Le cas The Order 1886

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The Order est un cas presque caricatural de ce rapprochement entre jeu vidéo et cinéma et mon encadré va moins s’attaquer à la critique du jeu en lui même – que vous avez par ailleurs déjà lu ici ou là – qu’à ce qui fait de The Order un cas intéressant, un véritable échec qui contient pourtant en lui les graines d’un genre nouveau qui mérite qu’on l’étudie.

On lit souvent, « tel jeu » est un très mauvais jeu mais un excellent film – « tel jeu » est souvent remplacé par Metal Gear, quoique je ne partage pas cet opinion. Je dois avouer que la tentation fut grande pour moi d’appliquer la formule consacrée à The Order mais en y réfléchissant plus longuement je doute que cela ne nous avance à grand chose que de tout de suite trancher dans le vif. The Order se présente comme un pur produit de ce schéma de construction qui alterne phase de jeu et cinématique dans une histoire toute tracée. Soyons honnête, les phases de jeu sont complètement inintéressantes et témoignent d’un inachèvement ludique profond, The Order a vraisemblablement tout misé sur ses graphismes et son scénario, ce qu’il réussit avec un brio qui tranche profondément avec ses lacunes ludiques. Alors la première conclusion qu’on aurait tendance à prononcer est celle qui animait mon introduction, bon film, mauvais jeu. Certaines phases de jeu m’ont pourtant laissé perplexe, servant de lien entre deux cinématiques où l’on se contente de traverser les rues de Londres ou le métro, sans aucune confrontation et donc aucun défi d’ordre vidéoludique à proprement parler, j’ai ressenti quelque chose en suivant ces couloirs pré-tracés qui n’existe pas dans le cinéma. Les animations de mon personnage, fabuleuse et empreinte d’une vraie patte visuelle, ce choix du 16:10 au lieu du 16:9 pour formater l’image, j’y ai trouvé un sentiment de plaisir qui ni un jeu ni un film ne m’avait offert.

Pour autant, après sept heures de jeu et un final époustouflant qui achevait d’établir un univers steam punk que j’ai désormais envie de continuer d’explorer, restait un sentiment d’injustice. Si plaisant soit-il à parcourir, The Order n’approche jamais la complétude d’un The Last of Us dont il imite une grande partie des mécaniques et de la structure narrative et ludique, sans doute à cause d’une insistance trop importante sur la beauté graphique, l’un des deux éléments qui sauvent The Order de l’échec total. On reste donc sur sa faim et le sentiment que 70 euros sont de trop pour profiter d’une œuvre qui par certains aspects est mémorable. Mais alors ne sommes-nous pas dans un paradoxe ? Trop cher à produire pour être vendu à son juste prix, les jeux comme The Order devraient peut être adopter le modèle de la série afin d’être plus abordable et de nous offrir, certes quelque chose de moins ludique qu’un jeu, en gommant des phases aussi frustrantes qu’inintéressantes, mais nous permettant de parcourir, manette en main ou sur l’oreille, des univers particulièrement fouillés. The Order nous montre la limite de ce que peut offrir le rapprochement avec le cinéma, la difficile adéquation entre la splendeur technique et la réalité d’un budget qui ne permet pas aujourd’hui d’atteindre photoréalisme et excellence ludique. Il faut donc faire son choix, et à 70 euros, beaucoup ont fait le leur. Reste que je suis convaincu que le modèle The Order possède sa place dans le paysage vidéoludique, même s’il peinera encore à se forger sa véritable raison d’être.

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