La vision actuelle de nos jeux rétro

L’HUMEUR YACISTE 35 : piège à joueur, piège à con

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Salut mon serpent !

Aujourd’hui je m’en vais te conter une petite anecdote, certes très personnelle mais -et c’est heureux- tout de même liée au jeu vidéo. car oui, mes confidences et autres élucubrations hebdomadaires ont toutes en commun d’être liées au jeu vidéo, faute de quoi elle me vaudraient  0/20 avec mention « HS, à faire signer des parents ». Ceci remonte à quelques années à présent.

Il y a peu, j’intervins devant un auditoire de jeunes et je t’avais d’ailleurs rapporté la teneur de mon allocution face à ce parterre censé représenter l’avenir, ce qui en soi justifierait déjà une prescription d’antidépresseurs (oui bon, j’exagère un tantinet, après tout certains ont écouté et ont par la suite posé des questions qui révélaient leur attention). Bref, cette petite parlotte avec ces jeunes m’a laissé un souvenir finalement pas déplaisant, en plus de la bien étrange situation de me voir parler de concert avec un gendarme, et même ensuite d’avoir discuté avec ce subtil pandore en termes amicaux et considérés. Nous vivons un temps bien singulier comme l’écrivait l’ami Brassens dans l’Epave.

Il y a quelque temps donc de cela, lors de l’animation ci-devant pompeusement intitulée La semaine du Cerveau (bigre ! cela sous-entendrait-il qu’une année de cinquante-deux semaines n’en donnerait qu’une seule à ce matriciel et encore majoritairement inconnu organe ?) je fus invité, aux côtés d’autres personnages, à venir discuter de l’impact cérébral des activités humaines. Etr cette année-là, ô grandiloquente surprise, le jeu vidéo fut mis à l’honneur comme l’intense source de réflexion qu’il est. Ma légendaire naiveté me poussait alors à croire qu’enfin, on allait accorder à cette noble création un statut non pas à sa hauteur, mais disons déjà un peu moins bas.

Mon serpent, et contrairement à ce que je laisse penser de moi, je ne suis pas forcément le dernier des abrutis, ou le plus incurable des conneaux, mais pour ce coup, je reconnais avoir été réellement stupide d’avoir accepté. Car sous cette invitation se cachait en fait un vrai piège à joueur.

Un vrai piège à con !

La séance se déroule dans une salle crasseuse et vétuste d’un local étudiant de la Faculté de Sciences de mon patelin, place odorant de bière séchée et dont on reçoit de temps à autre des fragments de peinture tombés du plafond. Me voilà assis sur une chaise insuffisante (comprends par là que mon postérieur est sans doute trop développé pour sa surface), entouré de professeurs de psychologie cognitive, de professionnels de santé et de musiciens car la musique elle aussi avait été retenue comme sujet d’intérêt. Devant nous, une horde de jeunes fraîchement émoulus bacheliers, qui donnent l’impression de croire que ce diplôme à valeur plus que variable leur sert le monde sur un plateau d’argent.

Vient mon tour de parole après avoir subi les discours inintelligibles pour le profane en psychologie que je suis . Et là, il n’aura suffit que de quelques minutes pour que la vérité s’affiche : le « joueur » (moi donc) n’était là finalement que pour servir de « contre-exemple ». Malgré mon exposé quant aux nécessités de réflexion et de coordination que nécessite la pratique d’un jeu vidéo, me voici subitement interrompu par une distinguée maîtresse en chaire avec comme motif le fait que je ne débite que des « énormités » car « il est impensable de lier réflexion et jeu vidéo ». Guère déstabilisé par cette incompréhension (et oui mon serpent, depuis que je joue j’ai du faire face à bien des préjugés, et ce venant de tous bords), je me hasarde comme je m’y crois autorisé par ma seule présence à lui demander d’étoffer un peu cette péremptoire affirmation, et je n’ai droit en réponse qu’à un visage outré de directrice de pensionnat qui aurait surpris deux de ses ouailles en plein exercice bucco-génital !

Sans autre dialogue, la voilà qui repart dans son étalage de termes imbaisables pour moi (et bien d’autres, nous ne sommes guère nombreux à nous revendiquer des huiles de la psychologie, psychiatrie ou psychanalyse), me laissant ainsi sur le carreau comme un auto-stoppeur à dreadlocks en tongs et ce, sans même se rendre compte que je n’avais pas parlé plus de dix minutes. Et jusqu’à la fin j’ai du du, pour tromper mon ennui, promener mon regard sur l’auditoire ou le sol ! Le carrelage était à ce propos bien plus agréable à voir, car et même si le printemps s’annonçait, il n’y avait rien devant moi pour justifier que je perde de mon acuité visuelle sur ce panel de gamins…fait de jeune repoussants de banalité et sans la moindre étincelle de beauté féminine qui aurait pu compenser la perte de temps que je subissais. Patienter gravement pour ne pas partir et se faire remarquer bêtement, moi, le « joueur » donc fatalement immature, fruste et mal dégrossi intellectuellement…

Heureusement, l’intervenant musicien, dont on respecta heureusement le temps de parole, reprit à plusieurs reprises ce que j’avais déjà énoncé, et me remerciant même d’avoir « amené des éléments de compréhension » intéressants. Ce qui ne changeait hélas pas grand-chose : en acceptant de venir témoigner, j’avais tout simplement fait le jeu des organisateurs de cette mascarade.

Bref, j’avais l’air finalement encore plus con que le corbeau de La Fontaine, car lui au moins, avant de se faire posséder et déposséder (de son fromage), avait eu droit à des flatteries. Moi même pas. Putain, l’imbécile. Et le tout devant des mioches qui ne savent encore rien de ce qu’implique le travail universitaire…quand celui qu’ils jugent a pour sa part passé six années sur les bancs d’une faculté de droit !

Bref mon serpent, je crois que les subtilités du jeu vidéo ne seront que condamnées à rester masquées à tous…sauf à iceux et icelles qui auront eu la curiosité d’expérimenter. Heureusement il y en a et le plus drôle, c’est tout autant les jeunes semblaient blasés -ou rassurés de se ranger à l’avis d’une vielle mégère hautaine et sûre de son fait- devant mon discours, autant deux seniors sont venus me trouver pour me demander quels jeux je conseillais à deux retraités désireux d’explorer de nouveaux horizons « maintenant qu’ils étaient libérés de l’esclavage salarié ». D’anciens soixante-huitards de leur propre aveu, à qui je suggérai promptement de tenter d’endurer l’incessant Tetris ou de solutionner les admirables énigmes de Solomon’s Key ; eux pourront y arriver, contrairement à ces pauvres esprits nourris de théories mais dépourvus de toute curiosité.

Preuve que l’espoir  vient du vieux, de l’ancien, et que, comme disait Rivarol (l’auteur, oui, cet écrivain au nom durablement sali par un journal putride), « quand je me regarde je me désole, quand je vous regarde je me console ».

Allez mon serpent, je t’invite à manger un civet de lapin, le goût te plaira j’en suis sûr !

 

Yace, vieux grincheux, pas si vieux (même si finalement les vieux sont parfois fort enviables).

Parfois, c’est encore ce qu’il y a de mieux à faire…

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Yace

Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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