Salut mon serpent, comment de sens-tu ?

Et oui, après cette estivale suspension, nous voici à nouveau réunis le temps de quelques palabres hebdomadaires ! C’est la rentrée pour tout le monde, et si les mioches font grise mine, je suis très content de te retrouver. Et pour ouvrir le bal, je n’ai pas à chercher bien loin, il me suffira de causer un peu de ces quelques soirées qui ont jalonné ces vacances d’été, et dont deux ou trois ont été dédiées à une série dont j’étais fan, Mortal Kombat. Oui mon reptile, à l’âge de seize ans, je devais sans doute être un peu dérangé dans ma caboche, car je préférais de loin jouer à la sanguinolente saga de Midway à aller en cours. Enfin, pas tant que ça en fait, car j’avais tout de même un code d’honneur : je ne me suis jamais permis de sécher un cours de langues, de littérature ou d’histoire-géographie. Oui mon serpent, même mon absentéisme scolaire était mûrement réfléchi. Pourquoi aller s’emmerder le vendredi matin à courir le cent mètres à huit heures du matin alors que je n’avais qu’à descendre du tramway trois stations plus bas afin d’aller incarner Shang Tsung ? En ce temps  passés de Mortal Kombat II, je ne concevais d’ailleurs pas de jouer un autre personnage, puisque jouer Shang Tsung, c’était jouer tout le monde en fait ! Bon, pour être honnête, c’était surtout pour pouvoir exécuter mon adversaire avec un large choix de fatality, car Mortal Kombat II, c’était juste une excuse à faire couler du sang, ce sang que je me suis toujours refuser à faire jaillir ailleurs que dans le jeu vidéo. Je dis ça ça à cette époque-là, je luttais également contre l’administration militaire, qui n’avait aucun scrupule à disposer de mon nom sur ses listes de chair à canon unilatéralement désignée.

Ce qu’on voyait en 1994

Et oui mon reptile, on peut aimer décapiter, éviscérer, trancher, empaler, écraser, incinérer, bref  accommoder sa victime à toutes les sauces dans un jeu vidéo sans pour autant avoir envie d’apprendre à manier les flingues et d’éventuellement être envoyé à des milliers de kilomètres de chez soi pour faire le malin en uniforme, et accessoirement sabrer deux ou trois autochtones… Et c’est d’autant plus triste qu’aujourd’hui j’ai énormément de scrupules à rejouer à Mortal Kombat II quand ma fille est à mes côtés (je ne veux pas qu’elle assiste à des sciages ou autres séquences d’anthropophagie), alors que durant ces vacances, il a simplement suffi que je l’emmène sortir au parc ou aller manger  pour qu’elle eût sa ration de militaires en pleine rue. Finalement, je me demande ce qui serait le plus traumatisant : voir Reptile tirer sa langue de caméléon pour bouffer la tête de son adversaire (car comme l’écrivait le comte de Lautréamont, il faut que chacun vive), ou se trouver à deux mètres d’un quatuor en treillis équipés d’engins de mort, de ces armes de guerre comme celles qui ont tué Cabu, Wolinski et d’autres encore ? Finalement, je suis même persuadé que ma fille rirait devait Kitana faisant un bisou fatal à sa victime, alors que voir des fusils « en vrai » ne lui a guère inspiré autre chose qu’une peur bien compréhensible. Comme le déclarait le regretté Siné, les enfants veulent des histoires, des oiseaux, des fleurs…et on leur sert ça sans que personne ne s’en offusque.  Imaginez un peu je ne sais trop quel cul-bénit ou autre abonné de Famille de France ! Eux si prompts à déféquer sur notre art, n’ont-ils encore rien dit sur le voisinage d’êtres innocents avec notre époque faite d’armes et de morosité ? Oui, je l’annonce haut et fort : je vais faire jouer ma fille à Mortal Kombat II ! Et on rira tous les deux ! Et tel est finalement le but de cette humeur mon écailleux comparse : nous en sommes bien là, nous vivons dans un monde où finalement, faire jouer une petite fille de sept ans à Mortal Kombat II n’aurait en fait rien de scandaleux.

Ce qu’on voit en 2017.

Car s’en payer une tranche en famille et plus précisément avec sa progéniture, ce n’est finalement qu’un remède  à l’époque ringarde et triste qui est la nôtre. Et qui oserait me reprocher de montrer à ma petite avec quoi son père s’amusait et riait dans la première moitié des années 90, une période où l’on ne voyait pas encore ces groupes armés arpenter les trottoirs pour cause d’époque rendue insensée par la connerie des uns… et où l’on pouvait encore rire et sourire sans se demander si on n’allait pas blesser je ne sais trop quel pisse-vinaigre qui s’estimerait en conséquence fondé à vous foutre un procès au cul, ou pire du plomb dans le buffet ? Et après ça, on voudrait me faire croire que jouer avec ma fille à Mortal Kombat fait de moi un père indigne ! Tout comme on me dit que j’exagère quand j’entraîne ma petite à la lecture à coups de Voltaire, Molière et autres Comtesse de Ségur…

Bref mon serpent, et en cette période de rentrée des classes, quoi de plus normal que de causer un peu éducation, mais à la sauce yaciste ? Sur ce porte-toi bien et à une prochaine.

Yace, vieux grincheux pas si vieux .

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