L’HUMEUR YACISTE 39 : battons l’imbattable !

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Salut le Serpent que j’aime !

Tu vas comment ? Moi j’avoue que j’ai connu mieux, mais non, je ne vais pas me plaindre. Car je suis encore bien vivant ! Et oui, chaque semaine, pouvoir te causer est un privilège qui démontre que toi et moi sommes encore bien fonctionnels biologiquement, toi dans ton vivarium douillet et moi dans ce pays livré à un parvenu de la finance pour mieux échapper à un retour aux années 1940-1944. Mais je suis en vie ! Enfin moi je suis en vie, mais l’âge aidant, je me rapproche de ma fin, et en attendant, ce sont de braves gens dont la présence me semblait acquise depuis les temps où je jouais sur leurs genoux en tant que gamin qui nous quittent…Suivant une logique aussi inexorable qu’implacable. Oui mon serpent, avec le temps, va, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs, ça t’a une de ces gueules…Cependant, il y a une invention qui permet précisément de battre l’imbattable, de vaincre l’invincible, de dépasser la limite suprême de la mortalité. Et cette invention, tu l’a déjà compris, c’est le sujet de cette passion qui nous lie depuis des années à présent, c’est à dire le jeu vidéo !

Mario n’a pas qu’une vie, lui !

Oui mon reptile attentionné, comment expliquer autrement le fait que les inventeurs premiers du jeu vidéo aient cogité opportun de donner à leurs héros plusieurs vies ? Soyons logiques : avoir plusieurs vies, c’est déjà vaincre la mort !  Oui, et à nouveau le jeu vidéo montre son étonnante liberté au point de renier même cette logique pourtant immuable : si nous n’avons qu’une seule vie, quand on passe au monde des pixels, nous en avons plusieurs. Ah ! Que disons-nous à ce propos ? La vie est une maladie sexuellement transmissible mortelle dans tous les cas, ou comme disait Gérard Depardieu dans Tenue de Soirée, la vie est une prison et la plus terrible de toutes, car pour s’en échapper il faut passer l’arme à gauche. Et bien non ! La vie nous permet de jouer ! Et en ce sens, ceux qui consacrent un peu de leur temps réel à cette activité merveilleuse qu’est le jeu vidéo ont déjà d’autres vies en stock, et même s’ils les vivent par procuration, ils ont une chance que ceux qui ne s’adonnent pas aux joies du pixels et du joypad ne connaîtront jamais. Ah, les individus de peu de foi que voilà tout de même ! Le jeu vidéo est même si magistral qu’il arrive à changer la mort en un outil didactique, car bien souvent c’est en mourant faute à un piège efficace que l’on apprend à justement lui retirer son efficacité et donc à lui survivre ! Vaincre la mort au point d’en faire un outil d’apprentissage, connais-tu d’autres activités aussi puissantes, mon serpent ? Certes, la vie doit se différencier du jeu vidéo, ou plutôt le jeu vidéo doit se différencier de la vie, car oui, inutile de répéter à quel point l’aspect chimérique est à mon sens l’essence même d’un jeu digne de ce nom. Voir des soldats agoniser dans leurs tripes m’enchante dans Metal Slug mais me répugne dans Call of Duty, et tu comprendras pourquoi aisément.
Mais tout de même mon ami écailleux, si l’on devait juger de la vie par des critères liés au jeu vidéo, le résultat en serait absurde : des graphismes allant du pire au meilleur, une animation beaucoup trop variable selon l’état des personnes, des musiques allant du divin façon Neuvième de Beethoven au catastrophique façon rap de 2017, et un game over aussi intransigeant que définitif…Le tout dans un seul et unique monde par trop malmené pour être réellement harmonieux. Absurde te dis-je ! Alors qu’il suffit d’avoir un Super Mario World pour arpenter des contrées superbes et enchanteresses, bercées par des musiques  formidables en tous points, avec un stock de vies que l’on peut gonfler à sa convenance et qui sert autant à comprendre comment vaincre les pires épreuves même grâce à l’erreur. Ah mon rampant, jouer au jeu vidéo, c’est réellement vaincre la mort, et pas uniquement dans Castlevania.

Et plutôt deux fois qu’une !

C’est réellement se dispenser de cette règle finalement aussi incontournable que normale mais cruelle, qui veut que l’on n’ait qu’une seule vie. Nous autres joueurs, n’avons certes qu’une seule vie…Mais plusieurs existences ! Je joue donc j’existe, en tant que Mario, que Simon Belmont, que pilote de vaisseau spatial…Oui mon serpent : une seule vie, mais alors disons une vie multipliée par autant d’expériences que sont les jeux que je pratique. Allez, sur ce je te rends à ta tranquillité et si un jour la Faucheuse vient me prendre la main (ce qu’elle fera j’en suis persuadé), pourvu qu’elle m’emmène au bistrot des copains pour reprendre le bel hommage rendu par Renaud à ceux qui peuplent sa mémoire. J’irai ainsi bien deviser avec Spartacus, Louis Lecoin, Louise Michel, Michel Bakounine, Stanley Kubrick, Charlie Chaplin,  Groucho Marx, Georges Brassens, Léo Ferré, Boris Vian, Franck Chossat, Cabu, Wolinski, Siné, Voltaire, Zola, Agustin Gomez-Arcos, Albert Camus, Coluche, Pierre Desproges, Raymond Devos…sans oublier Ralph Baer !

Et ceci est sans doute l’humeur la plus optimiste que je t’aie jamais livrée, car finalement,  quoi de plus élevé que vaincre la mort ?

Yace,
Vieux grincheux pas si vieux. Et bien vivant sous toutes les identités que le jeu vidéo m’accorde encore !

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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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