Viscères et châtiments

Avec les nombreuses similitudes citées plus haut, c’est donc plutôt Bloodborne qui restera le plus proche du titre sorti en 2009. Il aura su se construire également une identité très marquée. C’est peut-être finalement ce qui manque le plus à ce Dark Souls III, de ne pas avoir un cachet aussi original, des tripes et des viscères aussi grosses que son modèle. Le soft se base certes toujours énormément sur du non verbal pour poser son atmosphère, et il faut observer attentivement les splendides bâtisses, par instants avancer à la faible lumière de la torche, aller chercher un univers encore plus opaque qu’avant et qui se cache, comme le diable, dans les détails. Le Royaume de Lothric, magnifique quoi que totalement linéaire, techniquement maîtrisé bien que moins désespéré, fait clairement le choix de l’horizontalité. Ce qui offre des panoramas absolument exceptionnels et une lecture des zones franchies et à venir, mais l’empêche aussi de procurer le même sentiment de vertige constant et global que l’univers emboîté et vertical de Lordran. Cependant, le périple évite les nombreuses impasses et incohérences de la construction en étoile du second épisode. On garde évidemment un savoir-faire maison en termes de level design qui certes surprend moins avec le temps, montrant rapidement les raccourcis qui seront débloqués plus tard, mais qui ne déçoit jamais non plus tout au long de la bonne soixantaine d’heures que demande un premier run.

Dark Souls 3 review 2

Surtout quand cette construction permet, au sein même d’un niveau de la quête principale, de récompenser l’exquise exploration en révélant des zones cachées contenant moult items intéressants et ennemis retors. Plus généralement, les quêtes secondaires de PNJ sont extrêmement prenantes, notamment celle d’Anri d’Astora qui permet de débloquer la troisième et ultime fin possible. Parmi les gens rencontrés lors des pérégrinations, il y a évidemment ceux qui récompenseront le joueur en termes de services et d’offrandes, et il y a ceux, agressifs, qui viendront donner des leçons sur le gameplay en en utilisant toutes les facettes pour mieux nous rouster. Comme le feront d’ailleurs certains boss exceptionnels qui demanderont efforts, calme, obstination et adaptabilité, puisque souvent en deux phases distinctes. Motoi Sakuraba fait encore des merveilles avec la BO; il est juste dommage que le caractère hautement épique de l’écran-titre ne se retrouve pas plus souvent dans le jeu qui, même s’il se met un peu plus en scène que ses prédécesseurs, reste parfois trop discret de ce point de vue. On peut également regretter que le système de forge, bien que reprenant le principe d’infusion de Dark Souls II, ne se montre pas aussi souple que celui de Bloodborne, poussant alors à avoir plusieurs armes dans son arsenal afin de répondre aux exigences et faiblesses des différents ennemis.

Demon's Souls

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Demon’s Souls, ce n’est pas l’histoire d’un pêché originel, mais plutôt celle d’un miracle. Celui qui a vu un jeu confiné à l’origine au continent asiatique et qui, par la grâce du bouche-à-oreille, a connu un succès grandissant jusqu’à voir des éditeurs s’y intéresser pour le sortir en Amérique et en Europe – faisant ainsi la nique à un Sony réticent qui le regrettera plus tard et se placera très tôt pour avoir l’exclusivité sur Bloodborne. C’est également le récit d’un combat, celui de Hidetaka Miyazaki qui aura dû défendre ses idées face à l’accueil très froid sur les salons et, surtout, du patron de From Software, studio alors à la recherche d’un successeur à sa série King’s Field.

Mais Demon’s Souls, c’est une expérience à la dure, qui doit s’apprendre par l’échec et l’apprentissage, et s’inscrivant dans un contexte où sa difficulté dénotait alors par rapport au reste de la production vidéludique. Dans ce premier opus de la série paru en 2009, il y a en substance tout ce qui deviendra l’apothéose Dark Souls deux ans plus tard. En effet, les bases de l’univers sont là, de même que le gameplay d’observation et de respect des adversaires, la narration cryptique et éparse, les âmes damnées comme cette inoubliable et poignante Jeune Fille en Noir auprès de laquelle on augmentera ses statistiques.

Avec notamment une ambiance sonore exceptionnelle servie par des bruits savamment choisis et distillés à juste dose, l’atmosphère très sombre du titre lui confère une identité encore plus proche de la folie que du désespoir. En témoigne le monde de la Tour de Latria, lieu à l’obscurité étouffante et renfermant créatures horrifiques, ambiance de mort et angoisse malsaine. Les actes du joueur, aussi bien les décès subis que les meurtres commis sur les PNJ, auront des conséquences. Les différents mondes, accessibles via des portails de téléportation (les Archestones) depuis le hub central appelé Nexus, peuvent alors prendre plusieurs teintes, allant du pur blanc au pur noir selon votre vertu.

Le titre aura donc reçu un accueil critique très positif avec de nombreux prix remportés, mais surtout une affection et une estime certaines du public qui sait lui rendre hommage, encore aujourd’hui. D’ailleurs, le découvrir ou y rejouer avec le recul permet de mesurer à la fois ses qualités (ambiance, frame rate plus stable), et le chemin parcouru depuis en termes de tailles de maps et de diversité dans le bestiaire et le choix des armes. Demon’s Souls reste surtout un jeu qui a bien vieilli, très agréable, difficile mais juste, qui se définit comme le pionnier d’une série devenue culte, mais aussi et surtout comme un classique de la PS3.

A retenir

La formule Souls a certainement atteint, avec ce troisième opus de la lignée Dark, à la fois un équilibre et un aboutissement dans le gameplay, la technique et la narration, mais aussi un point de non retour. From Software nous a désormais dit tout ce qu’il avait sur le coeur avec cette saga en plusieurs déclinaisons et l’on est d’autant plus curieux de voir la suite, avec de nouvelles franchises et d’autres paradigmes. En attendant, merci messieurs, vous avez changé la face du jeu vidéo et vous avez déjà laissé une trace indélébile dans nos mémoires.

Informations sur le jeu

Plateformes : PS4 – One – PC

Genres : Aventure – Action – RPG

Développeur : From Software

Éditeur : Namco Bandai

Date de sortie : 12 avril 2016

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  1. […] le plaisir et la réflexion sur les deux derniers titres de la dynastie, à savoir Bloodborne et Dark Souls III. Avec toujours plus de passion, toujours plus de recherche et d’esprit d’analyse très souvent […]

  2. […] Dark Souls III était annoncé comme le dernier volet de la saga; The Ringed City vient en apporter le point final. Après un premier contenu additionnel Ashes of Ariandel intéressant mais jugé trop court, From Software renoue ici avec sa tradition de DLC d’excellente facture, commencée avec l’inoubliable Artorias of the Abyss et le très recommandé Crown of the Old Iron King (Raime, si tu passes par là, la bise…). The Ringed City apporte une conclusion à la hauteur, ainsi que moult objets intéressants et des réponses à certaines questions restées depuis toujours en suspens. […]

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