L’HUMEUR YACISTE 73 : 50 ans après Mai-68, 25 ans après mai 1993

Salut mon serpent, ça va ?

Ca y est, nous y voilà : nous sommes au mois de mai. Le joli mois de la fête du travail (car tout le monde sait que le travail se fête un jour et fait chier le reste de l’année), la célébration de la fin de la Seconde Guerre Mondiale (il aurait mieux valu ne rien avoir à fêter, et que ce monsieur Adolf réussît son admission aux Beaux-Arts au lieu de réussir celle à la Chancellerie), et le mois de l’Ascension dont le bien fondé est si délirant que je préfère encore rechercher des figures de style et autres finesses de composition chez un interprète adulé par nos ados… Bref le mois de mai c’est toujours de grands moments. Mais cette année, notre mois de mai marquera les cinquante ans du mai de 1968, « un grand coup de gueule qui s’est perdu…en y pensant, on se roule un stick puis on retourne pointer au chomedu » comme le chantait Agnès Bihl !

Mais pour moi, et même si j’ai horreur des commémorations, ce mois de mai a quand même un goût assez particulier. Car oui mon Serpent, au lieu de me dire que cela fait cinquante ans que M. Cohn-Bendit a accédé à la célébrité, je préfère me souvenir de mai 1993. Et non, pas pour commémorer les vingt-cinq ans de la mort de Pierre Bérégovoy (dans le genre je me dis que cela fait plutôt deux ans que Bob Siné nous a lâchés et nous fait depuis un éternel doigt bien dressé), mais plutôt pour revivre encore et toujours ce mois de mai 1993 qui fut une prise de conscience pour moi. Oui je sais, le brevet des collèges se rapprochait à grands pas, on attendait tous la sortie du film de Super Mario (et bordel que le résultat fut honteux, un peu comme avoir rendez-vous avec Rita Hayworth et voir arriver Isabelle Alonso à la place) mais en mai 1993, j’ai compris que j’avais en moi ce « pouvoir » de compréhension du jeu vidéo et de ses mécanismes, là où manifestement les élucubrations de Thalès ou Pythagore glissaient sur moi comme une tablette de margarine sur un toboggan. Oui mon serpent, c’est à partir de ce mois que j’ai commencé à finir entre deux et quatre jeux par mois et ce jusque vers mon entrée en fac en octobre 1996 !

Tu le sais mon ami, ce n’est pas pour me faire mousser et me persuader que j’ai une taille pénienne supérieure à la triste réalité que je te dis ça, mais uniquement car c’est ainsi que j’avais fini par voir en le jeu vidéo autre chose qu’un jouet sans conséquence. Oui, car dès l’époque je disais que pour triompher, il fallait voir le jeu comme une discipline réelle, avec tout ce qu’elle comporte d’analyse, de répétitions et de persévérance. Et ce fut le début d’une réelle structuration de ma vision du jeu vidéo qui n’était pas encore rétro en cette année 1993. Et elle devait être efficace car aujourd’hui encore, un quart de siècle après, certains de ces titres sur lesquels j’ai commencé à expérimenter mon approche nouvelle me sont restés en tête et en main. Alors que je te prie de croire que bon nombre de tout ce qui m’aura été asséné en ces temps-là est aujourd’hui soit totalement oublié, soit relégué dans des tréfonds de mon esprits, ces mêmes tréfonds qui sont sans doute si effrayants que même mon psychanalyste n’a pas encore eu le courage de s’y aventurer… Je devrais lui parler de Simon Belmont pour le motiver à sonder les entrailles de mon esprit yaciste.

Oui mon serpent, mai 1993 fut le point de départ de ce que je n’appellerai pas ma carrière de joueur, mais bel et bien ma pratique poussée et analytique de ce que tout le monde  à l’époque ne prenait que pour une connerie venue du Japon et que même Dorothée n’osait pas présenter (fallait aller sur France 2 et France 3 pour voir ces choses présentées au public, en ce temps où contrairement aux autres ados je ne planquais pas de revues porno sous mon matelas, mais des numéros de PlayerOne ou de Super Power). Maintenant et avant de finir cette nouvelle digression de vieux schnoque pas encore quadra (mais j’y arrive), tu vas quand même me dire « je ne te reconnais plus là, finalement tu ne dis même pas un mot sur mai 68, toi, le révolté permanent, le contestataire patenté ? » Je te répondrai que si, mais contrairement à l’esprit de mai 68, l’esprit de mai 93 n’a pas besoin d’être retrouvé et réactualisé. Car alors que certains semblent avoir cru bon d’attendre le demi-siècle des évènements pour enfin s’apercevoir que ces gouvernements nous violentent socialement et depuis quelques années physiquement aussi, moi je n’ai pas attendu pour me rendre compte que je vivais une période faste en mai 1993 ! Et que si aujourd’hui, je suis bien sûr du genre à appeler un vrai retour à un véritable esprit de contestation, de révolte et d’action, je n’appellerai jamais à un retour de l’esprit qui était le mien en mai 1993. Pourquoi ? Car je l’ai gardé toujours intact, toujours aussi brûlant, toujours aussi ardent ! Bref : et contrairement à certains qui aujourd’hui s’aperçoivent que rien n’a évolué depuis mai 68 et qu’il serait temps de se sortir les doigts de l’anus et de renouer avec le pavé, moi je n’aurai pas attendu mai 2043 pour toujours appliquer ma vision de la pratique du jeu vidéo. Qu’on se le dise !

Et je te salue.

Yace, vieux Grincheux pas si vieux.

 

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