En préambule de ce bel et long article de notre ami Niv’ sur Legion, le plus connu des Geths, il est important de signaler que cet article est issu d’une collaboration avec le site Mass Effect Universe, référence du monde de Mass Effect en France. Alors que nous nous concentrons sur Legion, nos amis ont rédigé un gros dossier sur les Geths, ce peuple de Robots/Androide asservis. Bonne lecture mes amis !

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Ah, Mass Effect… Comme nombre de joueurs, j’ai été subjugué par cette saga de la génération précédente, au point où je fais trôner la trilogie, certes imparfaite mais o combien fascinante, sur le podium de mes jeux préférés. Rien que ça. Pourquoi une telle admiration alors me demanderez-vous ? Bien des choses mes enfants, bien des choses ! Je pourrais passer des heures à vous louer la richesse du « lore » de la série, la profondeur de son univers… Je pourrais aussi vous expliquer le succès exemplaire de sa dimension narrative, laissant au joueur l’opportunité de s’approprier le personnage du Commandant Shepard pour forger sa propre aventure, son propre Mass Effect…

Ce serait pourtant ne pas rendre justice à tant de souvenirs, tant d’histoires vécues. L’expérience Mass Effect est quelque chose qui se vit, pas qui se raconte. C’est dans la confrontation que l’on a avec les habitants de cet univers, humains et extra-terrestres, que l’on peut réellement saisir la portée de cette saga. Certains des personnages que l’on rencontre au cours de nos aventures sont probablement parmi quelques uns des plus marquants et attachants de tout le jeu-vidéo, peut-être même de tous les médias confondus. C’est de l’un d’entre eux que je vais vous parler aujourd’hui, de l’un de ces formidables alliés à même de vous accompagner, à même de vous marquer à jamais… Laissez-moi vous parler quelques minutes d’un personnage qui changea à jamais notre perception de l’univers de Mass Effect… Laissez-moi m’essayer à la tâche difficile qu’est de rendre justice à Légion, le Geth qui toucha à jamais le cœur de millions de joueurs.

Un avertissement préambule : cet article contient bien évidemment de gros spoilers de la trilogie Mass Effect.

 « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux. »

Légion ne fait pas partie de ces personnages que l’on rencontre rapidement au cours de nos pérégrinations dans la Voie Lactée. Le robot sait se faire désirer, même si, d’une certaine manière, son ombre plane avant même son introduction réelle. On rencontre en effet rapidement les Geths auxquels il se rattache, dès la première mission pour être exact. Ils sont les principaux ennemis que l’on dérouille au cours de la première aventure du commandant Shepard, faisant donc office de chaire à canon anonyme auxquels on n’accordera que bien peut d’importance. Le deuxième opus de Mass Effect est celui choisi par Légion pour apparaître. Son introduction reste malgré tout tardive au sein même de ce jeu, puisque le Geth est le dernier compagnon à pouvoir potentiellement rejoindre notre escouade. Mais quelle introduction !

Imposant comme lampe de chevet, non ?

La rencontre a lieu dans le cadavre d’un Moissonneur que Shepard et son équipe explorent avec deux buts : enquêter sur le manque de nouvelles d’une équipe envoyée sur place tout d’abord, obtenir une clé d’identification, fondamentale pour leur mission suicide (le but du deuxième opus), ensuite. Arpenter l’intérieur de l’une de ces immenses machines, capable de réaliser une extinction galactique, a quelque chose d’à la fois sinistre, intimidant et excitant. Le joueur découvre, sans grande surprise à ce stade de la série, que les membres de l’expédition disparus se sont fait endoctrinés et ont finis changés en zombis que l’escouade doit alors combattre pour survivre et obtenir la clé. On se rend rapidement compte que nous ne sommes pas les seuls à lutter pourtant, des tirs alliés nous aidant parfois, sans que l’on en voit la source. C’est après de longue minutes à s’enfoncer au plus profond de l’antique machine que son auteur se révèle : un Geth. Un détail marque aussitôt le joueur dans l’apparence de ce nouvel acteur : la présence d’un morceau d’armure N7 utilisée pour, semble-t-il réparer une partie cassée de l’unité.

Deuxième surprise : le Geth se met à parler, interpellant le commandant Shepard. Le choc pour le joueur est important, aucun autre Geth jusqu’alors n’avait pris la parole. Mais le joueur n’aura guère le temps de vraiment entamer la discussion avec le robot, puisque ce dernier se fait toucher par un tir ennemi et se retrouve aussi sec désactivé. L’escouade décidera finalement d’emmener cet étrange unité avec eux lors de leur fuite du Moissonneur à la dérive, laissant par la suite au joueur le choix : soit il le confie à l’homme trouble contre quelques crédits trébuchants et sonnant, soit il le garde inactif au sein du Normandy (le vaisseau de l’équipe), soit il décide de le réactiver pour tenter de l’interroger. Supposons que c’est ce que nous faisons, supposons que nous choisissons de laisser sa chance à cet ennemi, sorti de l’anonymat, de s’expliquer. S’ensuit alors la découverte d’un personnage dans nul pareil dans la série.

L’unité, sans nom sinon « Geth » se présente comme une unité contenant 1183 programmes différents – les Geths étant des robots disposant d’une intelligence en réseau – et ne parle donc jamais de lui à la première personne car n’étant pas réellement un individu. Pour plus de commodité, le surnom de « Légion » est finalement adopté pour le robot des suites à la référence de la Bible, « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux »(Marc 5:9). Contrairement aux autres Geths que l’on rencontre, il ne se révèle pas hostile et souhaite au contraire faire équipe avec nous. Libre dès lors au joueur de discuter avec lui pour en apprendre plus sur ces robots restés jusque là mystérieux et comprendre un peu mieux les mystères qui entourent ce Geth particulier qu’est Légion.

« … Données indisponibles. »

Cette rencontre est le point de départ pour le développement d’un personnage tout particulier. D’un certain côté, Légion est sûrement l’un des compagnons les moins développés de toute la série, en lien avec sa nature synthétique et logique qui en font un être purement ancré dans le concret. De l’autre, il s’agit d’un personnage plus grand que sa simple « personne » (si on peut parler de personne dans le cas d’une enveloppe contenant autant de consciences différentes), ouvrant une fenêtre sur les Geths pour permettre au joueur d’obtenir un aperçu de leur histoire, leur culture et leur fonctionnement, autrement que par les dires des Quariens, leurs créateurs et ennemis. Stupeur quand on découvre alors que les Geths combattus jusque là ne sont en réalité qu’une petite partie d’entre eux affectée par « un bug » les poussant à suivre les Moissonneurs. Discuter avec Légion, c’est chambouler les acquis que l’on avait jusqu’alors sur ces machines à tête de lampe que l’on a détruit par centaines jusque-là. C’est là une pleine et entière remise en cause des Geths dans la trame narrative de la saga.

La quête de loyauté de Légion en est, d’une certaine manière, l’extension logique. Après quelques temps passés avec l’équipe, le robot demande à Shepard de l’aider dans sa mission pour détruire les Geths hérétiques. Au cours de la mission cependant, l’unité fait la découverte qu’il peut, à la place, réécrire le programme de ces hérétiques pour qu’ils ne soient plus les alliés des Moissonneurs. Cela ne serait cependant alors rien de plus qu’un lavage de cerveau. Un choix moral est alors présenté au joueur, celui donc de les détruire ou celui de les soumettre à rien d’autre qu’une sorte d’esclavagisme par le biais de leur programme. Il s’agit peut être de l’un des choix éthique les plus compliqués de la série, en plus de mettre le joueur à confronter leurs agressions passées aux nouvelles connaissances acquises. Quel que soit le choix réalisé, Légion l’acceptera et sera dès lors complètement loyal envers Shepard – si on ignore la possible altercation qu’il peut avoir avec Tali, l’équipière Quarienne de votre équipe.

Le contact avec le commandant marque un tournant pour Légion et les Geths

C’est pourtant un détail qui, peut-être, a fait dépasser Légion de son statut de simple interface entre le joueur et les Geths et en fait un personnage à part entière. Au cours des discussions, Shepard obtient la possibilités de demander au robot d’où vient le bout d’armure N7 qui lui sert de pièce de rechange, apprenant dès lors qu’il s’agissait d’un bout de l’armure qu’il portait le jour du crash du Normandy SR-1. Vient finalement la question fatidique : pourquoi ? Pourquoi ce bout d’armure plutôt que tout autre bout de métal ? La seule réponse que nous donne Légion est un étrange : « Il y avait un trou », avant de finalement lâcher, après insistance, un à la fois terriblement frustrant mais aussi terriblement plein de sens « … Données indisponibles ».  Il s’agit d’un mystère dont la réponse ne sera jamais donné, pas même au cours du troisième et dernier opus de la saga, chose très rare. Cette absence de réponse donne pourtant à Légion ce qui semblait lui manquer jusque là : un élément distinctif. Elle ouvre également la porte à la possibilité que, derrière ces machines censées être uniquement des programmes s’appuyant sur calculs, logique et faits, pourrait naître potentiellement les germes d’une identité, inexistante chez les Geths.

 « Cette unité a-t-elle une âme ? »

La présence de Légion dans Mass Effect 3 a lieu au cours de l’arc consacré à la lutte entre les Geths et les Quariens pour la planète Rannoch, leur monde d’origine. Cette fois-ci, le robot n’est pas l’un de vos compagnons et restera donc extérieur à votre équipe. N’allez pourtant pas croire qu’il n’obtient aucun développement, loin de là ! Continuant son rôle de fenêtre sur les Geths, Légion  offre à Shepard et joueur la possibilité d’explorer le consensus Geth. On découvre dès lors l’histoire de ces machines, le moment où ils se sont questionnés sur leur propre conscience et comment cela a mené au conflit avec les Quariens, effrayés par leurs créations.  Un autre extrait s’y rajoute cependant, celui de la rencontre entre Shepard et Légion, la première fois qu’un être organique acceptait le contact pacifique avec les Geths depuis la guerre les opposant à leurs créateurs. Ces informations continuent ainsi d’étoffer ce que le joueur sait de ces machines, leur offrant toujours de plus en plus de personnalité.

L’évolution de Légion, et par le même prisme des Geths, reflète en réalité l’un des thèmes centraux de la Science Fiction, celle du questionnement sur notre propre humanité à partir de la figure du robot. En nous présentant des créations imparfaites comme les Geths, cherchant une place et un rôle dans l’univers, on ne peut en effet que se retrouver confronté à notre propre reflet, notre propre existence. Ainsi, l’irrationalité que semble posséder Légion, se retrouve absolument fondamental dans la recherche même d’une certaine forme d’humanité. Cela se lie également à la thématique prégnante de la saga de la relation entre le vivant et la machine. En introduisant Légion, les développeurs proposaient au joueurs la possibilité de se questionner personnellement sur cette grande question en offrant un contrepoint important à celui des Geths rencontrés auparavant ou des Moissonneurs, un rôle partagé avec IDA.

Cela culmine lors de la fin de l’arc sur Rannoch, où Shepard est amené à devoir choisir l’issu du conflit entre Quariens et Geths. Selon les options prises par le joueur au cours de la saga, reflétant d’une certaine manière son cheminement sur le questionnement de la relation entre l’homme et la machine, il est possible de pouvoir éventuellement régler le conflit de manière pacifique. Quel que soit le choix prit, le destin de Légion reste pourtant de mourir, la façon étant la seule chose changeant dans son cas. En cas d’alliance avec les Quariens, Légion, en mourant, posera cette question faisant écho à celle qui démarra la guerre « cette unité a-t-elle une âme ? », à laquelle Tali répond oui. En cas d’alliance avec les Geths ou d’une conclusion pacifique, Légion se sacrifiera pour transférer les données de la technologie Moissonneur afin d’upgrader son peuple, leur offrant une pleine et entière personnalité pour chaque unité. En ce cas la mort de Légion se fera paisiblement, après sa seule et unique phrase contenant un « je ». La fin de Légion conclut ainsi logiquement son arc narratif de la recherche de son « humanité », laissant le joueur le plus souvent particulièrement ému par la disparition de cet amas de métal qui aura su porter à lui seul un peuple entier et se créer une personnalité propre.

On pourrait passer très longtemps à parler de Légion, à s’intéresser aux thématiques qui sous-tendent son personnage ou à ses dialogues parfois savoureux. Lui rendre justice est difficile, car il est, comme tous les personnages de Bioware, un être fait de multiples couches, laissant plusieurs interprétations possibles. On ne peut cependant que reconnaître et s’incliner devant ce robot qui aura eu la lourde tâche de transmettre au joueurs une toute nouvelle vision d’un pan entier de l’univers. Il démontre à lui seul l’importance, pour les écrivains d’une saga aussi complexe, de lier leurs personnages aux thématiques soutenant l’histoire.

Légion, je suis heureux de t’avoir connu.

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