fftype0

Cher Aria,

Tu me manques. Tu sais, à la base, je ne voulais pas rejoindre ce groupe de J-pop adoubé par Schwarzkopf et Head&Shoulders. Mais les blagues sur les personnages gay-friendly aux coupes de cheveux improbables sont devenues trop mainstream depuis les trailers de Final Fantasy XV. Alors j’ai voulu être in, m’ouvrir à la modernité, bref : j’ai sauté le pas.

L’introduction m’a accueilli comme aucun épisode de la série ne l’avait fait. J’en étais ravi : un peu plus et on aurait cru un Drakengard. Les premières images se dévoilaient : des textures étalées à la résolution des vidéos Youtube de 2006, des visages à l’expressivité d’un Ryan Gosling en low poly, et surtout, des doigts carrés. Tout le monde aime regarder ses doigts carrés dans ce jeu. Je crois que les personnages se rendent compte qu’il y a anguille sous roche en matant la quiche de leurs palmes. Mais c’est une autre histoire.

Je dois admettre que, malgré tout, les graphismes ne m’ont pas gêné au cours de mon aventure. Bien sûr, la tête de quelques PNJ animée en 3 frames pour mimer les mouvements des lèvres dans un déni total du concept de synchronisation labiale m’a arraché quelques sourires. Mais il faut reconnaître qu’il s’agit d’un portage autrement plus travaillé qu’un bête upscaling, et je n’aurais certainement jamais touché à ce FF Type-0 s’il n’avait pas existé.

Avant de connaître ton bonnet, je n’imaginais pas plus moe que la neko casquette. Sombre fou.

Avant de connaître ton bonnet, je n’imaginais pas plus moe que la neko casquette. Sombre fou.

Revenons à mes péripéties introductives. Après un enchaînement de cinématiques en mode « test de patience », sans doute destiné à épurer la population des indésirables fans d’action, le jeu a condescendu à me laisser la main. J’ai découvert un gameplay souple, à mille lieux de la rigidité que j’imaginais. Les esquives s’enchaînent avec fluidité, les attaques tabassent, la magie pète : la physique a beau être sommaire, les sensations sont là. J’ai aimé son système de combat, au point de m’amuser à affronter des ennemis pour le plaisir ; là où je les évitais consciencieusement dans les autres épisodes de la série. Cela était bon.

Remis de mes émotions, on m’envoyait au hub central. Les premières minutes furent longues, avant de découvrir la meilleure feature du jeu : la touche pour accélérer le défilement. J’ai ainsi trainé ma carcasse à droite à gauche, désœuvré, discutant avec des PNJ peu inspirés, œuvrant de toute mon âme à la création d’une société eugénique de chocobos. Puis je t’ai rencontrée. Tu n’étais qu’une petite marchande perdue dans la salle de classe, une icône fluo au-dessus de la tête. Tu bredouillais quelques mots, en dodelinant du chef, embarrassée jusqu’aux joues, fixant tes pieds et masquant ton visage sous ton bonnet. Alors je l’avoue, je me suis moqué de toi. Tu étais la caution moe de ce jeu, et même si tu me faisais rire, je suis venu à t’apprécier.

Hahaha. Elle est bête.

Entre deux missions où je me sentais comme un producteur de boys band malgré moi, je revenais te parler pour t’acheter des potions et t’entendre buter sur tes mots. Je te promets avoir cherché dans toute l’Akademeia un dossier d’adoption, pour ne tomber finalement que sur des scientifiques fous et des politiciens de bas étage. J’aurais abandonné ces quatorze blaireaux sans personnalité, et nous serions partis explorer le monde. Nous aurions fait des courses de chocobos, je t’aurais acheté des glaces à Korushi. Nous aurions pris un aéronef pour visiter Mahamayuri, tu aurais caressé des dragons. Et puis, las de cette vie de voyages, nous nous serions installés dans un village reculé, loin des frontières et des combats.

Tu aurais repris tes études, je t’aurais accompagné à l’école. Et puis, un matin, sur le chemin du retour après t’avoir déposée, je me serais adossé à un affleurement rocheux. Ma tête aurait glissé contre la pierre, m’arrachant des grognements sourds lorsque le roc cisaille ma chair. Je suis fatigué, Aria. Ma tête balle, verse, abdique contre le buste d’un chêne centenaire. Tu es partie, Aria. Je le sais même si je refuse de l’admettre, et une dernière fois mes lèvres expirent ton air : « Git gud scrub… argh… Triss Merigold best waifu. »

Une photo de toi quand on est allé voir le feu d’artifice. La ionosphère ne s’en est jamais remise.

Nous aurons vécu de belles histoires ensemble, comme cette fois où j’ai dû faire mourir un à un mes quatorze débiles pour déclencher un script. Ou ce couloir où le leader de l’équipe est automatiquement assassiné. Mais en fouillant derrière les cinématiques absconses de dialogues médiocres, on trouve un scénario complexe et prenant. La tyrannie des cristaux, qui suppriment les souvenirs liés aux morts, le sacrifice des l’Cie, au destin encore plus tragique qu’il ne l’était dans FF XIII, le passé de Kurasame, ce Kakashi du pauvre qui se révèle être un authentique héros, ou encore l’histoire de Rem et Machina, et son dénouement savoureux.

Mais peu de joueurs ont vu ta dernière scène, Aria. Ils t’ont peut-être oubliée, mais pas moi.

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *