embellir la vérité qui était un peu plus psychologique :

« Après être passé sur la Famicom, je n’étais pas satisfait par ce que je faisais. Je songeais à quitter l’industrie et poser « Final Fantasy » comme mon dernier projet. Le titre Final Fantasy reflétait mes sentiments face à mon arrêt et à mon retour aux études. Ils disent tous que c’est toujours bon de continuer malgré ce sentiment, a chaque fois alors, nous appelons à toute notre énergie, créativité et notre talent jusqu’au maximum et qu’on se dise stop ; c’est ça que je considère comme la « Final Fantasy ». Les histoires et personnages changent à chaque fois. Parce que les histoires uniques posent des limites à l’univers du jeu et j’ai pensé en changeant certains aspects que ça nous conduirait à faire toujours de notre mieux, à montrer notre potentiel maximum à chaque itération. Une sorte de challenge perpétuel pour nous. »

Beyond Final Fantasy (2001) – Hironobu Sakaguchi

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A Young Men grew up with Squaresoft and Miyazaki, then fucked up by Rockstar and Tarantino.

15 commentaires

  1. Photo du profil de Flbond

    De très bonnes références, et un bon style, j’aime beaucoup.
    Par contre je m’avance peut être mais l’histoire de la faillite de Square est véridique, peut être que les versions de Sakaguchi et de la firme sont différentes par contre.

  2. Photo du profil de Koreana_

    Ouais c’était une sacrée purge (5/10 sur SC*), mais il y a toujours les sujets et réflexions chères à Sakaguchi, c’est ça qui m’a fait accroché quand je l’ai revu avec un peu plus de bagages culturels. Après, ce n’est pas du 2001 l’odyssée de l’espace, le film se cramponne à des dialogues sans fin et qui servent juste à décorer. C’est un film médiocre, mais il aurait fait un excellent jeu.
    Le faites que Square soit en faillite au moment de FF, il y a pas de source sur, si ça se trouve ils avaient encore de la thune, mais un journaliste à du poser la question fatidique :  » Hey, mais pourquoi Final Fantasy ? » un bon ponton de la firme a pu balancer un bobard. Là j’ai carrément une citation de sakaguchi, je trouve que ça ajoute plus de crédibilité pour le fond de l’article que de me fier à des spéculations non confirmées.

    • Photo du profil de Flbond

      La citation, si c’est celle de ton dossier, n’infirme pas une situation difficile de la part de Square. Mais effectivement les seules sources de l’autre côté sont les ventes minimes sur FDS, ainsi que la situation financière en 1986.
      Bref du reste tu m’as donné envie de jouer à The Last Story, malgré les avis moyens sur SC.

  3. Excellent article sauf sur la fin.

    « Bref, le résultat n’est pas très jojo, mais reste bien accueilli »

    Normal car ce jeu à quand même de grosses qualités complètement passées sous silence. Bien qu’ayant des défauts, The Last Story n’en reste pas moins un excellent jeu. Peut-être l’un des meilleurs de la Wii, surtout sur la fin.

    C’est vrai que la durée de vie de TLS est problématique et la 25ème heure de jeu vient est un vrai « coïtus interruptus » laissant le joueur sur sa faim après 24h de pure kif.

    L’OST n’est pas mémorable non plus (oubliable et déjà oubliée sauf le thème principal et la musique du combat final).

    Le rythme n’est pas mauvais, bien au contraire. Les périodes de rush alternent bien avec les périodes plus cool propices aux quelques quêtes secondaires.

    Le gameplay est bon et l’article le retranscrit bien.

    Pour ce qui est des graphismes l’article est dur ils sont quand mêmes très bons. Peut-être qu’il était possible de faire mieux avec plus de budget mais le résultat final n’est pas dégueulasse bien au contraire (au moins pour du Nintendo). Oui avoir des graphismes dignes de la PS360 était possible avec la Wii et TLS en est la preuve. Mais cela s’est fait au détriment de la durée de vie. Pour moi ce jeu montre clairement le défi que doit relever la Wii U : proposer des jeux pour gamers qui soient aussi beaux que TLS tout en étant au moins aussi long qu’un Twilight Princess (environ 50 h) ou un Xenoblade Chronicles (70-80 h de quête principale avec 100 à 120 h en plus pour les quêtes annexes), le tout en étant aussi prenant que les trois.

    C’est le passage sous silence du reste qui me gêne. L’histoire est quand même très immersive (en même temps c’est du Sakaguchi). Mais le plus gros points fort reste quand même les personnages avec une histoire et une psychologie rarement aussi approfondie dans un jeu vidéo. Les joueurs de TLS se souviendront pendant longtemps du personnage de Syrenne.
    Ces énormes qualités là font même oublier une partie potentiellement polémique du jeu, à savoir les couloirs qui le constituent (coucou FFXIII). À une époque où il devient de bon ton de parler d’Open World, TLS propose quand même des bons gros couloirs bien dignes de ce nom. Le jeu s’en résumerait presque qu’à ça si on retire la ville principale pendant les périodes moins intenses.

    « Enfin, si tu nous entends, évite la Wii U, c’est un traquenard qui nourrit déjà mon placard. »

    Justement non. Nintendo est en train de devenir LA console du RPG, en particulier pour ce qui est des J-RPG. Sur la fin de vie la Wii a accouché de trois excellents (J-)RPG (dont le TLS de Sakaguchi). Ils ont tellement été appréciés des gamers que les américains ont réussi à faire sortir ces 3 jeux là aux USA contrairement aux plans initiaux de Nintendo (Operation Rainfall). D’autres gros RPG vont suivre à l’avenir sur la Wii U (Monolith « X » par exemple). Bref la Wii U va bientôt être the place to be pour les meilleurs RPG et ne pas y être sera une faute pour eux.

    • Photo du profil de Toma Überwenig

      Ca sent le wishful thinking, tout ça^^!
      Pour l’instant en tout cas, la WiiU, c’est le vertige du vide faite console, et pourtant, l’envie de jouer à ZombiU, de goûter à la suite de Bayonnetta et de découvrir la potentielle tuerie Xeno à venir pèsent lourd dans la balance, mais 3 jeux dont 2 à venir, c’est bien peu!!
      Néanmoins, c’est vrai que Nintendo, notamment sur ses portables, est devenu le principal vecteur de J-RPG de qualité, et la 3DS a l’air de reprendre le flambeau de sa grande soeur, ça fait plaisir, tout ça.
      Mais autant je suis d’accord sur Xenoblade et Pandora’s Tower, autant pour The Last Story, je me range à l’avis général qui le conspue comme étant une grosse daube malodorante, malgré mon envie de l’aimer, de croire en ce projet jusqu’à sa sortie.

      • Pour la Wii U le meilleur reste à venir. C’est pour ça que j’y crois encore, enfin jusqu’à l’arrivée de X, de « Zelda U » et des autres vrais premiers gros jeux de la console (RPG mais pas que). Leur succès déterminera celui de la Wii U. Si ces premiers gros jeu bident alors là oui la Wii U sera VRAIMENT dans le pétrin.

        Tu parles de 3 jeux mais il y en a sûrement d’autres gros que l’on ignore et qui sont en réserve. Pense à Donkey Kong. Qui s’attendait avant l’E3 à ce que Nintendo nous sorte un DKC de derrière les fagots pour la fin de l’année, eux qui étaient empêtrés dans les retards ailleurs ? Qui sait ce qu’il vont nous sortir au printemps, avec peut-être un gros jeu non annoncé comme DKC:TR au milieu ? Pour revenir à la licence DK, je trouve que son jeu pour la Wii U est arrivé bien vite, ce dernier sortant généralement sur la fin de vie de la console (cf. DK64 sur la N64 et DKC Returns sur Wii). Du coup un bon gros DK bien ambitieux sur Wii U pour fin 2015-2016 (exploitant bien sûr toutes les qualités que l’on prête à Retro Studios) faisant sortir la licence de son marasme actuel ne m’étonnerait pas du tout, loin de là.

         » je me range à l’avis général qui le conspue comme étant une grosse daube malodorante, malgré mon envie de l’aimer, de croire en ce projet jusqu’à sa sortie. »

        Sur quels points (en dehors de la durée de vie où rares sont ceux qui osent dire de bonne foi qu’elle n’est pas ridicule) ? J’imagine que tu as joué à TLS pour dire ça.

  4. Photo du profil de Toma Überwenig

    Koreana, chapeau bas, ton article est une petite bombe!
    Ca foisonne de détails, c’est agréable à lire, c’est cohérent, bref, chapeau bas!
    Et malgré mon comment juste au dessus en réponse à celui d’air-dex, ça m’aurait presque donné envie de resortir Last Story (presque, hein^^).
    Concernant le film FF, il m’a plus donné l’impression d’un bon FF passé à la houlette de l’editing pour qu’il tienne en 1h30 (au lieu de la centaine d’heures habituelle^^) et qui du coup n’a pas le temps de s’installer, plutôt que d’une purge. Je l’ai bien aimé, malgré ses défauts, et je suppose qu’en jeu ou en série, il aurait pu donner quelque chose de puissant.

    Néanmoins, pour ce qui est de la faillite de Square, c’est un peu bourrin de la ravaler au rang de légende urbaine. On n’a effectivement aucune preuve de la véracité de l’anecdote, et ça pourrait être une façon de justifier un nom qui n’a pourtant pas besoin de ça (final fantasy, ça claque, point barre!), mais ce que Sakagushi raconte sent tout autant la conceptualisation a posteriori, la justification d’un nom gratuitement classe.
    (reste que ça m’amuserait carrément que l’anecdote la plus relayée au monde autour de FF s’avère un hoax^^)

    Encore bravo pour ton article, c’est du bon boulot!

  5. Photo du profil de Le serpent

    Franchement, c’est soit je fais un commentaire « très bon article mon koreana ».
    Soit j’écris un article en réponse ^^.
    Pour faire court :
    – J’adore FF9 qui est mon 3eme FF préféré (après le 7 et le 12)
    – Je suis en train actuellement de faire chrono trigger en ce moment meme… Et je n’arrive pas à accrocher…
    – J’adore parasite eve ! Trop méconnu !
    – Vive les FF tactics et Vagrant story !

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