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L’HUMEUR YACISTE 36 : leçon de vie

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Salut mon reptilien confident ! Comment se portent tes écailles ?

Vois-tu, il y a parfois des grands moments dans l’existence d’un gamin. J’en parle en connaissance de cause, ayant moi-même un jour été gamin. Et si ma carcasse a évolué vers l’âge adulte en passant par l’apparition d’une pilosité aujourd’hui défaillante, d’une croissance spécifique et circonstanciée d’un de mes membres, d’une voix plus grave et d’épaules élargies (sans oublier les rides sur le front et autres vergetures abdominales), je suis resté un gamin dans l’esprit.

En tant que gamin, j’ai retenu plusieurs leçons. La première que m’avait dictée mon donneur de spermatozoide fut celle-ci : « dans la vie, celui qui te joue un sale tour une fois, c’est lui le fautif. S’il te joue un sale tour deux fois, c’est toi le fautif ». La seconde ? Le jeu vidéo a fait de moi un gamin casanier, et quoiqu’on en dise, on a moins d’embêtements avec un gamin casanier qu’avec un mioche qui traîne dehors on ne sait où…

Moi-même je suis aujourd’hui géniteur, mais je me plais à croire que j’ai également participé à l’instruction d’un quelconque gamin qui, à l’heure où j’écris ces lignes, doit approcher de la majorité. Mais auquel j’ai greffé un souvenir qu’il n’a pas du ni pu oublier !

Ce mioche était un adepte du vieux gag de la sonnerie. Tu sais, cette aimable plaisanterie qui consiste à sonner chez les gens et se carapater vitesse grand V ensuite, en proie à une délicieuse adrénaline ! Se faire peur pour rien sans grand risque, n’est-ce pas là une attitude de casse-cou subtilement excitante ? Cependant, ce gamin avait quelque peu remanié le concept : il ne sonnait plus directement à la porte, mais à l’interphone pour répondre après moi « enculé, je veux te baiser » et d’autres messages fleuris à base de mots que la bienséance sociale m’interdit de réitérer, même si pour moi le registre lexical ordurier est tout aussi part intégrante de la langue que le plus chiadé des discours.

Après avoir répondu une douzaine de fois et entendu une douzaine de messages vocaux m’apprenant que ma mère faisait le trottoir, ma soeur aussi et que j’étais un champion de la fellation (le gosse le disait en d’autres termes), j’ai pris une décision intelligente et stratégique. Ce distingué mouflet ne devait pas être un de ceux qui habitaient dans cette montée, faute de quoi il risquait d’être reconnu. Bien. Donc il y a peu de chances qu’il sache à quoi je ressemble. Un point partout : moi non plus, je ne risquais pas d’être reconnu ! Aussi, je prends un sac poubelle et descends. Je sors et je vois ce gosse s’exciter sur mon interphone, accompagné de quatre ou cinq autres moutards qui riaient de toutes leurs dents cariées (car on a tous les dents cariées à cet âge, d’ailleurs mon serpent, surveille bien ta progéniture !). Je passe à côté d’eux, sans réagir, et je vais au local poubelles derrière l’entrée de la montée, comme un homme innocent et pur que je suis. Je jette mon sac et durant ce temps, le mouflet s’esclaffe à nouveau : « grosse pute, je vais te bouffer la chatte », car j’avais dit à ma compagne de décrocher l’interphone en mon absence, histoire que ce petit farceur ait encore du grain à moudre.

D’un seul coup d’un seul, je chope le fâcheux par la veste et lui dit en gros plan : « alors petite merde, c’est toi qui t’amuses à me casser les couilles depuis un quart d’heure ? Hein ? Tu t’attendais pas à ça, petit con ! » Désemparé au point de se pisser dessus, le mioche répond contre toute évidence « Mais m’sieur, c’est pas moi ! » …Et en plus il me prend pour un con. Ses petits copains, une fois qu’ils virent leur comparse en fort mauvaise posture, ont tous décampé comme une volée de cafards qu’on asperge de DDT. Sans savourer outre mesure ma position dominante, j’assène à ma proie :

écoute-moi bien, petit trou du cul : si tu recommences, je t’arrache les yeux et je te les fais bouffer, OK ?

Oui oui m’sieur, promis j’recommencerai pas !

Et puis écoute-moi bien, ça va te servir : tu vois tes petits potes de merde ? Quand ils ont vu que ‘étais pris, ils se sont tous barrés comme des lâches et t’ont laissé tomber comme une merde ! Alors deux choses : à l’avenir, choisis-toi de vrais potes et occupe-toi sans faire chier les gens, ou tu le paieras cher, petit connard. Compris ?

Oui m’sieur.

Compris ?

Oui m’sieur !

Allez, casse-toi maintenant !

Et je le relâche. Il déguerpit sans demander son reste.

Tu vois mon serpent ? Si tu te demandes pourquoi je te conte cet anodin petit incident, c’est avant tout et surtout pour te démontrer qu’un gamin casanier via le jeu vidéo ne prend aucun risque de faire ce genre de conneries, et donc de se faire choper en flagrant délit ! Et si c’était précisément mon goût du jeu vidéo déjà affirmé qui avait fait de moi cet ado tranquille et calme, à cent lieues du risque-tout amateur d’interphones et du gag de la sonnerie ? Ah, le jeu vidéo m’aura préservé de bien de sinistres tentations !

Même si, maintenant que j’y pense, je n’étais pas si éloigné de ce gamin en fait. Car si lui recherchait l’adrénaline en insultant des inconnus par interphone interposé, n’étais-je pas moi-même à la recherche d’une adrénaline semblable en défiant des aliens par milliers, par manette interposée ? M’enfin bon, moi je ne risquais pas de me faire pécho par le colback et recevoir...une leçon de vie ! Waouw, tu as vu mon serpent ? Je viens d’habilement recaser l’intitulé de cette humeur hebdomadaire en l’achevant. Tu viens objectivement d’assister à un chef d’oeuvre de narration !

Et qui sait ? Aujourd’hui ce mouflet est peut-être devenu un grand joueur, traumatisé qu’il a du être de cette expérience…qui lui a fait comprendre sans doute que mieux vaut rester chez soi avec sa console qu’aller importuner d’honnêtes citoyens !

Allez, je te laisse t’en remettre et je te salue !

 

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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