Salut à toi, mon attentif reptile que j’aime.

Oui, tu as bien lu : je t’aime, mon reptile ! Je ne prendrai pas la peine de te dire qu’il s’agit bien sûr plus d’appréciation que d’amour au sens charnel du genre, tu l’avais compris. Mais surtout, cela signifie qu’il y a des choses et des personnes que j’aime ! Moi qui ai souvent pris la plume pour te rapporter mes désillusions, je vais aujourd’hui te parler d’un amour qui agita mon coeur déjà constitué certes, mais qui ne servait en ces temps-là qu’à gérer l’afflux sanguin de cet empire de cellules qu’est ma carcasse de joueur plus ou moins déphasé.

1Allez, remontons à 1994, année de ma classe de seconde et d’une part de mon adolescence marquée à tout jamais de jeux vidéo, de Camel, de Nirvana et de jeans crasseux pour évoquer un souvenir que d’aucun pourraient trouver tragique ou malheureux.

Quand je te disais que mon coeur ne servait qu’à pomper le sang, c’est en cette année-là qu’il commença une fonction nouvelle : me faire éprouver des sentiments pour ces drôles d’individus de taille généralement plus petite mais également  à la poitrine plus développée : les femmes ou plutôt, les jeunes filles ! Et oui mon serpent, et ce en dépit de ce qui se trame dans ma caboche, j’étais un homme normalement constitué. Et j’ai découvert les choses de la vie…

Je tiens par cette chronique à rendre hommage à une jeune fille dont j’ai d’ailleurs oublié le nom depuis. Cette délectable personne qui eut l’insigne clavaire et infâme privilège de me trouver un je ne sais quoi qu’elle fut d’ailleurs longtemps la seule l’à avoir seulement imaginé ! Et me voilà faisant le brouillon de ma vie sentimentale avec un premier jet, et le premier qui pense que l’expression « premier jet » est à double sens ne serait qu’un misérable malavisé.

Mais ce jour-là, elle vint à moi, une certaine fureur dans le regard, pour m’annoncer que tout était terminé, bref : GAME OVER ! Pourquoi ? Qu’avais-je donc fait ? Mon serpent, je m’en vais te demander ton avis, tu me diras finalement que je n’étais qu’un incompris, vitime d’une injustice, un peu comme Jack Torrance accusé par son hystérique de femme d’avoir tenté d’étrangler leur petit Danny dans la chambre 237 de l’hôtel Overlook.

Nous étions le 6 janvier 1994, et depuis plusieurs mois je suivais le développement d’un jeu bien de chez nous, à savoir Mr.Nutz sur Super Nintendo, dont les images révelées au compte-gouttes laissaient présager d’un véritable carton à venir. Et ce jour-là, armé de la menue monnaie que j’avais reçue à Noel quelques jours auparavant (mais tout de même l’année d’avant aussi !), me voilà en route vers la FNAC du patelin , sans trop savoir ce que je voulais. Mais je finis par le découvrir : un superbe présentoir et une vision enchanteresse : Mr.Nutz est enfin là, et pour le prix réellement modique de 313 francs français de l’époque ! Oui mon serpent, après des mois de fantasme et de suppositions nourries d’espoir, j’allai enfin savoir ce que cet écureuil mignon avait dans le ventre. Hop, voici une transaction rondement menée et direction ma piaule et ma Super Nintendo.

2

La suite fut une mémorable claque qui m’a poussé à m’investir comme je l’avais encore rarement fait à l’époque. Ma renonciation à travailler les mathématiques, les sciences physiques  et la biologie aidant, me voilà arpentant les forêts, les parcs au petit matin, un cottage, une cuisine et son évier, des chambres volcaniques, le ciel, le cirque et le pôle sud pour réussir enfin à botter le cul du Yéti, qui était à Mr.Nutz ce que Bowser était à Mario. Mais j’anticipe déjà, emporté que je suis…

Le jour même de l’achat du jeu, un cruel dilemme s’était imposé à moi : j’avais rencard avec ma douce et tendre après les cours. Or je trainais dans mon sac cette cartouche flambant neuve et sous blister (et contrairement aux fétichistes atteints de collectionnite, le fait d’être sous blister est pour moi une tare et non un plus). Que choisir ? Un rendez-vous hésitant avec ces quelques pelles baveuses dont seuls les débutants ont le secret, ou alors enfin la révélation de ce Mr.Nutz que j’attendais depuis juillet 1993 ? J’ai fait mon choix…Et le lendemain je payai ce choix des mots suivant :« c’est fini, tu n’es qu’un con avec tes jeux et ta salle d’arcade ».  la vie est faite d’expériences….3

Alors mon serpent, mesures-tu désormais la profonde injustice de ces événements ? Vois-tu que l’âge ingrat est vraiment douloureux à négocier ? Qu’aurais-tu fait en mes lieux et place ? Aujourd’hui cependant, je suis en paix avec moi-même car si j’ai oublié jusqu’au nom de cette charmante jeune fille (à qui je souhaite néanmoins d’avoir trouvé l’âme soeur elle aussi, j’ai beau être un salaud, je ne suis pas méprisable à ce point !), je me souviens encore et toujours de Mr.Nutz et, ô comble d’aboutissement, j’ai même réussi à présenter ma façon d’y jouer en compagnie de M.Philippe Dessoly, le géniteur du personnage de Mr.Nutz lui-même et un des créateurs de ce jeu culte. Bref : J’AI FAIT LE BON CHOIX, tu ne penses pas ?

Finalement, la vie prend parfois des tournants singuliers, mais quelques fois ils sont appréciables !

Alors, ton avis ?

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

 

PS : je prends la liberté d’illustrer cette chronique par quelques strips de mon ami José dont tu as déjà pu savourer le talent et le coup de crayon arrondi si délectable, issus de sa saga ci-devant intitulée « La Fiancée du Geek ». J’espère que bientôt elle se déclinera en album !

 

 

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