Bonsoir mon endurant reptile.

Il y a quelques temps de cela j’ai enfin réussi à triompher de la version arcade japonaise de Gradius III  de Konami. Oui je sais, mais permets-moi de te couper : je ne vais pas me lancer dans un panégyrique sur cette grande série. « Grande série » ai-je dit, ça devrait te mettre sur la voie ! Mais le volume 3 a une histoire assez cocasse, ce qui, autant par lyrisme que par défaut d’appréciation, a donné un jeu d’une difficulté acérée, difficulté qui a fait du jeu un mouton noir des salles d’arcade : Konami dut même procéder au retrait du jeu devant les protestations des joueurs qui ne s’attendaient pas ainsi à se faire flageller avec du fil de fer barbelé rouillé.

Un titre qui fait peur à beaucoup...

Un titre qui fait peur à beaucoup…

Par je ne sais quel truchement, ce jeu connut un regain d’intérêt tardif et aujourd’hui, sa difficulté aux limites de l’irrécupérable semble au contraire jouer pour lui. OK, le shoot them up a évolué vers une âpreté qui le définit. Gradius III est donc devenu un passage quasi obligé pour joueurs passionnés de shoot them up hardcore. Et enfin, je viens à mon tour d’intégrer le club très select de ceux qui ont enfin vaincu, détruit, surmonté, en gros qui ont désormais niqué l’empire des Bactérions. En tous cas le jeu fut si décrié qu’il fallut attendre 1998 pour voir -timidement- émerger un Gradius IV. Mais bon, voilà ! Et non, ce n’est pas pour me faire monter le bourrichon que je t’annonce cette victoire. Je laisse ça à d’autres. D’ailleurs ce fameux club, s’il tolère des têtes de noeud comme moi, ne doit pas finalement être si élitiste !

Non, non ! Je viens ici t’entretenir de tout autre chose, ami écailleux. Et Gradius III , le Gradius III en question vient finalement corroborer le postulat de cette nouvelle bafouille hebdomadaire : le jeu vidéo c’est Hannibal Lecter, c’est un no man’s land cognitif, bref : le jeu vidéo est avant tout une anesthésie émotionnelle. Oui, car à ce niveau d’exigence, il ne faut en fait pas laisser ce programme maléfique (mais pas malfaisant !) prendre les rênes de votre inconscient. Il faut apprendre surtout à maîtriser les commandes. les commandes du jeu, mais aussi et surtout les commandes de soi !  Comprends bien mon rampant que pour ce type de jeu, il faut se prémunir contre les réactions pourtant élémentaires qui font l’excitation, la joie ou l’énervement. Oui, parfaitement, il faut se blinder d’une armure contre les ressentis, contre ce qui fait de nous des êtres humains ! En ce sens, oui, Gradius III est un jeu inhumain.

On joue serré, vraiment...

On joue serré, vraiment…

Imagine-toi si j’avais du exploser à chaque fois que ce jeu prenait l’arbitraire décision de me punir. Car oui, Gradius III punit le joueur selon son bon plaisir là où il aurait du le punir selon les erreurs du joueur en question ! Si j’avais du virer au rouge à chaque fois que mon vaisseau avait explosé, ma face aurait viré sans doute encore plus antipathique que ne l’aurait été celle d’un croisement issu des bonnes oeuvres de Donald Trump et de Nadine Morano, avec un teint mi-pourpre mi-cramoisi de bon aloi ! Bref : oublier l’énervement, étape 1.

Etape 2 : oublier la lassitude et accepter sans rechigner de devoir revenir on ne sait combien de fois sur le champ de bataille comme un honnête troufion. Car oui, pour le jeu, les vies du joueur n’ont finalement que peu d’importance. Et ça, si l’apprenti pilote ne l’admet pas, et bien il risque fort de finir dans une cellule capitonnée entre un cannibale émigré du Caucase, un nécrophile amateur de charognes de blaireau et un supporter de Marine Le Pen. Et puis tu as l’habitude mon serpent, tu sais qu’il n’y a que des jeux vidéos et de la grammaire dont j’accepte de suivre les règles…

Etape 3, la plus délicate à atteindre : finir par triompher. Et c’est une fois cette petite condition remplie que l’on passe le test ultime : savoir si l’on contiendra sa joie ou pas. Après plusieurs années passées à courir ce lapin inaccessible pour mieux se le farcir (un peu comme M.Seguin coursait sa chèvre pour mieux se la taper dans le salace et délirant Bois Huon de Gotlib), la victoire est arrivée. Et là je me suis rendu compte que j’avais réussi jusqu’au bout, car à présent, je me demande surtout pourquoi…Tout ça pour ça ?

On s'en sort comment de ce merdier ?

On s’en sort comment de ce merdier ?

Oui mon serpent, ce n’est pas comme s’il y avait eu une coupe à la clé ou un gros chèque, ce combat que j’ai mené contre le jeu et contre moi-même n’est finalement rien d’autre qu’une affaire purement individuelle. pourquoi irai-je donc gueuler une joie que je suis le seul à avoir préparée et accomplie ? C’est un peu à mon âge comme les premières découvertes de l’auto-excitation manuelle : on a ça en soi, ça marche, et une fois que ça a marché, on garde son ressenti pour soi ! Imagines-tu un pré-ado fraîchement émoulu annoncer à sa famille au petit déjeuner, tout sourire : « Papa, maman, cette nuit je me suis enfin pignolé pour la première fois, et c’est très cool, youpi, je sais comment on fait et ce que ça fait » ?

Donc non mon serpent, on n’éprouve finalement qu’une joie très personnelle et somme toute limitée à l’instant quand on arrive enfin à accomplir un objectif, et plus spécialement quand il te taraudait depuis autant de temps. Et ce que Gradius III m’a prouvé à nouveau, je m’en étais déjà plus ou moins aperçu avec d’autres titres comme R-Type II, Addams Family Pugsley’s scavenger hunt ou encore Dragon Blaze…Le premier qui me cause à nouveau de Silver Surfer ramasse un bourre-pif !

D’où ma conclusion : le jeu vidéo c’est en effet analogue à de la branlette, mais aussi et surtout c’est quand même une sacrée anesthésie émotionnelle ! Mais attention, pas mentale pour autant, car la persévérance est tout de même une donnée mentale.

A ce niveau-là, on ne joue plus autrement que comme un robot, c'est-à-dire de façon machinale et sans sentiment !

A ce niveau-là, on ne joue plus autrement que comme un robot, c’est-à-dire de façon machinale et sans sentiment !

Ou alors je réfléchis trop, comme souvent.

Mes salutations mon serpent !

Yace.

Vieux grincheux pas si vieux.

Quel que soit le niveau du joueur, on en arrive toujours au même écran finalement...

Quel que soit le niveau du joueur, on en arrive toujours au même écran finalement…

 

 

POST-SCRIPTUM :

Dans notre galaxie et ce 27 décembre 2016, Carrie Fisher, l’inoubliable interprète de la princesse Leia Organa, est partie fusionner avec la Force.

Mon serpent, sans elle, comment serais-je arrivé à vaincre le terrifiant niveau de l’Etoile de la Mort dans le fantastique Star Wars  de JVC sur NES ?

Reprenons le mot de notre ami commun Toma Uberwenig : « RIP, douce égérie d’une génération vieillissante, mais toujours vaillante! » et achevons cette humeur hebdomadaire par une minute de silence à sa mémoire.

Carrie « Leia » Fisher, magnifique en version 8 bits…

 

Et tout aussi belle en version 16 bits. A bientôt dans une galaxie très très lointaine, en 2017 pour l’épisode VIII et pour toujours sur DVD, Blu-Ray et console.

 

 

 

 

1 réponse

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *