Bonjour mon écailleux ami.

Vois-tu, je suis victime d’une injustice et ce depuis trop longtemps. Alors aujourd’hui je décide de me confier à toi.

Je traîne la funeste réputation de quelqu’un qui n’aime rien. Et pourquoi donc ? Tout simplement car Uncharted me laisse de marbre. Tout bonnement car la franchise Call of Duty me flanque des verrues génitales. Tout connement car je trouve que les Amiibo ne sont que des gadgets aussi utiles que le vagin d’une mère supérieure. Bref : car rien, et je dis bien absolument rien de ce qui constitue l’actualité du jeu vidéo ne me fait rêver, même pas songer un seul instant que je pourrai y trouver un peu de ce plaisir si intense qui a depuis toujours guidé mes aventures au monde merveilleux du jeu vidéo.

Bref, et je le reconnais sans aucune honte, je ne suis plus vraiment l’évolution du jeu depuis la fin des années 90, même si j’ai récemment succombé à la narration de titres tels Silent Hill et Silent Hill 2, dont l’ampleur psychologique suscite en moi une curiosité pourtant très éloignée de ce que j’attends d’un jeu vidéo. Pour moi la psychologie se limite à ce subtil retour en enfance quand je savoure les paroles de Yoshi dans Yoshi’s Story ou ce délicieux stress qui m’envahit dans les dédales atmosphériques de Metroïd II ou Super Metroïd.

Mais aujourd’hui, je ne suis plus que ce vieux con sectaire qui n’aime plus rien. J’avoue que l’emerveillement a disparu. Finies les grandes découvertes, de Bubble Bobble à Wardner no Mori en passant par Mellon Collie and the Infinite Sadness !

Alors je profite de tes colonnes, mon vipérin comparse, pour rétablir toute la vérité tel Brassens dans son Bulletin de santé : jamais, au grand jamais un homme n’aura tant que moi aimé dans sa vie ! Oui, aucun ni personne ! De tous ces éminents joueurs qui m’ont dit que je n’aimais rien, nul n’aura su plus que moi ce qu’est réellement le bonheur faramineux de tomber sous le charme d’autant de jeux vidéo que moi. Et oui, et ce encore plus en notre époque où la magie de l’Internet permet à des mioches de treize ans un quart de se croire à même de faire la leçon d’histoire à des quadras (ou presque) qui ont connu le pixel sur Atari 2600…quand ces mêmes bambinos ne sont joueurs que grâce à Candy Crush ou Angry Birds, deux jeux qui n’auraient sans doute pas excédé 40% en note d’intérêt dans la presse de l’époque.

Aujourd’hui oui, je suis éminemment lassé de voir une énième et sempiternelle « nouvelle » déclinaison des Pokémon nous être présentée comme révolutionnaire, et cela suffit donc à bien du monde pour décréter en chaire que je ne suis qu’un vieux râleur qu’on calme en l’éconduisant gentiment comme un gamin qui fait un caprice. Magie des forums Internet oblige, je dois admettre qu’un pratiquant occasionnel de je ne sais trop quelle licence contemporaine se sent plus connaisseur du jeu vidéo qu’un honnête zélateur de la Super Nintendo et accessoirement rédacteur en chef…En plus de devoir lutter au quotidien contre le préjugé-toujours bien présent !- selon lequel le jeu vidéo n’est qu’un dérivatif, une invention japoniaise pour bambins en échec scolaire ou pour ados qui hésitent entre regarder la clique ringarde à Hanouna ou partir chez les salauds « aider leurs frères » en Syrie en apprenant l’usage de la kalach !

La réconciliation selon Cabu, dans le court métrage "La Maison dans l'arbre" de 1985. A l'époque, même les frères K n'étaient que d'innocents gamins...

La réconciliation selon Cabu, dans le court métrage « La Maison dans l’arbre » de 1985. A l’époque, même les frères K n’étaient que d’innocents gamins…

Oui mon serpent : il est bien des fois où je me sens seul et où je dessine à l’encre vide un désert…

Messieurs les mioches, posez-vous la question : vous qui aimez le jeu vidéo et trouvez que je ne l’aime pas et pire encore, que je n’aime rien : combien de jeux avez-vous vraiment pratiqués ? Et dans une vingtaine d’années, combien de titres pourrez-vous citer en réponse à la question « quels jeux avez-vous aimés ? ». Moi je suis capable d’en citer une bonne cinquantaine, et avec force élans emphatiques et trémolos dans la voix. Et ça suffit à dire que si, j’aime le jeu vidéo. Mais vous, dans deux décennies…serez-vous simplement capable de citer un titre qui vous aura marqués au point de l’avoir pratiqué depuis lors ? Rendez-vous en 2036 si je suis toujours de ce monde et si vous aussi ! Mais contrairement à vous, j’ai déjà de quoi meubler toute une vie de joueur, et ce que je claque dans deux jours ou dans soixante ans !

Mais comme je ne cherche pas à déclarer la guerre (car aujourd’hui, donner une opinion ou répondre à une question est déjà vu comme une provocation), j’annonce cependant attendre le jeu qui arrivera à me faire apprécier un peu l’actualité…et qui sait qui vous plairait à vous aussi, joueurs de cette génération contemporaine ! Et ainsi, nous pourrons nous dire, sinon amis, du moins réconciliés le temps de quelques parties. Donkey Kong Country Returns avait failli réussir mais hélas, sa difficulté vous l’a rendu « nul » car il faisait appel à des notions auxquelles vous n’êtes pas habitués, et même pas formés…

En attendant cette hypothétique union dans le gaming d’aujourd’hui…

Allez le serpent, je te laisse retourner à tes occupations et je te remercie de ton oreille amicale. Tu trouveras un ragoût de souris tout chaud en rentrant dans ton trou, j’espère qu’il te plaira.

A bientôt !

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

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