Bienvenue dans la chronique où il fait bon partager nos souvenirs, et où, quand vous enlevez vos chaussures, on ne dit pas que vous puez des pieds, mais que vous pratiquez le retrochaussetting. Aujourd’hui, un moment tomagique exceptionnel, qui nous fait quitter notre confortable coin de cheminée habituel pour squatter l’Olympe, le temps de notre réunion hebdomadaire. Car oui, cette semaine, ça DMC dans tous les sens, ça Beat’em All sévère, du coup, nous, plutôt que de fracasser des Démons, on s’attaque carrément aux Dieux. Oui, aujourd’hui, on va parler du jeu qui a peut-être tué le Beat’em All, j’ai nommé God of War.

TOMAGIQUEGoWCeux qui fréquentent cette chronique de temps en temps le savent, je me suis mis à la console tard, au moment où les belles cartouches avaient déjà laissé place aux galettes de plastique. Même là, j’ai toujours réussi à avoir un wagon de retard systématique : j’ai découvert la magie de PlayStation première du nom alors que tous avaient une PS2 déjà un poil fatiguée, et je suis passé à la PS2 quand mon ami Laurent a acheté sa PS3 et hésitait à jeter son ancienne console qui ne lisait déjà plus grand chose. Bon, on ne parle plus de wagon à ce stade là, mais carrément de train. Avant d’avoir l’appel des nouveautés, d’épuiser la pile de jeux dont j’avais hérité, vous vous doutez bien qu’il s’est passé du temps. Pourtant, un jeu, dès sa sortie, m’a fait de l’oeil, me titillait sévèrement. A chaque fois que je tombais sur lui au détour d’une pub, d’un article, d’un trailer, j’en avais des suées, je me mettais à trembler, et un « il me le faut… » résonnait dans ma tête. Mais je tins bon plusieurs années, n’achetant par principe que des jeux d’occase à cette époque, refusant de courir après la nouveauté. Ce n’était pas par pingrerie, ni par réel manque de moyens (je ne roulais néanmoins pas sur l’or), mais simplement parce que je n’avais pas chopé le virus du jeu, le vrai, à cette époque, j’étais plus focalisé sur ma collection de vieilles cassettes de série B, voire Z (chacun son truc, ‘spa ?), et sur la musique.

Mais bon, à force de me narguer, God of War a fini par atterrir dans la collection Platinium, et j’étais arrivé à bout de patience. Ce jour là, au sortir d’une toute petite journée de sommeil, je me suis jeté sous la douche, dans un train, chez mon très regretté vendeur Game, et je suis reparti en sautillant joyeusement avec le jeu dans les pattes! Plusieurs années d’attente, de report, ça vous est souvent arrivé ? Si oui, vous pouvez imaginer à quel point j’étais tremblant en mettant le disque dans ma console… Et vous pouvez imaginer ma réaction quand celle-ci a tout bonnement refusé de le lire! Elle était capricieuse, en fin de vie, j’ai donc d’abord cru à un problème de lecture… Impossible de me souvenir s’il y avait un message d’erreur ou non, mais je suis (presque) certain que le ricanement que j’ai en mémoire, j’ai dû l’inventer, les insultes apparaissant à l’écran aussi, toujours est-il qu’au final, j’ai du me rendre à l’évidence : ma console était incapable de lire le jeu.

Dernier train avant la fermeture du magasin, pas de course, suée, arrivée en trombe, l’oeil torve, le nerf-de-boeuf caché dans la manche droite, le ticket de caisse et le jeu dans la main gauche. J’explique mon problème, et le vendeur, l’oeil humide de compassion, m’explique quelque chose dont je me souviens parfaitement : « blabla vieille blabla peut pas marcher blablablabla désolé, monsieur, désolé! » après une accolade virile, et m’avoir tendu un mouchoir pour sécher mes larmes, alors qu’il repartait sauver des gamers en péril, j’ai crié  » Ô, noble vendeur!! Vous reste-t-il des consoles à même de supporter la puissance de Kratos ?!! ». Après avoir marqué un temps de pause… Ouais, bon, vous voyez le topo, je suis reparti avec une Slim sous le bras, God of War collé à elle, et je suis allé attendre mon train.

De retour chez moi, pas jouasse du tout car j’avais brisé mon voeux de chasteté ludique, « ne jamais acheter autre chose que du matériel moisi qui provoque la risée des gens que je croise », inquiet car tout le trajet durant, je me suis demandé si le vendeur ne s’était pas simplement foutu de moi, j’effectuai les branchements nécessaires, la main particulièrement tremblante. Et là, comme un fait exprès (je jure que je n’invente pas, ça s’est passé comme ça, exactement comme ça!… à part l’accolade et l’appellation « noble vendeur »… Les larmes, elles, ont failli couler, mais sont resté coincées dans mes sils de biche et essuyées du revers de la manche avant qu’elles ne ruissellent dans ma barbe moyennement fournie), le DVD plante exactement au même moment, avec les mêmes bruits louches!! Je hurle, empoigne la console, me calme, réessaie, et là, une musique épique retentit dans dans ma chambre, et un chauve l’air on ne peut plus énervé apparaît à l’écran.

TOMAGIQUEGoWartOn confond souvent l’Epicurisme avec une pratique orgiaque consistant à se bâfrer et baiser tout ce qui bouge, de la voisine au chat errant malade qui gratte à votre porte. C’est cependant une fausse idée. Le précepte central d’Epicure était (je paraphrase) « il n’est rien de meilleur qu’une gorgée d’eau fraiche lorsque la soif nous tenaille ». Epicure était un ascète qui prônait la mesure, et le plaisir simple d’étancher sa soif. Et bien quand on a passé deux-trois ans à fantasmer sur un jeu, que le jour où vous vous décider à l’acheter il vous fait faux bond, que vous retournez en ville, que vous allez jusqu’à acheter une nouvelle console JUSTE POUR JOUER A CE JEU, je pense qu’on peut clairement assimiler ça à une putain de grosse soif!!! Du coup, le plaisir une fois je jeu lancé était à peine mesurable sur l’échelle de Richter tant les secousses de plaisir qui ébranlaient mon corps étaient violentes, un pur moment de magie, car tout ce que j’avais imaginé sur ce jeu était là, il était même mieux que ce que j’avais espéré, ce qui arrive extrêmement rarement dans une vie, surtout après avoir fantasmé aussi longtemps sur la bête.

La PS2 m’aura procuré de grands moments de pure magie vidéoludique, qui font pâlir la plupart des productions actuelles en comparaison. God of  War est sans conteste l’un d’eux, condensé de plaisir pur, la testostérone de 300 transposée dans un jeu. Et c’est là dessus que je vais vous laisser, en vous donnant rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

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  1. […] ce jeu qui m’a poussé à acheter ma PS2 Slim à l’époque, dans un épisode que je vous ai déjà conté jadis, lorsque LSR était encore tout jeune et moi moins vieux-. La console hurlait de douleur mais le […]

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