[LES TEMPS MODERNES] Lollipop Chainsaw, et un délire « Suda 51″ de plus

Punk Rock, Pop Art et Pop Culture

testlollipunk 300x161 [LES TEMPS MODERNES] Lollipop Chainsaw, et un délire Suda 51 de plusJouant de la saturation d’informations, enchaînant les absurdités avec un humour noir et grivois mâtiné de dérision, Suda51 ne lésine pas dans la surenchère kitsh. Il faut voir Juliet sauter, virevolter tout en faisant, au ralenti bien entendu, un petit signe à sa compagne d’infortune et de blondeur au volant d’un bus dont elle perd le contrôle, sans pour autant rater l’occasion de lui répondre avec un sourire éclatant. Les lèvres saturées de gloss, la jupette trop courte pour être honnête, elle enchaîne les combos et les conversations à la fois plates, sirupeuses, et parfois (souvent) chargées de sous-entendus qui visent bas. Car oui, ça transpire le sexe, mais sous couvert d’innocence, ça sue la violence mais avec une dimension gamine qui nous met systématiquement en porte-à-faux, qui opère une sorte de glissement de ton permanent. Dans une certaine mesure, on retrouve ce qui faisait le charme particulier de Shadows Of The Damned, à la différence près que les allusions graveleuses passent mieux lorsque c’est une cheerleader en costume de soubrette (déblocable si comme moi vous êtes, euh, consciencieux dans l’exploration d’un jeu…) qui les sort que lorsqu’elles viennent d’un tatoué qui se trimbale un flingue qui s’appelle « boner » (et qui crie « taste my big Boner!! » lorsqu’il fait mouche dans une séquence mémorable…). La belle se trimbale elle aussi un symbole plus que phallique avec cette tronçonneuse aux proportions douteuses, mais d’éventuelle lourdeur dans le très bon (drôle et cruel de surcroît) Shadows of the Damned, on passe ici à un décalage de plus, dans un univers déglingué. Une unité parfaite entre le gameplay, le propos, le rythme, une esthétique Pop Art et des intentions punk. Les écrans de transition évoquent autant le détournements situationnistes que les collages propres aux affiches des concerts punks fin 70′s, en passant par le comics en quadrichromie, entre le fourre-tout bordélique et l’hommage cohérent à un pan polymorphe de la culture populaire. Mais on peut aussi s’arrêter aux bonnes meufs, bonnes blagues, et au bon défouloir qu’est ce jeu. Mais comme disent les anglophones, « there is more than meets the eye ». Si si…

A retenir

Dans les méandres de la production vidéoludique actuelle, pleine de licences à succès, et dont les prises de risques sont généralement cantonnées aux plateformes de téléchargement, ou passent difficilement les frontières, il est raffraichissant et encourageant de voir un jeu du tonneau de Lollipop Chainsaw s’imposer. Drôle au possible, finement écrit, riche, débordant d’idées, il s’adresse autant au fan de l’univers psychédélique de suda51 qu’au profane. Il n’est pas exempt de défaut, mais comment un jeu de cet acabit pourrait l’être ? Pas forcément au top techniquement (l’Unreal Engine 3 se fait vieux!), un peu trop dirigiste, une action pas toujours très lisible, mais difficile de rester froid devant cette éclatante déclaration de guerre au bon goût (sans pour autant virer dans des turpitudes du type « un héros au franc-parler notoire ramasse son caca et joue avec », suivez mon regard…), toute en prise de risque et radicalité dans ses choix artistiques. Un jeu qui a des choses à dire, et qui, sans être le jeu du siècle ni une pure révolution (eh oui, le père Suda51 commence à souffrir de sa propre concurrence, et les fans, s’ils reprennent volontiers d’un plat dont ils connaissent les saveurs, pourraient tout aussi bien lui trouver un arrière-goût de réchauffé…), s’avère trop généreux et malgré tout audacieux pour qu’on se permette de passer à côté, pour peu que l’on ait envie de goûter à quelque chose d’autre qu’un énième FPS ou TPS quelconque (et que les couloirs ne vous rendent pas claustro). Simplement un jeu d’amoureux du jeu, de quelqu’un qui crée en s’amusant, s’amuse en créant, et qui réussit à dérider. Et ça, ça fait du bien.

Informations sur le jeu

Plateformes : Playstation 3 – Xbox 360

Genre : Beat them all

Développeurs : Grasshopper Manufacture Inc

Éditeur : Warner Interactive

Date de sortie : Juin 2012

toma überwenig

Pages: 1 2 3

À propos Toma Überwenig

Aimer jouer et être bon aux jeux ne vont pas forcément de concert, j'en suis la preuve (à peu près) vivante. Vaguement musicien, je joue dans Scorpion Violente, le groupe qui souille le dance floor, fait hurler les gnous, et sent le stupre, la luxure et les pratiques que la morale réprouve.

4 Comments

  1. Totof

    Excellent article, Toma. Belle analyse, ça me donnerait presque envie s’il n’y avait pas ce gameplay apparemment pas gégé. Dans Killer 7, ça m’avait tout gâché.

    • Toma Überwenig

      Merci Mr Totof!
      Mais tu pourrais y jeter un oeil (il suffit de dire « preum’s » :-) ), car on est loin de la radicalité des choix de gameplay de Killer 7. Ici c’est du bon vieux beat’em up, plutôt souple, même si basique. On pense plus à un No More Heroes assoupli qu’à Killer 7.

  2. Bloodevil

    J’ai vraiment du mal avec l’équipe Suda. Enfin les seuls que j’ai essayé sont Killer7 et NMH, mais ça a été pour moi les jeux les plus chiants que j’ai eu l’occasion de faire.
    Cet humour ne marche pas sur moi, je trouve tous ces délires un peu vains, et ils ont des carences évidentes en game-design.

    Du coup j’ai l’impression de passer à côté de quelque chose de grand, c’est frustrant ^^. Et apparemment c’est pas ce Lollipop qui me fera changer d’avis.

    Par dessus tout ce qui me gène c’est que Grasshopper à l’air de faire du Suda « histoire de faire du Suda ». Le style SUda évolue au fil des jeux ou bien c’est toujours le même combo « kitch-style-trash-wtf » ?

    • Toma Überwenig

      Mais la réponse se trouve dans mon sublimissime article sur Grasshopper ;-P!
      Mais si tu as la flemme, je vais te répondre ici, je suis pas comme ça.
      En fait, Lollipop Chainsaw marque et une forme d’aboutissement, et une limite, héritier direct de NMH, sans pour autant donner dans la redite, et en offrant une plus grande souplesse, point qui m’avait un peu bloqué sur les NMH, malgré ma pure admiration pour ces titres. Mais s’il nous ressert la même recette pour son prochain titre, là, je commencerai à avoir des doutes sur la viabilité du studio et sa capacité à sortir du carcan NMH.
      Mais par contre, quand on regarde globalement, je trouve qu’on distingue des tendances chez Grasshopper, mais que leur catalogue est bien varié.
      Prend le magistral Shadows of the Damned par exemple, qui renoue avec l’époque du grand RE4, ou l’excellent shooter Sine Mora, ou encore le 4eme opus de Project Zero, entre autres, tu auras des jeux qui tiennent de la déclaration d’amour à un genre, que Suda51 maîtrise, respecte, avant de le détourner.
      Si à l’évidence il a une recette qui marche, je ne crois pas qu’il fonctionne en ces termes, mais simplement qu’il fait ce qu’il aime, sans se soucier d’autre chose. Et oser mettre le plaisir au centre de l’équation plutôt que des études de marché, c’est une démarche qui impose le respect.

      Mais je comprends vraiment qu’on n’accroche pas à son style. Soit ça passe, soit ça casse, juste une question de goût ; si les 5 premières minutes te gavent, c’est que ce n’est pas ton trip (c’est pas comme un FF où il faut y jouer 5 heures avant de pouvoir décider si ça te plait ou non :-) )

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