De l’image subliminale au son

Le subliminal, disais-je donc, s’il est facilement identifiable lorsque l’on parle d’image, est autrement plus pernicieux lorsque le son est concerné. Je vais délibérément passer à coté des messages subliminaux que l’on trouve en passant les disques des Beatles, de Led Zep, de Judas Priest – ah, le fameux « do it » qui leur a valu un procès parce que deux ados mals dans leur peau avaient écouté un de leurs morceaux en boucle (dans lequel on pouvait éventuellement entendre « do it » en passant le disque à l’envers) avant de se foutre en l’air… -, déjà parce que le fonctionnement est analogue aux images subliminales, des messages passés à l’envers, diffusés à la limite du perceptible ou délibérément ralentis à l’extrême jusqu’à ne plus pouvoir être identifiés consciemment, mais aussi et surtout parce que dans LavanVille, c’est une autre zone des eaux troubles du subliminal qui est visée.

Vous avez probablement été au moins effleuré par le buzz il y a quelques années autour des fameuses sonneries de téléphone dans les fréquences suraiguës que les profs n’entendaient pas, mais qui faisaient poiler les élèves. Comme dit plus haut, l’oreille ne va pas en s’améliorant et chaque année, le tympan se rigidifie doucement, perdant de sa capacité à traduire les sons les plus aigus, entre autres. Et encore une fois, la légende de LavanVille concerne des jeunes de 7 à 12 ans. Les fréquences homicides étaient-elles simplement hors du champ perceptible par les plus de 12 ans ? Je ne trancherai pas sur la question, en laissant le sujet ouvert, car physiologiquement, ce serait loin d’être impossible.

Pourtant, malgré le succès certain de cette légende et l’accès à des logiciels de son assez performants, personne, semble-t-il, n’a tenté de décomposer la mélodie pour voir si, oui ou non, on trouve des fréquences suraigues. Alors on peut conclure au fake pur et simple, non ? Non. Car on cause aussi et surtout de stimuli binauraux. Et là, tout se recoupe, z’allez voir!

Binauquoi ?!!

Plus haut, je vous ai dit qu’il était impossible de produire des sons à la fréquence Alpha. Je vous ai menti. En fait, il existe une technique, simple qui plus est, pour produire un stimulus sonore à la fréquence Alpha. Balancez un La – le fameux La de référence, à  440 Hrz – dans une oreillette d’un casque audio. Dans l’autre, balancez un son disons à 429 Hrz. Les génies des maths auront remarqué que la différence entre les deux fréquence est de … 11 Hrz. Cool, non ? Et qu’est ce qui se passe donc t-il à ce moment là ? Et bien si vous écoutez seulement l’oreille gauche, vous avez un son pur, lisse. Idem si vous écoutez uniquement l’oreille droite. Mais les deux ensemble produisent un battement un son légèrement dissonant, et aux propriétés assez troubles, puisque c’est votre cerveau qui doit mélanger la tambouille pour produire ce son complexe, qui fait wouhwouhwouhwouhwouhwouh… Attention, si vous n’utilisez pas de casque, les deux sons se mélangeront dans l’espace et vous entendrez simplement le résultat du mélange. Mais si vous utilisez un casque, ce sera à votre cerveau de faire le travail, d’où stimulation, à la fréquence Alpha!

methode-sons-binauraux

Du coup, tout un champ d’expériences sonores s’ouvre aux héritiers de nos pionniers psychédéliques ayant inventé la Dream Machine. On trouve d’ailleurs sur le net un nombre phénoménal de sons binauraux dédiés à la méditation, à l’amélioration du sommeil… et aux modifications d’état de conscience. Une petite recherche sur Google débouchera sur un champ en friche où se cotoient electro de mauvais goût, vomi sonore ambients visant les + de 55 ans qui voudraient encore pouvoir rentrer dans les pantalons pattes d’ephs de leur jeunesse, et réelles expériences, plus ou moins efficaces, tentant d’affecter les états de conscience par la technique binaurale. Les plus célèbres dans le domaine sont les fameux I-doser, aka Digital Drug, dont le catalogue décrit des effets spectaculaires, et généralement surfaits, mais indéniablement, il se passe quelque chose à l’écoute de ces expériences binaurales.

[C’est le moment de relancer le thème de LavanVille, chers lecteurs…]

Revenons maintenant à Lavanville, à ce lieu étrange construit autour d’un cimetière à Pokemon. Revenons à sa couleur même, le mauve – lavender en anglais, d’où Lavender Town -, associée à la mort dans la culture nippone. Revenons à son thème, obsédant, troublant, tranchant avec le reste des morceaux. Ecoutons en détail non pas la mélodie, qui a déjà quelque chose d’un peu dérangeant, sans qu’on puisse mettre le doigt dessus, mais les sons, leur texture vacillante, leur coté tremblant. Ecoutons…

Au final…

LavanVille continue de fasciner aujourd’hui, et pour cause : difficile de balayer du revers de la main quelque chose qui repose sur des choses aussi impalpables que le son. Les expériences binaurales sont de l’ordre du fait, et de reconnaissance publique qui plus est. Il est donc plus que probable que des recherches sérieuses aient été effectuées sur les réactions au son binaural dès que cette technique a été identifiée. Et au sein d’un jeu inoffensif comme Pokemon, le joueur serait d’autant plus pris par surprise, d’autant plus ouvert à la suggestion. 

S’il est peu probable qu’un acte terroriste sectaire visant à reprogrammer la jeunesse pour marquer le point de départ d’un New World Order soit vraiment à l’oeuvre ici, rien n’exclut un acte isolé d’un personnage malade, le fameux et potentiellement factice M. Shin Nakamura, une expérience qui aurait mal tourné. L’histoire militaire en est truffée, pourquoi la Playhistoire serait-elle épargnée ?

N’oublions pas non plus que cette légende date de 1996, à l’époque où le Caramail désignait un bonbon mal orthographié, à une époque où les informations circulaient de façon autrement moins souple qu’aujourd’hui, et où il était facile d’étouffer certaines affaires, de faire croire que la guerre du Golfe était une guerre propre, que les nuages de radiations s’arrêtaient aux frontières. Bref, le fait que l’événement ne nous soit pas parvenu à l’époque n’est pas une preuve de sa non-existence, à mon sens.

Néanmoins, il y a trop peu de viande sur l’os pour nourrir le doute, et la solidité de certains Creepypastas reconnus depuis comme fake suffit à mettre en doute une histoire comme celle de LavanVille…mais pourtant, le doute reste permis. Et peut-être que le secret de LavanVille est là, à portée d’oreille, à la lisière du perceptible, en train de nous narguer, tout en entonnant son entêtante ritournelle, encore et encore…

Toma Überwenig

Image à la une de Fugushiman

4 réponses
    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Un compliment qui va droit au coeur!

      Et la Dream Machine et le mouvement Fluxus des années 60, c’est un peu mon Dada (hum) (mouais, les vannes sur les mouvements artistiques à 4h du mat’, c’est ptet pas la meilleure idée de la nuit…)

      Répondre

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