Or la première phrase du trailer est aussi suivie par celle-ci « Mais il est pourtant ici. Soit il a survécu, ou alors ils étaient deux ». Kojima est ici légèrement responsable d’un noyage de poisson en règle dont il est devenu si célèbre par la suite. Car celui-ci ne s’arrête pas aux mots prononcés, en effet, la vidéo se contente de montrer à nouveau presque tout ce qui avait déjà été montré un an auparavant. On remarque quelques scènes reconstruites, plus proches alors de ce qu’elles seront dans le jeu que nous connaissons mais aussi, et c’est sans doute plus grave, des images créées de toute pièce pour le trailer. Ainsi, c’est Snake et non Raiden qui combat Fortune, ou qui rencontre Vamp et on ne peut qu’imaginer que le modèle 3D de Raiden ait carrément été interverti avec celui de Snake pour le trailer. Pire encore, certaines images ne se verront jamais retranscrites dans le jeu final, Snake combat l’avion Harrier sur le pont Georges Washington et rencontre un ninja qui rappelle étrangement Gray Fox et on ne peut penser une seule seconde que ces scènes aient été coupées à ce stade du développement, elles n’ont tout simplement jamais été prévues pour le jeu. A aucun moment on n’aperçoit le décor de station d’épuration orange devenu culte et qui occupe la grande majorité de ce qu’on verra dans le jeu et ne parlons pas du héros, Raiden, tout bonnement absent de ces images.

Petite anecdote, j’ai d’abord eu l’idée d’écrire cet article après avoir visionné une vidéo que je croyais être le trailer de l’E3 2000 à la fin de laquelle Raiden apparaissait justement. Il semble que cette vidéo soit en fait une présentation faite à des partenaires et que l’idée d’ajouter le « spectre de la honte » en fin de vidéo ait été retirée (zappez à 4:43)

Ce trailer de l’E3 2001 ajoute aussi quelque chose de notable à la façon dont on construira ces bandes annonces dans la suite de la série, et notamment pour Metal Gear Solid V lors de l’E3 2015. Une longue voix off, ici tirée du très éloquent discours du colonel Scott Dolph, décrit les thématiques de fond qui seront abordées par le scénario tout comme Skull Face le fait pour MGSV. Cependant, on sépare désormais les trailers cinématographiques, quelques minutes de pure science du montage, des trailers de gameplay de presque 50 minutes, commentés, décortiqués, expliqués en tous sens. Ce qui pour l’E3 de l’époque était nécessaire ne l’est plus autant, Metal Gear n’est plus non plus le rouleau compresseur qu’il fut auparavant et sa nécessité d’être didactique s’en est trouvée renforcée, plus encore que pour des jeux beaucoup plus attendu mais qui pourtant suivent aussi progressivement cette logique « d’éducation ».

A retenir

L’E3 a 20 ans cette année et il ne semble pas vouloir s’essouffler. Ce qui était jadis un pilier de nos rêves d’enfants – pourtant déjà très structuré en vérité, laissez moi faire de la nostalgie mal placée – est aujourd’hui le théâtre d’une démonstration de force entre éditeurs, centre névralgiques de l’industrie pendant une semaine par an. Cas d’école, Metal Gear Solid 2 a longtemps été cité comme un grand contributeur au mythe de l’E3, par la capacité de Kojima à faire un peu ce qu’il voulait de nos envies et de nos attentes ; mais il est aussi un pas de plus qui sépare une époque où l’industrie était plus déstructurée d’une autre où la standardisation est légion.

2 réponses
  1. Yannou
    Yannou dit :

    Excellent article Victor je viens de me revoir jeune à la vue de ces vidéos qui m’ont fait bouillir pour MGS 2 surtout que j’avais pas encore la PS2 à cet époque. Je suis dans le même état que pour MGS 5 et j’ai pas la PS4. Merci Konami de l’avoir mis sur la PS3 ^^

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