On aurait tort de considérer que les jeux qui sortent sur les plateformes de téléchargement (XBLA, PSN, WiiWare) se trouvent là pour des raisons de qualité insuffisante pour une sortie en boîte. Les perles indépendantes comme Limbo, la série des Pixel Junk, ou la récente édition physique de la série des Bit.Trip sont autant de preuves qu’il se passe quelque chose de grand dans cette zone qu’il serait dommage de négliger. Et force est de constater que l’audace est souvent au rendez-vous, ainsi que de fortes identités artistiques, des parti-pris radicaux, qui passent ou cassent suivant les joueurs. Puddle fait partie des perles qui déconcertent, puis accrochent, pour peu que les défis de taille ne vous fasse pas détaller.
Un arc-en-ciel reflété dans une flaque étrange…
Il faut croire que la physique des fluides est un problème qui perturbe certains de nos créateurs français. C’était déjà le dada d’Omar Cornu qui, après s’être fait les dents sur l’excellent Soul Bubbles sur DS avec sa place prépondérante des éléments et de la physique des corps, bulles, gaz et fluides confondus, se retrouve chez Q-Games pour déverser ses obsessions dans le magistral Pixel Junk Shooter, où l’interaction entre les fluides se trouve au centre de cet étrange puzzle shooter. Et voilà qu’un groupe de six étudiants nous amènent Puddle, où le fluide prend carrément la place centrale! Le concept est simple et audacieux : à l’aide des gachettes, vous inclinez le terrain vers la gauche ou la droite, comme dans LocoRoco, sauf qu’au lieu d’influer sur les mouvements d’un personnage rondouillard et bondissant, ce sont des liquides divers et variés que vous allez aider à évoluer à travers des perles de level-design retors, et ainsi visiter huit mondes divisés en six stages. A l’évidence, la physique de votre flaque (traduction directe de « puddle ») est au centre du jeu, et celle-ci est sans pitié, se répandant sans vergogne, vous laissant galérer à jouer sur la pente du terrain pour rassembler les gouttelettes éparses de votre précieux liquide, afin de le mener tant bien que mal à la sortie. Trop de pertes et c’est vous êtes bon pour recommencer le niveau… A moins que vous décidiez de jouer votre ouinouin! Oui, vous avez bien lu, non contents d’avoir corsé le jeu comme il faut, les créateurs prennent en plus plaisir à vous humilier en appuyant le sentiment d’échec, de renoncement si vous utilisez un des deux passe-droits disponibles. Cela dit, si vous avez joué votre ouinouin trop tôt et que vous vous retrouvez à nouveau bloqués plus loin, rien ne vous empêche de revenir sur le stage passé à coups de jérémiades pour tenter cette fois de le maîtriser avec brio et récupérer votre passe-ouinouin. Cruels donc, mais pas trop…
Diversité des flaques
Le concept est excellent, le moteur physique parfaitement maîtrisé, mais on pourrait légitimement craindre la lassitude, à faire se balader une flaque d’eau dans des tuyaux… Mais justement, paradoxalement, un des points forts de Puddle, c’est sa diversité. Chaque monde a une thématique bien distincte, un environnement spécifique. Dans le premier monde, on manipule du café vers la bonde d’évacuation d’une cuisine, puis de l’eau dans des conduites, pour amener cette dernière dans une chaudière avec ses zones chauffantes faisant évaporer le liquide. Les créateurs du jeu ont su décliner le concept avec ingéniosité, nous faisant manier un liquide inflammable ou de la nitroglycérine (attention aux mouvements brusques…) à travers un laboratoire, de l’engrais un tantinet corrosif à travers des décors verdoyant qui brûle certaines herbes mais fait fleurir d’autres plantes, un liquide non-identifié (mais très probablement sévèrement alcoolisé) à travers le corps humain, un liquide verdâtre dans les conduites d’une usine désaffectée ou de traitement des eaux usées, les idées géniales pleuvent et chaque stage offre une nouvelle expérience ; les règles changent à chaque nouvel environnement et il ne suffira pas de comprendre ce qu’il faut faire pour réussir à torcher un niveau, votre agilité et sens de l’observation, d’anticipation étant mis à contribution et à rude épreuve. Car la vitesse est un facteur important pour passer certains obstacle, mais vous avancez la plupart du temps à l’aveuglette, ce qui vous force à vous jeter plus d’une fois dans la gueule du loup, par exemple en plein dans une flamme qui évapore toute votre eau, à cause d’une bête petite bosse que vous n’aviez pas remarquée. Vous recommencerez la plupart des niveaux, plusieurs fois, le jeu étant très punitif. Cependant la persévérance portera ses fruits, et vous permettra peut-être de découvrir un des passages secrets qui vous avait échappé, de prétendre à l’une des trois médailles possibles, mais aussi de profiter de la beauté du jeu, de son ambiance peu commune.
![boxartlg boxartlg [LES TEMPS MODERNES] Puddle, le fluide nous va si bien](http://www.le-serpent-retrogamer.org/wp-content/uploads/2012/04/boxartlg.jpg)