Persona-4-Golden-Box-Art

Cet article pourrait tout aussi bien être un test (sous entendu, test d’un jeu rétro) car le jeu dont il s’agit est à peu de choses près identique à Persona 4, sorti sur Playstation 2 en 2008. Pour ma part, la série des Persona était restée dans un coin de mon esprit, j’en entendais du bien et la rumeur disait que chaque opus s’arrachait au Japon. Plutôt peu porté sur le RPG en général, j’évitais jusqu’à présent de mettre la main dessus malgré des opus PSP qui me tendaient les bras. Cela dit, lorsqu’un jeu que la critique a affublé de tous les superlatifs fait son grand retour sur une console qui cherche désespérément à se construire un catalogue digne de ce nom, il est difficile de passer complètement à côté. Mettons donc tout de suite certaines choses au clair : à part de minuscules fonctionnalités annexes (sur lesquelles nous reviendrons) et quelques scènes cinématiques en animé, Persona 4 The Golden est identique à son prédecesseur. Un remake à minima mais qui évite de tomber dans la surenchère de fonctions tactiles inutiles auxquelles la Vita nous a habitué. Pour ceux qui ont déjà eu le loisir d’écumer l’opus PS2 à grand coup de centaines d’heures dans la tronche, ce sera pour eux comme remplacer leur bon vieux livre de poche corné contre une édition La Pléiade. On regrettera cependant, pour nos amis francophiles, l’absence totale d’une autre langue que celle de Shakespeare ; les amateurs du Japon ne pourront d’ailleurs pas non plus passer aux voix japonaises pourtant bien plus expressives.

Un jeu massif, tout simplement

Un début animé inédit qui préfigure à plus de trois heures d'introduction, que demander de plus ?

Un début animé inédit qui préfigure à plus de trois heures d’introduction, que demander de plus ?

J’aimerai avant tout commencer par une anecdote. Je ne connaissais rien de la série lorsque j’ai lancé ce jeu et me suis donc plongé dans l’aventure sans trop savoir à quoi m’attendre. Quelques heures plus tard, je comprenais pourquoi ce jeu était un énorme superlatif à lui tout seul. L’introduction avait vraisemblablement duré trois heures et je commençais à peine à me diriger dans le jeu à ma guise, autant dire que ce temps avait largement été mis à profit pour m’impliquer peu à peu dans l’ambiance à la fois macabre et bon-enfant qui caractérise Persona 4. C’est donc avec une impression d’aboutissement rarement atteint par des développeurs que je pénétrais dans l’univers de ce jeu. Or ce début mémorable m’a tellement marqué que je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui souhaiteraient découvrir le jeu à l’issu de la lecture de mon Temps Modernes – et ils auraient raison ! – donc j’éviterai de trop en dire sur le scénario. Toujours est-il que Persona 4 a, en comparaisons de ses prédécesseurs, un ton narratif plus léger, ce qui ne l’empêche pas de traiter d’événements aussi sérieux que la mort.

Vous aurez rapidement l'occasion de parcourir des donjons très simple mais avec des combats très techniques.

Vous aurez rapidement l’occasion de parcourir des donjons très simple mais avec des combats très techniques.

Nous incarnons donc un jeune lycéen japonais, qui habitait jusqu’alors la « grande ville » (on suppose Tokyo), obligé de déménager chez son oncle dans la campagne. Mais alors que le jeune homme rêvasse dans le train, il visualise une étrange scène, il converse avec un vieil homme dans une grande limousine, que celui-ci appelle la pièce en velours, et qui lui révèle que les événements à venir seront décisifs. Notre héro arrive donc à destination, découvre le nouveau foyer, le nouveau lycée et le centre ville. Mais après de multiples péripéties dont je ne dirai mot, il découvre un autre monde caché à l’intérieur des télévisions. C’est alors que la dualité du jeu prend tout son sens car avec ces deux mondes le joueur pourra alterner entre deux gameplays distincts : le RPG et la simulation de vie. On comprend donc pourquoi Persona se vend si bien au Japon n’est-ce pas ? A partir de là commence quelque chose qu’on aura du mal à mesurer, il vous reviendra de meubler à votre guise (ou presque) une année scolaire complète ! Et quand je dis à votre guise, je ne plaisante pas une seconde, entre la participation aux clubs de sport ou de culture, les cours et les examens, les sorties entre amis, les rencontres fortuites et bien sûr l’exploration du monde de la TV et la résolution de son mystère, votre année sera bien remplie. Mais vous vous demandez déjà comment sont liés ces deux gameplays relativement différents l’un de l’autre ? Là encore, Persona 4 The Golden fait opérer sa magie.

8 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Excellent test, mon bon Greyfox, qui partage avec efficacité ce sentiment de vertige dont on est pris lorsqu’on commence à entrevoir l’épaisseur d’un des jeux de cette excellente série!

    Et effectivement, l’emprunt à Jung et ses archétypes est loin d’être innocent, ne serait-ce que dans l’utilisation du Tarot, qui est considéré par beaucoup (dont Jung et le cinéaste/shaman/auteur de bd Jodorowski) comme une sorte de carte dynamique de l’âme, au sein de laquelle des archétypes religieux, psychologiques, mystiques, shamaniques se croisent, se répondent et entrent en résonnance.

    Concernant Jung, il faut voir comme il lutte dans Psychanalyse et Alchimie contre sa propre découverte, qui risque de le décrédibiliser face à la communauté scientifique et son mentor Freud, donc il avance à reculons, mais le verdict est sans appel : l’inconscient collectif existe, est bien là, habité par les Dieux Anciens, les symboles, les archétypes platoniciens…etc.

    Et quand il annonce à Freud qu’il va orienter ses recherches dans cette direction, ce dernier tombe tout bonnement en syncope^^.

    Enfin, je digresse, mais tout ça pour dire que j’ai pris plaisir à lire ton test, et à voir que tu ne t’es pas arrêté au jeu mais que tu as été fouiner plus loin, contrairement à une bonne majorité de testeurs des jeux de cette série.

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    • greyfox0957
      greyfox0957 dit :

      Un Grand merci Toma, de faire ce que je ne pouvais pas vraiment faire dans le test, à savoir développer la psychologie de Jung en profondeur 🙂

      Clairement Jung était tombé sur un truc vraiment intéressant, et le plus intéressant c’est que les neurosciences tendent à démontrer de façon scientifique (je veux dire avec des sciences dures, la physique notamment, par mesure des influx nerveux) une grande partie de la théorie jungienne. Il y a effectivement des structures collectives qui viennent de notre génome d’homo sapiens sapiens et qui s’expriment par les fameux archétypes, et même ces représentations primitives de la divinité.

      Enfin je ne peux que me réjouir que Atlus ait décidé de choisir Jung et pas Freud, car plus ça va et plus on remarque que malgré ses opinions apparemment loufoques (l’alchimie, l’inconscient collectif, etc) Jung vieillit beaucoup mieux que Freud.

      D’ailleurs puisqu’on en est là, ce n’est pas forcément la bonne tribune pour le faire mais l’alchimie tient un rôle particulièrement important dans mes recherches.

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      • Toma Überwenig
        Toma Überwenig dit :

        Là, il va juste falloir que tu m’en dises plus au sujet de tes recherches!!!

        Même si je trouve un peu dommage de « démystifier » Jung, bien que profane total en science (et peut-être grâce à cet état de fait^^) je ne suis pas trop étonné par ce que tu m’apprends ici quant à l’ancrage éventuel des archétype à même l’ADN humain, cette zone étant d’une richesse à faire peur (sa cartographie m’a toujours fasciné, et l’hypothèse du « junk DNA » toujours laissé un peu dubitatif).

        Et je te rejoins sur Jung vs Freud, c’est une de mes déceptions par rapport à certains films de Lynch, ses références Freudiennes au seins d’univers pourtant clairement Jungiens, habités par des panthéons d’Archétypes/Dieux.
        Freud est brillant, aucun doute là dessus, mais sa volonté de réduire le langage de l’inconscient à du « négatif », de l’expression psychotique et névrotique le fait passer à coté de toute la puissance des rêves notamment, de ce qui s’y passe vraiment.
        D’où l’Anti Oedipe de Deleuze et Guattari, je crois…
        …euh, on parlait de jeux vidéo, à la base, non^^?

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        • greyfox0957
          greyfox0957 dit :

          Le problème de Freud est notamment d’avoir largement forcé ses résultats à entrer dans ses intuitions là où Jung, peut être moins névrose (précisément !) a au contraire fait murir son idée de départ (freudienne) avec les résultats intriguant qu’il obtenait.

          Pour ce qui est de la science, je dois dire que je me suis d’abord intéressé à Jung avant de m’y connaître mieux sur le cerveau donc je partage un peu ta déception de voir se démystifier certaines choses qui paraissent clairement magiques. Cela dit la science n’empêche pas certaines manifestations magiques comme celles qu’on peut avoir en lisant Jung ou Bachelard (qui est clairement Jungien dès qu’on aborde l’art et l’imagination). La science enrichit énormément les analyses de Jung aujourd’hui, et on découvre que nous avons des principes moraux primaires ancrés dans le cerveau et qui nous permettent d’aborder le monde (comme la réciprocité ou le respect vs l’autorité), reste à voir comment ces principes peuvent s’incarner, sous la forme de divinité primaire ? Le lien reste complètement mystérieux.

          Hum ce petit Persona est bien inspirant 🙂

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  2. Le serpent
    Le serpent dit :

    Nooonnnnn…. Encore une référence à MGS mais c’est pas possible !
    Blague à part, à la fin de chacun de tes articles, tu élargis l’analyse et c’est génial !

    J’ai adoré cette mise en profondeur philo-psychologique.

    Et le jeu à l’air de déchirer !

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    • greyfox0957
      greyfox0957 dit :

      Content que ça te plaise :), c’est toujours difficile d’introduire en peu de mot des interprétations qui parfois peuvent se développer en plusieurs pages mais je trouve que, pour les jeux qui nous le proposent, c’est une vraie valeur ajoutée qu’il ne faut vraiment pas ignorer !

      Le jeu déchire en effet, mais ça je pense que c’était assez clair 🙂

      Où ça une référence à MGS ? 😀 Je n’aurais pas encore osé…

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  3. Disposable Hero
    Disposable Hero dit :

    Bon test et bonne recherche de fond (punaise vous m’avez donné envie d’aller lire du Jung, moi qui m’étais déjà mis à Dante récemment…)
    Une précision tout de même : Persona 4 est un copié collé inférieur de son prédecesseur Persona 3, qui lui est beaucoup plus profond en terme d’histoire et de gameplay.
    Voila, juste pour rendre à César, etc :p

    Bonne continuation !

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  1. […] Par exemple, pour glisser doucement mais sûrement vers le jeu vidéo et illustrer le propos, Persona 4 s’inscrit dans ce moule shōnen, puisqu’il en reprend tous les codes, tout en incorporant cet […]

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