Bienvenue dans la chronique où l’on aime détester le jour présent en vantant les mérites du passé dans un éclat de jubilatoire mauvaise foi (sauf qu’en vrai, c’était mieux avant… enfin, pas tout le temps, mais souvent, quand même, non ? Mais si, mécréants, cessez-donc de me contredire, on est dans ma tanière ici!). Si l’on fouille dans la mémoire d’un possesseur d’Amiga de la belle époque, on retrouvera immanquablement certains titres emblématiques comme Monkey Island, Shadow of the Beast, Dune, Gods, Prince of Persia, entre nombreux autres. Mais en fouillant un peu plus avant, il est très probable qu’on tombe sur cette perle étrangement oubliée de la plupart, qui revient rarement dans les sujets de conversation, le grand Moonstone.

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Comme vous le savez (si vous êtes un habitué de la région), c’est un peu par hasard, voire par erreur que je suis tombé sur la perle de violence débridée qu’était SplatterHouse. Pour Moonstone, c’est différent. J’ai dû ruser avec mes parents, vanter la dimension chevaleresque de l’ambiance du titre, ne montrer que la pochette de face et vite fait avant de passer à la caisse au pas de course, pas trop vite, histoire que ma chère mère ne se doute de rien… Car oui, je savais ce que j’avais entre les mains, je savais à quel festival d’hémoglobine j’allais m’exposer quelques heures plus tard, je savais que j’avais entre les mains non seulement un des plus beaux jeux sorti sur Amiga, mais à n’en point douter clairement le plus violent graphiquement de sa ludothèque. C’est donc avec une semi appréhension qu’à peine rentré, j’insérai la première des trois disquettes du jeu, pour pouvoir admirer une introduction digne d’un dessin animé, ambiance sombre, druides en toge et capuche, nuit qu’on devine lourde et orageuse. La Quête était lancée.TOMAGIQUEmoonstoneintro

Après avoir choisi mon personnage parmi les quatre disponibles, je me retrouvais sur une carte jolie et sobre, séparée en quatre contrées bien distinctes, et comptant quelques lieux notables, comme un Stonehenge au milieu de la forêt, une structure druidique en son centre, quatre villages, points d’origine de chacun des participants à la quête…et plein de petits rectangles. Avec ma mauvaise habitude de ne pas lire la notice avant de lancer les jeux, c’est avec une petite déception que j’ai commencé un jeu au tour à tour, ne sachant pas trop quoi faire sur cette carte. J’ai directement tenté d’aller au milieu, pour voir, mais le premier tour s’est achevé sans que je ne puisse atteindre la structure centrale. Merde, un jour de gâché .. Au second tour, je me décide à visiter un des rectangles… Pour me prendre la claque que j’avais attendu en tremblant. Car oui, évidemment, chacun des rectangles représente une arène, avec un décor coloré accordé aux couleurs de la zone dans laquelle le joueur se trouve, et surtout peuplée de créatures toutes plus sauvages les unes que les autres, animées à la perfection, d’une brutalité sans précédent. C’est seulement là que j’ai eu le déclic, et que la réalité a disparu autour de l’écran, ne restait plus que mon chevalier, les monstres, et la quête.

TOMAGIQUEmoonstonebalroggImpossible de me souvenir quelle créature j’ai rencontré en premier. Mais la première à m’avoir fait flipper, c’est sans hésiter cet espèce de Balrogg qui vous chope d’une main et vous dévore la tête, vous transformant le temps d’un casse-croûte en poire à lavement défectueuse. C’est cet ennemi qui m’a fait réaliser à quel point les programmateurs ont soigné leur bébé. A chaque combat, vous êtes presque tenté de vous laisser massacrer, ne serait-ce que pour voir à quelle sauce vous allez être mangé. Et inutile de dire que la carte est particulièrement variée. Mais ça marche évidemment dans les deux sens. Il faut voir votre chevalier trancher en deux un humanoide armé d’un long marteau, ou le transpercer pour le laisser ensuite se vider de son sang dans une suite de schtritsées rouges et jouissives, il faut voir les cadavres de monstres s’amasser à l’écran, admirer les animations de chacune des nombreuses créatures que vous allez devoir affronter, entre les übersangliers qui chargent tête baissée, les rats géants qui plongent sur vous, cachés dans une branche d’arbre, les créatures marécageuses qui surgissent du sol accompagnés de quelques notes évoquant le film d’horreur… Le catalogue des réjouissances est long, généreux, et le maniement est tout bonnement jouissif. Si l’aventure se clôt rapidement, grâce à un mélange de coup de chance et de stratégie, et sur une séquence animée magnifique (et pleine d’ironie), on revient forcément goûter à ce festin, explorant méthodiquement chaque repli de la carte, prenant plaisir à découvrir les zones cachées, à tenter de tuer le dragon qui plane, menaçant, traversant les territoires et fondant sur quiconque croise sont chemin, ou à affronter les autres joueurs en les achevant Barbarian Style…TOMAGIQUEmoonstonedecaptation

L’ambiance de Moonstone était unique en son genre, dépassait les limites, flirtait avec les interdits vidéoludiques tacites, donnait sans vergogne dans le déballage de violence trash, toujours avec un coté pince-sans-rire, un humour noir sous jacent. Jouer à Moonstone donnait le sentiment de faire quelque chose de mal, et qu’est ce que c’était bon!!! Le gameplay était soigné, et si la dimension RPG était réduite à son plus simple appareil, elle avait le mérite d’être là et d’enrichir considérablement les pérégrinations du joueur qui ne pouvait pas ne pas tomber sous le charme de ce jeu dansant avec magie et gore jubilatoire dans un festival de réjouissances à ne pas mettre entre toutes les mains. Moonstone avait réussi à me happer, dépasser mes très hautes attentes, et me faire voyager dans ses terres de violence et de magie, offrir du plaisir à l’état pur, du mystère, et peut-être l’un des meilleurs moments de ma jeunesse vidéoludique.

TOMAGIQUEmoonstonedragonMais il est déjà l’heure de nous séparer, je vais donc chausser mon armure et continuer ma quête sans vous, en vous donnant rendez vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig

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