La Sainte Trinité du Retrogamer façon Sony

7f846dcc-ee55-4730-be8b-efc8f5074ab4-1020x612

Il est des objets vidéoludiques qui sont passé du stade de projet, pour devenir ensuite des fantasmes, avant de devenir carrément des trolls. Parmi eux trône allègrement The Last Guardian, ambitieux projet de la team Ico qui, à force de reports, puis d’abandon pur et simple, était devenu un souvenir amer d’un espoir trop longtemps dilué, rattrapé par la rude réalité économique du monde sans pitié du jeu vidéo, une sorte de leçon pour les générations futures. Ce qui n’empêchait bien évidemment pas de réguliers bruits de couloirs seulement là pour raviver la douleur de la disparition de cette perle potentielle qui a fait rêver tous les amoureux de Yorda, tous ceux qui ont pleuré devant la fin épique de Shadow of the Colossus, bref, tous les gamers de bon goût, vous savez, ceux qui ont su apprécier Okami à sa juste valeur, entre autres signes distinctifs…

De même, il est des objets vidéoludiques qui sont nés de l’imaginaire collectif des gamers, de leur soif, de leur insistance, de leur naiveté aussi, et qui sont eux aussi nourris par des fausses annonces narquoises, voire même des faux trailers cruels annoncés comme simple démo technique, sans aucun projet de développement à l’appui, comme si le développeur lui-même se riait de la de la détresse des fans. C’est le cas d’une des légendes urbaines les plus tenaces de la Playhistoire contemporaine : le remake HD de FF VII, réclamé à corps et à cris par des hordes de fans sacrifiant des boucs noirs durant les nuits de pleine lune, ces fans qui se mettent en position foetale tout habillés sous la douche dès que retentit le thème d’Aeris, ces fans qui ont encore coincé entre les homoplates un poignard avec écrit « FF XIII » dessus, les vrais amoureux de FF.

final-fantasy-vii-remake

Et enfin, il y a les simples injustices, une boite, un éditeur, ou une console s’effondre, emportant dans sa chute un projet qui était sensé sauver la mise, relancer les ventes. On peut citer Okami, exemple type d’injustice commerciale, le studio Clover ayant fermé ses portes après la sortie de leur chef d’oeuvre. Mais à la rigueur, Okami, dans sa générosité frôlant l’indécence, offrait tout au joueur, le laissait complètement repu au sortir de l’aventure épique qu’il venait de vivre dans le Nippon ancien, au milieu de ce monde d’estampes, de légendes et de mystères. Il en est autrement de Shenmue, la killer-app d’une des consoles les plus puissantes de sa génération, proposant des options révolutionnaires mais qui a eu la mauvaise idée d’être trop en avance sur son temps, la Dreamcast de Sega. La console est morte, emportant avec elle Shenmue qui, avec son second épisode, ne faisait qu’effleurer le potentiel démesuré de la licence morte et enterrée.

shenmue-3-640x480

Trois exemples, trois légendes urbaines, trois trolls en puissance… Et trois annonces Sony à l’E3 2015!!! Dans le domaine du coup de force, c’est littéralement sans précédent! Pourtant, Shenmue 3 avec son financement lancé par kickstarter et qui a atteint en un jour son objectif de 2 millions de dollars – une nouvelle grille d’objectifs bien moisis ayant été ajoutée à la sauvette pour surfer sur la vague, en promettant des absurdité comme « 200 000 dollars de plus et hop, je vous crée un perso en plus! » -, c’est un peu limite si l’on réfléchit un peu, avec un Sony qui ne va pas se mouiller tout de suite, attendant de voir si ça vaut le coup de mettre des billes dans l’affaire, une façon comme une autre de prendre la température de cette licence pourtant enterrée depuis longtemps. Au final, ils vont s’impliquer financièrement, mais si ça n’avait pas été le cas, vu les coûts des jeux de cette envergure, ce n’est clairement pas avec les 2 millions levés que le jeu allait être torché! Donc un arrière-goût un peu répugnant dans la pratique, une fois la hype passée. On pourrait en dire autant pour The Last Guardian, qui avait – si je me souviens bien, corrigez moi si je me plante – été tué par Sony qui a retiré son soutien à Monolith Soft parce que ça commençait à coûter trop cher, cette histoire! Donc c’est bien beau de s’imposer en sauveur du peuple vidéoludique aujourd’hui… Je force évidemment un peu le trait, le jeu étant à l’évidence trop ambitieux pour pouvoir tourner sur PS3, ce qui était senti dès les premières images animées du projet, mais seulement un peu.

Et que dire de FF VII HD qui avait été officiellement balayé du revers de la main pour au final (fantasy) se repointer par la grande porte des années plus tard ? Je suis personnellement excité par cette annonce, mais les problèmes que posent une refonte HD du titre sont légion. Un problème de ton, déjà. Cloud va quand même négocier dans un club de muscu gay une perruque blonde pour parfaire un costume de travesti destiné séduire un riche dans une maison de passe, entre autres exemples d’humour décalé et d’audace possibles dans le cadre du retro, mais qui deviennent autrement plus difficile à mettre en place dans le cadre d’un jeu HD qui semble, au vu du trailer, donner dans le photoréalisme. Les hordes de fans veulent revivre FF VII dans toute son intensité, mais sont-ils prêts à vivre une relecture adaptée aux nouvelles normes vidéoludiques du jeu ? Car ce n’est ni Dirge of Cerberus, ni Crisis Core que l’on veut, c’est FF VII! Certes, l’épisode IV a été adapté avec un brio exceptionnel sur DS en changeant drastiquement de forme, mais sans trahir le contenu et le ton de l’original. Cette prouesse semble être proche de l’impossible pour le grand écart annoncé entre PSOne et PS4. Néanmoins, cette réussite permet de garder espoir. Au gamer de garder l’esprit ouvert et à l’équipe de développement de savoir transposer, adapter sans piétiner les mémoires…

HorizonZeroDawn_E32015

Malgré la violence de ces trois annonces, n’oublions pas le reste de la conférence Sony, notamment ce fantasmatique Horizon Zero Dawn, d’office étiqueté « post-post apo », entre le bon mot moitié inspiré et le descriptif finalement assez objectif évoquant le mariage entre un retour à l’état sauvage à tendance préhistorique et les vestiges d’une civilisation aux technologies particulièrement avancées. Et dans le tas, on retrouve une partie des annonces relayées par la suite par Square Enix, un Call of Duty Black Ops 3 qui retourne sa veste offrant ses fesses à Sony plutôt qu’à Microsoft, une fournée de jeux Devolver qui fleurent bon le gros pixel qui tache, et bien entendu, le chant de cygne d’une série qui aura à chaque épisode su repousser les limites de la next gen : Uncharted 4, qui promet d’être au moins dantesque.

1 réponse

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] c’était à l’E3 2015, l’annonce de la rétrocompatibilité entre Xbox One et X360 avait été faite en grande […]

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *