La vision actuelle de nos jeux rétro

L’HUMEUR YACISTE 40 : Théorie du genre

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Salut à toi, mon ardent reptile.

Comment te portes-tu ? Je te remercie avant tout de toujours consentir à me recueillir chaque semaine tels les éboueurs qui se lèvent dès potron-minet tous les jours pour ramasser la merde de tout le monde, car tu accomplis une tâche hebdomadaire fort comparable en acceptant d’écouter mes digressions dont même la psychanalyse n’a pas voulu. Et vient le moment où je te révèle ce qui m’amène cette semaine, à savoir une nouvelle confusion. Une confusion que pourtant je ne devrais pas commettre, mais je le fais et à dessein qui plus est. J’ai souvent vue collée à ma personne l’étiquette de « nazi de la grammaire », selon la délicate terminologie qui a fleuri comme un chiendent sur ce fumier que constituent les tréfonds de l’Internet. Oui, ô comme je déteste ces expressions toutes faites qui à l’origine ne sont que le délire de pauvres petits cons de seize ans nourris d’inculture et de Clara Morgane comme modèle de féminité et de réussite sociale. Suivre les recettes grammaticale et lexicale de notre belle langue de Molière ferait donc de l’habile littérateur un émule du natif de Braunau-Am-Inn ? Un cuisinier qui ne mettrait pas de saucisson à l’ail dans le couscous doit-il être tenu pour un nazi de la tambouille ? Un peintre qui barbouillerait avec de la gouache et non pas ses excréments devrait-il être considéré comme un commandant de camp ?

Enfin, je m’égare, alors je me recentre : oui, j’ai une admiration et une vénération pour notre véhicule linguistique et pour reprendre Léo Ferré, je speak French, c’est un pleasure ! Oui mais alors pourquoi m’obstine-je (oui, obstine-je) à toujours dire LA Game Boy, et non pas LE Game Boy ? Je suis pourtant parfaitement au courant que Nintendo nous avait présenté son produit au masculin, tant dans sa notice que dans sa promotion. Oui mon serpent, rappelle-toi cette question subtile : « Vous jouez à quoi avec le vôtre ? » Subtile car en effet le postulat de cette campagne n’était pas de faire vendre l’engin, mais partait du principe que le public l’avait d’ores et déjà acquis et adopté ! Il fallait donc savoir à présent quel jeu on allait choisir avant de passer à nouveau à la caisse. Et en dépit de ce bon sens élémentaire et de mon profond respect pour la langue de Jean-Baptiste Poquelin qui a bien fait de ne pas reprendre la charge de tapissier du roi de son père ni tout comme moi de devenir avocat alors qu’il avait fait son droit, je continue de dire LA Game Boy. Je t’assure incontinent que je sais cependant différencier le masculin du féminin, même en notre époque où se revendiquer homme est ipso facto tenu pour misogyne, alors que les plus misandres des féministes passent non guère pour des extrémistes mais d’ardentes partisanes. Au diable Valérie Solanas et Claude Sarraute (dont entre nous la féminité réelle ou supposée m’indiffère, et dont l’apparence et l’esprit sont aussi agréables qu’un coup de pied aux génitoires).

Mais tout ceci n’explique toujours pas pourquoi je persiste dans cette féminisation de la Game Boy (on devrait dire du Game Boy), moi qui en tant que grammairien intransigeant ais toujours refusé d’employer de tristes vocables comme l’abject « doctoresse » ou l’infâme « écrivaine » que les vieux fourneaux de l’Académie ont eu la faiblesse d’admettre. « Ecrivaine » est aussi laid à l’esprit qu’il l’est à l’oreille, et à tous les gardiens et toutes les gardiennes du bon esprit correctement limité qui me conspueraient, je fais aimablement remarquer qu’il existe le très noble terme de « femme de lettres » qui insiste autant sur la féminité de l’auteur (et non pas « autrice » comme je l’ai déjà lu !) que sur les lettres en alliant les deux pour une locution de mérite et de grandiloquence. Car les hommes (et les femmes aussi, hommes étant ici à prendre au sens « humains ») s’en viennent et s’en vont tandis que les lettres s’en viennent mais subsistent. Alors oui, comment justifier mon endurcissement à dire LA Game Boy, tout en sachant que je vais à l’encontre de ce qui est pourtant établi ? Tu viens déjà d’avoir un élément de réponse mon serpent : car j’aime aller à l’encontre de l’établissement (et non pas establishment, anglicisme puant que je laisse aux politiques non moins puants), mais surtout par respect pour les figures elliptiques. Car oui, ceux qui maintiennent le « la » devant « Game Boy » se livrent parfois même sans le savoir à l’exercice de l’ellipse, en justifiant donc plus ou moins inconsciemment ce féminin par la nature de console de l’engin en question. Et il s’avère que « console » est un nom féminin. Et vois-tu, cette raison me suffit amplement, et même semble témoigner d’un bon sens que n’avaient pas les commerciaux de Nintendo en 1989-1990 ! Sans quoi ils auraient  dit, écrit et demandé : « Vous jouez à quoi avec LA vôtre ? »

Je persiste et signe !

Allez mon serpent, nous sommes tous deux de fines manettes, alors allons nous faire une petite partie compétitive, et je te laisse savourer cette dernière métonymie avant de t’accueillir dans mon salon, désormais orné d’une superbe reproduction de l’Origine du Monde de Gustave Courbet. Et j’ai également calé mon canapé bancal avec le dernier ouvrage d’Eric Zemmour que j’ai récupéré ce matin dans une poubelle en allant jeter la mienne, car même les éboueurs qui se lèvent dès potron-minet donc m’ont dit refuser de salir leur camion-benne avec.

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux. Au masculin pour le coup.

Ah, j’aime mieux ça ! Et le premier qui me dit que ça fait tendancieux n’est qu’un immature.

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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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