L’HUMEUR YACISTE 53 : Mieux vaut se casser une jambe…

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Salut mon serpent.

Cette humeur hebdomadaire ne te sera pas intelligible si tu ne prends pas au moins le temps de regarder le dernier spot publicitaire pour la Fédération Française de Cardiologie. Aussi, je me permets de te le faire voir en premier lieu, il suffit de cliquer ICI. Très bien, maintenant je me dois de réagir à ce que tu viens de voir. Et comme tu les sais, je suis moi-même géniteur et j’ai connu la période révolue où le jeu vidéo causait asociabilité, épilepsie et bien d’autres joyeusetés sanitaires et mentales ! Pour un peu on nous aurait dit que le jeu vidéo faisait voter Le Pen ou changeait en porc ou en singe…

Et hop, un moutard dans le décor !

Aujourd’hui donc, pour illustrer les risques cardio-vasculaires, on nous montre un mioche plutôt grassouillet, au regard aussi expressif que celui d’un mollusque reproduire  avec flegme des mouvements sur une manette de Xbox. Je me moque à nouveau de passer pour un immonde râleur juste bon à chier de la polémique, mais tout de même mon serpent, si tu as regardé le spot en question, n’as-tu pas ressenti comme une petite pointe d’agacement ? Eh ben oui, moi qui pensais qu’on en avait fini avec le préjugé du jeu vidéo qui rend con, ben non. En plus de rendre con, asocial, épileptique et lepéniste, le jeu vidéo rend donc cardiaque. Bon… En gros, et j’en suis à la fois triste et scandalisé mais guère surpris, aujourd’hui le jeu vidéo est encore et toujours source de tous les maux. Mon serpent, dois-je donc en concevoir  que je suis un père indigne, car savoir mon fiston en train de jouer pépère dans sa chambre me rassure plus que de le voir, comme dans cette pub, se prendre une gamelle en skate, pleurer de douleur après s’être défoncé le genou sur le bitume, chialer après avoir laissé une dent pas forcément de lait sur le pavé pour cause de skateboard capricieux, ou de se faire crever un oeil par un retour de balançoire qu’il n’avait pas vu venir ? Certes, toutes ces petites douleurs du quotidien forgent le caractère et sont pour certaines inévitables. Quel mioche ne s’est jamais niqué un genou en cour de récréation, quel moutard ne s’est jamais ramassé une gamelle en vélo ou quel gosse ne s’est jamais pris le ballon de foot en pleine poire ? Mais que l’on m’explique en quoi ces sensations seraient-elles plus agréables que celle d’avoir son cul -pardon, ses fesses, pardon, son fondement- installé sur le canapé, en jouant de façon innocente et sans emmerder personne ! Les plus perméables objecteront sans doute qu’il s’agissait de figurer les danger de l’inactivité pour le coeur, car il est de notoriété publique que rester peinard dans son coin rend évidemment cardiaque.

Ouin…Maman, viens m’aider, je me suis niqué le genou !

Mais pourquoi diable se sont-ils crus intelligents à la FFC de figurer une inactivité fatalement dangereuse pour le palpitant par un gamin qui joue au jeu vidéo ? C’est vrai que montrer un gamin essayer son premier joint ou se faire un rail de coke, c’est plus que tabou, hein. Pourtant, ils s’agit là de comportement à mon sens bien plus méchants et dangereux pour notre pompe à sang… Mais faut pas montrer n’importe quoi, hein. Et tout ceci pêche par la base ; en quoi jouer à un jeu vidéo serait-il une inactivité ? Faire fonctionner ses neurones n’est donc pas reconnu par la FFC ? Pour quoi donc lier un comportement présenté comme dangereux, encore et toujours au jeu vidéo ? Rester assis fait donc des enfants de futurs obèses cardiaques. Et bien évidemment, un enfant dit « sage » qui à l’image de ton distingué narrateur préférait les chaises d’une bibliothèque ou les fauteuils du salon de ses parents pour jouer à l’aise et lire, lire encore et toujours… est donc sujet à danger. Plus encore que le moutard qui se ramasserait une balançoire chargée en plein médaillon au risque d’y laisser son oeil !  Messieurs de la FFC, oui, en tant que père de famille pas plus irresponsable qu’un autre, et même plutôt attentif à la scolarité ainsi qu’à la santé de sa progéniture, et également en tant que joueur depuis des décennies et pour finir en tant qu’homme trouvant plus utiles les salons de lecture aux terrains de foot, je me permets de vous dire ceci. Ceci que voir mes descendants installés à leur convenance sur un canapé pour lire ou jouer m’est infiniment plus agréable que de devoir courir les emmener à l’hôpital pour cause de jambe cassée ou d’oeil crevé. Mais bon, il vaut mieux suggérer plus ou moins franchement que jouer à un jeu vidéo le cul posé sur un coussin est une attitude au risque mortel, tandis que se faire  refaire le portrait en tentant d’imiter Tony Hawk serait finalement bénéfique…

Mon préféré : la gamine qui se fait entarter par une balançoire ! Gag ! Et un coquart au mieux…

Vous voulez un conseil pour encore plus inciter les mioches à se dépenser et à bien manger leurs cinq fruits et légumes par jour ? Faites un jumelage publicitaire avec l’armée de terre ! Cours comme un con décérébré, apprends à utiliser des engins de mort, cela fortifiera ton coeur, parole de militaire et de grand ponte de la FFC ! Au lieu de rester chez toi à jouer à Super Mario, et en plus ça fera plaisir à Manu ainsi qu’à sa Jocaste… Manu qui veut réintroduire un service militaire afin que chaque moutard connaisse les joies de la bite au cirage et de savoir comment on massacre son prochain. Mais c’est bien sûr moins dangereux pour le coeur que de jouer sur son canapé…

Mais c’est lui qui souffre. Remarquez, vue sa trogne, deux ou trois coups arrangeraient son profil. Oui, je suis un enculé quand je m’y mets.

Vois-tu mon serpent, j’ai pour habitude de saluer ceux que j’aime quand j’ai fini de parler, et de ne rien dire aux cons. C’est pourquoi je te salue à présent, mais ne salue ni Manu, ni Jocaste, ni la FFC ! Et je n’en souffre pas avec trop de zèle.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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