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L’HUMEUR YACISTE 68 : Desproges, 30 ans après

Salut mon Serpent.

Vois-tu, le 18 avril 1988, l’art du verbe irrespectueux, iconoclaste, mais surtout féroce et drôle a versé une larme, et même plus : Pierre Desproges succombait à une cochonnerie de cancer. Etonnant, non ? Oui mon reptile, l’homme dont les minutes nécessaires devraient être mises au patrimoine de l’humanité, celui qui louait le pouvoir de concentration d’Heinrich Himmler et qui le mieux d’entre nous tous a su gratifier Bernard Henri Lévy du meilleur substantif imaginable à son propos, c’est-à-dire cuistre, nous a quittés sans même avoir l’élémentaire courtoisie de nous demander si sa mort ne ferait pas chier des générations de fins lettrés amateurs d’absurde… Ou de lettrés moins fins mais qui dans un sursaut d’intelligence auraient fini par capter que l’esprit humain peut parfois être d’une profondeur autrement supérieure à celle du QI d’un quelconque député La République en Marche, malgré l’illustre démonstration toute mathématique délivrée par Bruno Bonnell, actuel député de la coterie à Manu après avoir été une des principales têtes de l’industrie du jeu vidéo en France et qui vient par d’obscurs concepts à peine dignes d’être peints par Kandinsky nous démontrer par A plus B moins Z multipliés par X et appliqués à la théorie des champs unifiés que le macronisme est la solution à tous nos problèmes… Après avoir lu cette si subtile exposition mathématico-politicarde, mes démangeaisons rectales n’avaient pas cessé. Alors que mon médecin, lui, a su me donner la réelle solution par une démonstration intelligible même aux esprits embrumés comme le mien, et à l’avenir je cesserai de farcir mes merguez à la sauce harissa avant de les griller et d’en avaler une crue pour le plaisir car oui, j’aime le tartare de merguez et c’est mon droit !

Bon, mon serpent, nous y voilà donc, Desproges est parti il y a trente ans, et en notre triste époque de Jamel Comedy Club et de DLC, le vide causé par l’absence définitive de l’humoriste au bagout assez inimitable m’est toujours assez lourd…Ce qui est assez étonnant car selon les lois de la physique, le vide n’a pas de masse. Et pourtant. Mais bon, les sciences physiques, je les emmerde, je suis contre ! Mais comment lier l’hommage à Pierre Desproges au jeu vidéo rétro ? A cette question mon reptile se trouvent plusieurs réponses. Et, car oui mon ami on peut lier absolument tout au jeu vidéo dans l’optique d’une de mes tirades hebdomadaires, de la recette du Koulibiac à la frénésie intellectuelle d’Alain Minc. Pierre Desproges à la manière d’un autre grand disparu nommé Roland Topor, n’aurait-il pu avec sa plume nous livrer un authentique concept à exploiter en jeu vidéo, à une époque ou le Bruno Bonnell précité n’était pas encore député ? Ou mieux encore : avec son ironie et son délirant sens de la périphrase que je tente de reproduire avec hélas beaucoup moins de talent, que ne nous aurait-il pas sorti un sketch sur cette bizarre occupation venue du pays qui eut la joyeuse idée de meubler un dimanche en allant jouer à la bataille navale unilatérale ou presque, un 7 décembre 1941 ? Sans doute aurait-il trouvé comme lui seul savait le faire comment nous présenter cette activité où un homme à l’intelligence pas toujours égale à celle d’un Kirby-54, d’un seul coup de joystick a la joie de faire se mouvoir quelque pâté de pixels sur un écran Radiola en 1984. Sans doute aurait-il su déceler dans la moustache de Mario les restes de toison pubienne de la Princesse car après tout, pourquoi un quelconque bedonnant transalpin se serait-il abîmé la santé à aller secourir une obscure et virginale jouvencelle au titre ronflant de princesse, si ce n’est pour obtenir une bien charnelle récompense après sept déconvenues cyniquement infligées par un champignon géant souriant mais à l’acidité comparable à celle d’une toxine dont même un amanite pénien, ou plus universellement suivi de l’épithète phalloide n’aurait la teneur ? Sans doute, avant de faire sa sortie, aurait-il eu le temps de se gausser quelque peu de ce qui à l’époque n’avait pas encore eu le temps de devenir le retrogaming. Mais si je regrette encore plus de ne plus être contemporain de Desproges, c’est de voir comment il aurait disserté sur ces actuelles déléctations à base de FPS puant de nationalisme trumpien et autres machins qui se prétendent jeux, comme balancer des piafs via une fronde pour détruire des échafaudages créés par des cochons aux dents triangulaires, ou s’emmerder le temps libres (une denrée pourtant assez et suffisamment rare pourêtre autrement employée) à chercher des objets perdus sur un écran… le tout sur un téléphone portable qui sert à tout sauf à hacher le persil et à réduire le taux d’expositions aux ondes qui changent le peu de neurones de la basse populace en un salmigondis consumériste nourri de télés-crochets et du dernier succès d’une quelconque ringarde chanteuse de variétés, qui reprendrait les paroles de Michel Berger, le talent en moins.

La vie est injuste mon serpent. Quand on voit que Jean Marie Le Pen se pointe, bons pieds [sic] et bon oeil [re-sic] vers sa neuvième décennie comme s’il n’avait pas déjà assez rejeté d’acide carbonique en respirant depuis le 20 juin 1928, et que l’on sait que Desproges n’a même pas eu la pourtant légitime possibilité de connaître l’âge légal de la retraite alors qu’il aura pourtant plus fait chauffer ses méninges en quarante-huit années d’existence que ne le ferait un actuel intellectuel de plateaux de télévision en quatre-vingts ans ou Clara Morgane même si elle vivait deux cent cinquante ans, on peut sans hésitation en arriver à la conclusion suivante : il n’y a pas qu’à cause de la dégénérescence du jeu vidéo que la vie est mal faite et injuste. Mon serpent, le jour où je partirai, j’espère que tu ne reprendras pas deux fois des moules, et que mes cendres seront mises dans un sablier afin qu’à jamais je serve à mesurer ce temps qu’il ne me reste plus !

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Pierre DESPROGES
9 mai 1939 – 18 avril 1988

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