Bonjour mon compère rampant !

Le doux crépitement du feu de bois dans la cheminée et l’exquis fumet des brochettes de dinde qui y grillent me rendent d’humeur nostalgique et ta présence à mes côtés en cette saison d’automne suffisent à faire mon bonheur. Depuis la fin de l’été, je me sens en effet bien mieux, fini le relent de saucisson sec alpin qui émane de mes chaussettes en été.

Au matin de ma vie, j’étais un assidu des salles d’arcade, et j’ai touché à tout ! Ce milieu interlope que je fréquentais avant même l’âge légal. Enfin, « interlope » n’est pas tout à fait le mot, mais vois-tu, en cette époque déjà lointaine comme l’attestent ma calvitie , mes rides et mes humeurs de vieux fourneau, les salles d’arcade apparaissaient comme des lieux honteux qui faisaient de la résistance, au contraire des salles de projection pour adultes qui disparaissaient peu à peu et des magasins coquins diffusant maintes revues instructives sur les pratiques corporelles les plus osées voire marginales. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’était guère nécessaire de s’habiller en latex pour aller jouer cinq francs dans Street Fighter II. Et ce ne sont pas les malheureux pixels moches de Tetrix The hot blocks ou les modèles à masturber au stick de Lady Killer qui faisaient des salles d’arcade des lieux de parties fines ! Quoique…maintenant que j’y pense, il fallait jouer finement si l’on voulait venir à bout de M.Bison ou du niveau 8 de l’excellent Thunder Dragon 2 qui fut un de mes shmups arcade favoris de l’époque.

Mais pourquoi cette évocation de souvenirs ? Ben tout d’abord car je t’aime mon reptile, mais aussi pour exorciser un souvenir exécrable, ce que je vais faire avec autant de satisfaction qu’aller à la défécation. Comprends que ça ne va pas être ragoûtant mais tout de même salutaire et que je m’en sentirai beaucoup mieux ! Quiconque aura consommé du laxatif me comprenne !

Ca respire l'inventivité, non ?

Ca respire l’inventivité, non ?

Est-il besoin de répéter à quel point je tiens à ce que le jeu vidéo demeure irréel et chimérique ? C’est bien pour ça que je m’y adonne depuis presque trente ans ! Et au risque de te surprendre, moi qui suis la bonté même, le pacifisme incarné et qui par conséquence voue aux armes et à tout ce qui gravite autour une sympathie comparable à celle que je ressens pour Véronique Courjault. J’ai adoré jouer au petit flic dans Virtua Cop, Virtua Cop 2, Lethal Enforcers ! J’ai aussi aimé jouer au cowboy dans Lethal Enforcers 2 Gunfighters ou à l’agent secret dans Time Crisis 2. Bref : les seuls flingues que j’ai tenus dans ma main étaient reliés à une borne dédiée et en fait de victimes, je n’ai tué que des pixels. Et aux dires de certains je devrais en avoir honte ? J’ai souvenir d’un client de cette salle de jeux tout frais revenu du service militaire qui se moquait allègrement de ces bornes (souvent imposantes pourtant !) car il ne s’agissait que de flingues factices. Factices sans doute, mais c’est bien pour ça que j’ai osé les prendre en main ! Alors que toi, tu auras tenu des engins de mort bien réels. Lequel de nous deux est le plus con ? Le jeu dont j’aurai mis le plus de temps à triompher à l’époque fut d’ailleurs d’échapper aux dix mois de service, un objectif que je m’étais fixé dès mes huit ans pour finalement l’accomplir quinze ans plus tard ! Je n’aurai donc jamais eu à manier une de ces saloperies mortifères pudiquement appelées « arme de poing » mais qui correspondent tellement mieux à cette définition : « engins de mort ».

Mais un jour arriva une borne…intitulée Police Trainer, c’était vers 1997 je crois. Et comment dire….en déplaçant les petites bornes individuelles qui faisaient tourner d’authentiques délices tels Tekken 3 et Dongeons & Dragons Shadow over Mystara pour laisser place à cette nouvelle attraction (ben oui quoi, tout nouveau tout beau  y paraît), les employés de la salle d’arcade auront causé mon premier vrai dégoût de l’endroit, un dégoût qui finit par m’en éloigner définitivement.

Car si Virtua Cop 2 était juste extraordinaire (en plus d’être grevé de cette délicieuse aura « futuriste » qui finalement n’aura été que fumée !), il était avant tout totalement chimérique et outrancier ! Comment croire qu’une simple ville pouvait être à ce point infestée de truands ne lésinant pas sur les moyens ? Un peu comme tout les jeux de ce genre, sans oublier la brouette de chargeurs que les agents héros de l’action devaient traîner à côté d’eux pour pallier au « Reload ! Reload ! ». D’ailleurs un vrai manieur de flingue virtuel se devait de ne jamais faire entendre le « reload ». J’avoue que j’en étais loin…

Test de vision façon Police Trainer. C'est même moins amusant que les tests chez un ophtalmo.

Test de vision façon Police Trainer. C’est même moins amusant que les tests chez un ophtalmo.

Or ce Police Trainer n’avait rien d’irréel ou de chimérique. Les niveaux étaient autant d’épreuves réalistes, un peu comme celles que l’on voit dans les sous-sol de tous les commissariats dans les films policiers ricains des années 80 et 90 ou dans ceux de l’agence de sécurité où travaille Serge Karamazov (aucun lien) dans le film de Les Nuls. Et quelle nausée ! Cette salle d’arcade, lieu d’évasion où l’on rencontrait tous les calamiteux, tous les marmiteux de la place dont certains sont restés de bonnes connaissances plus de vingt ans après…venait à mes yeux de perdre son innocence. A nouveau, et après l’infâme Super Battle Tank sur SNES, l’exemple m’était donné : la réalité n’avait rien à faire dans le monde du jeu vidéo.  J’avoue aussi que je me suis interrogé sur le but caché de ce Police Trainer, mais la majorité de ceux à qui j’en causai (admire mon serpent mon subtil et irréprochable usage du passé simple, un temps hélas en désuétude, pas autant que l’imparfait du subjonctif mais tout de même…) se sont gentiment payé ma fiole. Le terme « conspirationniste » n’étant pas encore à la mode en ce temps-là, j’y avais échappé.

Aujourd’hui je préfère ne plus penser à ce lien immonde entre jeu vidéo et saloperie ambiante, un lien qui se manifeste grâce à des titres bien nauséabonds et une certaine licence nommée l’Appel du devoir…Je crois que je préfère l’Appel de la Forêt de Jack London.

Quelle beauté graphique, quel plaisir ludique. Je préfère encore élever des huîtres !

Quelle beauté graphique, quel plaisir ludique. Je préfère encore élever des huîtres !

Je constate avec joie que toi au moins tu ne te fous pas de moi. Et presque vingt ans après, j’en ai reparlé à l’un de mes camarades de l’époque qui a fini par avouer qu’en effet, j’étais peut-être un poil trop sérieux déjà en ces années-là. Que veux-tu mon reptile, j’ai toujours vu le jeu vidéo comme une activité sérieuse et riche ! Et je ne suis aucunement désolé de préférer les armes reliées aux bornes d’arcade à celles plus réelles qui chaque année font je ne sais combien de victimes, qu’elles s’appellent Jean Jaurès, John Lennon, Cabu…ou qu’elles soient parfaitement anonymes. Et les rires jaunes et sarcastiques que provoquent en moi les réactions éplorées à chaque tuerie chez Barack ne suffisent hélas pas à compenser mon écoeurement, écoeurement qui c’est amusant ne s’est point manifesté lors de mes parties sur Time Crisis II, mais aura éclaté à la simple vision de cet infect Police Trainer ! Réalisme et défaut de fantastique, je vous hais ! Vous ravalez le jeu vidéo au rang de faits divers, de jité de TF1 et de France 2, de pourriture dont même Morandini refuserait de causer !

Allez, les brochettes sont prêtes ! Je les accompagne de pommes dauphines, mais comme je respecte ta nature strictement carnassière, je te prépare ton assiette avec de beaux morceaux de dinde à gober en t’enlevant les poivrons embrochés.

Bon appétit mon reptile !

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *