Mes salutations, ô mon civil reptile.

Je précise en préambule que le titre de cette nouvelle chronique n’a aucun lien avec un héros de bande dessinée dont j’avoue qu’elle a parfois réussi à me faire esquisser quelques sourires. Là où celle d’un célèbre vidéaste en chemise hawaienne m’a au mieux laissé froid, au pire totalement consterné.

A une époque où l’on tient pour acquis que le stick arcade est un périphérique de contrôle supérieur et où l’on assiste à l’émergence de tout un nombre de joueurs qui procèdent au clavier (et de cette immonde dénomination qu’est la Master Race, j’adresse un bras d’honneur retentissant à tous les abrutis consanguins qui s’en réclament), j’ai la triste impression que l’on tend à oublier ce mode de contrôle pourtant si familier que sont les manettes, alias joypads pour les branchés, alias encore pads pour les adeptes des monosyllabes.

J’ai souvent suscité la surprise, l’étonnement voire la stupéfaction en énonçant jouer à la manette. Une surprise, un étonnement voire une stupeur que je suis à cent lieues de comprendre et même de concevoir : après tout, n’ai-je pas toujours joué ainsi ? Certes, mon parcours en salle (du temps où l’on trouvait encore des salles d’arcade en France, et même parfois plusieurs par ville), je n’avais pas d’autre solution que d’astiquer les sticks (toute ressemblance auditive est indépendante de ma volonté). Mais je ressentais la différence, et ce en dépit de certains succès sur les jeux en question, je rêvais déjà à l’époque de bornes d’arcade sur lesquelles les fabricants auraient un jour la lumineuse idée d’adapter des ports-manettes, au hasard, pour les pads Super Nintendo ou Saturn. Sans compter les nombreuses fois où ces malheureux sticks arcade, trop énergiquement branlés (à l’origine, le terme « branler » veut dire « bouger », j’en veux pour preuve que Scapin disait à Géronte « ne branlez pas » dans la pièce de Molière Les Fourberies de Scapin, Acte 3, scene II, petit aparté littéraire à l’intention des lecteurs à l’esprit mal tourné) par de gros bourrins venus avant moi, ont fini par me lâcher en plein stage 7 de Raiden ou au moment où j’aller enfin réussir à passer le level 5 de The Punisher. De plus, le technicien de la salle de jeux la plus fréquentée de mon patelin étant un imbécile fini que je haissais et réciproquement, inutile de penser à se plaindre ! J’en étais venu à repérer ces individus destructeurs de sticks et à me résoudre à ne plus jouer quand je les voyais présents dans la salle surchauffée hiver comme été. Hélas ce système n’était pas 100% efficace et bien souvent, c’était après avoir mis ma petite graine dans la fente de l’appareil que je m’apercevais que le stick ne répondait plus. Remarquez c’est un peu normal, et ces messieurs ne me contrediront guère : après une agitation et un va-et-vient prolongés, on rentre en phase réfractaire, durant laquelle toute réponse d’ordre excitatoire est impossible. Les lecteurs auxquels j’ai du faire un rappel théâtral quelques lignes auparavant peuvent se permettre d’avoir l’esprit mal tourné ici.

Alors que jamais ce type de problème ne m’est arrivé avec une manette, même après les pires soirées entre sanguins du joypad ! Et maintenant que j’y pense, tous ces pads ont pourtant reçu leur lot de pressions, d’attouchements rapides et parfois même de viriles projections au sol faute à un ennemi trop efficace, même si aujourd’hui je dirai en toute franchise que c’était plus la faute à la nullité du joueur mal préparé ou pas assez méthodique que certaines manettes ont fait connaissance avec le parquet ou la tapisserie. Aussi je leur présente mes sincères excuses ; d’autant plus qu’ils ont enduré des sessions prolongées de Street Fighter II (avec ses manip’ parfois saugrenues),  de Super Mario Kart (et ses dérapages qu’il fallait bien contrôler d’une façon ou d’une autre), de Track & Field (pauvres boutons martelés à la limite de la cruauté) et bien évidemment de je ne sais trop combien de shoot them up, genre maudit de tous mes joypads qui unit déplacements aiguisés et martelage intense pour certains, écrasement permanent pour d’autres ! Mais eux, au moins, ont toujours tenu le coup.

Logitech Precision. Un conseil : achetez-vous des sucettes à la place, elles vous occuperont plus longtemps.

Logitech Precision. Un conseil : achetez-vous des sucettes à la place, elles vous occuperont plus longtemps.

Aujourd’hui, les joypads ont, comme le jeu vidéo d’ailleurs, tracé leur route vers une évolution à mes yeux fort peu enviable. Entre autres victimes, la déplorable manette PC Logitech Precision qui n’a de précis que la prétention en plus d’être d’une criminelle fragilité : ma première manette du cru , à peine déballée, m’a offert sa croix directionnelle après deux parties de Tetris Plus 2. Croix directionnelle dont l’efficacité pourrait rivaliser avec les bagues miraculeuses de Danièle Gilbert ou celle des avions renifleurs, il m’a suffi de trois essais sur Dragon Blaze pour m’en apercevoir. En deux jours, je me suis donc deux fois offert la joie de me faire rembourser. Je passerai sous silence les « manettes » qu’il faut agiter dans l’air comme un chef d’orchestre atteint de tremblote…

Le pad XBox 360 est celui qui aujourd’hui encore accompagne mes quelques incursions dans le monde des pixels, et si je trouve son ergonomie tout à fait acceptable, sa fragilité n’est en pas moins intolérable, je la mettrai même sur le compte d’une erreur de concept, un peu comme la consommation de piles de la Game Gear, mais si, la seule console portable qui revenait plus cher en piles qu’en jeux ! Mais me diras-tu mon venimeux confident, ce pad 360 est solide, ses touches aussi, donc pourquoi suis-je ainsi affairé à le calomnier ? Tu oublies juste la résistance plus que relative de ses sticks analogiques ! Car oui, et je vois ta langue fourchue pendre de stupéfaction, mais c’est avec le stick analogique gauche de cette manette que je contrôle l’espace et le déplacement de mes héros, de mes vaisseaux, de mes blocs et autres billes selon le jeu effectivement pratiqué ! Ma position est singulière, car je suis assez d’accord avec ceux qui trouvent cette façon d’opérer étrange, mais cela ne justifie en rien le fait qu’aujourd’hui j’en suis à ma septième manette 360…Faut quand même pas abuser. Hélas, ce pad est le seul avec lequel je suis encore capable de jouer quand je pratique sous émulateur…Car l’émulation permet de publier ses parties et revient moins cher que toute une batterie de matériel d’acquisition. Quoique je finis par me demander : avec toutes ces manettes, n’aurai-je pas mieux fait d’investir dans ce matos d’acquisition finalement ?

Un paddle robuste et résistant comme Achille... mais qui hélas comme Achille a un point faible...très faible !

Un paddle robuste et résistant comme Achille… mais qui hélas comme Achille a un point faible…très faible !

Question confortée par l’état de marche toujours pimpant de tous mes paddle de l’époque, qu’ils soient sur Super Nintendo, NES, Megadrive, Master System, Playstation et Playstation 2, Saturn et Dreamcast. Attention, tous ne sont pas exempts de défauts, l’ignoble pad Dreamcast par exemple a du être conçu par un ivrogne mais bon, il marche encore correctement. Mais mon rampant compère, si tu me demandes aujourd’hui de trouver de mauvais points aux manettes NES, Master System, Super Nintendo ou Saturn, je serai bien incapable de te donner une réponse.

Tout ceci pour conclure : si ce qu’il est convenu d’appeler le retrogaming a su perdurer, c’est sans doute aussi grâce à sa solidité ! Ou plutôt ses solidités : celle des jeux, celles de ses univers, de ses gameplay divers et variés, et celle de ses manettes « construites pour durer », pour reprendre le slogan dans les années 80 d’une célèbre marque d’électroménager.

Messieurs les fabricants : cela vous dérangerait-il de proposer du matériel à l’épreuve du jeu ? Ce qui me semble assez évident pour ne pas dire aller de soi s’agissant de matériel destiné…à jouer ! Voyez-vous, je préfère poser mes fesses sur un tabouret en bois à les poser sur un trône de cristal. Car en définitive, la finalité de ces deux ustensiles est la même, mais si l’un est plus attirant que l’autre, il n’en demeure pas moins plus dangereux car avoir l’arrière-train truffé d’éclats ne doit pas être bien plaisant. Alors cessez de nous gaver de matériel ultra sophistiqué mais moribond à l’achat, et revenez aux fondamentaux : du solide et dédié au jeu ! Bref : au lieu de toujours vous imaginer ce que vous pourriez encore inventer comme babioles pour faire rentrer la fraîche, rappelez-vous qu’il fut un temps où vous saviez faire les choses en bien…

Dois-je encore te remercier de m’avoir écouté, mon serpent ? Faudra que tu passes souper à la maison un de ces jours, j’en serai honoré.

Yace.

Vieux grincheux, pas si vieux.

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