Bonjour mon ami à crochets ! Comment se portent tes réserves de venin ?

Les miennes vont assez bien et aujourd’hui m’amènent à m’ériger justicier, super-héros vengeur de l’historiographie de ce média à la noblesse certes pervertie mais que d’irréductibles pratiquants maintiennent toujours, le jeu vidéo ! Je te suis d’ailleurs tout à fait reconnaissant de ta tolérance face à mon goût prononcé de la périphrase.

En janvier 2013 disparaissait THQ alias Toy Headquarters, et l’évènement avait fait couler bien de l’encre à l’époque, tant cette société semblait prospère ne serait-ce que deux années auparavant. THQ c’est un peu l’Enron du monde du jeu vidéo, une boite qui se casse la gueule après une élévation savamment orchestrée. Et au risque -à nouveau- de passer pour ce que je ne suis pas, je reconnais avoir sablé le Champomy à cette occasion (car oui mon reptile, je suis abstinent depuis cinq ans qui font un lustre, ce qui peut surprendre certains au vu de certaines de mes déclarations ponctuelles qui feraient paraitre JCVD, Sophie Marceau ou mon facteur pour des agrégés de philosophie).

Mais pourquoi me suis-je donc ainsi délecté de l’agonie de cette entreprise ? De pauvres hères n’allaient-ils pas grossir les rangs des chômeurs au passage ? Soyons sérieux : après tout, la fin d’une boite en faillite,  c’est devenu de notre temps si commun que je n’arrive plus à m’en émouvoir autrement. Ces messieurs de THQ ont-ils eu un mot de compassion pour moi quand ma boite me licencia en 2010, pour des raisons à la fois analogues et différentes ? Certes non ! Mais j’ai une raison bien plus sérieuse de me réjouir encore aujourd’hui de la mort de THQ.

Macaulay Culkin et Joe Pesci dans la galère. Magnifique pour du graphisme 16 bits, non ?

Macaulay Culkin et Joe Pesci dans la galère. Magnifique pour du graphisme 16 bits, non ?

Tout simplement car à la grande époque du jeu vidéo, THQ a historiquement et durablement salopé l’actualité et au-delà, la mémoire de ces trois bécanes si chères à mon palpitant que sont la NES, la Game Boy et la Super Nintendo ! Spécialiste de l’achat de licences, THQ était une usine de recyclage qui accomplissait le divin miracle de changer de la merde en de la merde plus puante encore ! Oui mon serpent : pourquoi THQ jugeait-elle opportun de transposer sur consoles des titres aussi prestigieux que Attack of the Killer Tomatoes, Home Alone ou Swamp Thing et The Adventures of Rocky and Bullwinkle and Friends ?

Pour Swamp Thing, j’ai bien mon idée : quelle licence justifiait mieux de pouvoir sortir un jeu aux sprites hideux comme des portraits de Picasso et ainsi masquer son incompétence sous les dehors du conceptuel et de la fidélité à l’original ? Quel besoin avait-on d’incarner le mioche Culkin, si ce n’est le laisser ignominieusement crever à l’écran pour le mieux voir torse poil sur l’écran suivant ? (oui je sais, le Joueur du Grenier l’a fait remarquer dans une de ses émissions, mais dès 1993 ton serviteur âgé de 15 ans trouvait ça limite).

Mais au-delà de sa fâcheuse propension à transformer des licences  déjà pas folichonnes en d’authentiques étrons mi-moulés mi-diarrhée (et par conséquent plus pénibles à nettoyer qu’une diarrhée assumée ou qu’un étron de bon aloi), THQ avait également le chic pour changer tout ce qu’elle touchait en immondice. C’était tellement incroyable que les productions THQ s’élevaient au rang de chef d’oeuvre de l’art contemporain : même des classiques de l’arcade (bon reconnaissons-le pas réellement très excitants mais tout de même reconnus comme tels) comme Race Drivin’ et Pit-Fighter devenaient de la matière répulsive une fois passés entre les bons soins de THQ. Quiconque aura essayé ces deux titres sur Super Nintendo me comprendra !

Une image parlante entre mille. Oui, c'est à peu près ce que je me dis en voyant les jeux THQ sur NES, GB et SNES.

Une image parlante entre mille. Oui, c’est à peu près ce que je me dis en voyant les jeux THQ sur NES, GB et SNES.

Il n’est donc disais-je guère de bon ton de rire de la mort. Mais le bon ton et moi sommes quelque peu fâchés depuis mon entrée en primaire, alors je le dis haut et fort : THQ, tu es crevée comme un morpion trempé dans du vinaigre, et ce n’est que justice ! Bon c’est vrai c’est un peu cruel de ma part, mais vois-tu, autant je ne me suis toujours pas remis de la mort de Cabu, autant je n’ai pas versé une larme ni même eu une pensée compassionnelle à l’occasion de  celle de Margaret Thatcher. Et bien THQ c’est pareil : cette boite est à l’histoire des consoles Nintendo ce que le régime de Vichy est à l’histoire de France, ce que la mayonnaise est à la gastronomie et ce que Uwe Boll est au cinéma (déjà que les adaptations de jeu vidéo sur grand écran sont généralement bien malodorantes…)

Pour finir, le très référentiel (sans que je sache pourquoi hormis pour y trouver une poubelle en ligne déguisée en forum où grouillent les propos racistes, homophobes et des sujets de type « Je suis un Taliban » et « voici les sujets du bac en avance ») site jeuvideo.com avait souhaité dans sa niouze relatant la fin de THQ que les licenciés de l’entreprise retrouvassent (oui, ça fait bizarre un emploi de l’imparfait du subjonctif !) rapidement un emploi. Surtout pas, malheureux ! De pareils branques, auteurs des plus mauvais jeux de la grande époque, de cet âge d’or du gaming sont mieux au chômage ! On aurait du même par voie de justice leur interdire à vie l’exercice de toute profession liée à la programmation et au jeu vidéo ! Quand on pense que THQ avait misé énormément sur un projet de tablette tactile reliée aux contrôleurs de jeu sur Wii ! La faillite était ce qui pouvait leur arriver de mieux.

Au moins, dans Swamp Thing, on n'est pas étonné...la laideur comme fil directeur d'un jeu entier. Pas con, mais encore fallait il y songer...et oser.

Au moins, dans Swamp Thing, on n’est pas étonné…la laideur comme fil directeur d’un jeu entier. Pas con, mais encore fallait il y songer…et oser.

Aussi mon reptile, permets-moi de conclure ainsi : à notre époque où tout s’effondre ou presque, où Konami et Capcom ne sont plus que des gros mastodontes dont l’obésité résiduelle cache à grand-peine le statut de carcasses agonisantes, au moment où Nintendo fait mine de découvrir l’émulation et tente de nous fourguer son nouveau gadget la NES mini avec quelques jeux dessus là où une vraie NES a l’attrait des années et une ludothèque très supérieure à trente titres et que l’émulation est si présente qu’en parler n’est plus péjoratif désormais, il n’y a qu’une chose qui me rassure : THQ est morte et  l’est restée et le restera ! Ne serait-ce que pour enfin laver l’affront…Ma nécrologie de THQ aurait été plus de ce tonneau-là :

« Ci-gît THQ, de son vrai nom Toy Headquarters, qui survécut sur un trône d’ordures et sur le dos de joueurs peu regardants. Mais en enterrant ce tas de fumier, on peut espérer qu’un avenir proche verra l’émergence de nouvelles plantes qui témoigneront de temps meilleurs. THQ, ta mort laisse sans haine ni compassion, mais aura su combler ce sentiment d’injustice que suscitait ta prospérité entre 2000 et 2011 ».

Pour finir, l'horreur en monochrome. Merci THQ.

Pour finir, l’horreur en monochrome. Merci THQ.

Allez mon serpent, allons persifler tous deux devant un bon morceau de pâtisserie maison.

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

 

 

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