Hommage au Prince de Perse

-Dis Maman, tu me racontes une histoire pour m’aider à m’endormir ? 
-Mais oui mon petit, comme ça plus vite j’en aurai fini et plus vite j’irai faire la lessive avec la grosse machine de ton papa…Tu connais les Mille et Une Nuits ? C’est l’histoire d’un méchant grand Vizir…
-Vizir…Comme la lessive en gel liquide ?

Je laisse là ce dialogue foireux et vous accueille sentencieusement dans ce topo consacré à Prince of Persia, le jeu originel, celui par lequel la légende est née…Et qui à mon humble avis de vieux schnoque passéiste se serait amplement suffi à lui-même.

Si Prince of Persia mérite qu’on lui rende hommage, c’est pour plusieurs raisons. S’il est devenu avec le temps un des titres les plus emblématiques du jeu vidéo sur micro, c’est avant tout pour l’approche radicalement nouvelle qui est la sienne, de même que la totale pression qu’il met au joueur et surtout pour l’animation positivement géniale du héros, qui est devenue la marque de la fabrique de la saga dans son entier, de ses débuts à son actualité (dénaturée voire pervertie, sur console comme sur grand écran).

Ici démarre votre odyssée…

Jordan Mechner : une idée toute bête

Programmeur né en 1964 qui sévit aujourd’hui dans le milieu du cinéma documentaire, Jordan Mechner démarre sa carrière en 1982. Il oeuvre sur un premier titre intitulé Karatéka avant de tenter sa chance pour la première fois en tant que réalisateur, puis devant la relative déconvenue qui solde sa tentative, revient à la programmation avec un nouveau projet, conçu entre 1986 et 1987 pour finalement arriver en 1989 sur nos micros chéris adorés vénérés : Prince of Persia.

Je ne traiterai que du premier jeu de la licence, que j’ai pratiqué et retourné sur Amiga, NES, Master System, Game Gear et Game Boy.

Un conte interactif

L’histoire est somme toute simplissime : Prince of Persia n’est qu’une de ces innombrables missions de sauvetage comme il en existe tant d’autres dans l’univers du jeu vidéo.

Dans le lointain royaume de Perse, le sultan s’est absenté. Durant cette absence, le principal conseiller du noble chef adoré de son peuple pour lequel il est si bon (je ris moi-même d’avoir écrit une phrase aussi absurde et honteusement contraire à ce bel esprit contestataire qui est le mien), le Grand Vizir Jafar, usurpe définitivement le commandement. Oui mais… Pour être reconnu du peuple de Perse qui mange en une semaine ce que le sultan et son Vizir avalent en un seul repas, il lui faut définitivement s’unir à la famille tyrannique, euh pardon dirigeante. Et voilà la solution : épouser la princesse !

Aussi, tel un Lord Farquaad dont la taille quelque peu amoindrie et l’égo surdimensionné me font penser à une personne anciennement logé à l’Elysée dont la décence m’interdit de mentionner la civilité sous peine de salir définitivement le Serpent, Jafar s’en va trouver la fille du sultan disparu et la demande en mariage, un mariage purement opportuniste qui ne trompe personne.

Les introductions sont trop souvent négligées dans le jeu vidéo. Jafar tend les bras à la princesse qui, fidèle, se refuse à lui avec un demi-tour magistral (à ce propos, quand elle tourne le dos à son prétendant de circonstance, ses longs cheveux sont foutrement bien animés…le détail annonciateur ?). Mais comme l’homme est décidément celui qui commande et la gonzesse celle qui n’a pas d’autre alternative que lui obéir, l’immonde Jafar fait apparaître un sablier  contenant une heure de sable.

Préparez-vous à croiser le fer assez souvent. Encore une occasion d’étaler de superbes animations…

La princesse a donc 60 minutes pour consentir à cette union. Comme Pénélope attendant Ulysse, elle espère que son jeune amoureux saura la sauver avant l’heure fatidique. Mais elle ignore que Jafar l’a déjà jeté dans les oubliettes labyrinthiques de sa prison…

A vous de franchir les 12 niveaux et d’affronter Jafar et ses sbires, le tout avant que le sable n’ait scellé l’arrêt de mort de votre promise. Car la princesse préférera mourir que de devenir la Vizirette (putain je sais c’est naze comme vanne).

Un chef d’oeuvre de level design

Pour ma part, j’ai découvert ce Prince of Persia sur Amiga en 1992, oui je sais sur le tard, chez un collègue de classe qui m’a laissé me démerder seul. Et qui l’a regretté tellement j’ai fini par squatter sa bécane car il avait refusé de me prêter le jeu !

Ce qui frappe, c’est l’immensité de l’espace à explorer. Prince of Persia est un vaste dédale réactif et truffé de pièges ingénieux et saupoudré d’une prise de risques conséquente.Votre quête est subtilement scénarisée : vous échouez désarmé dans les cachots du palais, dès le début vous avez un choix à faire : droite ou gauche ? Ceux qui ont (comme moi) opté dès le départ pour le chemin de droite ont vite compris…qu’il fallait aller de l’autre côté pour enfin trouver un ustensile assez fondamental : votre épée ! Pour le reste, la construction de chaque étape (hormis la dernière qui est en fait le combat final contre l’abject Jafar lui-même) est conçue comme une énorme labyrinthe dont la sortie est subordonnée à plusieurs impératifs, comme vaincre les membres de la garde personnelle du Vizir.

Spécificités de gameplay

L’univers du jeu de plates formes de l’époque a su rester constant jusqu’à une date très récente, pour moi l’arrivée de cette 3D que j’ai beaucoup de mal à ne pas maudire chaque jour un peu plus). Le héros peut faire des sauts disproportionnés (et heureusement), ainsi que se lancer de façon à couvrir des distances incroyables. Avec Prince of Persia, tout ça c’est fini. Le héros est un homme, et rien qu’un homme. Exit donc les sauts de félin ou de kangourou, ici vos aptitudes physiques ne seront pas celle d’un Super Mario ou d’un Zool, mais celles d’un homme ! Quoique…d’un homme ma foi fort bien entraîné ! Les capacités de notre héros et son agilité sont remarquables, de même que la force qu’il concentre en ses deux bras pourtant pas si musclés. Ce qui amène à causer de ce qui est LA signature du jeu : l’animation parfaitement détaillée du Prince ainsi que la variété de ses mouvements. Le Prince peut courir, sauter, sauter à la verticale, s’agenouiller pour descendre d’un niveau, prendre son élan et réaliser en conséquence des sauts plus longs, s’agripper, avancer à petits pas… Le tout permettant des combinaisons bluffantes, comme courir pour faire un saut plus long et se rattraper in extremis au rebord d’une porte. Le tout plus vrai que nature, fait extraordinaire en cette époque. Ce luxe dans l’animation et l’excellente décomposition des mouvements du héros est devenue l’identité même du jeu que l’on retrouvera sur tous les supports, même les supports limités comme les 8 bits (NES et SMS) qui seront toutes deux honorées d’une version du jeu qui fait figure de must have dans les catalogues respectifs des deux machines.

Il faut ajouter à ce tableau la grande richesse du jeu en lui-même. Même si l’environnement sonore est ma foi assez sobre (mais bon, qui s’attendait à entendre une salsa endiablée dans les salles silencieuses et angoissantes des prisons du si bon Vizir ?), l’ambiance est foutrement bonne. Car vous aurez toujours un oeil sur le sablier qui s’écoule. Angoisse.

Car c’est une des particularités qui font de Prince of Persia un jeu unique : le temps. Toute l’intrigue et tous les efforts du joueurs sont guidés par l’impératif temporel, vous n’avez qu’une heure , pas une minute de plus ! Le jeu pouvait également revêtir un aspect « challenge », en incitant carrément au speedrun, une fois que l’on connaissait assez les 12 étapes. Ici pas de compteur de vies ou autre mécanisme classique.

Les pièges sont nombreux et tous mortels : chutez de trop haut et vous pourrez voir votre personnage s’écraser au sol. Courez dans des pics et vous vous effondrerez, empalé comme une saucisse de Francfort dont l’avenir se résume au barbecue puis à l’estomac et aux latrines du consommateur. Mais le piège le plus magistral (et aussi le plus agaçant), ce sont ces herses qui s’ouvrent et se referment verticalement, et qui comme par hasard sont toujours si judicieusement disséminées qu’il est plus que fréquent de finir coupé en deux. A ce propos, la version NES était en ces cas censurée là où les versions micro montraient ces herses tachées du sang du héros quand celui-ci était tué.

Oh putain, comme c’est mortel la mort quand ça tue…

Le reste fait des étapes à franchir d’ingénieux puzzles, notamment par l’action des dalles spéciales qui entrouvrent des grilles et ainsi vous débloquent la progression, mais attention, ces dalles spéciales sont à double tranchant, certaines vous cloisonneront et vous feront perdre un temps précieux (le sablier, vous vous souvenez ?), et la plupart du temps, il vous faudra bien mémoriser votre itinéraire et correctement exécuter les mouvements pour arriver à trouver quelle dalle ouvre ou ferme quelle grille…

Et pour finir, votre énergie peut grandir si vous ramassez les bonnes potions dispersées un peu partout. Certaines sont cependant empoisonnées et soit vous diminueront, soit vous tueront aussi sec. A vous de voir ce que vous ingérez…

Tout ça dans un seul jeu de 1989 ?

Et ben oui, ô joueur soit né trop tard soit pas assez curieux ! (heureusement qu’il y a dans l’assistance et parmi vous de véritables mémoires du jeu vidéo). Un jeu conceptuel qui rompt avec le système classique du décompte de vies qui reste l’éternelle norme du jeu de plate-forme, qui introduit une technique d’animation révolutionnaire longtemps réservée aux exclus micro (par la suite, viendront Another World ou encore Flashback) et une conception des niveau vraiment incroyable et vicieuse (car au début, on crève tous, et c’est comme ça qu’on progresse tant qu’il vous reste du sable en stock).

Tout ceci fait de Prince of Persia un des jeux les plus importants de l’histoire à mes yeux, et surtout parmi les plus originaux, un monument historique qu’il est plus que nécessaire de connaitre. Aucune déception possible !

Allez, du jarret, on y va !

Aparté du FANBOY SUPER NINTENDO

Pour son passage sur la 16 bits de Big N, la licence Prince of Persia est reprise par Konami qui nous livre là une version réhaussé du jeu de Jordan Mechner : 7 niveaux supplémentaires pour 19 levels à franchir en non plus une, mais deux heures. Quand les auteurs de Super Castlevania IV remanient un jeu comme Prince of Persia, ça donne un authentique carton auquel on revient toujours avec plaisir, les niveaux relookés virant au machiavélisme le plus poussé vers le 14ème stage. Je sais j’ai dit que je ne parlerai que de la version originelle, mais bon, hein, un fanboy n’est pas toujours de bonne foi.

Informations sur le jeu

Plateformes : Un bon paquet des micros et des consoles existants (d’abord sur Apple II)

Genre : Plates-formes d’un genre nouveau

Développeurs : Broderbund

Éditeur : Broderbund

Date de sortie : 1989 dans sa version originelle

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