Mes respects, ô reptilien confident et dépositaire de mes humeurs.

Il y a plus de vingt-cinq ans disparaissait le génial Serge Gainsbourg, qui entre autres compositions avait signé un fantastique Requiem pour un con servi d’un rythme de percussion efficace et inlassable. N’ayant hélas aucun talent comparable à celui de Serge (je suis nul en dessin et peinture, je ne sais pas jouer de piano mais je peux restituer le rythme du Requiem pour un con à la batterie et au djembé), je n’ai réellement plus qu’un seul point commun avec l’homme à la tête de chou : il m’arrive d’écrire…Et il fut un temps où ma consommation de Camel avoisinait celle de Gitanes par l’auteur de Nazi Rock, Le Boomerang ou Lemon Incest.

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Alors aujourd’hui je reprends la plume pour à mon tour composer un requiem, même s’il sera évidemment moins lyrique que celui du créateur des Variations sur Marilou. Aussi je dédie ces lignes à Sébastien D., qui à l’époque du bahut -qui accessoirement fut celle de mes premières et véritables prestations de joueur passionné-fut le plus incroyable mythomane du jeu vidéo que j’aie jamais rencontré. Je le déclare en ma conscience et non pas en mon âme car je ne crois pas à l’âme mais je crois en revanche à la conscience, cette conscience qui me fait rejeter toute mythomanie précisément, et m’astreint à une stricte franchise qui ne m’aura pas valu que des amis, notamment dans le monde de l’entreprise.

En cette époque, je n’étais mon serpent qu’un pré-ado boutonneux et amateur de musique. Le jeu vidéo est venu comme une planche de salut. Et bien évidemment, on en causait en classe (et aussi un peu en cour de récréation et même avec les pions du bahut qui n’avaient finalement que quelques années de plus que nous en fait !).

Et bien, ce cher Sébastien D., lui, faisait toujours mieux que tout le monde, et avait la réponse à tout même s’il ne rétorquait à rien. Mais finalement, je lui dois beaucoup. Oui, je tiens autant par ces lignes à lui signifier à quel point il passait pour un con qu’à le remercier de m’avoir ainsi motivé pour le seul et un peu mesquin plaisir de lui fermer son clapet.

Super Mario World ? J’avais trouvé 94 sorties. Il m’en manquait deux pour avoir le sacro-saint total du jeu et ainsi le finir à 100% là où d’autres ne dépassaient les 70 ! Et bien, comme par hard, Seb lui n’avait pas 96 sorties au compteur, mais 113 ! Car oui Yace, il y a en fait plus de 96 sorties dans le jeu ! Seulement, pour trouver les 17 sorties supplémentaires, il faut d’abord avoir les 96 sorties de base. Certifié exact par Seb lui-même !

113 sorties qu'il disait !

113 sorties qu’il disait !

Et me voilà donc, parti seul et sans soluce à la recherche de ces deux ultimes sorties qui se logeaient en fait dans le dernier monde Valley of Bowser. Miracle, je les trouve, et enfin …96 sorties ! Mais aucune trace des 17 autres…Aujourd’hui le mensonge est plus qu’éventé et je doute fort que Seb se souvienne encore de ses salades. Mais grâce à lui je me suis démené comme un beau diable pour la complétion du meilleur jeu de plates-formes de l’histoire. Seb, je t’emmerde et te remercie en même temps ! Il n’empêche que tu sonnais faux dès l’origine en refusant mordicus de donner ne serait-ce qu’un indice pour trouver ces nouveaux niveaux…

« mais là je ne joue plus à Mario, je joue à Street Fighter II et j’y joue avec le boxeur, le toréro, le boxeur géant et le général ».

Comprends par là mon reptile qu’après avoir trouvé les 113 sorties de Mario World, ce cher Seb venait à présent de découvrir le code de Street Fighter II The world warrior pour manier Balrog, Vega, Sagat et Bison ! Il est vrai qu’en ces temps là, Nintendo et Capcom elles-mêmes laissaient planer le mystère quant à l’existence de ce code, mais Seb D. « connaissait un monsieur de chez Nintendo » qui le lui avait donné par son père qui bossait dans l’informatique. Et en 1993, un père qui bossait dans l’informatique avait forcément dans ses petits papiers des personnages de Capcom ou Konami, et on y croyait tous un peu…Inutile de dire que jamais Seb ne nous révéla la manip qui aurait fait de lui un héros. Alors vois-tu mon rampant ami, je m’étais alors dit que ce code ne serait révélé qu’aux joueurs méritants. Et me voici parti pour finir le jeu avec chacun des personnages, en un crédit  pour chaque guerrier et en niveau de difficulté maximal. Après tout, Capcom avait bien jugé opportun de gratifier les joueurs valeureux d’un écran de congratulations spécial ! Alors après l’avoir fait apparaître huit fois, la cartouche allait sans doute révéler son ultime secret…Bien sûr j’en ai été pour mes frais et me suis retrouvé Gros-Jean comme devant (j’ai toujours rêvé de caser cette expression quelque part). Alors Seb, je t’emmerde à nouveau pour ta mythomanie, mais je te remercie de m’avoir ainsi poussé à me dépasser. Grâce à toi, en deux mois j’étais devenu celui qui avait « tout fini Street Fighter II en dur même avec Zangief et Dhalsim ».

Par contre, tu ne te gênais pas pour émettre des doutes quand quelqu’un d’autre -moi en particulier- parlait de ses réussites ! J’avais fini Castlevania Adventure ? N’importe quoi Yace, t’es trop nul pour ce jeu et même moi je le finirai jamais disait-il. J’avais retourné Gargoyle’s Quest en moins de trois quarts d’heure , Mais gros mytho, c’est pas possible, le jeu est vachement long comme Zelda, il faut au moins dix heures pour le finir ! Bref, ce guignol était doué pour raconter des craques, mais autant pour dénigrer ceux qui pourtant savaient de quoi ils parlaient. J’en ris encore de lui et grâce à lui ! D’ailleurs mon pote, aujourd’hui j’ai même fait mieux, j’ai fini Gargoyle’s Quest en trente et une minutes et six secondes ! Et pareil pour Super Castlevania IV… que j’étais trop mauvais pour finir là où Seb lui était juste Superman.

Mega man 2...et la vérité sort du puits.

Mega man 2…et la vérité sort du puits.

Il fallait que ça cessât. Oui, cessât, c’est ça , subjonctif imparfait mon serpent. Et comment faire ? Demander à SeB D. s’il avait Mega Man 2 sur NES. Ben oui je l’ai, tu m’as pris pour quoi et je l’ai même fini ? OK. Et à quoi ressemble la fin ? Et ben  on voit Megaman qui se transforme et qui devient géant sur la Terre ! OK, merci Seb ! Hélas pour ton matricule, j’avais moi-même fini Megaman 2 trois jours avant, et j’avais enregistré sur VHS (on était en 1993 mon serpent !) la fin du jeu, qui rendait curieusement assez bien sur bande magnétique malgré un étirement de l’image. Ce fut là accessoirement la première séquence de JV que j’eusse jamais fixée sur un support d’ailleurs…Et bien une fois que Seb eut débité son bobard à tout le monde, j’ai pris un malin plaisir à faire circuler ma VHS artisanale et démontrer ainsi à qui voulait que Seb n’était qu’un faiseur d’embrouilles et que ses craques étaient évidentes. Autant dire que depuis ce jour, ce cher Seb n’a plus jamais raté une occasion de fermer sa gueule pleine de vide et de vices !

Mais à nouveau je le remercie tout en le raillant. Grâce à lui, j’ai pour la première fois compris qu’une performance enregistrée sur un jeu pouvait intéresser du monde, et à présent je poste des vidéos de gameplay, d’aide et parfois même de superplay sur Youtube. Sans Seb, en serait-il ainsi ?

Je comprends désormais que mes recherches de perfection, mon goût de la performance et mon opiniâtreté m’ont peut-être été édictés par les mensonges à répétion de ce gamin. Je lui dois finalement bien beaucoup ! Et même si aujourd’hui je sais que j’ai cherché ce qui n’existait pas notamment avec les 113 sorties de Mario World, j’en suis heureux, car cela me donne l’occasion de citer le grand Michel Bakounine pour qui mon moi libertaire a un profond respect : « ceux qui se sont limités à ce qui leur paraissait simplement possible n’ont jamais progressé d’un seul pas ». Ma quête de l’impossible aurait donc été à la base de mes progrès de joueur…

Un bon littérateur sait aborder des sujets tabous et les rendre sublimes. Ecoute Bashung chanter Madame rêve ou Brassens interprétant Le Blason… Et bien un bon menteur doit non seulement rendre son mensonge plausible mais aussi et surtout avoir une excellente mémoire pour ne pas se trahir. Seb, espèce de ducon, tu n’avais rien de tout cela ! Juste un dernier truc : OK, en plus d’être soit-disant un joueur talentueux, tu ne te vantais pas peu de ta moustache naissante qui te faisait surnommer « Eric des Musclés ». Mais je conclurai ceci en te disant qu’aujourd’hui, c’était pour se foutre de toi qu’on t’appelait ainsi, et je suis sûr que tu le savais  ! Et encore, j’ai plus de respect pour Eric Bouad (qui avant d’être un des Musclés est surtout un guitariste reconnu, d’ailleurs tous les Musclés étaient des musicos de talent à côté du Club Do et de Salut les Musclés) que pour ta gueule, car Eric des Musclés me faisait rire par son accent, sa moustache et son cassoulet. Toi tu n’étais qu’un abruti d’ado (comme nous tous sans doute), mais quand me traitais de tapette car je n’écoutais pas de rap… mais Elmer Food Beat et Bernard Lavilliers, tu me cassais les c*******. Et aujourd’hui, non seulement j’aime toujours Elmer et Bernard, mais je continue de jouer. Toi, avec tous tes mensonges, toutes tes salades, tous tes bobards, je ne sais pas ce que tu es devenu. Peut-être politicien.

Après tout, ne te dois-je pas mon goût du superplay…et cette présente humeur ? Si tu lis ceci, je t’en pris, ne te crois pas tenu de donner des nouvelles ni de répondre. Tu abolirais le charme, laisse-moi je t’en prie sur un bon souvenir, espèce de menteur.

Allez mon serpent, on va se regarder quelques épisodes de Salut les Musclés ?

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

PS : concluons par les derniers vers du requiem de Gainsbourg :

Sur ta figure blême

Aux murs des prisons

J’inscrirai moi-même

pauvre con !

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3 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Pff, le mec y cause de SMW alors qu’il a même pas trouvé les 113 sorties… La honte, vraiment^^!

    Excellent texte, comme à ton habitude, mon cher Yace, qui m’a évoqué, outre quelques douloureux moments d’une jeunesse plutôt heureuse (la quête sans fin de Culous, « un jeu de cul », sur CPC, dont tout le monde parlait, que tout le monde possédait, mais que personne ne me prêtait… et oui, j’y croyais dur comme un braquemart engorgé, collégien libidineux que j’étais), ma récente découverte de l’excellent et passionnant documentaire King of Kong, parlant de la belle époque des runs capturés via VHS et caméscopes, de mythomanie, de combat, d’injustice, de cruauté, de ténacité, de superplayers et superplays, de rivalité, bref, tout ce qui vient avant notre culture du Superplay, ses fondations, sa beauté, avec une salle d’arcade (une seule!!) qui faisait office de référence pour les US of A.

    Si ce n’est pas déjà fait, regarde King of Kong, mon ami cinéphile et ludophage (non, pas mangeur d’enfants qui s’appellent Ludo, mais dévoreur de jeux vidéo invétéré!)

    Répondre

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