Bonjour mon serpent, tu vas bien ?

Tu vois, c’est tout de même incroyable de voir que le jeu vidéo, et plus spécialement le jeu dit « rétro » a servi de tremplin. Oui, c’est quand même balèze : il a bien fallu un jour que certains de ces personnages se décident à grimper à l’assaut de la notoriété. Et pour ce faire, quoi de mieux que faire des vidéos-sketchs sur le jeu vidéo ?

En 2006, James Rolfe a créé le personnage de l’Angry Nintendo Nerd, rebaptisé Angry Video Game Nerd. En France, Frédéric Molas devient Le Joueur du Grenier. Usul réhabilite le 36-15 des années 90. Bref, un petit microcosme de vidéastes liés au jeu vidéo commence son émergence. Par la suite, ces auteurs ont évité l’immobilisme et ont tous créé de nouvelles vidéos basées sur leurs passions que je qualifierai de « collatérales » : James Rolfe nous a présenté le cinéma d’auteur, Usul nous a offert des vidéos étonnantes de maturité sur des sujets politiques et sociaux, le JDG lui s’amuse sur des sujets périphériques qui au départ constituaient des épisodes hors-série de sa série éponyme avant de créer une chaîne secondaire, Bazar du Grenier, sur laquelle et comme dans tout bon bazar, on trouve de tout, allant du pire au meilleur.

Tous ces personnages ont bien du démarrer par quelque chose avant d’acquérir cette notoriété. Le jeu vidéo fut ce point de départ. Et c’est à ce moment que je m’interroge. Finalement, que cherchaient-ils en exposant ainsi le jeu vidéo ? Devenir des « nouvelles stars » de la toile ? Partager une passion réelle sans opportunisme aucun ? Simplement, une fois leur renommée faite sur des bribes de jeux vidéo, arriver à exposer leur personnalité et capitaliser sur leur nom ? 1Il est vrai qu’on ne peut se résumer en tant que personnage au seul amour du jeu vidéo, réel ou supposé, sincère ou opportun. Mais, et même si l’objectivité me pousse à reconnaître le talent des individus en question, j’y vois les débuts d’une dégénérescence que j’ai peine à clairement nommer. C’est certes plus facile avec ces personnages fumistes et fumeux façon Cyprien ou Squeezie qui eux, ont fait le chemin en sens inverse : celui de partir de vidéos opportunes pour en arriver à jacter un peu de jeu vidéo. Pour eux, le jeu vidéo est sans doute un beau territoire à conquérir, ou plus honnêtement une bonne banque pour un braquage. Eux m’inspirent un sentiment que je n’ai en revanche nul souci à clairement qualifier : opportunisme gerbant. Sans compter toutes ces superstars de l’exhibition qui pensent améliorer le pauvre monde en s’exhibant sur Twitch ou autres et jouant comme des brelles, en jurant comme des taulards en goguettes ou en faisant des unboxings, ces vidéos à l’intérêt aussi flagrant que celui que l’on a tous à regarder notre récolte de mucosités dans nos Kleenex où à se sentir les doigts après s’être gratté les roupettes.

James Rolfe a réussi à finalement fondre son personnage de l’AVGN dans celui, plus académique, de l’amateur de cinéma fantastique, ce qui est surprenant quand on sait à quel point ledit AVGN semblait auto-suffisant.2 Usul a su aborder des thèmes inattendus et par là prouver que l’on pouvait causer de jeux vidéo et pouvoir aussi aborder des sujets plus sensibles. Frédéric Molas et son acolyte Seb Rassiat ont eux aussi amené un peu de diversité à leurs personnages -et même un peu trop à mon goût, mais à nouveau, le but est de trouver un public, fût-il ciblé- ce qui les aura tous sortis de la simple image du « vidéaste qui parle de jeux vidéo ».

Positif que tout cela ? Oui et non. Oui car l’intérêt peut être au rendez-vous. Les vidéos d’Usul par exemple me séduisent, car enfin voici un individu qui a commencé en causant jeu vidéo et qui à côté sait aussi aborder de front certaines thématiques parfois polémiques, et qui au-delà a réussi à clairement séparer les deux personnages, le vidéaste JV et le vidéaste plus engagé. Non, car au final, on retient plus l’auteur de ces vidéos que leurs contenus réels, et même si je doute que cela soit toujours volontaire, je ne peux m’empêcher de trouver ceci fort dommageable.

Car si l’on ne retient que le nom de l’auteur, on en arrive à la starification, plus vulgairement illustrée par ce malheureux néologisme dit de « peoplisation » ou « pipolisation » pour y ajouter une orthographe moins franglaise. Et cette pipolisation n’apporte rien, car comme le disait si doctement et justement Sacha Guitry dont l’esprit était loin d’être médiocre, « être à la mode, c’est mourir à coup sûr ». Sur lui je surenchéris en ajoutant que la mode tend à devenir de plus en plus éphémère, et donc de plus en plus superficielle et en deux mots : bêtifiante et meurtrière.

Je redouterai presque de voir arriver le jeu où sera édité un calendrier calqué sur celui des « Dieux du stade » (j’ignore si les ayant-droit de Leni Riefenstahl touchent des royalties sur ce calendrier)…Un calendrier intitulé « Les Dieux du pad » où l’on verrait ce qu’il est convenu de nommer les « superplayers » où au moins les personnages de ce monde suranné de l’exhibition sur la toile se tenir le service trois-pièces à deux mains pour les plus gâtés, à une seule pour les autres.

Si ce jour arrive, je pense même en venir moi-même à me balader avec le gland en laisse !

Il reste cependant quelques types qui finalement tiennent sans doute plus à parler du jeu que de leur propre personne. J’en connais au moins trois, ce qui est loin d’être négligeable ! Vois-tu, je me suis souvent tâté à moi-même tenter de reproduire l’exploit d’Usul et faire quelques petits extra pour traiter de certains sujets. Mes opinions sont certes assez peu consensuelles et certains les connaissent déjà. Mais pourquoi finalement devrai-je lier mon moi de joueur et un peu historien du jeu vidéo…avec mon moi quelque peu libertaire ? 3Alors que depuis toujours, je n’ai de cesse de hurler à quel point ces deux sujets (à savoir jeu vidéo et réalité tangible) doivent être clairement et nettement séparés ? Si je monte au volant dans la vraie vie, je ne m’attends pas à rouler à 250 km/h aux côtés d’une quelconque blondasse en écoutant le thème de Coconut Beach, et quand je veux jouer à OutRun, je ne m’attends pas à y voir arriver un camion vert bourré de barbus de l’EI ou de jeunes illettrés séduits par les pubs pour l’armée de terre ! Et voilà à mon sens ce qui fait de mon rapport au jeu vidéo quelque chose de réellement authentique : je ne me suis jamais servi  de mes appétences pour les jeux vidéo…pour mettre en avant ma petite personne trapue et chauve.  La principale attraction sera  toujours le jeu vidéo et ceux qui l’ont fait, son contexte et ses caractéristiques. Le joueur, bien qu’indispensable évidemment, n’est qu’un exécutant. Et sans plan, pas d’exécutant justement !

J’aurai peut-être pu réussir car certains l’ont fait. Mais en fait non. Car je n’en ai même jamais eu l’intention.

Et puis, quand on aime comme moi la variète kitch des années 70 et 80 ou que l’on tient le cinéma pornographique des mêmes années 70 et 80 comme un genre abouti et digne d’étude, ne gagne-t-on finalement pas à garder pour soi ces petites marottes, pour au contraire mieux les savourer en esthète…grâce à leur côté unique et très particulier ?

Bref mon serpent, et même si certains m’ont confessé aimer et reconnaître ce style qui d’ailleurs baptise mes humeurs, à savoir yaciste, je me plais à dire que je suis peut-être un personnage. Mais jamais je ne serai un people !

Allez mon ami rampant, viens, je t’offre un bon kebab de rat musqué.

Yace,

Vieux grincheux, pas si vieux.

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