Salut à toi mon écailleux confident.

Je suis pris d’un remords. Et dirai-je même d’une poignante culpabilité. Depuis toutes ces années que, sans trop réfléchir, j’ai mené à la victoire les membres de la famille Belmont -enfin, surtout Christopher et Simon-dans des titres comme Castlevania Adventure, Castlevania II Belmont’s revenge, Castlevania et Super Castlevania IV…Hélas je n’en ai pas encore fait autant de ce cher Trevor Belmont, car à l’heure actuelle, Castlevania III Dracula’s Curse est à mon sens le plus difficile des opus de Castlevania. Et je ne m’y suis pas encore suffisamment ou correctement adonné pour prétendre au triomphe….1Mais je ne sais pas trop si j’en ai encore envie. Car après tout, pourquoi toujours ainsi punir Dracula ? Surtout depuis ma récente révélation. J’ai toujours déclaré que la mutation de Castlevania en ce qu’il est convenu de nommer Metroidvania avait été pour moi un tournant dramatique, un peu comme je le fis dans ce délicieux ouvrage intitulé Games History IV Histoire du jeu de plates-formes. Mais, et ô combien paradoxal que ce soit, c’est au premier de ces « Metroidvania », Castlevania Symphony of the night, que je dois d’avoir compris que, depuis 1993, j’étais dans l’erreur à toujours renvoyer Dracula à son sommeil.

J’aurai même du lui prêter main-forte en fait ! Car le seigneur de la Transylvanie est en effet un érudit (si j’en juge par sa bibliothèque que l’on parcourt dans le stage VII de Super Castlevania IV) mais surtout, il est d’une rare clairvoyance et disons-le, d’un grand courage. Rappelle-toi mon serpent, dans le prologue de ce premier Castlevania sur Saturn et Playstation, Dracula et Richter Belmont échangent quelques amabilités avant leur combat, subtil flashback qui renverra les joueurs à la fin de Rondo of Blood ou Vampire’s Kiss…Et là, aux platitudes de Richter, Dracula envoie deux répliques absolument monumentales. A cet avorton-bien moins charismatique que ne l’était son illustre aieul Simon et même le trop méprisé Christopher- le prince des vampires répond que toutes les religions vident l’homme de son âme et lui adresse une question : qu’est-ce qu’un homme, si ce n’est une misérable accumulation de secrets ?

2Mon serpent, je suis sans doute passé vers le côté obscur, mais Dracula a raison : que sommes-nous, sinon de vulgaires petites personnalités trop complexes  et issues d’une humanité gangrénée de religion ? A notre époque où exprimer une pensée discordante vaut d’être voué aux gémonies par une horde de culs-bénits chargeant Bible, Coran ou Torah en tête, et parfois avec des lances, des bombes, des kalach ou des camions, ce cher Dracula n’avait-il pas tout simplement raison depuis le début ? Et moi qui me suis acharné à le combattre…je commence à le regretter, un peu comme Ulysse 31 réalisant trop tard que ce minotaure qu’il venait de vaincre était le seul à pouvoir lui révéler le chemin du royaume d’Hadès, et donc de la Terre…Oui mon serpent, Dracula est un philosophe dont j’aurai du méditer la pensée au lieu de ne jurer que par sa mort à chaque épisode que j’ai pratiqué. Même si Dracula ne meurt pas en réalité. Cette entité maléfique l’est-elle réellement ? Son immortalité lui a appris bien des choses qui m’échappent et qui qui ont sans doute échappé à chacun des membres de la famille Belmont…Aujourd’hui, je l’affirme : Dracula est un incompris et son esprit m’inspire un profond respect. 3Aujourd’hui, quel autre personnage de jeu vidéo, héros ou antagoniste, pourrait prétendre à telle sagesse et tel courage pour l’affirmer haut et fort, face à notre monde ? Oui, ce monde sous l’emprise de religion, cette religion mon serpent qui te présente comme l’incarnation du Malin, qui a poussé la trop influençable Eve à goûter au fruit de la connaissance et à entraîner le premier homme à la suivre vers la déchéance !

63973238_pAlors que mon serpent, moi je vois en toi la créature qui mythologiquement parlant nous a délivrés du despotisme divin et nous a offert le savoir, comme Prométhée le fit du feu ! Et en plus mon serpent, tu aimes les vieux jeux.  Tu comprendras que tous ces éléments ont pour conséquence de me faire t’aimer encore plus !

Léo Ferré chantait Thank you Satan. Moi je le clame à présent : Thank You Dracula !

Sur ces bonnes paroles je te salue à nouveau, on va se faire un petit flipper avant ?

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

1 réponse
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Mon petit Yace, merci pour ce texte !
    Et si tu veux plus d’informations sur la place de Dracula dans la série Castlevania, je te conseille le très médiocre lord of shadow 2 sur la génération précédente.

    Je sais… Tu vas pas aimé… Mais au moins, on comprends au final qui est Dracula par rapport aux Belmont !

    Répondre

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