L’HUMEUR YACISTE 75 : je suis heureux !

Salut mon serpent, j’espère que tu vas bien !

Aussi bien que moi car oui, je vais bien ! Pour une fois, je ne vais pas te prendre le chou avec mes désillusions et autres regrets devant ce que deviennent notre monde et notre actualité ludique. Je vais simplement te dire qu’entre deux parties de Super Mario World, une conférence ludique dédiée aux polémiques dans le jeu vidéo et le constat de visu des impressionnants progrès de ma progéniture sur Duck Tales remastered, je me sens presque en phase avec non pas notre temps, mais notre présent ! Et vois-tu mon adorable et venimeux partenaire, c’est là une sensation assez étrange. Oui, pour une fois je trouverai presque du bon à vivre en mai 2018, et pour couronner le tout, le Burger quiz est de retour avec des fausses pubs qui me feraient presque revivre le bon temps de Les Nuls, l’Emission…oui bon, il faut bien que mon bonheur présent renvoie un minimum à ce que j’ai vécu il y a déjà quelques décennies… Mais cela ne change rien au fait que pour la première fois depuis des années, j’ai ressenti une joie que je n’aurai pas pu éprouver lors de mes jeunes et tendres années.

Et c’est là précisément que se trouve le problème : et si je finissais par m’habituer à me sentir bien avec mon millésime ? Ce serait quand même un peu con, alors que j’accoste la quarantaine ! Me sentir bien dans ma peau alors que je suis censé atteindre un âge intermédiaire et sans doute encore plus crucial que l’adolescence, l’acné en moins ? Non, non et non ! Il faut donc que je renoue avec mon moi profond, et pour cela, rien de tel qu’un petit peu de méditation. Oui, Muriel Moréno et Vanessa Demouy comme fantasmes d’ado, l’époque où je jouais à NBA Jam avec les potes au sortir du lycée avant de me rendre compte que le jeu de sport me faisait royalement chier, où j’étais impressionné par ISS sur Super Nintendo avant que ce jeu ne se rebaptise Pro Evolution Soccer et ne devienne qu’une production résiduelle et tape à l’oeil par une Konami devenue l’ombre d’elle-même… Bref mon serpent je l’avoue, je suis un pauvre type, sans talent ni rien de spécial, tout au moins quand j’essaie de me sentir en phase avec mon temps. Car moi qui pensais être heureux, je n’ai finalement qu’oublié un bref instant que nous étions en 2018, et que ce bonheur factice m’avait le temps d’un soupir de soulagement privé de toute ma substance ! Oui, et merde à la fin mon serpent, mais pourquoi devrai-je être heureux de vivre en cette période où les jeux en 3D ont colonisé l’industrie, où les DLC ont fleuri comme du chiendent, où Mario n’est plus plombier et où chaque jour Tsahal flingue à tout vent tandis que d’autres osent à peine dire que c’est pas très gentil ça de tirer à balles réelles ? Et vivre dans une société où il faudra sous peu s’excuser d’être né de sexe masculin en attendant que madame Schiappa n’annonce de sa voix tonitruante à l’Assemblée Nationale avoir grâce à son intuition féminine découvert le gêne de la misogynie ?

Bon sang de bois mon reptile, mais putain de moi d’avoir dit que j’étais heureux d’avoir vécu un instant en phase avec mon présent ! Non ! Je devais être un brin paumé dans mon neurone pour avoir osé écrire pareille énormité, et maintenant je regrette ce laps de temps où mon bonheur nostalgique m’aura été ravi par je ne sais quelle perversion. Saloperie de présent, tu as failli m’avoir hein, mais grâce à toi mon serpent, je retrouve enfin ce que je n’aurai jamais cessé d’être : un vieux connard passéiste mais heureux de l’être ! Et pourquoi vouloir faire mine d’être un homme gentil et souriant de vivre en 2018, alors que je n’avais pas besoin de faire d’efforts pour être un gosse heureux et souriant, vibrant aux sorties sur super Nintendo et Megadrive, avec des parents suffisamment fortunés pour combler (presque intégralement) ma boulimie de merdeux insouciant qui finissait entre deux et trois jeux le mois ? Grâce à toi, je viens de prendre conscience du ridicule de la situation : moi qui te cause, si demain je devais devenir une personne sans esprit et juste bonne à louer l’industrie du jeu vidéo contemporain, je te parie que tu finirais par t’emmerder franchement en écoutant ce minable juste bon à dire que tout va bien et que le monde est beau et sympa, comme le ferait un vulgaire député La République en Marche !

Bref mon Serpent, je ne t’ai pas menti, je suis heureux. Heureux de ne pas être heureux, heureux d’être désabusé, heureux d’être toujours aussi râleur, heureux de me sentir triste quand je vois à quel point l’évolution du jeu vidéo m’a laissé sur le pavé, heureux d’être yaciste. Heureux de toujours être moi-même en dépit de ce bref instant de défaillance, car il faut bien se rendre compte qu’être yaciste, c’est tout un programme et ce n’est pas la solution de facilité ! Léo Ferré l’aura résumé mieux que moi : « Le désespoir est une forme supérieure de la critique ». Et être yaciste, c’est être très critique. Donc désespéré. Mais au moins là je suis moi-même ! Et c’est en étant redevenu moi-même que je te dis à la prochaine.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *