L’HUMEUR YACISTE 57 : Première mi-temps

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Coucou mon adorable mais néanmoins venimeux comparse !

Comment tu rampes ? Moi vois-tu je suis heureux de te retrouver, car tu as très adorable et très venimeux, je n’ai jamais trop su lequel de ces deux aspects m’avait le plus charmé, mais  à eux deux ils t’ont incontinent rendu plus qu’estimable à mes yeux. Sous ma laideur digne de l’autoportrait du quatrième des Chants de Maldoror et sous mon accoutrement  d’un goût égal au niveau de la mer, je me moque éperdument de savoir si j’ai un seul aspect qui peut séduire, et c’est pour ça que je cogite avec moi-même la plupart du temps, et que toi seul a su avoir et eu la patience de m’écouter.

Cette semaine je tiens à partager avec toi cette terrifiante pensée qui m’a traversé le cerveau tandis que, dans les transports en commun, je tâchais de tuer le temps en écoutant Gotainer dans mon MP3. Vois-tu mon reptile, du temps où j’allais tous les jours sacrifier à la grande entreprise, nous avions reçu une stagiaire et après avoir tiré à la courte paille, c’est bibi qui reçut le privilège de devoir se la taper (attention, je veux dire la supporter, pas me la farcir hein, ni elle ni moi n’aurions eu mauvais goût à ce point). Cette distinguée personne avait pour marotte de lire les lignes de la main, art subtil de divination pour ducons crédules. Et je devais être soit mal réveillé soit lassé soit un peu stone car j’ai accepté de me prêter au jeu, et après avoir gravement fixé ma main, elle me révéla de l’air d’un professeur en chaire que j’allais décéder le 20 mai 2057. Ce qui me ferait une longévité d’un peu moins de 79 ans.

Bon, et alors donc que le Mambo du Décalco couvrait le brouhaha de cette galerie de visages qui se bousculait dans le tramway, je me suis souvenu de cet épisode. Mais si je me moque bien de l’âge auquel j’arrêterai de rejeter du dioxyde de carbone en respirant, je ne peux ignorer que la quarantaine s’approche, et après plus de trente années dans le jeu vidéo, j’ai découvert plusieurs milliers de jeux (sans rire, je pense que les trois mille titres sont allègrement dépassés), tout comme j’ai cessé de compter les jeux que j’ai réussi à finir après les quatre cents premiers. Et voici la mortifère interrogation que je te soumets : à mon âge, la moitié de la vie comme l’écrivait Michel Leiris, combien de titres me reste-t-il à découvrir ? Sans doute moins de trois mille ! Bref, je ne sais pas si à 39 ans j’ai déjà ou pas vécu la première mi-temps de mon existence, mais je suis hélas persuadé avoir déjà et depuis longtemps excédé la première mi-temps de ma vie de gamer. Te rends-tu compte mon serpent, pour l’instant j’ai encore de quoi faire : entre ma progéniture et ma détestable manie de toujours revenir sur ces jeux qui ont fait de moi un joueur, je suis ce que l’on peut appeler un quadra en puissance, mais heureux et qui tente de vivre plus comme il le peut que comme il le veut, mais à nouveau j’arrive à m’en contenter, et selon mon psy c’est une bonne chose ! Et je te prie de croire que cet individu a un mérite  incalculable de m’avoir pour patient. Alors s’il dit que je suis sur le bon chemin…

Vois-tu à nouveau, très estimé confident, s’interroger sur la vie chez moi ne peut que passer par la case jeu vidéo, car je n’ose pas imaginer ce qu’eut été mon passage sur cette Terre si je n’avais pas, un jour de 1986, fait bouger ces quelques pixels plus ou moins informes sur ce vieux CPC dans un programme intitulé Moon Cresta. À tel point que savoir qu’aujourd’hui, j’ai sans doute déjà connu la majorité de mes grands moments de jeu vidéo m’effraie plus que de savoir qu’un jour mes fonctions vitales se rendront compte qu’elles n’auront déjà que trop travaillé, et pour une tâche fort ingrate qui plus est. J’espère simplement que  je serai encore en état de toujours m’extasier sur l’ingéniosité des niveaux de Solomon’s Key à défaut de pouvoir les résoudre, de me dire que Mario avait la classe avec sa cape et que j’ai sauvé le monde à bord de plusieurs vaisseaux. Avant de fermer les yeux pour ne plus les rouvrir. D’ailleurs, mon urne funéraire sera gravée je l’espère aux couleurs de mes trois titres préférés, ceux qui à eux seuls pourraient définir ce qu’à été ma vie de joueur. Et à côté d’eux, un mettra un portrait de ceux qui ont fait de ma vie un épisode heureux parfois, mais vivable toujours : ma compagne, mes enfants, mes chats.Et mon serpent !

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Et y’a pas, il avait du talent, Richard Gotainer.

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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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