Mes salutations à toi  mon reptile de référence.

Je suppose qu’on a du te poser la question un bon million de fois : quel a été ton premier jeu vidéo ? Avec tous ceux que tu as faits, analysés, disséqués ou même révélés dans tes colonnes, je me demande même si tu t’en rappelles encore. Attention, je ne cherche pas à offenser ta mémoire, mais même les plus grands de ce monde peuvent parfois oublier ou tout du moins avoir un trou. Moi-même, j’ai mis longtemps à me souvenir du titre de ce jeu ou plutôt salmigondis de pixels  bercés de mélodies bip-bip et de bruitages stridents intitulé Moon Cresta. Putain la claque de l’époque chez un collègue de classe et sur cette exquise bécane qu’était le Commodore 64… Faut dire qu’à l’époque faire se bouger quelques pixels sur un écran noir nous donnait une impression de toute-puissance. On avait vraiment la sensation de défier le futur avec nos petits sprites anguleux sur ces machines.

                                                                                                                   85955-moon-cresta-commodore-64-screenshot-atomic-pile-enemy-no-5

Mais quand je te parlais de trous de mémoire ! Je viens de me souvenir d’un fort bel objet qui désormais sème le trouble en moi. Et si j’étais venu au jeu vidéo par un chemin détourné ? Car oui, je n’avais pas attendu de recevoir -enfin dirai-je même- ma première console à Noel en 1991 pour déjà avoir une connaissance de ce loisir venu d’ailleurs. Dès 1984  mes parents -dont je t’ai déjà loué l’extrême endurance face à ma boulimie ludique, cinématographique et littéraire- m’avaient offert un objet. Cet objet, reconnu comme un jouet et non pas un jeu, avait pourtant déjà tout d’un jeu vidéo. Ne perdons pas plus de temps et nommons cet engin par son nom : le Tomy Turbo Dashboard. Cela ne t’évoque rien ? Alors ouvre tes yeux :

J'en ai la larme à l'oeil, et même aux deux...

J’en ai la larme à l’oeil, et même aux deux…

Voilà, à présent tu  vois de quoi je jacte depuis tout à l’heure ! Cette sympathique station de conduite avait déjà tout d’une véritable borne de simulation de course, avec son volant, son levier de vitesse, sa jauge de carburant et bien sûr sa clé de contact ! Le truc amusant, c’est qu’en dépit de ses limites (le score maximal étant par nature limité à 99), ce « jouet vidéo » était incroyablement bien ficelé car il rendait réellement une impression de vitesse convaincante selon le réglage choisi, imprimait les virages de façon vive et  nerveuse, et même si la course au counter-stop (et oui, déjà à l’époque bloquer le score était un peu un saint-Graal) était assez vite remplie, la performance ne s’arrêtait pas là ! Je me souviens d’avoir joué avec un chrono à côté de l’engin afin de compter combien de secondes je tenais encore après avoir atteint les 99 points…Pour cela pas de mystère : il fallait jouer à tombeau ouvert dès le début, et ne rater aucun virage, faire une conduite exemplaire et sans écart… Aujourd’hui, comment appelle-je ça ? Ah oui : s’imposer des conditions pour la réalisation d’un objectif !

Crois-moi mon serpent : à l'époque, ça flinguait le regard !

Crois-moi mon serpent : à l’époque, ça flinguait le regard !

Comprends-tu mon serpent ? A six ans, je pilotais sur le Tomy Turbo Dashboard…Avant même de le refaire sur Rad Racer sur NES et encore plus tard sur Virtua Racing, Sega Rally ou Daytona en salles d’arcade !  Et c’est pourquoi je me pose désormais la question : et si finalement, je n’étais venu au jeu vidéo…que grâce à un jouet ?

Oui mon serpent adepte du retrogaming comme moi : et si le retrogaming justement puisait ses sources également ailleurs que dans le jeu vidéo ? Après tout, jouer rétro, c’est certes pratiquer sur Atari 2600, mais la décomposition du mot (« retro+gaming », jouer à du rétro) correspondrait tout autant à la description d’un mioche jouant donc au Turbo Dashboard de Tomy ! D’ailleurs, te souviens-tu de l’extraordinaire Tricky Bille du même fabricant ? Finir un parcours d’obstacles le plus rapidement possible et avec le plus d’aisance ? Comment appelle-t-on cela aujourd’hui ? Ah oui, faire du speedrun !

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Aujourd’hui, quand je vois des experts de Pop’n music (un genre de jeu que j’avoue n’avoir jamais ni cherché à maîtriser ni même avoir jamais cherché à apprécier), je me dis que ces mecs-là auraient été des champions sur le Simon créé par Ralph Baer, qui fut un père fondateur du jeu vidéo comme chacun sait.

Hier Simon...

Hier Simon…

Aujourd'hui ça !

Aujourd’hui ça !

Autant que le Dashboard était un ancêtre originel des bornes dédiées de jeux de course, et si Simon était quant à lui le lointain parent des plateaux de ces jeux de rythme ? Et si l’inoubliable Magic Light de MB avait suscité des vocations de graphiste et l’amour de ce pixel art désormais hélas trop abandonné ? Il suffit de comparer les mornes décors du récent KOF XIV à ceux des KOF 95, KOF 96 et jusqu’au KOF 98  pour s’en rendre compte…

Magic light...Magic Light ! Fais briller les lumières la nuit.

Magic light…Magic Light ! Fais briller les lumières la nuit.

Tout ceci mon serpent pour semer le doute également dans ton esprit. Et si « retrogamer » ne passait pas que par le jeu vidéo ? Et si le jouet d’antan avait ouvert les premières passerelles ? En tous cas me concernant, je ne sais désormais plus ce que je dois considérer comme ma première expérience ludique. Quelle fut ma toute première fois ? Moon Cresta ? Je n’en suis désormais plus si sûr. Toujours est-il que plus que jamais, je n’ai aucune sympathie pour ces gadgets contemporains que j’appelle non plus du jeu, mais du jouet vidéo (qui a parlé de la série des Léa Passion ou des Amiibo ?) mais je m’aperçois qu’heureusement, le lien qui unit jouet et jeu vidéo n’a pas toujours été aussi péjoratif. Alors zut aux jouets vidéo d’aujourd’hui, et merci aux jouets vidéo des années 80 qui constituent une part intégrante de ce qui allait devenir une véritable carrière, même si je répugne à employer ce terme, surtout maintenant que la Loi Travail a été adoptée, ou plutôt insérée en chacun de nous et sans lubrifiant.

Et toi mon serpent, tu ne regrettes pas cette époque où jeu et jouet faisaient notre bonheur ? Allez viens, je vais ressortir mes Astujeux et mes Game’n Watch, et j’ai besoin d’un partenaire ! Tu verras qu’on peut se sentir retrogamer en jouant à Duck Hunt certes, mais aussi  sur un des circuits TCR, tous plus phénoménaux les uns que les autres. Et non, il n’est donc pas hors-sujet de causer un peu de jouets…surtout quand leur lien avec le jeu vidéo est si évident !

Enfin, évident à mes yeux. Moi je suis aussi joueur de jouets, même à bientôt la quarantaine. L’âge n’est qu’un nombre, et je serai tenté de conclure élégamment en disant que l’âge, et bien…je l’emmerde !

Je te salue à nouveau mon ami serpent.

Yace,

Vieux Grincheux pas si vieux.

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