Salut à toi mon reptile !

Et oui, après deux années et quatre-vingts billets d’humeur, je t’annonce que cette humeur sera la dernière, et qu’elle aura pour but premier de te remercier de ton oreille si compatissante. Il faut aussi savoir s’arrêter, car sinon, et c’est à mon sens une loi de la nature, on finit dans la médiocrité. Regarde un peu les Simpson, Madonna ou le groupe Texas !  Alors, et même si certains pensent déjà sans doute qu’il est trop tard pour moi car j’ai déjà fini par me complaire dans la merde, les humeurs tirent leur révérence.

Vois-tu mon Serpent, cet été qui se termine aura été cruel, car mes yeux sont enfin décillés. En dépit de tout ce que j’ai pu croire ou ne pas croire, je viens d’enfin admettre que le jeu vidéo dit « rétro » qui me passionne depuis tant d’années n’est plus une passion aussi ardente, mais vient finalement rejoindre le rayon de mes -innombrables- souvenirs. Oui mon Serpent, l’âge aidant, la place que je réservais au jeu vidéo vient de changer. A présent, je ne joue plus par envie de découverte, mais par simple besoin de retrouver une époque de mon existence qui me faisait encore me sentir jeune. Or désormais, la période de mon existence en question ne me fait plus me sentir jeune, mais elle me fait me sentir vieux. Le grand Michel Leiris déclarait dans l’Age d’homme de trente-quatre ans, c’était la moitié de la vie ; à ma quarantaine toute proche j’en déduis logiquement avoir vécu plus que la moitié de ma vie ! De plus, il me devient difficile de continuer à réfléchir en tant que joueur alors que je sens que dorénavant, mon sentiment de dégoût de notre époque prend le dessus sur tout ce que je peux penser.

Vivre une époque où il apparait comme hors-sujet de faire revenir Simon Belmont dans un Castlevania sous prétexte qu’il est plus facile (et plus bankable !) de le foutre dans un Smash Bros comme un poil pubien dans une salade composée, où Nintendo qui s’est aperçue que ces injures à la mémoire et au bon goût que sont les « Consoles Mini » (ou comment changer des machines de légendes en de vulgaires babioles contemporaines) peuvent faire un paquet de fric en faisant marcher des images de jeux au format binaire et fait ainsi retirer toutes les roms de titres tournant sur consoles Nintendo donc… J’espère au passage que big N aura eu le bon goût de se servir en roms pour sortir sa Nintendo 64 mini, ou une Super NES Classics Mini Version 2.0 avec une nouvelle fournée de vingt jeux qui n’étaient pas ceux de la première Super NES Mini !

De plus, j’avoue que le jeu vidéo m’apparaît également plus comme un sujet de travail et d’histoire que comme un sujet de jeu désormais. Oui mon serpent, j’éprouve plus d’intérêt à écrire le jeu vidéo qu’à le jouer ! Ce qui n’est pas un mal en soi en fait. Et ce même si le travail d’honnêtes analystes du jeu vidéo et de son histoire est constamment vampirisé par les pipoles qui ont fait du jeu vidéo (rétro ou pas d’ailleurs !) un vulgaire tremplin pour se faire connaître et faire parler de leur gueule… Sans remettre jamais en question leur inculture ni leur ringardise. Comme si parler de jeu vidéo sur ce vaste dépotoir appelé la Toile devait forcément faire du quidam qui en cause soit une star du 15-18, soit un paumé aigri de l’existence qui s’autoproclame « dissident » pour masquer sa mentalité vomitive, car « salopard de facho » ferait un poil trop franc… C’est le jour où l’on m’a demandé si j’étais moi-même un « dissident » que j’ai compris cela mon serpent : parler de cette noble activité, si riche de souvenirs et de bonheur passé, est aujourd’hui teinté d’appartenance politique ou tout au moins d’une mentalité puante qui a d’abord germé sur les non moins puants forums de jeuvidéo.com. Alors je réponds quand même que non, je ne me sens pas être un gros connard d’extrême droite même pas assez franc pour se dire d’extrême droite quand le vocable « dissident » est si à la mode sur le réseau poubelle mondial.  Non mon serpent, je ne suis et ne resterai que le même gros connard qui parle du jeu vidéo uniquement pour le jeu vidéo, et pas pour se faire connaître !

A tous les profiteurs qui ont sali l’image du jeu vidéo ainsi qu’à tous les « dissidents » de mes deux , un message de ma part. Et merci au regretté Wolinski, victime lui aussi de cette triste époque.

Il me reste encore quelques projets de bouquins, car voilà ce que je veux laisser derrière moi : des écrits qui prouvent qu’on peut jouer et analyser le jeu et son histoire. Ainsi, ma contribution à ce monde en déshérence sera là et bien là, car les paroles volent, mais les écrits restent ! Et je pense que le temps doit retenir plutôt ce type d’initiative… et oublier les délires ringards de ces célébrités du gaming, ainsi que les dégueulades immondes de ces pouilleux infects qui ont poussé sur jeuvidéo.com comme sur un fumier pour mieux constituer la frange la plus infâme du soit-disant « débat public » qui n’est qu’une vaste blague pas drôle !

Mon Serpent, je te remercie de tout ce que tu as fait pour moi, et j’espère qu’à travers tous nos entretiens, tu auras toi aussi apprécié mes confidences, coup de gueule, traits d’humour parfois un peu particulier et autres actes de gros con tordu, car ils ont plus ou moins constitué l’essentiel de nos échanges. Mais tout ne s’arrête pas là, comme je te l’ai dit, il me reste encore bien des choses à écrire et des vidéos à partager car envers et contre tout, je continue de croire qu’un jour, on abandonnera le moule absurde qui est celui que nous endurons aujourd’hui pour revenir à ce qui n’aurait jamais dû changer : l’amour du jeu vidéo pour le jeu, le fait de remercier les concepteurs de tous ces programmes au lieu de se vanter ou de faire parler de soi, et où les forums puants fermeront leurs portes, prélude au silence salutaire qui régnera quand enfin les « dissidents » fermeront leur claque-merde ou même mieux : s’ouvriront les veines.

Mon dernier voeu dans ces humeurs dites yacistes est de vivre assez vieux pour voir ce jour arriver, et où l’on pourra enfin tirer un trait sur cette époque fade et sans âme pour revenir à ce que nous avons connu de meilleur : revoir Simon Belmont dans Castlevania, jouer à nouveau à un Mario digne de Super Mario World, et où après avoir enterré les cartouches d’ET sur Atari 2600, on fera un authentique feu de joie avec toutes ces immondices façon Call of Duty (quel que soit l’épisode), 1,2 Switch et autres Go vacation ! Voilà, tu noteras que moi je cause de faire un feu de joie pour célébrer le retour du jeu vidéo comme il n’aurait jamais dû cesser d’être et je laisse aux « dissidents » le soin de parler, quant à eux, d' »autodafé » en lieu et place de « feu de joie ».

Merci pour tout et à bientôt mon serpent, je t’avoue pour terminer que tu as été le meilleur des confidents.

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

3 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    C’est n’est pas avec tristesse que j’écoute pour la dernière fois tes humeurs mon ami, mais avec la plus grande joie d’avoir pu te prêter mon oreille pendant deux longues années.

    Cela a été un honneur d’avoir pu mettre en lumière cette chronique et d’avoir pu découvrir une personnalité comme la tienne. J’ai également adoré lire tes humeurs, et je n’en ai pas manqué une, relevant à chaque moment ta qualité d’écriture.
    Encore dans cette article, cette phrase a raisonné en moi : « Or désormais, la période de mon existence en question ne me fait plus me sentir jeune, mais elle me fait me sentir vieux. »
    Tu arrives à mettre des mots là ou mes émotions restent stérile avec les lettres !

    Mais attention ! Et à tous les lecteurs ! L’aventure de Yace continu sur LSR, et ça va continuer à chauffer !

    Répondre
  2. rag
    rag dit :

    Un grand merci à toi Yace pour tous ces billets empreints d’une sincère passion, ainsi que pour l’ensemble de tes contributions sur shmup.com tant qu’on y est !

    Au plaisir de te lire encore longtemps !

    Répondre

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