GunNac : le théâtre d’objets selon Compile

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Konami a eu l’idée géniale de l’autodérision avec la série Parodius, basée sur les très sérieux Gradius. Quand c’est Compile qui reprend ce concept, cela donne un jeu tordu basé sur les très sérieux Aleste. Et ça s’appelle Gun Nac, un titre aussi fantasque que hautement recommandable sur NES.

Ca commence soft. Comme dans tout Compile.

Un Aleste pour de rire

Le scénario est dramatique et digne d’une grande œuvre de SF : les objets du quotidien ont décidé de se rebeller ! Et voici comment ce monde sombre encore un peu plus dans le chaos. Gun Nac est un jeu apocalyptique mais qui parvient à faire rire de la catastrophe, un peu comme l’on se prend à rire du final pourtant cataclysmique de cet éminent film comique intitulé Dr Folamour où comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe…Oups, je m’égare, ou si peu, revenons au jeu, merci ! Huit niveaux peuplés d’un bestiaire pour le moins original vous attendent dans ce titre 100% Compile.

Éteignez-moi ces bougies qui n’ont rien à foutre ici !

Longueur des étapes, variété des armes, difficulté liée à un fourmillement d’ennemis, bref on retrouve tout ce qui fait la recette de ce studio dont réaffirmer le savoir-faire serait aussi évident que redondant. Cependant, Gun Nac pousse la technique encore plus loin, ce qui en fait une véritable pièce d’orfèvrerie.

C’est de la bombe !

En effet, le jeu reprend donc la multiplicité de tirs définition même d’un gameplay éprouvé selon Compile, mais ici, même les bombes sont variées et évolutives ! Ce qui est un fait unique dans le monde du shooter, un monde qui se contente souvent d’une simple attaque spéciale plus ou moins réactive et salvatrice nommée smart bomb.

Ta gueule Ariel la petite sirène, retourne chez Disney !

Ici, ces bombes prennent plusieurs formes : ondes qui balayent l’écran, décharge qui sondent l’aire de jeu, missiles qui l’inondent d’une véritable pluie de tirs, écran de protection…Le tout suivant un effet plus ou moins long et plus ou moins étendu : la gestion des bombes en devient aussi importante que celle des tirs elle-même, car même les bombes ont un niveau de puissance susceptible d’augmenter ! Le jeu n’est en effet pas avare en situations certes cocasses mais également très intransigeantes dont seul la totale maîtrise de l’arsenal permettra d’en sortir. Et c’est là la plénitude ludique de Gun Nac : la puissance de vos joyeusetés destructrice est en adéquation complète avec les délirants foutoirs que sont certains passages. La technique de Gun Nac ne souffre donc aucun défaut, et ultime témoin du sérieux de Compile, le jeu vous donne le choix entre privilégier l’affichage de la multitude de sprites

Attaquez la banque car c’est elle qui a commencé ! Comme dans la vraie vie en fait.

quitte à avoir quelques ralentissements et privilégier la vitesse de jeu quitte à ce que certains sprites clignotent quelque peu. Mais quelle que soit votre décision, le jeu n’y perdra jamais ni en rythme ni en lisibilité. A nouveau, Compile reste fidèle à Compile : un jeu qui se moque des limites du supports sur lequel il tourne pour un résultat proprement impeccable !

Oui mais c’est n’importe quoi !

Exactement ! L’aspect technique du jeu est aussi sérieux et réfléchi que le déroulement de votre mission sera absurde. Après avoir lutté contre des lapins démoniaques et leurs carottes, franchi des champs, des batailles navales, une banque qui vous versera du liquide sur le fuselage, des planètes verdoyantes et toute une cohorte de boss mignons mais hargneux (lapins géants, sirènes, arbres méchants…et même la lune que vous avez dérangée de son sommeil!), vous aurez affaire à une ultime base ennemie plus conventionnelle mais qui vous réserve un accueil plus qu’aimable…

Vous en connaissez beaucoup des jeux où il faut buter une tirelire ? Si meugnonne d’ailleurs que j’en ai mal au coeur…

Jeu d’une rare originalité qui s’inscrit dans une logique d’auto-dérision qui fait mouche, Gun Nac est dans l’absolu un jeu sidérant pour une NES, une cartouche incroyable dont on peut s’étonner de la discrétion. Raison de plus de foncer le découvrir ! Le jeu est la définition même de la perle cachée qui a tout pour plaire : Gun Nac séduira les techniciens pour et durs qui savoureront l’étendue de son aspect guerrier, et charmera les amateurs de franche rigolade qui y trouveront un univers à cent lieues des canons du shoot them up classique fait d’espace et de vaisseaux. Certes, les derniers niveaux sont un poil plus habituels, mais résonnent comme une conclusion grave à un périple délirant mais intransigeant, le niveau de difficulté étant fort honorable..

Espace, colonnes de feu : il y a quand même du classique dans GunNac.

.Les réglages ultimes donnent d’ailleurs un jeu réellement insurmontable à moins d’être doué d’un calme olympien et d’une vision de rapace et de réflexes félins. Gun Nac est aussi incontournable que méconnu, ce qui n’est jamais qu’un de ses paradoxes : le jeu délirant mais très sérieux, le jeu dont la connaissance ne fait qu’ajouter à l’honneur de la NES et de Compile.

Petit aparté entre nous : Aussi surprenant que cela puisse paraître, la version US de Gun Nac a été censurée. Mais qu’y avait-il à revoir dans un jeu pourtant à cent lieues de se définir comme polémique ? Je vous le donne en mille : les cigarettes maléfiques du deuxième niveau et leurs paquets, remplacés par des allumettes et des engins ! Dans le genre fausse pudibonderie, l’Oncle Sam  fait très fort parfois. Mais ferme bien souvent les yeux sur plus grave ! Genre un ancien président qui déclenche des une guerre sur du vent ou un actuel qui trouve des torts aux victimes d’attentats perpétrés par ceux qui ont soutenu sa candidature… C’est moins drôle qu’une bonne partie de Gun Nac, croyez-moi !

 

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Yace

Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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