Salut à toi, collègue reptilien !

Vois-tu, je t’envie. Toi tu n’as pas à te torturer l’esprit de questions plus ou moins grotesques comme celle de savoir pourquoi des êtres fragiles comme du cristal se croient obligés d’aller montrer leurs couilles devant de bien inutiles périls, comme celui d’affronter mano a mano un taureau d’une demie-tonne devant un parterre de pauvres cons qui gueulent « Olé » d’une seule et même voix. Toi tu te contentes juste de capturer ta pitance quand la nécessité s’en fait sentir, bref tu ne cherches qu’à vivre. Et je t’admire pour ça. En plus tu aimes le retrogaming ! Bref gloire à toi mon ami, et merci encore de ton oreille attentive et amicale.  Finalement on se ressemble sur bien des points : nous aimons tous les deux la bidoche, nous aimons tous les deux le bon vieux jeu des neiges d’antan et nous avons tous les deux la langue fourchue.

Le 9 juillet dernier, un jeune matador (de l’espagnol : tueur, faut-il le rappeler) est mort sous la corne d’un fier représentant bovin qui avait toute sa fougue (on ne l’avait pas encore changé en boeuf en lui coupant l’usine à sperme). Je sais et je le crie haut et fort : un homme qui meurt à même pas trente ans sous le poids d’un animal déchaîné, c’est malheureux, et d’autant plus choquant que nul n’a besoin de ce genre de spectacle, quelle que soit l’issue de la rencontre entre l’homme et la bête. Je ne tomberai pas dans les travers des imbéciles qui d’un côté au nom de la tradition réclament le maintien de ces exhibitions infâmes, ni dans ceux des non moins imbéciles qui se réjouissent au nom de la défense animale de la fin de ce malheureux. Malheureux qui a certes embrassé une carrière si abjecte qu’elle pouvait précisément entraîner sa propre mort… Car vois-tu mon serpent, entre les cons d’un bord et les cons de l’autre bord, je me range à tes côtés, c’est à dire loin d’eux !

Tu m’as souvent entendu pester contre l’intrusion de la morne, cruelle et absurde réalité dans l’univers du jeu vidéo.  Ce triste épisode me donne hélas l’occasion d’une désillusion supplémentaire. Jusqu’en 2015, le jeu vidéo auquel on pouvait reprocher de s’être hélas vendu à bien des turpitudes (qu’elles se nomment Super Battle Tank, Call of Duty ou Desert Strike) avait au moins eu le bon goût de ne pas se fourvoyer dans cette activité exécrable qu’est la tauromachie. Je m’étais souvent d’ailleurs étonné à ce propos : à l’époque où ces damnés développeurs n’avaient aucune vergogne à prostituer (entendez « prostituer » au sens d' »avilir ») le jeu vidéo à grands coups de treillis de Marines et des messages bien partisans voire racistes (donc en un mot bien merdiques), aucun studio n’avait eu la funeste idée de sortir un simulateur  de corrida ! Et pourtant, nous savons tous les deux mon vipérin interlocuteur que ce ne sont pas les simulations qui manquent ! Certaines sont d’ailleurs assez stupéfiantes, comme celle de conduire un bus dans un désert vide et chiant comme une messe énoncée par un bègue (Desert Bus) ou celle d’un responsable d’hygiène de chiottes (Toilet Simulator). Si si, ces choses existent ! Etonnant, non ? Mes amitiés à Pierre Desproges au passage, qui n’aura hélas pas été foutu de crever d’autre chose que d’un putain de cancer, franchement Pierrot tu as déconné…

Ca fait envie, non ? J'ai envie de distribuer des pralines soudain...

Ca fait envie, non ? J’ai envie de distribuer des pralines soudain…

Mais pas autant déconné que le Studio espagnol Reco Technology qui, en 2015, présenta Toro, le premier projet de simulation de massacre gratuit et qui depuis sévit sur  XBox One et PS4. Je dis bien « massacre gratuit », car si le massacre est une composante de base de bon nombre de jeux et particulièrement de ces vieux jeux que j’idolâtre tout comme toi mon crotale de bon goût, il n’était jamais gratuit justement. Massacrer des aliens par milliers dans un shmup ? C’est avant tout pour sauver le monde. Massacrer des soldats par centaines dans Metal Slug ? C’est pour apprendre à ces salauds impérialistes et à leur chef Morden à ne pas venir emmerder le monde libre et démocratique. Et de plus dans Metal Slug, cette hécatombe est largement tempérée par un humour omniprésent et plus subtil qu’il n’en a l’air, là où le rival Contra est bien plus destroy, mais dans lequel on sauve aussi le monde ! Alors que là, on se contente juste de torturer avant de mettre à mort un animal pour l’amusement d’une triste galerie. Oui je sais mon serpent, on met bien à mort veaux, vaches, cochons, couvées…mais il s’agit là d’une nécessité alimentaire et tu sais tout comme moi que pour qu’un mouton devienne ragoût ou qu’une morue participe à une brandade, il faut bien en passer par là, et contrairement à toi la nature ne m’a pas équipé d’un gosier assez extensible pour avaler ma pitance toute frétillante encore (exception faite des huîtres). Mais je m’égare, je disais donc que depuis 2015, le jeu vidéo a perdu ce qui était sans doute l’une de ses dernières lignes de décence avec cet infect simulateur de corrida…

Merci au regretté Charb...

Merci au regretté Charb…

Je ne sais pas à qui en vouloir le plus, mais je n’aurai de cesse de dénoncer cette imbuvable évolution du jeu vidéo vers toujours plus de cynisme et d’abjection. Par tous les poils pubiens d’une actrice de cinéma olé-olé (aucun lien avec la corrida) des années 70, pourquoi foutre a-t-il fallu que le jeu achève d’être ce vecteur si justement et subtilement chimérique pour devenir une lâche et servile reproduction de la pourriture réelle que je cherche précisément à fuir quand je branche ma console ? Et pourquoi les derniers verrous de pudeur que le jeu entretenait jusqu’à maintenant sautent-ils tous autant que les partis politiques nous emmerdent sans même désormais nous passer la vaseline avant ?

La bêtise cruelle qui hélas fait la réalité n’a pas besoin de s’incruster dans un loisir d’évasion et, plus crûment encore, nous n’avons pas besoin de pauvres dégénérés bercés trop près du mur pour ainsi faire du jeu vidéo ce salmigondis de connerie reprise d’un monde dont on se demande s’il est sérieux pour paraphraser La Corrida de Cabrel ! Aujourd’hui, un homme est mort des bonnes oeuvres d’un taureau, et ce n’est pas le premier de ces pantins peinturlurés à crever de la sorte….Alors que cet homme serait encore en vie s’il ne s’était pas cru obligé de faire le guignol dans l’arène, et ce taureau aurait pu servir à autre chose, comme reproducteur (la belle vie pour lui et pour moi qui ai toujours fait mes délices de la blanquette de veau et qui ai au surplus un faible pour tous les morceaux bovins, du museau à la queue !).

Alors ne te crois pas obligé mon serpent de devoir enfiler la tenue grotesque du matador, et ni de devoir jouer à cette immondice du studio Reco technology qui est hélas une sinistre première dans ce processus déjà déplorable de la dégénérescence du jeu vidéo sous l’impulsion de ces salopards avides de fric… Et de voir le jeu vidéo perdre tout ce qui nous fait rêver pour mieux nous priver de ce plaisir enfantin de fuir ce monde absurde par une bonne mission de sauvetage de princesse ! Aujourd’hui il faut jouer au tueur ou au maque pour devenir le king des petites frappes de GTA, dessouder ces sales Russkofs pour devenir le king des Marines, c’est déjà bien assez…Pour en plus devenir le king des toreros. Et pour rendre hommage à la production espagnole de jeu vidéo (car oui elle existe !), on peut rejouer à ces perles qu’étaient Thunder Hoop, Radikal Bikers ou Football Power du studio Gaelco, tout comme on doit à présent lever son majeur pour ces messieurs de Reco technology en gueulant « Porcherie » !

Et merci à Franquin. Cornada en las roubignolès des développeurs de este juego de mierda...Qué diablos !

Et merci à Franquin. Cornada en las roubignolès des développeurs de este juego de mierda…Qué diablos !

Merci à toi de m’avoir invité à causer avec toi, je te quitte là,  j’ai un boeuf bourguignon sur le feu. Ben tiens, tu voudrais pas  venir t’en délecter avec moi ?

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

Humeur dédiée à ceux qui aiment les tripes à la mode de Caen.

 

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