Mes salutations mon serpent. Oui je sais ça fait un peu hautain, mais j’ai trop de respect pour toi pour te balancer à nouveau un « salut mon pote ». Disons que je me fends d’une sincère considération à ton endroit car tu en es digne. J’espère que c’est réciproque.

Aujourd’hui je vais t’entretenir d’un petit quelque chose qui va me valoir des critiques sans doute, mais comme je sais que ton oreille est on ne peut plus compréhensive et bienveillante, je me confie à toi sans crainte. Et je te dis donc que j’en ai un peu marre de cette réputation fort surfaite de superplayer que je traîne comme une guigne. Tu me réponds que je n’ai rien fait pour que cela s’arrête, entre les vidéos de gaming, les passages sur Nolife dans Superplay Ultimate (un petit bonjour au passage à ses animateurs successifs Radigo, A-M, Damdam et Genshitony) et autres textes plus ou moins riches et sensés sur le jeu vidéo en général…Textes au nombre desquels s’inscrivent ces humeurs que tu as la gentillesse de recueillir.

Là où d’autres à qui j’ai déjà tenté de confier ce ressenti se sont immédiatement répandus en imprécations et autres accusations de fausse modestie et de vantardise à mon encontre, je vois que j’ai raison de te tenir en si haute estime, car toi au moins tu m’écoutes. Et tu ne ris pas alors que tu sais que j’avais ma carte de membre du Club Dorothée, car j’ai la chance d’être de cette génération avec les quotidiennes de Dorothée, Jacky, Ariane, Patrick et Corbier. C’est vrai que j’ai réussi à atteindre un niveau parfois assez élevé dans ce qu’il est convenu d’appeler la maîtrise de certains titres. Bon. Mais  comme le disait HAL 9000, n’est-ce pas là le but ultime de toute entité douée de raison de s’investir à fond dans son activité ? Et par extension, un « but ultime » met parfois des mois voire des années à être accompli.

D’où la remarque suivante : non, je ne suis pas ce que l’on peut appeler une divinité de la manette. Je suis un pauvre type, né comme tout le monde grâce aux bonnes oeuvres de deux personnes, et venu en ce monde sordide à poil, en hurlant et bien infoutu d’assurer seul ma subsistance. Bref je suis humain autant que toi tu es reptilien, point ! Et ceci est valable pour tous ceux qui ont fait du jeu vidéo une passion véritable qui les aura amenés à ces accomplissements…Que ces individus soient français, japonais, hollandais ou russes, ils ont tous du ressentir une affinité particulière avec le ou les titres qu’ils ont ainsi retournés. C’est indispensable !

Mais pour en arriver là, il aura fallu en plus de cette affinité bien du temps, bien de la persévérance et bien de l’abnégation…Car avant de réussir, on échoue. C’est une loi du jeu vidéo, si évidente qu’on l’a même baptisée selon l’anglicisme très connu et on ne peut plus justifié de die’n retry. Et nous y voilà : pour triompher et donner au moins l’illusion d’être un superplayer, il se sera écoulé bien des échecs ! D’où ma thèse : ceux qui voient en moi un superplayer ne constatent que la partie émergée d l’iceberg. Car pour une partie réussie, combien de centaines d’essais avortés, combien d’heures de pratique sans autre but que comprendre comment franchir tel ou tel obstacle ? Mais ça, personne n’en est témoin ou presque, si ce n’est ma compagne…dont je me demande comment elle peut supporter un type comme moi et ses post-it collés sur la cloison derrière l’ordi lors de mes phases d’apprentissage !

En vérité, je ne suis pas un superplayer, je suis un superloser !

Ultime écran de Super Mario Bros 2 jap. Seul écran ou le terme "super player" cotoie le Game Over. Preuve que l'un ne va pas sans l'autre !

Ultime écran de Super Mario Bros 2 jap. Seul écran ou le terme « super player » cotoie le Game Over. Preuve que l’un ne va pas sans l’autre !

Oui, j’ai perdu, perdu et perdu encore. Le ratio défaite/victoire est assez éloquent ! Quand on vainc enfin l’intelligence artificielle aussi élevée et retorse que les concepteurs ont cogité le machiavélisme de leur programme, on a tendance à oublier que le score est toujours en faveur du jeu. Moi pas !  Et ce à moins d’y avoir passé des années de plus après avoir fini par triompher enfin, l’avantage du jeu sur le joueur est chose acquise. A l’heure où je te cause mon serpent, il n’y a guère que deux jeux où j’ai réussi à inverser la tendance, Super Aleste et Super Mario World. Deux jeux sur les millions qui existent et les centaines que j’ai pratiqués, tu avoueras que c’est finalement pas grand-chose !

Ce premier point éclairci, j’en arrive au second, celui du détournement total de la finalité même de ces vidéos et autres passages télévisés. Au lendemain de l’une de mes incursions dans le PAF sur le quelque peu démoniaque R-Type II (qui précisément m’en aura donné du fil à retordre le salaud !), un mec m’accoste dans la rue, moi qui ne demandais rien à personne et déambulais le lecteur MP3 sur les oreilles et grâce auquel je communie avec Georges Brassens, Léo Ferré, Bobby Lapointe, Jacques Brel, Boris Vian, Edith Piaf, Mado Robin, les OST de Space Adventure Cobra et Lady Oscar ou d’autres artistes moins avouables qui sévissaient dans les années 70 et 80. Bon, il m’avait reconnu suite à quelques conférences et donc après l’émission diffusée sur Nolife. Et crut sans doute me flatter en me disant in extenso que « c’est pas humain comme tu joues, moi jamais j’y arriverai ! ».

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J’ai alors jugé opportun de lui répondre merci, mais au fond de moi-même et de ma cervelle que je ne léguerai pas à la médecine mais à un incinérateur avec le reste de ma viande, je n’ai pu que plaindre ce pauvre hère qui manifestement n’avait rien compris de ma démarche. En partageant cette vidéo et en venant l’expliquer sur le plateau de Nolife, j’ai justement voulu deux choses : primo, montrer que même un jeu réputé très âpre ne résiste pas à un joueur décidé et investi. Secundo, si moi j’y arrive, alors c’est faisable pour tout le monde ! Car à nouveau, je suis comme tout le monde (un peu plus chauve et obèse peut-être, mais j’essaie de lutter contre, enfin contre l’obésité car la calvitie j’y peux rien sinon m’y faire et j’avoue même lui trouver des aspects pratiques en fait). Bref : en présentant ce jeu -et tous les autres, que ce soit sur Nolife ou avec des vidéos sur Youtube- je pense démythifier un peu ces titres. Hélas, on aboutit parfois à l’effet inverse…Au passage, je salue ces messieurs Ben Shinobi, BOS, Jaimers, PEG et  Batrachomyomachos Maximus dont je me délecte des prestations sur des jeux divers et variés. Qu’ils sachent que je ne me dis pas en voyant leurs performances que c’est inhumain, mais précisément le contraire et qu’ils ont du s’investir pour parvenir à de pareils résultats. Et qu’un jour peut-être je suivrai leur exemple sur ces jeux, grâce à eux !

Alors mon serpent, vois-tu où je veux en venir ? C’est un subtil paradoxe d’être vu comme un joueur de talent, alors que mon seul talent a finalement été d’enchaîner les morts, les game over et d’y avoir passé des heures et des heures ! Dire de moi que je suis un superplayer est finalement assez incomplet et beaucoup trop avantageux. J’en profite pour glisser ici la chose la plus sensée jamais dite à mon propos par mon rédacteur en chef à la lecture d’un de mes articles : « Yace, si tu avais vécu sous la Révolution française, tu serais mort sous la guillotine avec Jacques Hébert ».

Pour Super Aleste, j’évalue à plus de 5.000 ces heures passées à dessouder de l’alien et aussi à me faire dessouder bien des fois. Mais ça, va donc l’expliquer à ce type de spectateur qui t’aborde en pleine rue avec le ton d’une groupie prépubère qui vient de décrocher une rencontre avec son chanteur de boys band préféré ! Et comme tu le vois mon reptile, je n’ai pourtant pas le physique d’un bellâtre huilé gymnaste qui fait chavirer les donzelles de douze ans en les faisant glousser comme des dindes.

A propos de dinde, j’espère que tu aimes ça, je te convie à manger des brochettes de volaille. Je t’en prie, ne me fais pas l’affront de décliner mon invitation. Je te ferai peut-être un petit run en live mais attention, il me faut souvent plusieurs essais pour livrer une prestation acceptable, sois prévenu !

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

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